vendredi 31 août 2012

Des tirages jouables

Salut à tous,

A présent que le tirage au sort de la Ligue des Champions a été effectué, que l'on connaît enfin les affiches qui vont rythmer nos mardi et mercredi soirs durant les trois prochains mois, regardons un peu en détail ce tableau prestigieux afin de le connaître encore plus en profondeur.

Comme d'habitude, il donne le vertige. Il ne manque pour ainsi dire personne... hormis chez les Français : Lyon et Marseille, qui semblaient programmés, il y a seulement une ou deux saisons, à être présents tous les ans en C1, de par leur régularité sportive et leur puissance financière, et à être tous les ans les représentants de la Ligue 1 en Ligue des Champions, ne
sont pas présent. Et à force d'être là, notamment l'OL, ils avaient amassé suffisamment de points UEFA pour être protégés lors des tirages au sort, et suffisamment d'expérience pour se qualifier quasiment chaque saison. Mais cette fois c'est terminé, les cartes ont été rabattues. En dehors de Lille, qui était déjà présent l'année dernière, les deux autres représentants français font presque figure de petits nouveaux sans expérience, surtout l'un des deux d'ailleurs.

En terme de points UEFA, seuls les surprenants danois de Nordsjaelland font pire que Montpellier, le champion de France, qui n'a disputé que deux matches européens depuis novembre 2000, et une double défaite contre le Deportivo La Corogne en Coupe UEFA (1-3, 0-2). Pour les autres clubs, la mauvaise affaire allait pourtant être de tomber sur ce qui était tout de même le champion de France, comme ça l'était de tomber sur Malaga ou Dortmund, les autres faux-amis du chapeau 4. C'est le charme des points UEFA des clubs par rapport à ceux des pays.

Le cas du PSG est évidemment particulier. Absent de la Ligue des Champions depuis 8 ans, durant lesquels il a disputé quatre saisons de Ligue Europa (1 quart de finale, deux huitièmes), il en a profité pour accumuler des points qui lui ont permis de conserver une certaine tenue au niveau européen, et d'éviter le dernier chapeau, contrairement à des gros morceaux comme Dortmund ou le Celtic Glasgow, par exemple. Mais son changement de statut financier et son recrutement en faisait un des principaux pièges du chapeau 3, avec l'Ajax, la Juventus (!) et Lille bien sûr, sans parler de l'Olympiakos, Anderlecht, le Spartak Moscou ou Galatasaray, les autres résidents d'un chapeau 3 finalement très relevé.

Au moment du tirage de son nom, le PSG pouvait tomber dans deux groupes : le D, l'inévitable groupe de la mort dans lequel figuraient déjà le Real Madrid et Manchester City, ce qui aurait donné aux ambitions européennes du club un très sérieux plomb dans l'aile ; et le A, avec Porto et le Dynamo Kiev, un groupe piège mais quand même moins effrayant sur le papier que le précédent. Et Steve McManaman a eu pitié du club parisien, déjà affligé d'un début de championnat compliqué, en l'envoyant dans ce groupe ou deux de ses vieilles connaissances l'attendaient. Le PSG avait en effet déjà affronté Porto lors de sa dernière expérience, terminée en phase de poule mais avec un bilan bizarrement positif face aux
Portugais (2-0, 0-0), et un but improbable de Coridon au Parc des Princes, et Kiev lors de sa fameuse campagne de 1994-95, terminée en demi-finales face au Milan AC après avoir éliminé le Barça (1-1, 2-1) et battu deux fois le club ukrainien (2-1, 1-0) dans une poule où il avait remporté tous ses matches, notamment contre le Bayern (2-0, 1-0)... une autre époque. A noter que Sylvain Armand, toujours au PSG cette saison, avait participé à la campagne de l'automne 2004...

Pour le LOSC, dernier l'an dernier d'une poule très abordable (Inter, Moscou, Trabzonspor), il ne pourra que se sublimer dans celle que l'UEFA lui a réservé, et qui n'est pas piquée des hannetons : Bayern, Valence, BATE Borisov. Bizarrement, je trouve qu'il y a la place de passer. Le Bayern semble au-dessus, mais pas Valence, comme toujours en grandes difficultés financières, et bien sûr Borisov, contre qui il faudra faire le plein pour espérer quoique ce soit. Deux succès contre les Biélorusses, qu'on sait sous-estimés mais quand même, un nul contre le Bayern, une victoire contre Valence, et ça devrait passer.

Pour Montpellier, ça aurait pu être pire, mais ça reste coton. Arsenal, Schalke et l'Olympiakos ne sont pas, ou plus, des mastodontes du football européen, a priori aucun d'entre eux ne devraient soulever la Coupe en fin de saison, mais ça reste de bons morceaux pour un club comme Montpellier, qui ne pourra que se sublimer dans de telles affiches. A noter quand même que les retrouvailles avec Olivier Giroud (Arsenal) seront particulièrement savoureuses... s'il joue, ce qui n'est pas gagné au vu de ses débuts à Londres.

Pour le reste, Milan, dépecé cet été par le PSG notamment, se retrouve dans un groupe particulièrement piégeux avec le Zénit, Anderlecht et Malaga. Moi je dis que ça sent la surprise... les Russes, notamment, me semblent très dangereux. Et si Malaga arrive à stopper la saignée financière qui le marque depuis le début de l'été, ils peuvent également surprendre. Le groupe D, on l'a dit, est très relevé. A noter que si l'argent peut faire beaucoup de choses, il ne peut pas - ou plus - intercéder dans les tirages au sort, puisque ça fait deux fois de suite que City se retrouve dans la poule la plus relevée, après Naples, Villarreal et le Bayern... le club anglais avait terminé troisième derrière les Allemands et les Italiens, avec... 10 points, ce qui dans 95 % des cas assurent une qualification... les hommes de Mancini auront plus fort à faire avec encore le Real, l'Ajax et Dortmund, qui avait raté son retour en C1 l'an passé. Privé de Kagawa, le Borussia peut quand même surprendre, grâce à son excellente qualité de jeu. Pour l'expérience, en revanche...

Dans le groupe E, Chelsea, le tenant qui semble marcher sur l'eau en ce début de saison, grâce aux bons offices d'un Eden Hazard cependant décevant l'an passé en C1 avec Lille, et la Juventus devront se méfier du Shaktar Donetsk, jamais facile à manier avec sa troupe de Brésiliens venus de nulle part. Pour Nordsjaelland, en revanche, les seuls problèmes qu'ils devraient poser seront aux commentateurs de leurs matches, mais bon, on ne sait jamais... dans le groupe G, Barcelone se retrouve dans une poule évidemment à sa portée, mais les matches contre Benfica, mais aussi le Celtic et le Spartak Moscou, ne seront pas si évidents. Je vous l'ai dit, que le plateau était relevé...

Remarquez, Manchester United n'a vraiment pas à se plaindre, avec Braga, Galatasaray et Cluj. En même temps, le club mancunien n'était pas sorti d'une poule composée de Bâle, Benfica et l'Otelul Galati... avec donc des Portugais et des Roumains, encore ! Mais un grand club ne réitère jamais les mêmes erreurs...

Dans le détail, ça donne quoi ? Quatre Anglais et autant d'Espagnols, trois Français, Allemands et Portugais, ces derniers n'ayant jamais eu autant de participants à ce stade dans leur histoire, une récompense particulièrement méritée. En revanche, la grosse surprise vient de l'Italie, qui ne place que deux clubs, Milan et la Juve, et se retrouve au niveau des Russes et des Ukrainiens, en raison de l'élimination en barrages de l'Udinese, et de la perte de son quatrième qualifié, aux dépends des Allemands. Attention ne rigolons pas trop, parce que ça pourrait aussi vite nous arriver, un cran en-dessous... à noter quand même que, comme l'an passé, les Pays-Bas ne seront représentés que par l'Ajax... Alkmaar, Twente et surtout le PSv n'auraient pourtant pas fait tâche.

Dix-sept pays sont représentés, contre 18 l'année dernière, l’Écosse et le Danemark remplaçant la Suisse, la République Tchèque et Chypre, et 18 l'année précédente. Treize pays (Allemagne, Angleterre, Croatie, Espagne, France, Grèce, Italie, Pays-Bas, Portugal, Roumanie, Russie, Turquie et Ukraine) n'auront raté aucun des trois derniers tirages au sort. Le renouvellement est donc relatif, et on peut parler d'une première division européenne composée d'une bonne dizaine de championnats. Les autres passent, repassent... quand ils le peuvent. A noter que l'Angleterre a toujours eu quatre qualifiés depuis la saison 2004/2005 !

Voilà, maintenant vivement le début des hostilités ! On va se régaler, comme toujours. Rappelons que depuis l'instauration des poules, en 1991, on tourne à 2,63 buts par matches, avec une moyenne à 2,8 sur les deux dernières saisons...

A plus tard !

vendredi 17 août 2012

Pas si inintéressant !


Salut à tous,

Comme promis, même avec un jour de retard, revenons sur ce premier match des Bleus en 2012-2013, et celui de Didier Deschamps, qui succède à son ami Laurent Blanc dans une indifférence quasi générale. Autant, lorsque ce dernier avait succédé à Raymond Domenech, on avait eu l'impression de l'arrivée d'un messie, du sauveur qui allait relever la France après six années terribles (juste marquées par une finale de Coupe du Monde et trois qualifications pour des grands tournois, mais peu importe), autant là on a le sentiment que les gens ont compris que ce n'était pas forcément le sélectionneur qui faisait la différence. Vous mettez Aimé Jacquet à la tête de l'Equipe de France des années 60, elle sera toujours aussi nulle. Vous mettez Domenech en 1998, il aurait aussi bien pu être champion du Monde. Du coup, après l'"échec" - qui n'en est pas un puisque, rappelons le, les Bleus ont rempli leur objectif - des Bleus à l'Euro, on se dit que quelque soit le gugusse qui prendra la relève, ça ne changera pas grand chose : sans grand joueur, on ne gagne rien. On a de très bons joueurs (Ribéry, Benzema, Cabaye, Lloris, Ménez...) mais pas encore de grands joueurs. C'est comme ça, il faut s'y faire. Ça ne veut pas dire que ça ne va pas changer... C'est même certain que ça reviendra.

On a également eu la confirmation très nette de l'inutilité quasi totale de ces matches amicaux du mois d'août. Du point de vue des spectateurs et des joueurs en tous cas. Alors que ces derniers ont, dans le meilleur des cas, un match de championnat dans les pattes, voire un ou deux matches de tour préliminaire de coupe d'Europe, ce qui exclue les joueurs étrangers (ils étaient quatre seulement au Havre), quel est l'intérêt de les faire disputer un match amical, même contre une bonne sélection et dans un stade tout neuf, en plein mois d'août entre deux journées de championnat ? Bon courage aux quatre Lillois qui ont joué avant-hier et qui remettent ça dès ce soir en championnat contre Nancy. Notamment à Mathieu Debuchy, qui s'est blessé... Rudi Garcia a du être ravi devant sa télé. Carlo Ancelotti aussi, lui qui a vu son capitaine Jallet jouer 70 minutes au lieu de 45, comme prévu. Mais le PSG ne joue "que" dimanche, lui...

Surtout, ces matches de reprise sont presque à coup sûr des bouses, que la France ne gagne presque jamais en plus. En 2011 : match nul entre la France et le Chili, à Montpellier (1-1). 2010 : le fameux match amical perdu en Norvège avec les remplaçants des remplaçants (2-1). 2009 : match de qualif pour la Coupe du Monde très difficilement gagné aux Féroés (0-1). Il faut remonter à 2008 pour retrouver la trace d'un match aoutien des Bleus intéressant, avec la victoire en Suède, sur un but de Benzema et un doublé de Govou (2-3)... une autre époque, déjà. Et c'était sous Domenech. Et on peut remonter avant pour retrouver d'autres matches de ce genre, dont le seul intérêt est de... non, en fait y a vraiment pas d'intérêt.

Oh si, allez, Deschamps a du trouver de l'intérêt quand même. Déjà, de prendre le pouls de ce groupe qui va devoir relever un challenge complètement hors de portée pour lui, à savoir devancer l'Espagne dans sa poule et ainsi éviter les barrages. Ou au moins faire un excellent parcours et se qualifier directement comme meilleur deuxième, comme la Suède, cette équipe que l'on devait battre facilement à l'Euro paraît-il, l'avait fait pour aller en Ukraine. Dans les deux cas, ça paraît vraiment compliqué, surtout qu'on a déjà vu que la Biélorussie n'était pas une équipe bidon, la Géorgie non plus, ni la Finlande d'ailleurs. Et cette fois, pas d'iles Féroés pour bien s'amuser pendant que les autres gros s'écharpent entre eux. On sera au mastic à chaque match, et il faudra se montrer autrement plus percutant et efficace que mercredi.

L'Uruguay nous a montré à quel point des blocs resserrés nous posaient problème depuis des années, et ça risque fort de se répéter lors des éliminatoires. Difficile d'imaginer la Finlande ou la Biélorussie se jeter à l'attaque au Stade de France, et on a vu à l'Euro à quel point l'Espagne défendait bien et se portait vite vers l'avant. Ce qui était intéressant dans ce match, c'était de voir des joueurs qu'on pressentait depuis un moment en Bleu et qu'on a enfin pu voir à l’œuvre. Et, hormis Mavuba, un peu, aucun d'entre eux n'a déçu. Jallet a arpenté son couloir et délivré quelques bons centres, Capoue a confirmé à la fois son impact physique et sa qualité de jeu vers l'avant, et Yanga-Mbiwa a montré, avec son collègue Mamadou Sakho, qui devait également montrer beaucoup, une connivence mais surtout une qualité de placement et d'intelligence de jeu au-dessus de la moyenne. Avec Koscielny, on peut commencer à enfin espérer en une charnière intéressante, après deux années incertaines avec Rami et Mexès, même si ce dernier n'a déçu que sur la fin. Mais il aurait été aussi intéressant de les voir à l'oeuvre face à Suarez et Cavani, plutôt que face à Abreu et aux restes d'un Forlan qui faisait peine à voir, lui qui culminait sur le toit du monde il y a seulement deux ans...

Deschamps a également ressuscité deux joueurs qui paraissaient définitivement tricards en Bleu, malgré des performances souvent intéressantes en Bleu : Mavuba et Briand. Le premier, malgré un match étonnamment timide, est le meilleur milieu défensif français depuis quelques années, quand le second, raillé pour son inaptitude à marquer des buts (14 l'an dernier, quand même, plus 8 passes décisives !), il est devenu indispensable à l'OL, et son activité et son abnégation pourraient servir beaucoup à l’Équipe de France à l'avenir. J'ai également noté l'excellent match de Franck Ribéry, qui a beaucoup provoqué à gauche, souvent avec réussite. Il a mis trois ans pour se défaire de son complexe en Bleu, mais ça parait loin derrière lui, et c'est tant mieux.

Devant en revanche, c'est toujours le désert. Même si ce n'était qu'un seul match de préparation, ceux - nombreux, un peu trop même - qui réclamaient à cor et à cri l'association entre Benzema et Giroud se sont peut-être rendu compte de l'inanité de cette tactique au haut niveau. Le 4-4-2, en championnat, ça passe, contre l'Uruguay, qui maîtrise le milieu avec ses 5 joueurs, c'est une aberration. On s'est retrouvé avec deux ailiers et deux pointes privés de ballons par l'absence d'un joueur offensif central. Si vous alignez deux milieux défensifs purs dans ce système, vous coupez vos joueurs offensifs du jeu. Ce qui a provoqué cette première mi-temps à se pendre, avec une seule vraie occasion, celle de Yanga-Mbiwa sur corner. C'est un constat simple mais qui a semble-t-il échappé à beaucoup de monde, devant l'urgence, semble-t-il, de voir enfin les deux idoles du peuple alignées côte à côte...

La deuxième période, avec un Capoue qui jouait plus vers l'avant, et surtout avec l'entrée de Gomis, tellement plus mobile et disponible que ces deux prédécesseurs, et celle de Martin, ce qui a permis à l'équipe d'évoluer en 4-2-3-1, a été nettement meilleure, vous l'aurez constaté. Toujours est-il que cette année encore, le meilleur buteur des Bleus n'est pas Benzema (2) mais Ribéry (3). le Madrilène avait déjà été devancé par Rémy l'année dernière, avec les mêmes scores. L'année n'est pas terminée... mais pour l'instant Benzema a la même moyenne de buts par match que Yannick Stopyra (0,3). Vous me direz que je fais une fixette sur Benzema et Giroud, mais c'est en réaction avec le délire collectif qui accompagne ces deux joueurs et leur présumée association fabuleuse, et le statut de star du Real du premier nommé. En deux saisons sous Blanc plus un avec Deschamps, il a joué 23 matches, dont 21 comme titulaire, et a marqué 7 fois, notamment un doublé contre l'Estonie, un but en Albanie et en Bosnie et un but contre le Luxembourg. Les deux seuls buts contre des gros, contre l'Angleterre et le Brésil, l'ont été en amical. Je suis le premier à vouloir qu'un tel joueur réussisse en Bleu, mais avouez qu'il ne m'aide pas beaucoup. Quant à Giroud, j'attends de le voir s'imposer à Arsenal - sans Van Persie, ça peut le faire, même si Podolski a de grosses qualités - et de jouer quelques matches européens avant de vraiment parler de phénomène...

On en saura plus lors du match - capital, comme les 7 qui suivront - en Finlande, en septembre. Déjà on pourra compter sur Ménez, qui aura purgé la pathétique et démagogique suspension qu'il a reçu pour, tenez-vous bien, avoir mal parlé à son capitaine. Parce que d'habitude, les joueurs se parlent toujours bien sur un terrain, ils se disent s'il vous plait et emploient l'imparfait du subjonctif. Vraiment, on marche sur la tête. Les Experts du hand ont le droit de démonter un plateau de télé parce qu'ils ont tout gagné. On voit donc bien où se situe le réel enjeu : gagner ou ne pas gagner, et ne pas bien se comporter ou pas. Zidane a eu le droit de se comporter comme une brute parce que c'était une idole. Arrêtons les de les juger pour les modèles qu'ils n'auraient jamais dû être et contentons nous de le faire sur la seule chose qui compte : le jeu, les résultats.

A plus tard !

mercredi 15 août 2012

Les Visiteurs en folie

Salut à tous !

Me voilà de retour de vacances, avec sur les bras une actualité évidemment chargée en ce mois d'août : la reprise de la Ligue 1 et celle de l'Equipe de France. Chaque chose en son temps, penchons nous d'abord vers le championnat, qui a débuté ce week-end, comme vous le savez.

Il est toujours assez difficile d'analyser une première journée de championnat, notamment parce qu'on ne peut pas se reposer sur des tendances, des séries de victoires ou de défaites, etc. Chaque équipe repart de zéro, certaines avec des effectifs en partie renouvelés, d'autres, comme Bordeaux, Marseille, Lyon ou Nancy, avec quasiment aucunes recrues, et donc une forme collective supérieure qui leur a permit de toutes remporter leur match de reprise. On constatera quand même que Bordeaux est la meilleure équipe sur l'année 2012, devant Montpellier. En revanche, malgré son excellente performance au Parc des Princes, Lorient n'a remporté aucun de ses 5 derniers matches (2 nuls, 3 défaites), tout comme Toulouse (4 nuls, 1 défaite) et surtout Saint-Étienne (1 nul, 4 défaites). Deux mois de vacances, ça ne suffit pas toujours à régénérer des équipes. Attention quand même, parce que ces constatations pourraient vite être battues en brèche lors de la prochaine journée...

On a eu droit à 24 buts, un chiffre moyen, surtout par rapport à la moyenne de la saison dernière (2,52). Forcément, quand vous signez cinq 1-0, difficile de rentabiliser le 2-1, le 2-2 et les deux 3-2 des autres matches. Mais le fait marquant de cette première journée est le nombre hallucinant de victoires à l'extérieur (7), contre une seule victoire à domicile, celle de Nancy contre Brest, obtenue à la dernière minute sur une bourde de Thébaux (1-0)... espérons quand même que ce ne soit qu'un accident, parce que les victoires à l'extérieur sont rarement le fruit de démonstrations collectives et d'envolées offensives, plutôt de bloc bien resserrés et de contre-attaques rapidement menées, ou de buts sur coup de pied arrêtés. Bref, des matches chiants, pour la plupart, même si les victoires de Bordeaux et Bastia à Evian et Sochaux (2-3) sont de bonnes exceptions.

La Ligue 1 s'offre par ailleurs un duo de meilleurs buteurs plutôt détonnant. D'un côté, le néo Parisien Zlatan Ibrahimovic, super starisé et qui a su répondre présent pour sortir d'affaire un PSG une nouvelle fois en difficulté dès qu'il s'agit d'accueillir les contres du FC Lorient (2-2). De l'autre, Toifilou Maoulida, 33 ans, une vieille connaissance de la Ligue 1. Pour son 337e match parmi l'élite, où il a évolué sous les couleurs de huit clubs à présent, il a porté son compteur de buts en Ligue 1 à 67. Avec ses 39 buts en 3 saisons de Ligue 2, ses 4 buts européens et ses 28 buts en Coupe, il a dépassé les 130 buts en carrière... pas mal pour un joueur le plus souvent décrié pour ses ratés devant le but malgré une vitesse qui lui a permit de jouer, même brièvement, parmi certains des meilleurs clubs de France (Marseille, Monaco). En tous cas, son doublé à Sochaux (2-3) le replace dans une lumière dont on le croyait définitivement hors de portée après son départ à Bastia en 2011. C'est aussi le cas de son coéquipier Jérôme Rothen...

Les buteurs européens se sont bien comportés, puisqu'ils ont fait aussi bien que les inévitables africains (4 buts). Merci donc au Suèdois du PSG, alors que son pays n'avait marqué aucun but en Ligue 1 l'année dernière, mais aussi au Danois Wass et au "Polonais" Obraniak. En revanche, le Brésil confirme ses débuts souvent difficiles, avec le seul but de l'Ajaccien Eduardo à Nice (0-1). Pas sûr que les Brésiliens puissent se remettre du départ probable de Michel Bastos, un de leurs meilleurs pourvoyeurs ces dernières années. Et je ne parle pas de celui, éventuel, de Nene, qui avait marqué un tiers de leurs buts l'année dernière (21 sur 65)... Dans le même temps, même si elle n'a pas marqué durant cette première journée, l'Argentine s'est encore renforcée avec l'arrivée de Lavezzi, en plus des Pastore, Lisandro et autres Monzon ou Civelli, qui avaient échoué à 20 buts des Brésiliens l'année dernière. Pourquoi pas une victoire des Gauchos cette année, après quasiment 20 ans de domination ininterrompue de leurs voisins lusophones, hormis en 98 et 99 ?

Pas de buts des moins de 21 ans, notamment parce que Saivet (Bordeaux) n'est plus éligible, et que Hazard a quitté la France. En revanche, les plus de 31 ans se sont régalés, avec 4 buts, dont deux pour Maoulida, ainsi que ceux d'Eduardo et... Cheyrou, 31 ans cette année. Et oui, le temps passe... On a également eu droit à deux coup-francs, performance suffisamment rare pour être soulignée. Bravo à Wass et Mollo, continuez comme ça, le championnat manque vraiment trop de bons tireurs (3% l'année dernière). Quant à Rennes, qui était déjà une des trois équipes, avec Auxerre et Sochaux, qui avaient encaissé le plus de buts de leurs anciens joueurs (le dur destin des clubs formateurs...) avec 5 chacun, le Lyonnais Gourcuff, formé en Ille-et-Villaine, est venu nourrir la tradition... Il a été le seul.

Enfin, à noter la grosse performance des remplaçants, avec 5 buts à leur actif. Maoulida (2 fois), Pedretti, Hamouma et Ben Yedder ont donc prouvé qu'il allait falloir compter sur eux cette saison. En même temps, on s'en doutait un peu pour les trois premiers, qui ne seront sans doute pas souvent remplaçants cette saison... Du coup, on a eu droit à beaucoup de buts dans le dernier quart d'heure (8, soit 33 %), ce qui a permit à Bastia, Lille, Marseille et Nancy de l'emporter, et au PSG d'accrocher un nul salvateur. Il n'empêche que le PSG prend la peu glorieuse dernière place des équipes qui ont le plus mené au score, avec -85 minutes... le club parisien n'avait déjà pas vraiment brillé à ce classement l'année dernière (3e derrière Montpellier et Bordeaux), avec déjà une fâcheuse manie d'être mené avant de réagir. Ça pourrait encore lui coûter cher cette année.

Allez, assez pour aujourd'hui, on se revoit demain pour le match des Bleus !

mercredi 18 juillet 2012

Ibra, l'improbable arrivée

Bonjour à tous,

Jusque là je me retenais, de peur que sa malchance légendaire frappe une nouvelle fois le club parisien et que son transfert majeur de cet été décide finalement de ne pas signer mais non, il semblerait bien que Zlatan Ibrahimovic soit sur le point de signer un contrat de trois ans avec le PSG. Et donc avec la Ligue 1, d'une certaine manière. Un mariage aussi improbable qu'inédit, ou presque.

Une star en Ligue 1, enfin !

C'est un coup exceptionnel que le club de la capitale réalise aujourd'hui. Pour se souvenir de l'arrivée d'une telle star internationale, confirmée, ultra médiatisée et talentueuse, dans le championnat français, il faut peut-être remonter aux recrutements de Rudi Völler, par Marseille, et Jurgen Klinsmann, par Monaco, il y a presque 20 ans. La Ligue 1 a compté des stars dans ses rangs, mais elles ont soit été formées (Drogba, Papin, Benzema...) ou révélées en France (Ronaldinho, Weah, Pauleta...). Le dernier club à attirer des internationaux confirmés et reconnus à l'étranger, c'est Lyon (Wiltord, Baros...). Mais aucun d'entre eux ne possédaient le statut ou l'aura d'Ibrahimovic.

Beaucoup se plaignent déjà de ses émoluments, astronomiques et démesurés, voire honteux en temps de crise. Mais ce sont les mêmes qui, depuis des lustres, se moquent de la Ligue 1, de son faible niveau technique, de ses résultats européens de plus en plus quelconques, et de son incapacité à conserver ses stars. Mais c'est le prix à payer pour que la Ligue 1 rivalise enfin avec ses voisins. Qui osera dire qu'il n'a pas hâte de voir Ibrahimovic évoluer avec le PSG ? C'est comme si les Beatles effectuaint un concert hebdomadaire dans toutes les villes de France...

Le meilleur avant-centre du monde ?

Depuis cet été, je me pose sérieusement la question de savoir si Ibrahimovic n'est pas la meilleure pointe offensive d'Europe, voire du Monde. Drogba choisit ses matches, Falcao est encore loin de posséder le même génie malgré un sens du but ahurissant, Gomez ou Huntelaar sont des buteurs remarquables mais assez primaires, Balotelli est encore inconstant, Benzema n'a encore rien montré au niveau international, et Messi et Ronaldo ne sont pas des pointes pures. Si l'on constituait un onze mondial, qui évoluerait en pointe, aux côtés des deux Ballons d'Or en puissance ? Qui, à part Zlatan, qui a réussi son Euro au milieu d'une équipe limitée, et auteur du plus beau but de la compétition contre la France (2-0) ? Rooney, van Persie, voire Eto'o... du très gros morceau, à peu près du même niveau. Ça se joue à pas grand chose.

Ibrahimovic vient de signer sa première saison depuis dix ans sans titre de champion, mais au terme de 11 mois exceptionnels, peut-être les meilleurs de sa vie : 40 buts, 28 en 32 matches de championnat, 5 en 8 matches de C1, 2 en 4 matches de Coupe, et 5 en 11 matches avec la Suède, pour qui il en est désormais à 33 buts en 80 sélections. Il a également adressé 14 passes décisives, dont 7 en Serie A et 4 en C1... par ailleurs, ses 6 transferts, de Malmö au PSG, en passant par l'Ajax, la Juve, l'Inter, le Barça et le Milan AC, ont généré la bagatelle de plus de 145 millions d'Euros, hors primes, et les cinq derniers varient entre 20 (pour le dernier) et 45 (pour son passage en Catalogne). Preuve que malgré toutes les polémiques crées par son caractère volcanique et son égo surdimensionné, les décideurs du foot - ceux qui en ont les moyens, notamment - n'hésitent jamais pour miser sur cet attaquant puissant, complet, génial techniquement et élégant balle au pied.

Et ils ont raison. Depuis 2001 et sa dernière demi-saison à Malmö, son club formateur, il en est à 254 buts, soit plus de 22 par saison en moyenne. La dernière fois qu'il n'a pas dépassé les 20 buts sur toute une saison, c'était lors de sa première saison intériste, en 2006/2007 (15, tous en championnat). Ce n'est pas une machine à buts façon Gomez, ce n'est pas une flèche offensive comme Messi ou Ronaldo, c'est un mix des deux, hormis sur la vitesse. Mais de toutes façons, les attaquants rapides servent surtout aux équipes qui jouent en contre. Ibrahimovic est fait pour les équipes qui font le jeu, dominent, et cherchent des espaces dans les défenses regroupées. C'est d'ailleurs le cas de quasiment tous les clubs dans lesquels il a évolué. Sa taille, sa puissance, son jeu de corps et sa technique individuelle au-dessus de la moyenne en font un pivot increvable, redoutable et cauchemardesque pour n'importe quel défenseur. Ibrahimovic, c'est Hoarau ou Giroud, mais en technique, tellement plus technique.

Têtes, pied gauche, pied droit, frappes lointaines, volées et même coup-francs, il sait tout faire. Sa taille et son élégance font parfois douter de sa motivation. Et c'est vrai qu'à l'Euro, il courrait nettement moins que ses coéquipiers, ce qui ne devrait pas plaire en Ligue 1, où les marathoniens du pressing sont plus prisés que les artistes. Mais il court à bon escient, et fait rarement les mauvais choix. Quand il faut y aller, il y va. Mais quand vous faites 94 kilos, si vous courrez sans vous arrêter pendant une heure, vous ne tenez pas le choc.

Le PSG intouchable ?

Avec cette arrivée, mais aussi celles de Pastore, Lavezzi, Alex, Maxwell ou Thiago Silva, le PSG, en un an, a sauté plusieurs classes. Il est passé de candidat poussif à la quatrième place à champion obligatoire, d'ex bon club européen à favori pour les quarts de finale de la C1, minimum, et de refuge pour les bons joueurs de clubs de Ligue 1 à destination possible pour les meilleurs joueurs de la planète. Sa puissance financière sans limite parvient même à faire oublier à ces derniers qu'ils évolueront en Ligue 1, dans des stades souvent petits et parfois même insalubres, et que leurs performances sportives seront sans doute moins médiatisées que lorsqu'ils les effectuaient en Italie, en Angleterre ou en Espagne. A moins que leurs arrivées ne parviennent enfin à intéresser les médias étrangers sur la Ligue 1... En fait, signer au PSG actuellement, c'est comme signer en Chine ou dans le Golfe, mais en sauvant en partie la face sportivement, puisqu'il s'agit d'évoluer dans un des 5 ou 6 meilleurs championnats européens, et de continuer à disputer la Ligue des Champions, ce qui n'est pas le cas en Asie ou au Moyen-Orient.

Alors certes, Ibrahimovic va avoir 31 ans dans 3 mois, et on peut se demander s'il sera le même dans un ou deux ans. Ce n'est pas un Drogba, qui finit tard mais qui a commencé tard : à 19 ans il était titulaire à Malmö et international, et en est à 527 matches professionnels depuis son arrivée aux Pays-Bas, en 2001, pour près de 8 millions d'Euros. Soit près de 48 matches par saison depuis onze ans. Espérons pour le PSG que son joyau tienne le coup physiquement, mais aussi que son mental ne fluctue pas. Disputer la C1, c'est sans doute ce qui le motivera probablement le plus. Mais jouer à Ajaccio, Reims ou Lorient, ce sera une autre affaire. Alors certes, l'année dernière il a marqué contre Sienne, Bologne, Lecce ou Novara. Mais ça restait la Serie A, championnat diffusé dans la plupart des pays européens. Au moins les buts. Son arrivée est surtout là pour donner plus de puissance au club parisien en attaque, sur cette saison au moins, mais surtout pour prouver aux autres grands joueurs du monde qu'ils peuvent venir à Paris, que ce n'est pas honteux.

Il faudra par ailleurs qu'Ancelotti dégage une équipe type, dont le Suédois devrait rarement sortir, tout en ménageant les égos en faisant participer tout le monde, dans une saison qui sera encore plus chargée que la précédente. Qui évoluera en attaque avec lui ? Lavezzi, qui peut jouer partout comme un Lisandro, vient d'arriver et risque fort de posséder une longueur d'avance sur Nene ou Ménez. Pastore reculant d'un cran pour apporter son sens de la passe, ces deux là risquent fort de se disputer la troisième place de titulaire, à gauche et/ou à droite. Un départ de Nene, une rumeur persistante, pourrait régler la question, mais aussi limiter, du coup, les solutions offensives du club parisiens aux seuls Luyindula, Bahebeck ou Kebano, et bien sûr Hoarau et Gameiro pour jouer en pointe. Du bon, du talentueux, mais pas la même pointure que les titulaires.

Le PSG n'est pas devenu le meilleur club du monde en faisant venir Thiago Silva, Lavezzi et Ibrahimovic, c'est sur. Il lui manque une pointure au poste de latéral droit, notamment, même si Jallet et Bisevac n'ont pas démérité. Mais il peut s'attendre à une saison compliquée : le moindre match nul, la moindre défaite, seront considérés par les médias comme des catastrophes inacceptables. Et on sait à quel point le PSG a du mal, parfois, à soutenir la pression. Il serait bon, pour une fois, qu'il l'emporte sur Lorient lors de la première journée. Du moins pour ses supporters, qui sont des monstres de patience depuis 15 ans. Enfin, pas tous...

A plus tard !

jeudi 12 juillet 2012

Après Deschamps, le néant ?

Salut à tous,

Le changement de sélectionneur des Bleus devrait engendrer moins de bouleversements que celui qui a eu lieu il y a deux mois à la tête de l'Etat. Le passage de témoin entre Laurent Blanc et Didier Deschamps, soit les deux leaders charismatiques de l’Équipe de France de 1996-2000, c'est un peu comme si Batman succédait à Spiderman : des tronches différentes, des moyens peut-être différents aussi, mais au fond ils se ressemblent pas mal. Ils ont plus de zones d'ombres que leurs statuts de super héros inaltérables semblent indiquer.

Laurent Blanc n'était pas prêt

Être sélectionneur, c'est comme être aux responsabilités d'un pays, et c'est comme passer devant un scanner : plus rien n'échappe à personne. En quelques semaines, mois ou années, et quels que soient les moyens que vous ayez employé pour vous protéger, plus rien n'échappe à l'opinion sur vous. Caractère, méthodes, choix tactiques, sens du management : à la fin d'un mandat de sélectionneur, les cases sont cochées et le bilan ratifié.

Que savait-on de Laurent blanc avant son arrivée à la tête des Bleus ? Qu'il avait été un libéro d'une classe et d'une intelligence énorme, en club comme en sélection, qu'il avait un caractère de leader, que c'était pas le genre à mettre sa cravate sur la tête pour faire rire une assemblée et qu'il avait séduit la France avec son Bordeaux champion de France 2009, un cru offensif et gouleyant. Mais aussi que son aventure en Gironde s'était très mal terminée : son groupe avait très mal vécu l'annonce de son départ début 2010, et il n'avait jamais su relever un groupe qui comptait 9 points d'avance à la trêve avant d'en compter 14 de retard sur le champion marseillais à la fin de la saison.

J'ai déjà fait le bilan sportif de Blanc avec les Bleus. Honorable, plutôt réussi même puisque la France a franchi sa poule, et qu'elle était restée invaincue pendant presque 2 ans. Mais il a mal géré la qualification de son équipe pour les quarts de l'Euro, qui a failli lui échapper. Et on l'a vu jeter à la poubelle tous les jolis préceptes qu'il nous servait à chaque conférence de presse, à propos du beau jeu et de l'importance de maîtriser le jeu, contre l'Espagne. En alignant Debuchy milieu droit et en demandant à deux joueurs seulement de défier la défense espagnole, une hérésie, il a tombé le masque. Par ailleurs en pensant que la force de l'Espagne était forcément son attaque, et pas sa force collective et défensive, il s'est trompé idéologiquement et tactiquement. Admirateur du jeu espagnol, il l'a vu trop beau, imaginant des vagues offensives perpétuelles, alors que c'est très exactement l'inverse. Il a voulu contrer une Espagne qui n'existait pas, et qui au contraire doit être bousculée, bougée, comme l'ont fait le Portugal et l'Italie.

Auparavant, il n'avait pas su mobiliser son équipe, qui se croyait déjà qualifiée avant la Suède, et qui a bien failli se faire sortir bêtement de l'Euro. Comme à Bordeaux, il a montré ses limites de meneur d'homme, là on ne s'attendait pourtant pas à la voir faillir. Après la Suède, il n'a pas réussi à relever son groupe, le confortant dans sa peur en alignant une équipe extrêmement défensive. Tout le monde imaginait que son aura de champion du Monde et d'Europe, de joueur un peu mythique, allait réussir à tenir un groupe. Ça n'a pas été le cas, du moins sur le plan sportif. Je continue de ne pas m'intéresser à l'extra sportif, qui ne concerne par définition pas le sport.

Deschamps a un CV, mais pas de successeurs

Qu'est-ce qui le différencie de Deschamps ? D'abord, l'expérience d'entraîneur. Ferguson avait dit que c'était encore un peu tôt pour Blanc d'être sélectionneur. Comme je l'ai dit auparavant quand je l'ai comparé à Prandelli, il était sans doute l'entraîneur avec l'expérience la moins importante, et une aura de champion ou une bonne image de suffit pas pour diriger un groupe de footballeurs extrêmement talentueux, et donc forcément caractériels. Deschamps, de son côté, vient de boucler sa 9e saison d'entraîneur, et déjà 414 matches dirigés, dont la moitié de gagnés, que ce soit avec Monaco, la Juve ou Marseille, sans parler des titres remportés (une Ligue 1, 4 Coupes de la Ligue, 2 Trophées des Champions, une Serie B et surtout une finale de C1, en 2004). Comparé aux 3 saisons de Blanc à Bordeaux (149 matches), ça fait une sacrée différence. Surtout que les clubs que le Bayonnais a dirigé sont d'un autre calibres que Bordeaux, à la fois sur le plan sportif (même si ça se discute pour Monaco, même à l'époque) que sur le plan du contexte "social". Les supporters bordelais sont aussi gentils et bien élevés que sont nerveux et versatiles ceux de la Juve et surtout ceux de Marseille. Sans parler des stars qui fréquentent ces clubs...

En revanche, Deschamps a plus de problèmes relationnels avec ses dirigeants que son ancien vice capitaine. Il a quitté Monaco et la Juve en de mauvais termes, et est parti de Marseille après avoir vécu trois saisons très pénibles à tenter de collaborer avec José Anigo, la soupape qui permet au club de faire à peu près ce qu'il veut sans que les supporters s'en mêlent. Si Anigo s'en va, c'est la révolution, Deschamps ne pouvait pas gagner. Mais il a réactualisé un palmarès marseillais qui sentait bon le début des années 90, les pin's parlant, les tamagotchis et les shorts trop grands. Bref, sa relation avec Le Graet sera à surveiller.

Pour l'instant, donc, Deschamps n'a pas vraiment connu d'échecs, hormis la dernière saison à Marseille, où il a du faire avec un contexte épouvantable et des moyens financiers proches de ceux de Dijon. Si un entraîneur de ce calibre ne réussit pas à relever un peu plus l’Équipe de France, qui le fera derrière lui ? Derrière Blanc et Deschamps, c'est le néant. Dans la génération 98, ils sont les seuls à réaliser une carrière d'entraîneur ne serait-ce que potable. Les autres sont pour la plupart devenus des chroniqueurs bavards et donneurs de leçons, gonflés de certitudes grâce à leurs carrières forcément irréprochables (pourtant, Lizarazu ou Dugarry n'ont pas toujours fait les bons choix, si on y regarde bien), particulièrement doués pour le copinage, ce qui a aidé Laurent Blanc à passer à travers les gouttes, on l'a vu. Ça n'a jamais été de sa faute, toujours des joueurs.

La génération des années 80, elle, est essorée, ou presque. Platini a été essayé, Giresse végète dans des pays de quatrième zone, Tigana s'est grillé à Bordeaux, Fernandez... est Fernandez. Alors, qui ? On a cru en Kombouaré, mais son départ en Arabie Saoudite ne l'aidera pas. Pas plus que l'expérience de Paul Le Guen à Oman. Baup a pris le relais à Marseille, Denoueix est à la retraite... Bref, qui ? Depuis le départ d'Hidalgo, en 1984, on a usé huit sélectionneurs, soit un tous les 3 ans et demi. C'est à la fois peu pour construire et beaucoup d'entraîneurs. On a essayé la filière de la DTN, elle a rendu l'âme avec Domenech. On a aussi essayé la filière des "privés" (Santini, Blanc...), sans résultats probants. Et si on arrêtait de penser que la clé venait du sélectionneur et de son pedigree, et pas de la qualité de notre formation, d'un creux générationnel que la France a accumulé entre chaque période faste ? N'est-ce pas naturel qu'il y ait des vallées entre les montagnes ? Croyait-on vraiment que les Bleus allaient toujours tout gagner tout le temps à partir de 98, que les générations allaient s'enchaîner sans que la courbe de performance ne s'en ressente ? Croyait-on vraiment qu'il serait simple de remplacer des Blancs, des Deschamps, des Zidane, dans un pays qui ne sera jamais culturellement l'Allemagne ou l'Italie, capables de sortir des joueurs d'exceptions deux fois plus souvent que nous ? On a mis 15 ans à trouver un nouveau Kopa, 10 ans pour trouver un nouveau Platini. On ne sait pas si le nouveau Zidane attends quelque part qu'on l'appelle, ou qu'on le révèle enfin. Peut-être qu'il n'arrivera jamais, et qu'on gagnera collectivement, comme l'Espagne. Ça ne fait que six ans, après tout. En attendant, et comme prévu, les Gourcuff, Ben Arfa, Nasri, Martin, voire Benzema, en bavent pour justifier une comparaison inutile et destructrice.

Pas de solution miracle

Deschamps ne pourra pas faire plus de miracles que les autres. Croyez-vous qu'Hidalgo était vraiment pour quelque chose dans l'émergence de la génération Platini ? Certes, son palmarès parle pour lui, et ses choix (notamment le carré magique) également, comme il parle pour Jacquet. Mais ce n'est pas lui qui a sélectionné Platoche en Bleu en premier, c'est Stefan Kovacs. Est-ce Hidalgo qui est allé apprendre à Platini ou Genghini à tirer des coup-francs ? Un sélectionneur choisit les meilleurs joueurs qu'il a à sa disposition. Ce n'est pas lui qui les invente, il les trouve là et en fait ce qu'il peut. Contrairement à un entraîneur de club, qui lui est en revanche soumis à des impératifs contractuels et financiers pour constituer son équipe, un sélectionneur ne peut pas acheter un Brésilien ou un Argentin pour compenser un poste faible. Il n'y a pas de bon latéral dans son pays ? Il doit faire avec. Sauf quand t'es sélectionneur dans le Golfe, bien entendu.

Alors bien sûr, Deschamps nous a sorti la tirade de l'exemplarité. La France bien pensante n'aurait pas accepté autre chose. Il était bien obligé, face à une opinion dressée debout, révoltée par l'extrême gravité des faits, de ces gros mots innommables prononcés par ces représentants de la nation. Ridicule, une fois de plus. Il y a les mots, et il y a les actes. Cesare Prandelli, encore lui, avait aussi décidé d'un code de bonne conduite en 2010, en annonçant qu'il ne tolèrerait aucune faute. Pourtant, son attaque à l'Euro, Balotelli-Cassano, ne respire pas forcément le bon goût et la sagesse. Mais le sélectionneur italien a été plus intelligent que son opinion, ce qui nécessite toujours un grand courage, et ce qui n'est pas donné à tout le monde. Il a tenu bon, et ça a payé. Virer Balotelli ? D'accord, mais pour mettre qui ? Ça ne paie pas toujours, non, mais là oui. En entraîneur expérimenté, il sait que le talent, le génie, engendre souvent des caractères orageux, individualistes et égocentriques, comme le furent ceux de Cruyff ou Maradona. Mais le football leur appartient, il suffit de leur donner les clés. Et peu importe s'ils se coiffent comme des aisselles ou qu'ils disent des gros mots. Zidane a été expulsé 14 fois, Dugarry avait envoyé paître les journalistes et était sifflé partout en France pour son attitude désinvolte. La différence, c'est qu'ils gagnaient, voilà. On en revient toujours au jeu. C'est ce qui fait que ces débats sur la supposée exemplarité que les joueurs devraient avoir est inutile, populiste et sans intérêt. Tout dépend des résultats, c'est tout.

En attendant, il faudra qu'on m'explique comment on pourra viser le Mondial 2014 si on se prive de Ribéry, Ménez, M'Vila... parce qu'ils ont dit des gros mots, ce qui arrive partout, tout le temps, dans tous les sports. Si on veut une équipe gentille mais sans génie, qu'on le dise, on retournera directement dans la D2 européenne qu'on a quitté il y a 20 ans.

Allez, à plus tard !

mercredi 4 juillet 2012

Les tableaux de l'Euro

Salut à tous,

Petit retour sur cet Euro qui vient de se terminer. Je vais pour cela m'appuyer sur ma marotte habituelle, les stats, pour illustrer ce que fut ce tournoi qui pour moi a marqué un tournant sur le plan tactique : plus besoin d'attaquant pour gagner. Même plus besoin de la possession. L'Espagne a possédé le ballon mais moins qu'à l'accoutumée (59 %, et 46 en demi-finales contre le Portugal) et a joué la majeure partie du temps sans pointe. Ça n'engendre pas forcément moins de buts, mais ça n'en apporte pas plus - surtout, ça joue sur la qualité du spectacle. Hormis la finale, face à une Italie joueuse, les matches de l'Espagne ont un peu trop souvent ressemblé à du Handball, mais sans l'obligation de tenter une frappe au bout de 30 secondes. Une longue possession stérile, qui empêche l'adversaire d'être dangereux et le spectateur de rester éveillé.

Les numéros restent traditionnels

Au niveau des buts, on a raté à une unité près les scores des deux précédents Euros : 76 buts, contre 77 les deux fois auparavant. Soit 2,45, contre 2,48, une régularité qui fait presque peur, surtout que la moyenne des Euros depuis 1960 se situe à... 2,46. Mais il y a eu deux périodes bien distinctes dans ce tournoi : les deux premiers matches de chaque groupes, soit 16 rencontres, qui tournaient à 2,88 ; puis les troisièmes matches et les matches éliminatoires, soit 15 rencontres, où là on a tourné à pile 2 buts par match. Comme prévu, l'enjeu a tué le jeu lorsqu'il s'est élevé. Lorsque toutes les chances sont égales, on aime tenter sa chance, jouer, attaquer ; mais quand il s'agit d'assurer un point ou son but, les portes se ferment. Un grand classique. On a d'ailleurs marqué 9 de ces 30 buts lors du dernier quart d'heure, contre 7 sur les 46 buts précédents.

Un premier petit tableau, ensuite. Il s'agit du nombre de matches, de buts et de passes décisives dans le jeu par numéros. Oui oui, c'est intéressant !




On constate de suite que la tradition du numéro 9, malgré la disparition quasi annoncée des attaquants de pointe, a la vie dure : ils ont marqué 11 buts, devant les numéros 7, 11 et 14 (8 buts). Bon score également des 17 (7), qui ne signifie pas grand chose, à part que Mandzukic et Dzagoev, deux des meilleurs buteurs de l'Euro, ont le même numéro. Par match, le 10, apparu 49 fois, a longtemps mené au score mais c'est finalement le 7 qui l'a emporté sur le fil (51), devant le 10 et le 11 (49), puis le 6 (48) et enfin le 1, le 8 et le 9 (47). Bref, des numéros extrêmement traditionnels. En revanche, le 12 (13 fois) est désormais plus souvent porté par les deuxièmes gardiens que le 16 (39). Chez les passeurs, la victoire du 10 (6) devant le 7 et le 11 (5) ressemble quasiment à un poncif tellement elle est symbolique.

La Premier League plane

Autre tableau, celui des buts par clubs...



Évidemment, la toute puissante Premier League s'illustre. Et ce sans l'aide de ses internationaux anglais, qui n'ont marqué que 5 buts. Si la sélection italienne a brillé, ce n'est pas grâce à ses ressortissants : son buteur, Balotelli, évolue en... Angleterre. Même chose pour les 3 buts français, dont 2 viennent d'outre-Manche (Cabaye et Nasri), ou... l'Espagne, puisque Torres (3 buts), Silva (2) et Mata (1) jouent également en Angleterre. Heureusement que Fabregas est revenu en Espagne il y a un an... On notera également le bon score de la Bundesliga, qui a plus marqué que la Liga. Le Real l'emporte, mais d'une courte tête, grâce à Ronaldo (3) et Özil (1) mais aussi Xabi Alonso (2), Khedira et Pepe, des joueurs moins attendus... au contraire de Benzema (0). Si le Barça a été quelconque, confirmant que sans Messi, il est moins représentant offensivement, City, lui, a confirmé que son titre de champion d'Angleterre n'était pas usurpé. Mais sur les 7 buts de City, un seul vient d'un Anglais, Lescott. Enfin, la Ligue 1, comme il y a 4 ans, a été plus que quelconque : absente, ou presque.

Les passeurs à présent !



Une affaire de spécialistes, on dirait. Il ne manque personne, que des stars de la passe décisive, que des milieux offensifs aussi, hormis Benzema... quoique. Certains buts sont regardés en boucle sur internet, mais je pense que certaines passes décisives pourraient l'être aussi, notamment celle de Plasil contre la Russie (1-2) ou celles de Schweinsteiger contre les Pays-Bas (2-1), sans parler de celles de Xavi en finale. En fait si, il en manque un, des meilleurs passeurs d'Europe : Ronaldo...

Passons maintenant aux statistiques sur les tirs qui sont très parlantes je trouve.



Vous ne rêvez pas : la France est particulièrement bien classée, hormis sur l'efficacité, ce qui est problématique. Mais contrairement à ce que tous les commentaires catastrophés des commentateurs et des médias pourraient nous faire croire, les Bleus ont eu le ballon, puisque seules l'Allemagne et l'Espagne les devancent dans ce domaine, excusez du peu, et ils en ont profité pour beaucoup frapper, beaucoup cadrer, et même s'ils ont peut-être abusé de frappes lointaines, au vu de ces chiffres ont peut leur reprocher une chose : de n'avoir pas réussi à convertir toutes ces frappes. Parce que lorsqu'il leur fallait 63 tirs dont 37 cadrés pour marquer 3 petits buts, il en a fallu 28 et 14 à la Grèce pour en inscrire 5 ! Des chiffres sidérants. Le Danemark s'est également signalé par la précision mais aussi l'efficacité de ses tirs, dommage qu'il n'ait pas frappé plus ! L'Italie, elle, comme je l'avais dit, a beaucoup frappé, pour un résultat finalement très moyen (5,56 % de réussite contre 9,25 au total). Elle l'a payé en finale, avant que les circonstances de jeu ne fausse la fin du match. Mais jusqu'à l'heure de jeu, elle rivalisait avec l'Espagne au nombre de tirs et sur la possession. Mais pas au score...

Dominer n'est pas gagner... sauf pour l'Espagne

Enfin, derniers tableaux, qui confirment ce que je viens de dire...



Évidemment, l'Espagne a survolé les débats au nombre de passes, réussies surtout. Tenter beaucoup de passes, c'est bien, mais en réussir 4 sur 5, c'est gigantesque. Il faut dire qu'elle ne tente que des passes ayant beaucoup de chance de passer, et pas des centres, par exemple, puisqu'elle est dernière aux nombres de centres. Pourquoi aurait-elle centré d'ailleurs, puisqu'elle n'avait pas d'avant-centre ? L'Allemagne, en revanche, savait qu'elle en avait un, et a beaucoup tenté de le trouver dans les airs, avec un certain succès d'ailleurs. La France, elle, confirme qu'elle ne ratait pas toutes ses passes, contrairement à ce que les hurlements de Larqué contre la Suède laissaient supposer : devancer dans ce domaine presque tout le monde, et notamment les Pays-Bas, l'Allemagne, la Russie ou l'Italie, sans parler du score étonnamment mauvais du Portugal, c'est la meilleure des réponses. On dira que c'étaient beaucoup de passes latérales, certes... un peu comme l'Espagne, quoi.

A noter que les hors-jeu montrent que l'Espagne, qui en a signé le plus, a beaucoup plus joué en contre que d'habitude. Elle se situe devant - ou derrière - des équipes qui ont souvent subi, comme l'Irlande, la Grèce ou le Danemark. A noter que 5 des 6 équipes les plus sanctionnées en hors-jeu n'ont pas franchi le premier tour, et le premier demi-finaliste, le Portugal, est 8e. Il ne valait vraiment pas trop dominer dans cet Euro, décidément. Mieux vaut laisser venir...

Voilà sur ce je vous laisse, à plus tard !

lundi 2 juillet 2012

Une finale tronquée

Salut à tous,

La gueule de bois doit être partagée ce matin, de chaque côté du Golfe du Lion. En Espagne, la fête a du être terrible, et le réveil, difficile : mettre 4 buts d'écart à un adversaire en finale, ça n'avait jamais été fait ; et rentrer dans l'Histoire pour longtemps, ça n'arrive pas souvent. En Italie en revanche, c'est surtout l'ampleur très exagéré de la défaite qui a du faire le plus mal. Avec le fait de n'avoir pas pu défendre ses chances jusqu'au bout, à cause d'une règle qui, comme d'autres, à l'image de ce qu'il se fait dans le rugby, mériterait d'être quelque peu dépoussiérée.

L'Espagne définitivement mythique

Le bonheur espagnol est parfaitement légitime. Remporter trois tournois consécutifs, conserver son Euro, ne prendre aucun but en 990 minutes durant les matches éliminatoires, c'est carrément dément. Surtout lorsque l'on sait à quel point cette Roja a parfois ennuyé durant cet Euro, et même été bousculée, par l'Italie et la Croatie, en phase de poule, puis par le Portugal en demi-finales. Jusque là, seules l'Irlande et la France avaient laissé le futur double tenant développer tranquillement son jeu, sans qu'elle ne déploie jamais le jeu flamboyant qu'elle a montré hier soir... du moins pendant une heure.

L'Espagne fait mieux que les deux équipes qui avaient réussi un doublé en deux ans, la RFA entre 72 et 76, qui avait échoué cette année là en finale de l'Euro, et la France entre 98 et 2000, qui s'était complètement ramassée en 2002. Trois grands tournois, avec dans ses rangs la bagatelle de 9 joueurs (Casillas, Ramos, Arbeloa, Iniesta, Xabi Alonso, Xavi, Fabregas, Silva et Torres) qui ont participé à ces trois conquêtes. Et Puyol et Villa étaient blessés... de quoi faire une équipe entière ! Ça signifie une génération exceptionnelle, ça veut aussi dire que la relève ne sera pas jugée comme toutes les relèves. Le remplacement, dans les prochaines années, des trentenaires tels que Casillas, Xavi ou Xabi Alonso, ne sera pas aisé. On le sait bien, en France, comme ailleurs : les mythes ne se succèdent pas entre eux.

Des débats équilibrés

Pourtant, même si dans le jeu elle semblait supérieure, la Roja n'a pas dominé du tout la première heure de la finale, contrairement à ce que le tableau d'affichage annonçait alors. Elle avait deux buts d'avance mais n'avait ni la possession (52 % pour l'Italie) ni le nombre de tirs (12 à 11) en sa faveur. La Squadra avait même raté quelques grosses occasions très nettes, notamment le pauvre Di Natale, rentré à la pause à la place de Cassano, et qui se créait deux opportunités énormes, une tête juste au-dessus sur un coup-franc puis un duel avec Casillas, dans lequel il envoyait directement le ballon sur le portier espagnol, qui n'en demandait pas tant. Ce dernier a par ailleurs sorti un très grand match, ce qui montre, contrairement à ce que certaines blagues circulant sur le net tendraient à faire croire, que la Roja, après avoir gagné l'Euro sans attaquant, pourra gagner le prochain sans gardien. Elle a souffert sur les attaques placées italiennes, et surtout sur les coups de pied arrêté. Et malgré les critiques répétées et consternantes des commentateurs de TF1, Mario Balotelli a fait ce qu'il a pu, il a pesé, mais n'était pas toujours été bien soutenu.

Mais, malgré le côté équilibré des débats, l'Espagne menait déjà largement à la pause, grâce à deux buts sublimes, enfin. Deux buts qui nous ont rappelé que, quand cette équipe essayait de faire autre chose que faire tourner le ballon et attendre que l'adversaire se fatigue, elle pouvait sortir des actions collectives magiques, qu'elle seule est capable de fournir au niveau international. Le but de Silva, sur un centre de près de Fabregas, et celui de Jordi Alba, parfaitement lancé par un Xavi retrouvé, ont illuminé une première mi-temps équilibrée, on l'a dit, mais aussi plaisante à regarder et très rythmée. La suite...

La finale volée

Après un quart d'heure où Di Natale aura définitivement mangé la feuille, il y eut la blessure du Parisien Thiago Motta, entré 5 minutes plutôt, et qui allait laisser ses coéquipiers à 10 pendant une demi heure, une première dans l'histoire des grandes finales. A 10 contre 11 Espagnols en pleine confiance, pendant un tiers de match, que pouvaient espérer les Italiens, aussi courageux soient-ils ? Ils ont retardé l'échéance pendant 20 minutes, avant de logiquement craquer durant les 10 dernières. On est content pour Torres, qui termine co meilleur buteur en n'ayant joué que durant l'équivalent de deux matches (189 minutes), et Mata, qui a profité de ses seules (!) 5 minutes de jeu durant cet Euro pour marquer, mais pas sûr qu'ils auraient si aisément trompé Buffon en fin de match si les deux équipes avaient terminé à 11. Que ce serait-il passé si l'Italie avait eu l'autorisation d'effectuer un autre changement ? Pas sûr qu'elle eut pu inverser la tendance, même si elle en avait les moyens, puisqu'elle continuait de se créer des occasions avant cela. Mais on aurait eu droit à une dernière demi-heure beaucoup plus rythmée et équilibrée, sans nul doute. Bref, si le vainqueur n'a sans doute pas changé à cause de cette circonstance, les spectateurs que nous sommes, qui nous régalions de voir les deux meilleures équipes européennes, les derniers champions du monde, s'affronter, peuvent se sentir spoliés. Cette finale a été faussée, et son résultat avantageusement grossi, sans doute. Il n'y avait pas 4 buts entre les deux équipes, hier soir.

En rugby, ce sport traditionnel, enraciné dans les cultures des terroirs britanniques, du sud de la France ou de l'hémisphère sud, si ancré dans les villages, les régions, qui ne succombe que partiellement au business que le professionnalisme colporte partout où il va, on peut consulter la vidéo lorsqu'une décision arbitrale pose problème. On peut aussi remplacer un joueur quand il est blessé, même quand les remplacements ont tous été effectués. Bref, le rugby nous donne encore une fois une leçon de modernisme. De cette manière, les matches ne sont jamais faussés par des coups du sort. Cesare Prandelli a du changer son latéral gauche après 20 minutes, déjà sur blessure. Il a donné du peps à son attaque à la pause, en faisant rentrer Di Natale, deuxième changement. Peut-être celui de Montolivo par Motta, avant l'heure de jeu, était prématuré, après coup. Comment le savoir ? Si on se dit qu'on prends un risque en changeant trop vite ses joueurs, on fait comme Laurent Blanc, on fait des changements à la 85e minute, quand c'est trop tard. Prandelli, lui, est un tacticien hors pair, et ses changements, notamment celui de Di Natale, ont bien failli porter ses fruits. Et la blessure de Motta n'est pas une erreur de sa part, juste un coup du sort. Il a essayé d'équilibrer son milieu pour avoir une meilleure maîtrise et en contrant mieux l'Espagne. Mais il n'y a plus eu de match, ensuite.

Cruel pour l'Italie

Rendant hommage à ces joueurs espagnols, dont plus de la moitié des titulaires ont remporté trois tournois majeurs, ce que personne en Europe n'avait jamais fait. Nous serons tous très vieux, voire morts, le jour où tous ces records seront battus. Une équipe qui gagne quatre trophées d'affilée ? Difficile à imaginer. Et ils nous ont régalé hier. Mais je ne peux m'empêcher d'être triste pour ces Italiens qui, après des décennies à encaisser des critiques sur le jeu et leur calcul, ont essayé - et réussi - de jouer, on fourni du jeu, et se sont rendus sympathiques aux yeux du monde entier, et même des Français, mais qui ont payé trop cher cette révolution stylistique et tactique. Beaucoup, dans la botte, feront remarquer que, peut-être, s'ils avaient plus calculé, moins laissé d'espace en attaquant, ils auraient plus gêné cette Roja qui, comme toutes les équipes qui aiment avoir le ballon, n'attendent qu'une chose, que leur adversaire prenne des risques. Mais les Italiens ne doivent pas abandonner cette idée. Ils ont et ont toujours eu les joueurs pour mieux jouer qu'ils ne le faisaient avant, et voir enfin cette équipe se libérer et offrir autre chose que de la sueur et du bloc équipe, c'est vraiment réjouissant. Et en plus ça marche, souvent. On ne rencontre pas tous les jours l'Espagne, et on ne finit pas toujours à 10 contre elle.

Allez, on se revoit plus tard pour un bilan détaillé de cet Euro !