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dimanche 10 juillet 2016

La finale des outsiders

Salut à tous,

Alors, ça fait du bien non, cette finale qui se présente à nous ce soir ? Ce n’est pas parce que je vous ai oublié ces derniers jours que je ne vais pas me fendre d'un article pour parler un peu de ce match excitant, et qui pourrait sacrer championne d'Europe la génération la plus improbable de l'histoire de l'équipe de France... et aussi du Portugal.

La défense en chantier


En effet, on a l'impression qu'on s'apprête à assister à une finale entre deux outsiders de la compétition. Alors certes, on parlait de la France comme d'un possible vainqueur, mais surtout par rapport à sa bonne Coupe du Monde 2014 et à ses résultats amicaux plutôt emballants cette année, et surtout parce qu'elle allait évoluer à domicile, ce qui n'est pas un avantage négligeable, même si aucun pays organisateur n'a remporté son Euro depuis... 1984. Depuis, la RFA en 88, la Suède en 92, l'Angleterre en 96, les Pays-Bas en 2000 et le Portugal en 2004 avaient tous atteint au moins le dernier carré, voire la finale pour les partenaires de Luis Figo et du jeune Ronaldo. Si ce n'est pas une garantie absolue de victoire, c'est en tous cas un beau marche pied pour réussir un bon tournoi. Surtout quand le calendrier est particulièrement favorable (un troisième de groupe en huitièmes, puis forcément un deuxième en quart, une semaine de repos avant les huitièmes puis les quarts...).

En revanche, on pouvait douter de sa capacité à priver l'Espagne, tenant du titre, ou l'Allemagne, championne du monde, d'un nouveau triomphe, en raison des nombreuses absences qui ont marqué les dernières semaines de sa préparation. En effet, en plus de s'être privée de son meilleur attaquant (Benzema), elle a du enregistrer les forfaits de Debuchy, Varane, Zouma et Mathieu, ainsi que de la suspension préventive - à tort, une injustice flagrante pour ce garçon qui ne méritait pas un tel sort au vu des services rendus - de Sakho. Et ça, ce n'était qu'en défense, puisqu'il manque également au milieu Lassana Diarra, qui avait mis tout le monde d'accord au poste de sentinelle... qui de toutes façons n'existe apparemment plus dans cette équipe, désormais organisée dans un 4-2-3-1 dont plus personne ne voulait entendre parler il y a seulement quelques jours.

Les Bleus sont donc partis avec un système défensif ravagé, après avoir finalement appelé en renforts Umtiti, qui était réserviste, et Rami, qui lui était en vacances, et qui a finalement entamé la compétition comme... titulaire, histoire de laisser Koscielny évoluer de son côté favori, le gauche. Et après des performances extrêmement inquiétantes sur le plan défensif, bizarrement rehaussées par une passe décisive contre l'Albanie (2-0) et une relance elle aussi décisive sur le deuxième but de Griezmann contre l'Irlande (2-1), il a du laisser sa place pour suspension en défense centrale. A qui ? A l'expérimenté Mangala, fort de ses 7 sélections, ses 30 matches de Ligue des Champions et ses 48 matches de Premier League, logiquement ? Ah non tiens, Deschamps fera finalement confiance à Umtiti, zéro sélections et 7 matches de C1 pour toute expérience internationale. Avec en plus le désavantage de faire changer Koscielny de côté. Côté pari risqué, ça se posait là.

Et pourtant, après un premier match marqué par une timidité extrême, et pas seulement dans les relances, dans les duels aussi, le futur Barcelonais, que j'imaginais mal détrôner Mascherano dans la défense de Luis Enrique, a plus qu'assuré face à l'Allemagne, il a impressionné. Intraitable dans les duels, il a surtout brillé par ses montés et la qualité de ses relances. Bref, ce total bizut du haut niveau a sorti un match exactement comme il le fallait, et même plus. Complètement improbable.

Du 4-3-3 au 4-2-3-1

D'une manière générale, la performance générale des Bleus est complètement illisible. Pendant trois ans et demi, à partir du fameux France-Ukraine de novembre 2013 (3-0), elle a évolué dans un système qui donnait satisfaction à tout le monde, du sélectionneur aux médias en passant par les joueurs, le 4-3-3. Face à l'Albanie, pour faire tourner et mettre Payet au cœur du jeu tout en faisant souffler Griezmann, Deschamps tente le 4-2-3-1 qui avait pourtant déjà échoué face à l'Albanie, un an plus tôt (0-1). Face au nouvel échec qui s'annonce, le sélectionneur repasse en 4-3-3 à la pause, la France joue mieux et fini par s'imposer (2-0). Oublié le 4-2-3-1 ? Que nenni. Face à l'Irlande, les Bleus piétinent face à une Irlande bien en place et qui mène à la pause (0-1). La Dèche repasse en 4-2-3-1 avec l'entrée de Coman, les Irlandais, qui ont eu trois jours de moins de récupération, se désagrègent défensivement, exactement comme ils l'avaient fait contre la Belgique en poule (0-3), et tout d'un coup tout le monde trouve le 4-2-3-1 génial. Allez comprendre.

Du coup, Deschamps change encore de système de départ en conservant le 4-2-3-1 de la fin du match face aux Verts, mais avec Sissoko à la place de Coman. Je ne sais pas qui a trouvé que Sissoko, avec sa technique de terrassier, ferait un bon ailier, mais apparemment il a convaincu tout le monde. En fait d'ailier, il s'agit surtout d'un second latéral qui sécurise le couloir de Sagna, qui n'était pourtant pas le plus poreux des deux... je ne sais pas si vous me suivez, même moi j'ai du mal. Rassurez vous, c'est là que les essais se terminent. Mais avouez tout de même que cette multitude changements ne respire pas la maturité tactique ni la sérénité. Mais c'est passé. A chaque fois de façon ric-rac, hormis contre l'Islande, mais il n'y a que le résultat qui compte, parait-il.

La chance tourne

C'est le point commun que la France partage avec son hôte de ce soir. Le Portugal, qui s'appuie peut-être sur sa plus faible génération sur le plan des individualités depuis 20 ans - suffit de revisionner ses matches des Euros 96, 2000 et 2004 pour s'en rendre compte -, qui s'est qualifié dans le groupe le moins difficile qui soit - Albanie, Danemark, Serbie, Arménie - et qui a franchit sa redoutable poule - Autriche, Hongrie, Islande - au prix de trois nuls et d'une troisième place miraculeuse, a bataillé ensuite pour éliminer des Croates pourtant favoris, après le pire match du tournoi sans doute (1-0 a.p.), puis une Pologne qui avait pourtant ouvert le score (1-1, 5-3 tab) et enfin des Gallois privés de leur passeur Ramsey (2-0). Un parcours du combattant qui forge un groupe, le rendant mentalement fort et presque invincible...

La Selecao qui a eu deux phases dans cet Euro. Durant les trois matches de sa poule, elle a largement dominé ses adversaires, frappant 69 fois face à l'Islande (1-1), l'Autriche (0-0 et un penalty raté par Ronaldo) et la Hongrie, qui a mené à trois reprises sur trois tirs lointains, dont deux déviés, tandis que le Portugal égalisait à chaque fois sur trois buts superbes, dont un doublé de sa star (3-3). Bref, au premier tour, le Portugal était maudit, mais il a bien appris sa leçon. A partir des huitièmes, il s'est refermé sur lui-même. Carvalho écarté en défense, au profit de Fonte puis Alves, avec la blessure de Pepe, Moutinho mis sur le banc au profit du plus obscur Adrien Silva, il ne domine plus outrageusement - et vainement - et attend patiemment la première erreur de son adversaire, avec succès à chaque fois. Bref un profil cynique, bien dans l'heure du temps, à l'époque des Mourinho et autre Simeone, et surtout qui a permit de faire tourner la chance dans le bon sens. Depuis, le Portugal n'impressionne plus personne mais se qualifie à chaque fois, en donnant l'impression que rien ne peut lui arriver.

Deux blocs soudés

Bref, deux équipes improbables, qui n'ont impressionné aucun observateur neutre, si l'on excepte la démonstration française face à l'Islande. Objectivement, hormis Griezmann et Ronaldo, et éventuellement Pogba ou Pepe, combien de joueurs de ces équipes pourraient se targuer d'être le meilleur d'Europe à son poste ? Il s'agit certes de collectifs soudés, à l'état d'esprit pour l'heure exemplaire, forgé dans la difficulté. Mais ce sont aussi deux équipes dont les défauts sautent aux yeux, la défense côté français, l'animation et l'efficacité offensive côté lusitanien, du moins jusque là (ne nous portons pas trop malheur non plus...). Deux équipes qui ont battu des équipes qui leur était indiscutablement supérieures sur le papier (l'Allemagne, qui a dominé la France tactiquement et techniquement, sans être aidée par la réussite ni les évènements, ou la Croatie pour le Portugal). Deux équipes qui ont signé des matches aux scenarii serrés et à la conclusion souvent tardive, dans un Euro il est vrai avare en scores larges.

Un match plus indécis qu'il n'y paraît. La certitude qui semble habiter à la fois les médias et l'opinion que la finale est gagnée d'avance me fait très peur, parce que c'est exactement ce qu'espèrent les Portugais : que leur hôte les sous-estime. Ronaldo, pour qui c'est peut-être la dernière chance de remporter un trophée avec son pays, ne vise rien d'autre que la victoire, et il a pris l'habitude de réaliser ses objectifs durant sa longue carrière. Cette équipe va se laisser dominer, et à mon avis il ne faudra pas beaucoup d'occasions à son buteur pour crucifier des Bleus trop confiants.

Espérons que cette jeune équipe, insouciante, un peu folle et si imprévisible, qui a eu la possession durant tout le tournoi avant de signer un match d'équipe de CFA 2 en Coupe de France face à un club pro, en demi-finale face à l'Allemagne, saura garder ses nerfs pour imposer son jeu et pourra compter, croisons les doigts, sur un nouveau grand match de sa nouvelle star, Antoine Griezmann. Ce serait le titre le plus improbable de notre histoire, encore une fois. Mais ça ne nous empêchera pas de le célébrer, s'il survient.

Allez les Bleus ! Et à lundi !


jeudi 23 juin 2016

Place aux huitièmes !

Salut à tous,

Voilà le premier tour s'est terminé hier soir, en nous donnant enfin quelques émotions, du moins dans le groupe F, avec notamment la qualification surprise de l'Islande et le match fou - et riche en but, enfin ! - entre la Hongrie et le Portugal. Avant le début des huitièmes de finale, samedi, on va faire un petit bilan de ces 36 premiers matches. Il n'en reste plus que 15, déjà...

Un désert de buts

D'abord, revenons rapidement sur ce qui, selon moi, caractérise vraiment cette 15e édition de l'Euro : le nombre absolument lamentable de buts. On en est à 69 buts en 36, soit 1,92 par rencontre, un but toutes les 46 minutes environ. Moins d'un but par mi-temps ! Vous allez me dire que c'est ma marotte et que ça reste un détail, mais pas du tout : parmi les 14 anciennes éditions, seuls les Euros 1968 (1,4), 1980 (1,93) - les deux se déroulant en Italie, étrangement - et 1996 (2,06) s'étaient approchés de nos chiffres actuels (1,92). Mais le premier ne comportait que 4 matches, le deuxième, 14, et le troisième, 31, des diviseurs moins représentatifs. Là, on est déjà à 36 matches, et hormis hier à Lyon, donc, on n'a pas eu droit à un seul match échevelé entre deux équipes offensives, qui osent mettre un peu de côté l'obsession du bloc équipe et de la défense à outrance. Ça a sûrement choqué les adeptes d'Aimé Jacquet et de Mourinho, c'est peut-être logique que ce genre d'évènements se raréfient à l'approche des sommets, mais ça fait du bien quand même. Parce que le foot, ça reste les buts et non l'absence de buts, désolé. Personne ne va au stade en rêvant d'un duel tactique entre deux équipes bien en place.

Lors de ces troisièmes matches de poule, on a ainsi une nouvelle fois touché le fond, avec 22 buts (1,83), comme lors de la première journée. Hier soir, pour la conclusion du trépidant groupe E (10 buts en 6 matches, seul le groupe C, celui de l'Allemagne, fait pire, avec 7 buts), on a failli avoir droit à deux 0-0 pour conclure. Les 0-0 qui sont finalement assez nombreux (4, soit 11,1 %) mais qui sont devancés par les 1-1 (5), les 2-1 et les 2-0 (6) et surtout les 1-0, évidemment (10, soit 27,8 %). 69 % de matches à deux buts ou moins... on s'est régalé, avouez le. Résultat, la moitié des équipes engagées ont marqué moins de 3 buts, trois d'entre elles - toutes éliminées, dieu merci - n'ont marqué qu'une fois, et l'Ukraine, elle, n'y est jamais parvenu. Qualifiée de justesse lors des barrages, elle restera l'anonyme de cet Euro.

Les buts qui ont du mal à survenir avant la 30e minute (15,9 %), plutôt lors des quarts d'heure avant et après la pause (39,1 %) et évidemment en fin de match (28,9 %). Il vaut donc mieux être patient dans cet Euro...

Les Britanniques en force

Ils étaient déjà nombreux - 4, sur 5 au total - et les pays des iles Britanniques, dont certains étaient pourtant peu habitués à ce genre d'évènements, ont justifié leur présence en masse en se qualifiant toutes pour les huitièmes de finale. Au point que deux d'entre elles, qui disputent pourtant leur premier Euro, à savoir l'Irlande du Nord et le Pays de Galles, s'affronteront samedi au Parc des Princes pour une place en quart de finale ! Les Nord-Irlandais qui se qualifient d'extrême justesse, puisque ce sont les seuls des 16 qualifiés à passer ce tour avec 2 défaites au compteur... et les seuls, avec le Portugal, à n'avoir récolté que 3 points lors de ce premier tour. Merci au merveilleux et si lumineux système des 4 meilleurs 3es... vivement le prochain Euro.

Si ce passage à 24 équipes a permis, logiquement, d'ouvrir la porte à de nombreuses nouvelles nations, qui se sont d'ailleurs toutes bien comportées, si ce n'est au niveau du jeu, puisqu'elles ont quasiment toutes passé leur temps dans les 16 mètres à défendre en attente d'un contre, au moins au niveau des résultats, 3 des 4 bizuts ayant passé le cut (Irlande du Nord, Pays de Galles et Islande, seule l'Albanie restant à quai), il aura surtout permis aux grosses équipes d'éviter une élimination précoce. Le passage à six poules leur a évité de s'affronter prématurément, déjà, et la qualification de 16 équipes sur 24 leur a évité de trop suer pour passer au tour suivant, notamment le Portugal, troisième de sa poule derrière les terribles Hongrois et Islandais (!) et sans gagner le moindre match... du coup, tous les gros sont là.

Je dirais même plus : hormis ces mêmes lusitaniens, qui sont récompensés de leur "splendide" parcours en se retrouvant dans la partie de tableau la plus favorable, et de loin, avec pour seuls écueils leur prochain adversaire croate - la meilleure équipe de ce premier tour, selon moi, ce qui ne lui garantie rien - peut-être les Gallois de Bale en quart et éventuellement la Belgique, en demi-finale, tous les gros se retrouvent du m^me côté. La France, l'Espagne et l'Italie, qui elles se sont qualifiées avant même leur troisième match, se retrouve coincées ensemble dans le même tableau, en compagnie de l'Allemagne et de l'Angleterre... le charme des tableaux pré établis. On aura donc un finaliste surprise, face à un survivant, probablement un très gros mais qui aura du batailler pour arriver au Stade de France.

Le Real Madrid bien représenté, pas la Ligue 1

On l'a vu, on a peu de buts mais on a quand même des buteurs en forme, avec déjà deux joueurs à 3 buts - Bale et Morata - suivis de 7 joueurs à 2 buts - Lukaku, Perisic, Payet, Dzsudzsak, Ronaldo, Nani et Stancu. Par clubs, le champion d'Europe, dont la victoire en C1, aidée par un parcours clément et une victoire heureuse aux tirs aux buts, justifie pourtant pleinement son rang, puisque ses pensionnaires ont déjà inscrit 7 buts, sachant qu'il manque Benzema dans le lot. Suivent trois équipes à 3 buts, l'Inter Milan et... deux équipes turques, le Fenerbahce et Bursaspor, 11e de son championnat ! Le premier profite des deux buts du Portugais Nani, et l'autre de ceux du Hongrois Dzsudzsak et de celui du Tchèque Necid. La Toto Super Lig qui se comporte particulièrement bien, puisqu'elle se classe 4e des championnats les plus représentés, avec 9 buts, soit plus que l'Allemagne (6) et derrière l'Angleterre (17), l'Espagne (12) et l'Italie (10) !

Et le championnat de France me direz vous ? Rien, nada. Malgré 22 représentants - dont 5 gardiens -, soit le 8e contingent du lot, aucun d'entre eux n'a réussi à marquer. Ibrahimovic et Sigthorsson, malgré un temps de jeu conséquent, sont resté muets, tandis que Grosicki, Eder et surtout Batshuayi ont très peu joué... le seul joueur de Ligue 1 ayant brillé, finalement, c'est Subasic, le gardien croate, qui a stoppé le penalty de Ramos contre l'Espagne... malgré tout tout n'est pas perdu, ils sont encore 18 qualifiés pour les 8es, dont 5 gardiens, encore. A noter que dans le même temps, les championnats russes (3), suisses (2), écossais, hongrois, néerlandais, tchèques, suédois, et même chinois et qataris sont représentés dans le classement... il serait temps de rapidement réparer cette anomalie. Si c'en est bien une...

Bonne nouvelle, on a également deux passeurs à 2 unités, Hazard (Belgique) et Ramsey (Galles). L'Euro est pauvre en buts, mais le taux de buts sur passes décisives dans le jeu est très élevé (71,6 %), ce qui est un gage de qualité de jeu. Si on cumule buts et passes, Bale et Morata sont rejoints en tête des joueurs les plus décisifs par Payet, Perisic, Ronaldo (2+1) et Ramsey (1+2). Par équipe, la Croatie, l'Espagne (5+4) et le Pays de Galles (6+3) sont les équipes qui se comportent le mieux, devant la Belgique, la France et le Portugal (4+4).

Voilà, espérons que les matches à éliminations directes se montreront plus ébouriffants, mais ce n'est pas la tendance des derniers grands tournois (2,2 buts en 2014, 2,14 à l'Euro 2012...). En tous cas sur le papier ils sont alléchants. A plus tard !

jeudi 16 juin 2016

Et à la fin, Payet marque (2)

Salut à tous,

Deuxième match et deuxième victoire quasi miraculeuse pour les Bleus, qui ont encore du attendre les derniers instants pour l'emporter. Ils ont certes réussi là où, face à des oppositions du même style, ultra défensives, à la limite de la caricature, le Portugal ou l'Angleterre, par exemple, avaient échoué. Mais ils ne pourront pas toujours compter sur une erreur de marquage de l'adversaire en fin de match.

Deschamps, écoutant une nouvelle fois un peu trop les médias, avait étrangement changé un système qu'il était pourtant sensé avoir travaillé durant deux années de matches amicaux, et même avant, au bout de seulement un match moyen de son équipe, et ça a failli lui coûter cher. Comme quoi, le sélectionneur, déjà obligé d'improviser en défense suite aux nombreuses défections, semble y avoir pris goût. Son retour au 4-3-3, dès la mi temps, lui a sauvé la mise, mais il serait judicieux que face à des oppositions plus relevées, dès dimanche contre la Suisse par exemple, il limite un peu plus ses petits essais... la compétition, ça ne sert pas à ça.

Deuxième séance de notes de votre serviteur :

Lloris (5,5) : Le gardien des Spurs auraient pu prendre une semaine de vacances supplémentaire, tant il n'a rien eu à faire, ou presque, durant les deux premiers matches des Bleus. Aucun arrêt à effectuer hier soir pour l'ancien Niçois, sauvé par son poteau en début
de seconde mi-temps malgré tout. Son tournoi n'a pas encore commencé malgré une défense qui le protège moyennement, espérons qu'il garde le rythme pour la suite.

Sagna (5) : Guère secoué dans son couloir, ou Lenjani l'a laissé tranquille, le Citizen n'en a pas vraiment profité pour apporter le surnombre et aider Coman à se débarrasser de ses deux cerbères habituels. Pour lui aussi, on attend de voir - avec un peu de crainte, je l'avoue - que l'opposition se corse pour avoir un avis plus tranché.

Rami (5,5) : Encore un match où certaines de ses interventions et surtout ses relances folkloriques n'ont pas rassuré les suiveurs des Bleus pour la suite de la compétition. La menace de Sadiku était pourtant relative... au final il sauve son match - et sa note - grâce à ce centre venu d'ailleurs qui offre le but de la victoire à Griezmann, suite à un corner (1-0, 90e). Un centre comme jamais, peut-être, Sagna n'en a fait en 59 sélections...

Koscielny (5) : Peu embêté par Sadiku, l'ancien Merlu a fait le job, sans en faire trop, ou même plus. On peut lui reprocher de ne pas avoir su apporter le surnombre quand le milieu français piétinait en première période... et la relance reste son talon d'Achille.

Evra (4) : Contrairement à son collègue de l'aile droite, lui n'a pas attendu de croiser des clients dans son couloir pour sérieusement inquiéter son monde. Auteur d'une grosse faute sur Lila juste avant la pause, avec un pied à auteur du visage qui aurait pu lui valoir un rouge mais qui ne lui couta même pas un jaune (!), le Turinois a souffert, et toutes les occasions albanaises sont venues de son côté. Du mieux en deuxième, quand la menace adverse se fut éteinte, mais il partait de tellement loin...

Kanté (6) : Dans le 4-2-3-1 expérimental - et foiré - de Deschamps, il eut du mal à avoir son rendement habituel, mais gratta son écot de ballons, même s'il parut parfois isolé. Replacé en sentinelle après l'entrée de Pogba, le champion d'Angleterre fut encore plus actif, et se présenta même plusieurs fois aux avant postes pour tenter sa chance, en vain. Comme c'est parti, il va falloir du courage à ses concurrents pour lui prendre sa place. Quels concurrents, d'ailleurs ?

Matuidi (5) : Le Parisien parut encore plus perturbé par le changement tactique de son sélectionneur. Depuis combien d'années Matuidi avait-il évolué à deux en milieu défensif ? Déjà brimé tactiquement contre la Roumanie, il fut privé de ses percées habituelles pour rester bien sagement en place afin de protéger sa défense. Lorsque le milieu repassa à trois, on le vit tout de suite beaucoup plus actif, et failli offrir un but à Coman en déviant un ballon dans le surface. Imprécis, parfois brouillon, il demeure malgré tout indispensable par son état d'esprit et sa propension au dépassement de fonction. Tant qu'on le brime pas trop... le faire souffler face à la Suisse ne serait par contre pas une idée désastreuse.

Coman (5) : Le plus jeune des deux ailiers titularisé par Deschamps s'en est sorti un peu mieux que son compère de l'aile gauche, mais malgré toute sa vitesse, sa technique, ses roulettes et son talent, il ne peut pas faire de miracles. Régulièrement opposé à deux adversaires et guère aidé par Sagna, il fit quelques différences et failli même marquer juste après la pause, mais face à ce genre d'oppositions, son profil est pour moi inutile, tant il ne peut prendre de la vitesse. Son remplaçant, Griezmann (68), trouva lui la faille en fin de match (90e), après avoir été très discret encore une fois. Mais lui aussi, il demeure indispensable par son efficacité et sa dangerosité.

Payet (7,5) : Moins flamboyant que face à la Roumanie, parfois empêtré dans l'axe sur-bondé de l'Albanie, le meneur de jeu des Bleus était sensé avoir plus de choix avec ces trois attaquants qui l'entouraient avant la pause, mais ça ne s'est pas vu. Paradoxalement, c'est avec la sortie de l'un d'entre eux qu'on l'a vu plus libéré. En faux ailier, il a pu plus apporter grâce au soutien de Pogba et Matuidi. Au-dessus techniquement, il ne s'est pas montré décisif, si ce n'est son but anecdotique de la 96e minute. Mais lui aussi aura du mal à perdre sa place d'ici à la fin du tournoi...

Martial (4,5) : Les commentaires sont sévères avec le Mancunien depuis hier. Lui qui n'évoluait pas à son poste de prédilection, rappelons le, il faisait face au latéral droit titulaire de Naples, Hysaj, auteur d'un match énorme défensivement, soutenu qui plus est par Lila, latéral droit du PAS Giannina, en Grèce, et n'a guère été aidé par Evra sur le plan offensif. Il n'a donc jamais pu faire de différences, même si son entente avec Payet me parut intéressante par séquences. Remplacé dès la pause par Pogba (5), qu'on vit beaucoup, voulant manifestement se montrer, mais qui alterna le bon et le moins bon. Son jeu long reste un régal, mais il ne fait pas toujours les bons choix. A mon avis il se met trop de pression, ce qui le fait déjouer... Deschamps doit le conforter et l'inciter à jouer plus simple. On a vu malgré tout que l'Equipe de France joue mieux avec lui que sans, et qu'on n'a pas d'alternative véritable sur le banc, même si Cabaye et Schneiderlin n'ont toujours pas joué...

Giroud (4,5) : Comme face à la Roumanie, son jeu de tête avait manifestement besoin d'un petit réglage. Sauf que cette fois, il n'a pas pu faire faute sur le gardien pour marquer un but heureux et sauver son match, par ailleurs honorable sur le plan de la combativité. Mais il fut très difficilement trouvé par ses partenaires, et quand ce fut le cas, il mit tout à côté ou sur le poteau. Il n'aura pas toujours 5 occasions par matches pour marquer un but.

Voilà, à plus tard !

samedi 11 juin 2016

Et à la fin, Payet marque

Salut à tous !

Au lendemain de cette victoire des Bleus enfantée largement dans la douleur - logique pour une entrée en matière, pour une équipe relativement jeune - je vais me lancer à mon tour dans l'exercice si peu objectif de la notation des joueurs. Souhaitez moi bonne chance et soyez indulgents, merci...

Lloris (7) : Ou l'art de réussir à noter un gardien lorsqu'il n'a (quasiment) rien eu à faire. Hormis cet arrêt réflexe étonnant à bout portant face à son futur bourreau sur penalty, Stancu, dès la 4e minute - mais est-ce lui qui a sorti un grand arrêt ou est-ce l'attaquant de Gençlerbirligi qui s'est manqué ? - et ce penalty où il ne peut rien, le capitaine des Bleus n'a eu qu'à gérer quelques dégagements. Cet arrêt, qui a permit aux Français de ne pas partir d'entrée avec un lourd handicap, lui garanti malgré tout une bonne note.

Sagna (5,5) :
D'accord, ce n'est pas Dani Alves, même si on l'a parfois vu franchir la ligne médiane, au point de presque offrir un but à Griezmann en première mi-temps. Mais, même si les Roumains ont moins attaqué de son côté que de celui d'Evra, il a relativement bien
bouclé son couloir, et c'est, je crois, pourquoi Deschamps lui fait confiance. A voir maintenant face à une adversité plus relevée...

Rami (4,5) : Avec lui, on sait qu'il peut toujours se passer quelque chose, et ce n'est pas un compliment lorsqu'on parle d'un stoppeur. Malgré son expérience parmi de bons clubs des meilleurs championnats du monde (Valence, Milan, Séville...), malgré la Ligue Europa remportée cette saison, le Sévillan transpire la fébrilité et le potentiel comique de ses relances est indéniable. Du pur Rami, qui n'a pas fait d'erreur notable face à Florin Andone, le meilleur buteur de la... 2e division espagnole, mais qui, à mon avis, risque fort d'exploser en vol dès que le niveau s’élèvera. Comme en 2012.

Koscielny (5,5) : Le désormais patron défensif des Bleus, puisqu'Evra n'y parvient pas, a fait le job dans l'axe, coincé entre les lacunes tactiques de Rami et les courants d'air pris par son latéral gauche. Problème, comme lui non plus n'excelle pas dans l'art de la relance, même s'il ne se prend pas pour un autre et prends moins risque que son collègue, le ballon a eu du mal à repartir proprement. C'est là aussi que Varane manque cruellement...

Evra (3) : Le football nous réserve parfois des mystères insondables. Comment ce joueur, à 35 ans, a-t-il pu récemment prolonger avec un des meilleurs clubs du monde, la Juventus ? Comment a-t-il pu aligner plus de 10 ans dans les meilleurs clubs du monde depuis son arrivée à Manchester, en janvier 2006, avec de telles lacunes dans les duels, et un apport offensif aussi faible ? Quel est le point fort de ce joueur, hormis ses supposées qualités de leader de vestiaire ? Comme aucun autre latéral gauche n'a-t-il jamais pu le supplanter en sélection, avec un tel passif sportif et extra sportif ? En tous cas hier, Popa et Sapuranu se sont bien amusés dans son couloir, et il a concédé un penalty qui aurait pu avoir, déjà, de graves conséquences. Deschamps ne peut pas se satisfaire d'une telle performance qui déséquilibre à ce point son bloc...

Kanté (6,5) : Ce garçon, qui signait hier sa 5e sélection seulement, découvre le haut niveau depuis un an et devrait disputer son premier match de Coupe d'Europe au printemps prochain, avec Leicester ou un autre club. Un véritable rêve, qui s'est perpétué hier, avec une performance solide à un poste qu'il ne découvre pourtant que depuis deux matches. La sentinelle des Bleus a certes eu du mal, parfois, à se défaire du pressing constant des Roumains, mal épaulé par ses partenaires du milieu, mais que de ballons grattés ! Une valeur sûre, déjà.

Pogba (4,5) : Deschamps a manifestement demandé à ses deux pistons de plus défendre et donc moins attaquer pour mieux protéger sa défense si affaiblie par les absences, et ça s'est senti. Comme son partenaire parisien, il a semblé évoluer avec le frein à main. Il a parfois fallu le chercher sur le terrain pour savoir s'il était encore là, même si son jeu long, pour renverser le jeu, a souvent fait merveille et aéré un peu les débats. Dommage qu'on n'ait pas pu le voir plus sur le plan offensif, mais Zidane aussi avait été mauvais jusqu'en finale en 98...

Matuidi (5) : Même constat que son collègue turinois. Toujours aussi accrocheur, il s'est moins porté vers l'avant qu'à l'ordinaire, même s'il aurait pu marquer dès les premières minutes. Ce qui a sans doute privé ses attaquants, si isolés, de son soutien habituel. Son déchet technique lui a aussi, parfois fait perdre quelques ballons, mais il demeure indispensable dans l'état d'esprit, et on sait qu'il peut marquer à tout moment...

Griezmann (4) : Une nouvelle victime de la plaie actuelle des grands tournois, le syndrome "saison longue en Ligue des Champions". Comment peut-on espérer briller en juin quand on vient de signer 54 matches de haute lutte, entre le championnat d'Espagne et la C1, et qu'on n'a pas pu suivre la même préparation que ses partenaires à cause de la finale tardive de la Ligue des Champions ? Cette dernière vampirise les énergies des meilleurs joueurs de la planète, les performances moyennes de Messi et Ronaldo depuis 10 ans dans les grands tournois en est la meilleure preuve. Malgré sa performance fantomatique, le Madrilène aurait pu marquer deux fois avant la pause, avec un peu plus de réussite, et sûrement obtenir un 7 ou un 8. Comme quoi...

Payet (9) : Voilà un joueur qui n'a pas été embêté par les matches européens cette saison - 38 au total avec West Ham -, et ça se voit. Le seul à se dépêtrer avec une aisance folle du pressing constant des Roumains tout au long du match, à offrir des solutions à ses partenaires, à jouer verticalement. Quelle technique, quelle vista ! Où était ce Payet (29 ans) durant les 10 premières années de sa carrière ? Après ce but offert à Giroud (58e) et ce but splendide du gauche (89), l'ancien Marseillais se présente désormais comme une possible révélation de cet Euro. Dommage qu'il n'ait pas tenté plus souvent sa chance avant cet exploit, alors qu'il en a eu, selon moi, plusieurs fois l'opportunité. Il devient un habitué des buts tardifs et décisifs. Pourvu que ça dure !

Giroud (7) : Sans ce but, offert par Payet et aussi pas mal par le gardien roumain, nettement fautif sur sa sortie qui n'en était pas vraiment une, il aurait selon moi manqué son match. Peu trouvé dans le jeu, il a manqué deux têtes en première mi-temps qui auraient pu soulager son équipe plus tôt dans le match. Son abnégation est indéniable, il empile les buts depuis le printemps avec les Bleus, et son intérim de Benzema est pour l'instant parfaitement réussi, mais il ne pourra pas continuer à briller dans cet Euro sans un peu plus de soutien offensif, puisqu'il ne pourra jamais marquer tout seul. Espérons que la réussite ne le quitte pas !

Voilà, vivement la suite à présent ! A plus tard !

lundi 6 juin 2016

A l'heure de l'Euro

Salut à tous,

A quatre jours du début de l'Euro, et si on se lançait dans un petit briefing de ce qui nous attends en ce mois de juin lumineux et apaisé ?

Le nivellement par le bas

Tout d'abord, on peut constater que grâce à Michel Platini, qui a permit à quasiment un pays européen sur deux de se qualifier sur l'Euro (24 sur 54...), on va pouvoir savourer quelques belles affiches qui ne nous auraient, d'ordinaire, pas vraiment mobilisé pour les regarder à la base : Albanie-Roumanie, Slovaquie-Pays de Galles, Irlande du Nord-Pologne, Islande-Hongrie... des "affiches" entre troisièmes couteaux européens qui vont certes pouvoir prendre un peu d'expérience, mais dont la présence me fait sérieusement douter du niveau général de cet Euro. Le championnat d'Europe qu'on prétend souvent de meilleur niveau que la Coupe du Monde, à tort à mon avis, ben là c'est sûr, ça va vraiment être moins bien.

Ce genre d'affiches, d'ailleurs, vont plus souvent se répéter que ce qu'on pourrait appeler des "chocs" : à part Belgique-Italie dans le groupe E, je n'en vois aucun. Et encore, l'émergence de la Belgique est très récente, puisqu'elle n'avait plus participé à l'Euro depuis
qu'elle l'avait organisé avec les Pays-bas en 2000... en revanche, je me rappelle qu'on s'était un peu plus régalé en termes de gros matches au premier tour en 2012 : Allemagne, Portugal et Pays-Bas dans le groupe B, Espagne-Italie dans le C, Angleterre-France dans le D... ça avait une autre tronche. Merci Platoche, et bonne retraite.

Le pire, c'est que ce vaste élargissement va certes permettre à 4 pays de disputer leur 1er Euro (Galles, Irlande du Nord, Albanie et Islande), et même pour les deux derniers leur tout premier  tournoi, mais ça n'a même pas garanti à la compétition de pouvoir compter sur tous ses habitués, dont des anciens vainqueurs, les Pays-bas, le Danemark ou la Grèce, mais aussi la Serbie, l’Écosse, seule équipe des iles britanniques à ne pas avoir passé le cut... Bref, le résultat de cette réforme a certes grandement aidé Platini à se faire élire et réélire à la tête de l'UEFA grâce aux votes des petites pays, mais pas vraiment à nous promettre un mois de football de haute volée.

Et je ne vous parle pas de la conséquence directe de cet agrandissement de 16 à 24 : les 4 meilleurs troisièmes se qualifieront - ce qui permettra à des équipes ayant perdu deux fois de se qualifier avec un seul succès... - et seront versés en huitièmes selon une méthode complètement incompréhensible, quand avant les deux premiers se qualifiaient, point. Attention aux migraines, prévoyez de l'aspirine.

En même temps on risque fort de voire des buts, ce qui reste l'essentiel en football. Mais le nombre de buts ne mesure pas le niveau d'une compétition : le championnat européen le plus riche en buts est le Luxembourg (3,32), devant Malte (3,19).

La France faussement à l'abri

Commençons par le groupe A, celui de la France, et qui ne nous fait tellement pas rêver qu'il nous donne l'impression d'une formalité. Roumanie, Albanie, Suisse... ça ressemble à un groupe de qualifications - c'est le cas de toutes les poules - mais non, c'est bien une poule d'Euro. Il sera donc apparemment facile de battre à Saint-Denis la Roumanie, qui n'a encaissé que 2 buts en 10 matches éliminatoires, soit le meilleur chiffre tous groupes confondus. Alors certes, face aux terribles attaquants de l'Irlande du Nord, vainqueur du groupe, de la Hongrie, de la Finlande, des Iles Féroé et de la Grèce, bonne dernière (!), c'est une performance à relativiser, surtout qu'en trois matches préparatoires elle en a déjà encaissé 6 en 3 rencontres, dont 4 contre l'Ukraine (3-4). Mais vu qu' elle en marqué 9 dans le même temps... au final, cette équipe, menée par le jeune milieu offensif du Steaua Stanciu (23 ans, 5 sélections, 4 buts) ou l'ancien Nantais Keserü ne paie pas de mine mais les hommes de Deschamps auraient torts de se croire à l'abri.

Même chose pour l'Albanie, totalement bizut à ce niveau, et qui ne compte pour ainsi dire aucun joueur véritablement marquant. Son capitaine Lorik Cana, bientôt 33 ans, pourrait être celui là mais il sort d'une saison compliquée à Nantes. Attention tout de même à Armando Sadiku, auteur de 12 buts avec le FC Zürich et Vaduz en championnat de Suisse... plus sérieusement, les Bleus faisaient moins les malins il y a un an, lorsqu'ils concédaient une défaite assez honteuse à Elbasan (1-0), la seule de leur Histoire face à cet adversaire, qui les avait déjà tenu en échec à l'aller, en novembre 2014 à Rennes (1-1)... une chose est sure, il faudra faire mieux.

Enfin, notre plus sérieux adversaire, à priori, se nomme la Suisse. Un adversaire que nous avions certes éparpillé façon puzzle au dernier Mondial (5-2), un évènement qui se répète souvent puisque depuis juin 2004 et un premier duel déjà en notre faveur (3-1), les deux équipes se sont affrontées deux fois en Coupe du Monde (2006 et 2014) ainsi que lors des éliminatoires pour le Mondial allemand. Hormis ces deux succès déjà évoqués, les Helvètes nous ont souvent tenu en échec, deux fois lors de ces fameux éliminatoires, mais aussi en Allemagne, en 2006 (0-0). Alors certes, la Suisse ne nous a plus battu depuis un match amical en 1992 (2-1) mais elle s'est aisément qualifiée pour cet Euro, deuxième derrière une Angleterre impériale mais avec une nette avance sur la Slovénie et avec 24 buts inscrits en 10 matches, seuls les Polonais (33) et les Anglais (31) ont fait mieux. Alors attention à cette jeune équipe, emmenée par quelques talents comme Dzemaili, Xhaka, Shaqiri, Mehmedi ou Embolo...

Je ne dis pas que dans un système où vous avez deux chances sur 3 de vous qualifier la France est en danger, mais ne pas finir premier de cette poule pourrait lui poser des problèmes ensuite...

Les Gallois défient l'Angleterre

Le groupe B n'est certes pas d'un chic fo, mais paraît être un des plus relevés. L'Angleterre, meilleure équipe des éliminatoires avec un 10 sur 10 et 31 buts marqués pour seulement 3 encaissés, font figures de favoris. Alors oui, comme souvent depuis l'arrêt Bosman, rares sont ses éléments étant titulaires dans les meilleurs clubs du pays (Hart à City, Cahill à Cheslea, Carrick et Rooney à Manchester, Wilshere à Arsenal...), mais plutôt chez des "seconds couteaux" (Alli et Kane à Tottenham, Clyne, Lallana, Milner, Sturridge et Barkley à Liverpool, Vardy et Drinkwater à Leicester...). Mais sur le papier le talent est là, et le duel, samedi à Marseille avec la Russie, deuxième dans son groupe derrière l'Autriche mais devant la Suède) s'annonce être le seul écueil sur leur route pour les huitièmes. Les deux équipes qui ne se sont affrontées que deux fois, lors des éliminatoires de l'Euro 2008, avec à la clé une victoire chacun... mais les Russes peuvent compter sur une grosse génération qui brille souvent en Ligue des Champions, notamment Shatov et le buteur Dzyuba (27 ans, 1m94, 88 kilos), auteur de 30 buts cette saisons dont 6 en C1 et 7 en sélection. Un poète.

Derrière ce beau monde, deux outsiders à ne pas négliger. La Slovaquie n'est désormais plus le parent pauvre de l'ancienne Tchécoslovaquie, elle a prouvé, avec son 8e de finale lors du Mondial 2010, ainsi que lors des éliminatoires, où elle n'a terminé qu'à 5 points du leader espagnol et devant l'Ukraine, qu'elle était désormais plus que compétitive, au moins autant que les Tchèques. Son milieu offensif, Valdimir Weiss, a ainsi terminé deuxième passeur des éliminatoires, avec 6 unités. Peu de grands noms, si ce n'est Skrtel (Liverpool) mais un groupe solide. Enfin, que dire du Pays de Galles ? Qualifié directement derrière la Belgique et devant la Bosnie, il est une des grandes surprises du plateau. Hormis Gareth Bale, aucun joueur de renom, si ce n'est Ramsey (Arsenal) et Williams (Swansea)... composée de beaucoup de joueurs évoluant dans les divisions inférieures en Angleterre, l'équipe de Chris Coleman jouera son gros match - et pourquoi pas sa qualification - contre le grand ennemi anglais, le 16 à Lens. Le Pays de Galles n'a plus battu son voisin depuis 1984, et a concédé contre celui-ci 66 défaites pour 14 succès en 101 matches...

L'Allemagne grande favorite

Au sein du groupe C, derrière l'Allemagne championne du monde, qu'on imagine mal trébucher, on retrouve les deux co organisateurs du dernier Euro, la Pologne et l'Ukraine. Là encore, chez ces deux équipes, rien de génial mais du solide. Mais elles ne sont pas dénuées de talent : Lewandowski sera certes moins bien entouré qu'au Bayern, mais tous les espoirs de son pays reposeront sur lui qui a marqué 44 fois cette saison, dont 9 en C1, et qui a terminé en tête des buteurs lors des éliminatoires avec 13 buts en 10 matches ! La question est, est-ce que Grosicki, Wszolek ou Milik vont réussir à le mettre dans de bonnes conditions... chez les Ukrainiens, c'est un peu l'inverse. Particulièrement bien outillés sur les côtés, avec le duo Yarmolenko-Konoplyanka pour marquer mais aussi pour servir, les hommes de Fomenko le sont beaucoup moins en pointe, avec aucun joueur de calibre international. Troisième de son groupe de qualification derrière l'Espagne et la Slovaquie, elle a du s'arracher pour sortir la Slovénie lors des barrages (2-0, 1-1).

Pour l'Allemagne en revanche, même si l'absence de Marco Reus, comme au Brésil, posera un problème, le talent est partout. En défense (Neuer, Hummels, Boateng...), au milieu (Götze, Kroos, Özil...) et bien sûr en attaque, avec Müller ou Gomez. Alors oui, la Mannschaft n'a pas brillé depuis son sacre brésilien : qualification pas si aisée malgré la première place devant la Pologne, déjà, avec 2 défaites à la clé, en Pologne (2-0) et en Irlande (1-0), qui l'avait tenue en échec à l'aller (1-1) mais aussi une récente face à la Slovaquie, en amical (1-3). Pour se qualifier ça devrait le faire, ensuite...

Dernier membre du quatuor, l'Irlande du Nord risque fort de compter les points et d'arbitrer tout ça. Elle qui joue son premier Euro et qui n'avait plus disputé de grand tournoi depuis sa troisième et dernière Coupe du Monde, en 1986, l'Ulster ne compte, on peut le dire, sur aucun joueur connu dans son effectif, si ce n'est Jonny Evans (WBA) ou Steven Davis (Southampton). Une équipe évidemment riche en joueurs évoluant en Angleterre, dans différentes divisions, ou en Écosse, pour le buteur Josh Magennis (10 buts avec Kilmarnock). Alors oui, cette formation a terminé devant la Roumanie et la Hongrie en éliminatoires... mais c'est une des plus grosses cotes du tournoi. Et une garantie de belle ambiance dans les stades.

L'Espagne tient à son double titre

Comme l'Allemagne, la Roja, double tenante du titre, semble à l'abri de toute mésaventure dans le groupe D. Alors c'est vrai que la Croatie, la Turquie et la République Tchèque ne manquent pas de talent. Mais les premiers ne l'ont battue qu'une fois en 5 confrontations, la première, en 1994, même chose pour les Turcs dont l'unique succès face à l'Espagne remonte à 1954, quand les Tchèques, leur premier adversaire le 13 à Toulouse, n'ont encore jamais réussi cet exploit, en 4 duels... les hommes de Del Bosque qui restent certes sur un très gros échec au Brésil, mais qui n'ont pas tremblé en qualifications, avec 9 succès et un nul, et 3 buts encaissés, et comptent dans leurs rangs des éléments expérimentés (Casillas, Piqué, Ramos, Busquets, Fabregas, Iniesta, Silva...) mais aussi une nouvelle génération enthousiasmante, à l'image d'Isco, Koke, Morata ou Nolito, qui ont mis dehors le mythique Fernando Torres, buteur lors des deux dernières finales de l'Euro. Le seul point faible de cette équipe semble son gardien, si Casillas est conservé comme titulaire après sa saison médiocre avec Porto.

Les trois autres membres de ce groupe C semblent en revanche assez proches. La Croatie parait malgré tout au dessous, si l'on observe son effectif classieux : Subasic, Kovacic, Modric, Rakitic, Perisic, Kalinic, Mandzukic... de quoi pratiquer un football très chic. Seule la défense paraît en dessous chez cette équipe qui s'est qualifiée de justesse, derrière l'Italie et avec un petit point d'avance sur la Norvège. Les Turcs et les Tchèques, eux, se connaissent très bien, puisqu'ils figuraient dans le même groupe. Les seconds l'avaient emporté, devant l'Islande, tandis que la Turquie s'était qualifiée en tant que meilleur troisième grâce à un but in extremis de Selcuk Inan contre l'Islande (1-0). Lors de leurs deux confrontations, les deux équipes s'étaient toutes deux imposées à l'extérieur (1-2 en Turquie, 0-2 en République Tchèque un an plus tard). Les retrouvailles, le 21 à Lens, devraient être intéressantes. Les Slaves qui pourront compter sur un effectif expérimenté, voire vieillissant (Kadlec, Hubnik, Sivok, Plasil, Rosicky, Lafata...), malgré quelques belles promesses, notamment Krejci (23 ans), le passeur du Sparta Prague. Chez les Turcs, qui se sont privés de Erding, le plus grand talent se nomme Calhanoglu, le tireur de coup-francs de Leverkusen. Il faudra aussi surveiller l'ancien buteur de Galatasaray, désormais exilé en Chine, Burak Yilmaz, et aussi plusieurs joueurs de grande valeur comme Can (Liverpool).

Le duel belgo-italien

Si les derniers matches - peut-être - disputés par Zlatan Ibrahimovic sur le seul français, avec sa sélection de Suède, seront très certainement scrutés à la loupe, le sel du groupe E sera également dans le duel entre deux nations majeures du football européen, la Belgique et l'Italie. Certes, la Belgique, quart de finaliste du dernier mondial, ne s'était plus qualifiée sur le terrain pour un Euro depuis 1984, organisé en France également, et l'Italie est privée de plusieurs joueurs d'importance, notamment Verratti ou Montolivo, mais il s'agira tout de même d'un duel entre le 1er et le 7e pays européen au classement FIFA, qui restent sur deux victoires chacune lors de leurs quatre derniers affrontements. Finaliste de la dernière édition, l'Italie, qui reste également sur un échec au 1er tour au Brésil, est diminuée, et devra jouer un grand tournoi sans Pirlo pour la première fois depuis le Mondial 2002, mais c'est généralement dans cette position de relative faiblesse, quand on ne l'attend pas, qu'elle est la plus efficace. Et si elle manque encore d'un buteur implacable comme elle en a eu souvent dans sa riche histoire, la Squadra Azzura n'est pas pour autant démunie : El Shaarawy, Immobile, Pellé ou Zaza savent marquer des buts. Et Chiellini, Barzagli et Bonucci, devant Buffon (38 ans), savent particulièrement bien défendre.

Et que dire de la Belgique, riche d'une génération comme elle en a peut-être jamais connue ? Finaliste en 1980 en Italie contre la RFA (1-2), elle semble peut-être un peu lourde derrière, avec Alderweireld ou Vertonghen, et en l'absence de son capitaine, Kompany, mais son milieu et son attaque sont peut-être sans équivalents sur le plateau. Benteke, Lukaku ou Batshuayi, ce n'est pas mal pour choisir une pointe, qui se régalera peut-être des accélérations et des offrandes de Ferreira Carrasco, Hazard, Mertens, De Bruyne... sans parler de la présence physique de Fellaini et Witsel à la récupération et dans les deux surfaces ! Bref, si elle n'a pas brillé lors de ses matches amicaux, elle n'a pas tremblé dans son groupe de qualifications, qu'elle a remporté devant les Gallois et les Bosniens sans coups férir. Elle fait aujourd'hui partie des vrais favoris d'un tournoi qui se déroule à ses portes.

Ces deux équipes devront cependant se défaire de deux équipes piégeuses, et c'est peut-être ce qui fait de ce groupe le plus relevé, peut-être. La Suède d'Ibra bien sûr, le grand Zlatan semble seul dans cette équipe, qualifiée péniblement lors des barrages face au voisin danois (2-1, 2-2), après avoir terminé derrière l'Autriche et la Russie, mais c'est relativement trompeur : Guidetti, Larsson, Kujovic ou Ekdal sont moins connus que le désormais ex Parisien, mais il ne manquent pas de ballon. Quant aux Irlandais, troisièmes de leur groupe derrière l'Allemagne et la Pologne et devant l’Écosse, et également passés par les barrages contre la Bosnie (1-1, 2-0), elle ne compte elle aussi qu'une seule star, le vieillissant Robbie Keane (35 ans), toujours redoutable avec les Los Angeles Galaxy. Mais le latéral droit Coleman ou les ailiers McClean et McGeady seront à surveiller.

Le Portugal devra gérer l'Autriche-Hongrie

Encore une équipe dont le porte étendard semble éclipser le reste de son équipe. Le Portugal sans Ronaldo serait-il à cet Euro ? Et si oui, en serait-il un des favoris ? Très peu probable. Si Pepe, Moutinho ou Quaresma ne sont pas des inconnus, cette équipe, assez jeune, semble aussi en retrait sur le plan des individualités que prometteuse. Qualifiée devant l'Albanie, le Danemark et la Serbie, avec 7 succès et une défaite, la sélection lusitanienne s'est inclinée deux fois lors de ses duels avec la France (2-1, 1-0), et n'a marqué que 11 fois en 8 matches, dont 5 pour le buteur madrilène. Si ce dernier, comme souvent lors des grands tournois, ne brille pas et ne porte pas son équipe, elle aura du mal à exister. Même si l'opposition dans ce groupe F semble peu encline à lui barrer la route.

Que ce soit l'Autriche, la Hongrie ou l'Islande, aucune de ces 3 nations n'a jamais passé un 1er tour lors d'un Euro avec poules. Ce sera donc une première pour une ou deux de ces équipes... les deux premières, au passé commun riche et mouvementé, se sont très souvent affrontées, avec un net avantage pour les seconds, grâce à leur génération fabuleuse des années 50 (66 succès contre 40). Et l'Autriche n'a plus battu sa voisine depuis 1996, en trois matches. Elles ne se sont d'ailleurs plus rencontrées depuis 2006... la Mannschaft, aisément qualifiée devant la Russie et la Suède, qui peut compter sur de bonnes sélections de jeunes depuis plusieurs années, et quelques joueurs remarquables comme Alaba, Fuchs, champion d'Angleterre avec Leicester, Harnik, Arnautovic ou Janko. La Hongrie semble plus en retrait niveau individualités, elle qu'on n'a plus vu lors d'un Euro depuis 1972 et lors d'un Mondial depuis 30 ans. Dominée par l'Irlande du Nord et la Roumanie dans son groupe, elle a d'ailleurs du écarter la Norvège en la battant deux fois (1-0, 2-1) pour rejoindre la France. On a beau chercher dans son effectif, difficile de trouver un joueur notable pour porter son équipe plus haut, mais qui sait ?

Ce n'est cependant pas le cas de l'Islande, quatrième larron de ce groupe et évidemment bizut dans un grand tournoi. Dotée de la meilleure génération de son Histoire depuis plusieurs années maintenant, elle peut compter sur plusieurs joueurs évoluant notamment en Angleterre (Sigurdsson), en Suisse (Bjarnason), en France (Sigthorsson), en Allemagne (Finnbogason)... et pas forcément pour cirer le banc. Deuxième de son groupe derrière la République Tchèque et devant la Turquie et les Pays-bas, excusez du peu, la formation scandinave a notamment battu deux fois les Bataves (2-0, 1-0), troisièmes du dernier Mondial. Si on cherche une surprise possible dans cet Euro, mettons une petite pièce sur ces Islandais qui n'auront rien à perdre et tout à gagner.

Voilà, sur ce à plus tard !

vendredi 13 mai 2016

L'importance d'être constant

Salut à tous,

Ca y est, elle est tombée. Bizarrement, je n'ai pas le souvenir d'une telle attente à propos d'une liste pour un grand tournoi en France, mais ma mémoire me fait peut-être défaut. Sans doute est-ce du à l'absence de certitudes - du moins chez les observateurs, les journalistes et les 67 millions de sélectionneurs en France - dans beaucoup de secteurs, notamment en défense et en attaque. Même chez les gardiens, le nom du troisième larron différait souvent suivant qu'on était fan de Costil ou d'Areola. En fait, au vu de la liste, un des rares Français à ne pas vraiment douter sur sa liste se nommait... Didier Deschamps, qui a renouvelé son groupe déjà appelé en mars contre les Pays-Bas et la Russie, et qui lui avait donné satisfaction. Et tant pis si sa liste de réservistes fait parfois plus envie que sa vraie liste...

Chez les gardiens, la tendance est presque toujours à la stabilité. On voit rarement un sélectionneur changer ses billes au moment d'annoncer sa liste alors qu'il se tenait aux trois mêmes noms auparavant, tout simplement parce que le poste de gardien, s'il reste important, n'influence pas vraiment le jeu d'une équipe, même si les fans de Kevin Trapp pensent réellement qu'un gardien bon aux pieds y parvient, ce qui ne m'a jamais sauté aux yeux. Et surtout, il faudrait un réel cataclysme pour qu'un troisième gardien joue un match durant un tournoi... ça arrive quand même TRES rarement. Limite, on devrait arrêter d'en prendre trois pour prendre un joueur de champs supplémentaire... la preuve, en 2014
Deschamps avait pris Landreau, quasi déjà à la retraite avec Bastia, beaucoup plus pour ses aptitudes à fédérer un groupe et faire le tampon entre les deux premiers gardiens, qu'à réellement récompenser le troisième meilleur portier du pays. Alphonse Aréola, sans parler de Stéphane Ruffier, est sans doute meilleur que Benoit Costil. Mais Deschamps doit considérer que Costil est le meilleur compromis entre un bon gardien de Ligue 1 et un bon coéquipier, qui ne l'embêtera pas pour jouer.

Une défense qui boite
La défense de ce groupe, déjà poreuse en mars contre les Pays-Bas (2-3) et la Russie (4-2) me fait très peur. Entre un Varane en difficulté cette saison à Madrid, un Koscielny selon moi un peu surcoté et qui a toujours provoqué beaucoup de penalties, un Evra qui va fêter ses 35 ans dans 2 jours, et un Sagna (33 ans) titulaire à City mais un peu juste pour le haut niveau selon moi, les titulaires n'apportent aucune garanties. Mais alors derrière... déjà il manque Mamadou Sakho, indispensable leader de ce groupe et toujours solide en Bleu. Pour moi, son absence est terrible, à tous les niveaux. Malgré ses états de service en Équipe de France il n'a pas la carte dans les médias, je ne sais pas trop pourquoi, mais son absence pèse lourd, que ce soit sur le terrain ou dans le vestiaire. On se retrouve dans l'axe avec deux gauchers exclusifs, un Mangala en grande difficulté à City et un Mathieu qui revient à peine de blessure. Si Varane se blesse, il ne faudrait pas que Koscielny prenne un de ses sempiternels cartons rouges ou on se retrouvera avec deux axiaux gauches en défense... Quant à Jallet, à peine titulaire à Lyon et qui n'est pas de la première jeunesse non plus (32 ans), et Digne, dont la seule perf a été de rester titulaire à Rome, il n'y a pas de quoi sauter au plafond non plus. Pourquoi ne pas prendre Sidibé, extrêmement performant avec Lille et qui peut couvrir les deux ailes, et Umtiti, à la place d'un Mathieu convalescent ? Je ne suis pas fan du défenseur lyonnais mais au moins il ne revient pas de blessure, lui... quitte à le priver de vacances, autant le prendre dans le groupe. La logique de groupe de Deschamps, encore.

Au milieu, même chose, pas la moindre surprise. Et là encore, les réservistes semblent plus solides que certains titulaires, comme Rabiot vis à vis de Sissoko ou Cabaye. Sissoko, l'éternel couteau suisse de Deschamps et avant lui, de Blanc... mais qui sort d'une saison cataclysmique avec Newcastle, relégué en Championship... Un but et six passes au compteur. Piouf ! La logique de groupe a du bon, mais y a des limites quand même. Sérieusement, avec tous les ailiers qu'il a pris, Sissoko ne sert plus à rien pour couvrir le côté droit, puisque trois joueurs offensifs peuvent y jouer (Payet, Martial, Coman). Et dans l'axe, il y a une demi douzaine de joueurs meilleurs que lui. Ce garçon doit vraiment être un formidable camarade dans ce groupe pour pouvoir perpétuellement compter sur sa place en Équipe de France, quelque soit ses performances. Les autres joueurs, en revanche, étaient incontournables. Pogba, Diarra, Matuidi : il s'agit selon moi du seul endroit sur le terrain où Deschamps possède de solides certitudes. Surtout avec Kanté pour faire le nombre au cas où.

Une attaque sans buteurs
Et l'attaque... ça ne sert à rien de revenir sur l'absence de Benzema, dramatique selon moi. Un buteur d'une telle classe, doublé d'un passeur remarquable... ses (nombreux) détracteurs affirmeront que l'Equipe de France joue mieux sans lui, ça reste à prouver puisqu'il n'était pas là en mars, mais ils ne peuvent sérieusement pas affirmer que s'il n'y avait pas eu l'affaire avec Valbuena, personne n'aurait trouvé scandaleux que Deschamps le prenne dans sa liste... soyons sérieux. Donc il avait sa place, 100 fois à la place de Gignac et Giroud, en échec cette année à Arsenal. Mais, non content de ne pas pouvoir prendre Benzema, Deschamps se prive en plus du deuxième meilleur attaquant français du meilleur championnat du monde, la Liga : Kevin Gameiro. Pas d'automatisme avec les autres joueurs : pourquoi, Gignac en avait avant de revenir à l'automne dernier ? Pas de passé réel en Bleu ? Et Coman, il en avait ? Il compte 8 sélections et un but, elles datent mais elles existent. Sérieusement, est-ce que ses performances en Liga (16 buts) ou en Ligue Europa (9), dont il disputera la finale prochainement, ne valent pas largement plus celles de Gignac au Mexique (24 dont 13 en 2016), championnat que je connais un peu, qui n'est pas mauvais mais est très loin de valoir la Liga ? Si vous me dites oui, alors d'accord, difficile de discuter dans ces conditions.

Les autres membres de la ligne d'attaque sont difficilement discutables, notamment Griezmann ou Martial, qui représentent beaucoup plus l'avenir que Payet, dont l'épanouissement très tardif m'interroge. Ce garçon a toujours eu du mal à s'imposer dans la difficulté, à Lille, dans l'ombre de Hazard, et à Marseille, dans celle de Valbuena. A chaque fois il s'y est imposé quand le titulaire qui le génait est parti, pas avant. Il lui a fallu aller à West Ham, club très moyen où il n'est pas gêné par la concurrence, pour se révéler. Reste à voir ce que ça donnera à un niveau supérieur... et on en vient à Ben Arfa. Je suis partagé, pour les mêmes raisons que Payet, à la différence que lui possède vraiment un bagage technique très au dessus du lot, et qu'à 17 ans on lui promettait déjà presque le Ballon d'Or, dont il ne s'est finalement jamais approché. Il réalise une immense saison avec Nice, mais ça reste Nice, où sa seule concurrence se nomme... Mathieu Bodmer, où il n'a pas joué de Coupe d'Europe et où on lui a donné des responsabilités qu'il n'avait jamais connu ailleurs. Qu'aurait-il apporté à ce groupe en tant que 6e ou 7e attaquant ? 10 minutes par ci par là ? Si Benzema et Gameiro avaient été là, on n'aurait peut-être jamais évoqué son nom. Ce n'est pas son absence qui affaiblit ce groupe, même si j'aurais aussi été favorable à sa présence, à la place d'un Coman encore très jeune et qui n'a du son temps de jeu exceptionnel au Bayern qu'aux blessures de Ribéry et Robben. Coman ne jouera sans doute pas non plus beaucoup, et il avait le temps d'être rappelé. Ben Arfa, plus tellement...

La Ligue 1 au piquet
Enfin, analysons un peu cette liste. Elle compte le plus grand nombre de joueurs évoluant à l'étranger (18 sur 23, soit 78,3 %) depuis 2002 (idem), un record pour une liste française pour un grand tournoi. Inutile de dire qu'on est loin des 50 % de joueurs de Ligue 1 souhaités par Frédéric Thiriez il y a quelques années, même si on y était dans les années 2000 (52,2 d'étrangers en 2006, 56,5 en 2008, 52,2 en 2010, 47,8 en 2012). Pour le Mondial 2014 déjà, le taux d'"étrangers" augmentait sérieusement (65,2). La Premier league compte 10 joueurs, comme en 2014, son meilleur total. Historiquement, l'Angleterre est largement au dessus des autres pays avec 74 représentants, soit presque la moitié du total des clubs étrangers (48,5 %). La Serie A, deuxième, est très loin (37), et ne compte que 3 joueurs cette année, un chiffre malgré tout en progrès puisqu'elle n'en comptait qu'un en 2014 et en 2012, et aucun en 2010. La Liga, elle, reste stable avec ses trois joueurs, un dans chacun de ses géants, comme en 2014, 2010 et 2008, et 2 en 2012.

Pas moins de 19 clubs sont représentés dans cette liste, contre 16 en 2014 et 17 en 2012. On est loin de l'hégémonie marseillaise de 92 (8 phocéens et seulement 9 clubs représentés) ou des 9 clubs représentés en 2010... un éparpillement qui s'explique notamment par la présence de 5 clubs qui n'avaient jamais figuré dans une liste jusque là : trois Anglais (Crystal Palace, Leicester, West Ham) plus l'Atletico Madrid et évidemment les Tigres de Gignac, premier club non européen jamais représenté en Bleu dans leur histoire. Par ailleurs, sur ces 19 clubs, 4 seulement comptent deux joueurs : Marseille, Arsenal, la Juve et Manchester City. Dans l'histoire de ces listes, depuis 1954, Bordeaux reste en tête avec 34 joueurs, devant un trio composé de Lyon, Marseille et Monaco (30). L'ASM qui n'a désormais plus été représentée dans une liste pour un grand tournoi depuis... 2006 ! Suivent ensuite Arsenal, premier club étranger, à égalité avec le PSG, qui ne compte qu'un représentant cette année, contre trois l'an passé. Mais les départs de Digne, Coman ou Cabaye font baisser ses chiffres. A moins que Rabiot...

Cette liste pourrait en effet changer, comme en 2014 puisque trois réservistes avaient été rappelés suite à des blessures. En tous cas vivement le 10 juin !

A plus tard !

mercredi 17 décembre 2014

Chapeau Titi !

Salut à tous,

Cette fin d'année 2014 est l'occasion de rendre hommage à un des cinq meilleurs joueurs français de tous les temps, j'ai nommé Thierry Henry, qui vient de prendre sa retraite, à 37 ans.

J'y vais un peu fort ? On a eu quatre joueurs sacré Ballons d'Or, et sa régularité au classement de ce dernier, à une époque où il n'avait pas encore été racheté et faussé par la FIFA, et donc qu'il avait encore un peu de valeur (quatrième en 2000, 2004 et 2005, sixième en 2002, deuxième en 2003, troisième en 2006, neuf fois classé au final...) lui confère quasiment un Ballon d'Or d'honneur, comme pour un joueur comme Maldini. Toujours classé, jamais vainqueur : il a toujours fait partie des meilleurs, mais n'a jamais été le meilleur sur une saison. Ça s'appelle la régularité au plus haut niveau, et c'est le plus dur à glaner en sport, comme ailleurs. Ceux qui l'ont devancé se nomment Figo, Zidane, Ronaldo (le vrai), Shevchenko, Ronaldinho... Le gros regret, c'est 2003 : être seulement devancé par Nedved, largement en plus (190 points contre 128)... onze ans après, ça fait mal. 2006 aussi : si la France avait gagné sa séance de tirs aux buts en finale du Mondial, Cannavaro et Buffon l'auraient-ils devancé ? La gloire ne tient à rien.

Confirmer les espoirs

Difficile d'imaginer que le gamin hirsute qui allait briller dès ses débuts avec Monaco, il y a un peu plus de 20 ans (premier match - et titularisation -  fin aout 1994 contre Nice grâce à Arsène Wenger, premier but contre Lens fin avril 1995, 8 matches et 3 buts pour sa première saison pro...) allait confirmer les attentes mises en lui à un moment où la France cherchait de nouveaux talents pour se remettre du cauchemar bulgare, et alors que Papin et Cantona étaient sur le point de passer le relais. Combien de mômes ultra talentueux ne se sont jamais remis de débuts en fanfare, de la surmédiatisation qui s'en est à chaque fois suivi, et qui n'ont jamais confirmé, gâchant des talents trop précoces ? Je pourrais vous en citer des dizaines. Lui n'a pas eu non plus en chemin linéaire. Mais ses rares échecs ont été vite oubliés et compensés par des retours encore plus impressionnants.

Lorsqu'il quitte Monaco six mois après la conquête du Mondial 98 pour la Juve, il semble monter dans une fusée qui doit l'emmener au sommet. Son seul échec en club (3 buts en 16 matches de Série A), où ses entraîneurs se nomment pourtant Marcello Lippi puis Carlo Ancelotti, qui le remplace en février, excusez du peu, qui l'oblige à répondre à l'appel de son mentor, Arsène Wenger, qui l'attire à Arsenal. Vous connaissez la suite.

Une pluie de records

En huit années à Londres, il devient le meilleur buteur de l'histoire du club (228 buts, soit 28,5 par saison...), quatre fois meilleur buteur du championnat, troisième meilleur buteur de Premier League depuis 1992... Collectivement, il ne remporte "que" deux titres (2002 et 2004), deux Community Shields, trois FA Cups et dispute la finale de la Ligue des Champions en 2006. Tournoi qu'il remportera trois ans plus tard avec Barcelone, contre Manchester United (2-0), et dont il est le meilleur buteur français de l'Histoire (51 buts).

Enfin à New York, il va s'éclater, moins marquer (35 buts en trois saisons quand même) mais toujours beaucoup passer (26 passes), lui qui n'aura jamais su se défaire de ses oripeaux d'ailier qui ont marqué son début de carrière. D'ailleurs, dans mon esprit, il a toujours plus été un "ailier fort", comme on les appelle au Basket, qu'un véritable avant-centre. Même recentré, il a toujours préféré, comme Zidane, évoluer légèrement à gauche, d'où il pouvait rentrer et armer ses fameuses frappes enroulées. Son jeu de tête était médiocre, et il ne marquait presque jamais des buts de renard dans la surface. C'était sa qualité, mais aussi son défaut : il n'avait pas le flair d'un renard des surfaces, comme souvent les joueurs de côté.

Il est également, vous le savez, le meilleur buteur des Bleus (51 buts), lui qui a été cinq fois leur meilleur scoreur annuel (2002, 2003 et de 2006 à 2008). Avec 123 sélections, seul Lilian Thuram (142) compte plus de capes que lui, et il a remporté un Euro et un Mondial, palmarès très rare en France. Bref, il figurerait certainement dans l'équipe type historique des Bleus, tout comme dans celle des années 2000 au niveau mondial.

Un cadre, pas un leader

Évidemment, les gens lui reprochaient ce qu'ils pouvaient lui reprocher, à savoir pas grand chose. Son manque de sourire après ses buts, la belle affaire, son boulard, maladie pourtant très répandue chez les sportifs (ou les artistes...) de haut niveau, et sa main contre l'Irlande en 2009, en barrages pour la Coupe du Monde 2010. Un geste qui avait permis aux Bleus d'aller en Afrique du Sud, ce qui était finalement tout sauf un cadeau. Bref un mauvais geste réflexe, qui aura presque plus marqué sa carrière, du moins en France, que tous les beaux gestes proférés en 917 matches officiels (411 buts)... Il pourra rétorquer, avec raison, qu'il a fait ça pour la France... pour son but de la main au Mexique, en 1986 contre l'Angleterre, quart de finale du Mondial s'il vous plait, Maradona est adulé en Argentine.

Et il y a eu ce Mondial 2010. A 32 ans, il a terminé la saison sur la gente avec Barcelone, qu'il va quitter pour Ney York avant même la fin de la compétition. Domenech ne veut pas l'emmener en Afrique du Sud, il insiste en lui disant qu'il s’assoirait volontiers sur le banc. Qui peut refuser un tel joker offensif ? Il n'entra en jeu que deux fois sur trois, n'influant en rien sur les matches contre l'Uruguay (0-0) et l'Afrique du Sud (1-2). Et il ne descendra pas du bus, mais qui l'a fait ? La Coupe du Monde de trop, lui qui en a gagné une et a marqué 6 fois en 17 matches dans la compétition. D'ailleurs, s'il a souvent été présent dans les grands tournois (28 matches, 6 participations), il y a moins brillé qu'en club (12 buts tout de même).

Mais il a toujours su se vendre, y compris auprès des médias qui l'ont toujours préféré à son ex partenaire en Espoirs et à Monaco, David Trezeguet. Pourtant, ce dernier a de nettement meilleurs stats que lui en sélection : 1 buts toutes les 121 minutes (contre 177 pour Henry) et 0,48 buts par match (0,41 pour Henry). Alors oui, Henry était plus complet, et il a aligné 24 passes décisives en Bleu (5 pour Trezegol). Mais Henry n'a marqué qu'un but après un quart de final dans un gros tournoi, celui en demi-finales de l'Euro 2000 contre le Portugal (2-1 a.p.). Le but vainqueur en finale, lui, fut l’œuvre de Trezeguet, et pas dégueu en plus si je me souviens bien... Pourtant, le meilleur buteur étranger de l'Histoire de la Juventus n'a été que 59 % du temps titulaire en Bleu, contre 86 % pour Henry...

Évidemment, ces deux joueurs auraient pu évoluer ensemble, dans un 4-4-2 en losange par exemple, même si ce système est relativement rare au haut niveau. Ils étaient complices sur le terrain lorsqu'ils ont gagné la Ligue 1 en 1997, l'année où ils remportent le tournoi de Toulon avec les Espoirs, après avoir gagné l'Euro des moins de 19 ans un an plus tôt contre l'Espagne... Mais il voulait être le seul en attaque, et comme souvent avec les grands buteurs, il ne supportait pas la concurrence. Demandez à Messi ou Ibra... En même temps difficile de rêver mieux comme joker offensif que Trezeguet...

Aujourd'hui les Bleus ne sont pas en manque de bon buteur international, avec Benzema, qui peut encore le rattraper s'il se presse un peu (25 buts)... mais le Madrilène ne joue pas non plus avec Zidane (qui a adressé à Henry non pas une mais deux passes décisives), Pirès, Djorkaeff... Henry est aussi tombé exactement à la bonne période, contrairement à Papin ou Cantona par exemple, qui ont fait le lien entre les générations Platini et Zidane. Ça ne fait pas tout, mais ça compte aussi, la chance, pour réussir au très haut niveau. Lui n'aura pas réussi à faire la transition avec une nouvelle grande génération, il n'aura pas su être un grand leader en Bleu comme d'autres avant lui, on l'a vu en 2008 et 2010. Mais il fut le buteur des années Zidane, et ça il fallait déjà le faire.

A plus tard !

mercredi 4 juillet 2012

Les tableaux de l'Euro

Salut à tous,

Petit retour sur cet Euro qui vient de se terminer. Je vais pour cela m'appuyer sur ma marotte habituelle, les stats, pour illustrer ce que fut ce tournoi qui pour moi a marqué un tournant sur le plan tactique : plus besoin d'attaquant pour gagner. Même plus besoin de la possession. L'Espagne a possédé le ballon mais moins qu'à l'accoutumée (59 %, et 46 en demi-finales contre le Portugal) et a joué la majeure partie du temps sans pointe. Ça n'engendre pas forcément moins de buts, mais ça n'en apporte pas plus - surtout, ça joue sur la qualité du spectacle. Hormis la finale, face à une Italie joueuse, les matches de l'Espagne ont un peu trop souvent ressemblé à du Handball, mais sans l'obligation de tenter une frappe au bout de 30 secondes. Une longue possession stérile, qui empêche l'adversaire d'être dangereux et le spectateur de rester éveillé.

Les numéros restent traditionnels

Au niveau des buts, on a raté à une unité près les scores des deux précédents Euros : 76 buts, contre 77 les deux fois auparavant. Soit 2,45, contre 2,48, une régularité qui fait presque peur, surtout que la moyenne des Euros depuis 1960 se situe à... 2,46. Mais il y a eu deux périodes bien distinctes dans ce tournoi : les deux premiers matches de chaque groupes, soit 16 rencontres, qui tournaient à 2,88 ; puis les troisièmes matches et les matches éliminatoires, soit 15 rencontres, où là on a tourné à pile 2 buts par match. Comme prévu, l'enjeu a tué le jeu lorsqu'il s'est élevé. Lorsque toutes les chances sont égales, on aime tenter sa chance, jouer, attaquer ; mais quand il s'agit d'assurer un point ou son but, les portes se ferment. Un grand classique. On a d'ailleurs marqué 9 de ces 30 buts lors du dernier quart d'heure, contre 7 sur les 46 buts précédents.

Un premier petit tableau, ensuite. Il s'agit du nombre de matches, de buts et de passes décisives dans le jeu par numéros. Oui oui, c'est intéressant !




On constate de suite que la tradition du numéro 9, malgré la disparition quasi annoncée des attaquants de pointe, a la vie dure : ils ont marqué 11 buts, devant les numéros 7, 11 et 14 (8 buts). Bon score également des 17 (7), qui ne signifie pas grand chose, à part que Mandzukic et Dzagoev, deux des meilleurs buteurs de l'Euro, ont le même numéro. Par match, le 10, apparu 49 fois, a longtemps mené au score mais c'est finalement le 7 qui l'a emporté sur le fil (51), devant le 10 et le 11 (49), puis le 6 (48) et enfin le 1, le 8 et le 9 (47). Bref, des numéros extrêmement traditionnels. En revanche, le 12 (13 fois) est désormais plus souvent porté par les deuxièmes gardiens que le 16 (39). Chez les passeurs, la victoire du 10 (6) devant le 7 et le 11 (5) ressemble quasiment à un poncif tellement elle est symbolique.

La Premier League plane

Autre tableau, celui des buts par clubs...



Évidemment, la toute puissante Premier League s'illustre. Et ce sans l'aide de ses internationaux anglais, qui n'ont marqué que 5 buts. Si la sélection italienne a brillé, ce n'est pas grâce à ses ressortissants : son buteur, Balotelli, évolue en... Angleterre. Même chose pour les 3 buts français, dont 2 viennent d'outre-Manche (Cabaye et Nasri), ou... l'Espagne, puisque Torres (3 buts), Silva (2) et Mata (1) jouent également en Angleterre. Heureusement que Fabregas est revenu en Espagne il y a un an... On notera également le bon score de la Bundesliga, qui a plus marqué que la Liga. Le Real l'emporte, mais d'une courte tête, grâce à Ronaldo (3) et Özil (1) mais aussi Xabi Alonso (2), Khedira et Pepe, des joueurs moins attendus... au contraire de Benzema (0). Si le Barça a été quelconque, confirmant que sans Messi, il est moins représentant offensivement, City, lui, a confirmé que son titre de champion d'Angleterre n'était pas usurpé. Mais sur les 7 buts de City, un seul vient d'un Anglais, Lescott. Enfin, la Ligue 1, comme il y a 4 ans, a été plus que quelconque : absente, ou presque.

Les passeurs à présent !



Une affaire de spécialistes, on dirait. Il ne manque personne, que des stars de la passe décisive, que des milieux offensifs aussi, hormis Benzema... quoique. Certains buts sont regardés en boucle sur internet, mais je pense que certaines passes décisives pourraient l'être aussi, notamment celle de Plasil contre la Russie (1-2) ou celles de Schweinsteiger contre les Pays-Bas (2-1), sans parler de celles de Xavi en finale. En fait si, il en manque un, des meilleurs passeurs d'Europe : Ronaldo...

Passons maintenant aux statistiques sur les tirs qui sont très parlantes je trouve.



Vous ne rêvez pas : la France est particulièrement bien classée, hormis sur l'efficacité, ce qui est problématique. Mais contrairement à ce que tous les commentaires catastrophés des commentateurs et des médias pourraient nous faire croire, les Bleus ont eu le ballon, puisque seules l'Allemagne et l'Espagne les devancent dans ce domaine, excusez du peu, et ils en ont profité pour beaucoup frapper, beaucoup cadrer, et même s'ils ont peut-être abusé de frappes lointaines, au vu de ces chiffres ont peut leur reprocher une chose : de n'avoir pas réussi à convertir toutes ces frappes. Parce que lorsqu'il leur fallait 63 tirs dont 37 cadrés pour marquer 3 petits buts, il en a fallu 28 et 14 à la Grèce pour en inscrire 5 ! Des chiffres sidérants. Le Danemark s'est également signalé par la précision mais aussi l'efficacité de ses tirs, dommage qu'il n'ait pas frappé plus ! L'Italie, elle, comme je l'avais dit, a beaucoup frappé, pour un résultat finalement très moyen (5,56 % de réussite contre 9,25 au total). Elle l'a payé en finale, avant que les circonstances de jeu ne fausse la fin du match. Mais jusqu'à l'heure de jeu, elle rivalisait avec l'Espagne au nombre de tirs et sur la possession. Mais pas au score...

Dominer n'est pas gagner... sauf pour l'Espagne

Enfin, derniers tableaux, qui confirment ce que je viens de dire...



Évidemment, l'Espagne a survolé les débats au nombre de passes, réussies surtout. Tenter beaucoup de passes, c'est bien, mais en réussir 4 sur 5, c'est gigantesque. Il faut dire qu'elle ne tente que des passes ayant beaucoup de chance de passer, et pas des centres, par exemple, puisqu'elle est dernière aux nombres de centres. Pourquoi aurait-elle centré d'ailleurs, puisqu'elle n'avait pas d'avant-centre ? L'Allemagne, en revanche, savait qu'elle en avait un, et a beaucoup tenté de le trouver dans les airs, avec un certain succès d'ailleurs. La France, elle, confirme qu'elle ne ratait pas toutes ses passes, contrairement à ce que les hurlements de Larqué contre la Suède laissaient supposer : devancer dans ce domaine presque tout le monde, et notamment les Pays-Bas, l'Allemagne, la Russie ou l'Italie, sans parler du score étonnamment mauvais du Portugal, c'est la meilleure des réponses. On dira que c'étaient beaucoup de passes latérales, certes... un peu comme l'Espagne, quoi.

A noter que les hors-jeu montrent que l'Espagne, qui en a signé le plus, a beaucoup plus joué en contre que d'habitude. Elle se situe devant - ou derrière - des équipes qui ont souvent subi, comme l'Irlande, la Grèce ou le Danemark. A noter que 5 des 6 équipes les plus sanctionnées en hors-jeu n'ont pas franchi le premier tour, et le premier demi-finaliste, le Portugal, est 8e. Il ne valait vraiment pas trop dominer dans cet Euro, décidément. Mieux vaut laisser venir...

Voilà sur ce je vous laisse, à plus tard !

lundi 2 juillet 2012

Une finale tronquée

Salut à tous,

La gueule de bois doit être partagée ce matin, de chaque côté du Golfe du Lion. En Espagne, la fête a du être terrible, et le réveil, difficile : mettre 4 buts d'écart à un adversaire en finale, ça n'avait jamais été fait ; et rentrer dans l'Histoire pour longtemps, ça n'arrive pas souvent. En Italie en revanche, c'est surtout l'ampleur très exagéré de la défaite qui a du faire le plus mal. Avec le fait de n'avoir pas pu défendre ses chances jusqu'au bout, à cause d'une règle qui, comme d'autres, à l'image de ce qu'il se fait dans le rugby, mériterait d'être quelque peu dépoussiérée.

L'Espagne définitivement mythique

Le bonheur espagnol est parfaitement légitime. Remporter trois tournois consécutifs, conserver son Euro, ne prendre aucun but en 990 minutes durant les matches éliminatoires, c'est carrément dément. Surtout lorsque l'on sait à quel point cette Roja a parfois ennuyé durant cet Euro, et même été bousculée, par l'Italie et la Croatie, en phase de poule, puis par le Portugal en demi-finales. Jusque là, seules l'Irlande et la France avaient laissé le futur double tenant développer tranquillement son jeu, sans qu'elle ne déploie jamais le jeu flamboyant qu'elle a montré hier soir... du moins pendant une heure.

L'Espagne fait mieux que les deux équipes qui avaient réussi un doublé en deux ans, la RFA entre 72 et 76, qui avait échoué cette année là en finale de l'Euro, et la France entre 98 et 2000, qui s'était complètement ramassée en 2002. Trois grands tournois, avec dans ses rangs la bagatelle de 9 joueurs (Casillas, Ramos, Arbeloa, Iniesta, Xabi Alonso, Xavi, Fabregas, Silva et Torres) qui ont participé à ces trois conquêtes. Et Puyol et Villa étaient blessés... de quoi faire une équipe entière ! Ça signifie une génération exceptionnelle, ça veut aussi dire que la relève ne sera pas jugée comme toutes les relèves. Le remplacement, dans les prochaines années, des trentenaires tels que Casillas, Xavi ou Xabi Alonso, ne sera pas aisé. On le sait bien, en France, comme ailleurs : les mythes ne se succèdent pas entre eux.

Des débats équilibrés

Pourtant, même si dans le jeu elle semblait supérieure, la Roja n'a pas dominé du tout la première heure de la finale, contrairement à ce que le tableau d'affichage annonçait alors. Elle avait deux buts d'avance mais n'avait ni la possession (52 % pour l'Italie) ni le nombre de tirs (12 à 11) en sa faveur. La Squadra avait même raté quelques grosses occasions très nettes, notamment le pauvre Di Natale, rentré à la pause à la place de Cassano, et qui se créait deux opportunités énormes, une tête juste au-dessus sur un coup-franc puis un duel avec Casillas, dans lequel il envoyait directement le ballon sur le portier espagnol, qui n'en demandait pas tant. Ce dernier a par ailleurs sorti un très grand match, ce qui montre, contrairement à ce que certaines blagues circulant sur le net tendraient à faire croire, que la Roja, après avoir gagné l'Euro sans attaquant, pourra gagner le prochain sans gardien. Elle a souffert sur les attaques placées italiennes, et surtout sur les coups de pied arrêté. Et malgré les critiques répétées et consternantes des commentateurs de TF1, Mario Balotelli a fait ce qu'il a pu, il a pesé, mais n'était pas toujours été bien soutenu.

Mais, malgré le côté équilibré des débats, l'Espagne menait déjà largement à la pause, grâce à deux buts sublimes, enfin. Deux buts qui nous ont rappelé que, quand cette équipe essayait de faire autre chose que faire tourner le ballon et attendre que l'adversaire se fatigue, elle pouvait sortir des actions collectives magiques, qu'elle seule est capable de fournir au niveau international. Le but de Silva, sur un centre de près de Fabregas, et celui de Jordi Alba, parfaitement lancé par un Xavi retrouvé, ont illuminé une première mi-temps équilibrée, on l'a dit, mais aussi plaisante à regarder et très rythmée. La suite...

La finale volée

Après un quart d'heure où Di Natale aura définitivement mangé la feuille, il y eut la blessure du Parisien Thiago Motta, entré 5 minutes plutôt, et qui allait laisser ses coéquipiers à 10 pendant une demi heure, une première dans l'histoire des grandes finales. A 10 contre 11 Espagnols en pleine confiance, pendant un tiers de match, que pouvaient espérer les Italiens, aussi courageux soient-ils ? Ils ont retardé l'échéance pendant 20 minutes, avant de logiquement craquer durant les 10 dernières. On est content pour Torres, qui termine co meilleur buteur en n'ayant joué que durant l'équivalent de deux matches (189 minutes), et Mata, qui a profité de ses seules (!) 5 minutes de jeu durant cet Euro pour marquer, mais pas sûr qu'ils auraient si aisément trompé Buffon en fin de match si les deux équipes avaient terminé à 11. Que ce serait-il passé si l'Italie avait eu l'autorisation d'effectuer un autre changement ? Pas sûr qu'elle eut pu inverser la tendance, même si elle en avait les moyens, puisqu'elle continuait de se créer des occasions avant cela. Mais on aurait eu droit à une dernière demi-heure beaucoup plus rythmée et équilibrée, sans nul doute. Bref, si le vainqueur n'a sans doute pas changé à cause de cette circonstance, les spectateurs que nous sommes, qui nous régalions de voir les deux meilleures équipes européennes, les derniers champions du monde, s'affronter, peuvent se sentir spoliés. Cette finale a été faussée, et son résultat avantageusement grossi, sans doute. Il n'y avait pas 4 buts entre les deux équipes, hier soir.

En rugby, ce sport traditionnel, enraciné dans les cultures des terroirs britanniques, du sud de la France ou de l'hémisphère sud, si ancré dans les villages, les régions, qui ne succombe que partiellement au business que le professionnalisme colporte partout où il va, on peut consulter la vidéo lorsqu'une décision arbitrale pose problème. On peut aussi remplacer un joueur quand il est blessé, même quand les remplacements ont tous été effectués. Bref, le rugby nous donne encore une fois une leçon de modernisme. De cette manière, les matches ne sont jamais faussés par des coups du sort. Cesare Prandelli a du changer son latéral gauche après 20 minutes, déjà sur blessure. Il a donné du peps à son attaque à la pause, en faisant rentrer Di Natale, deuxième changement. Peut-être celui de Montolivo par Motta, avant l'heure de jeu, était prématuré, après coup. Comment le savoir ? Si on se dit qu'on prends un risque en changeant trop vite ses joueurs, on fait comme Laurent Blanc, on fait des changements à la 85e minute, quand c'est trop tard. Prandelli, lui, est un tacticien hors pair, et ses changements, notamment celui de Di Natale, ont bien failli porter ses fruits. Et la blessure de Motta n'est pas une erreur de sa part, juste un coup du sort. Il a essayé d'équilibrer son milieu pour avoir une meilleure maîtrise et en contrant mieux l'Espagne. Mais il n'y a plus eu de match, ensuite.

Cruel pour l'Italie

Rendant hommage à ces joueurs espagnols, dont plus de la moitié des titulaires ont remporté trois tournois majeurs, ce que personne en Europe n'avait jamais fait. Nous serons tous très vieux, voire morts, le jour où tous ces records seront battus. Une équipe qui gagne quatre trophées d'affilée ? Difficile à imaginer. Et ils nous ont régalé hier. Mais je ne peux m'empêcher d'être triste pour ces Italiens qui, après des décennies à encaisser des critiques sur le jeu et leur calcul, ont essayé - et réussi - de jouer, on fourni du jeu, et se sont rendus sympathiques aux yeux du monde entier, et même des Français, mais qui ont payé trop cher cette révolution stylistique et tactique. Beaucoup, dans la botte, feront remarquer que, peut-être, s'ils avaient plus calculé, moins laissé d'espace en attaquant, ils auraient plus gêné cette Roja qui, comme toutes les équipes qui aiment avoir le ballon, n'attendent qu'une chose, que leur adversaire prenne des risques. Mais les Italiens ne doivent pas abandonner cette idée. Ils ont et ont toujours eu les joueurs pour mieux jouer qu'ils ne le faisaient avant, et voir enfin cette équipe se libérer et offrir autre chose que de la sueur et du bloc équipe, c'est vraiment réjouissant. Et en plus ça marche, souvent. On ne rencontre pas tous les jours l'Espagne, et on ne finit pas toujours à 10 contre elle.

Allez, on se revoit plus tard pour un bilan détaillé de cet Euro !