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mardi 10 juin 2014

Brésil, nous voilà !

Salut à tous !

Alors, J-3 hein ! Dans trois jours, nous tous, passionnés de football, sacrifieront sans vraiment de regrets une bonne partie de notre vie sociale - voire, pour certains, dont votre serviteur, une partie de leurs économies - pour suivre le plus grand spectacle qui puisse nous être donné de suivre : une Coupe du Monde. Quoi de plus mythique ? Mieux que les JOs, mieux que le Tour de France, Roland Garros... une Coupe du Monde. L'impression de vivre l'Histoire, la voir s'écrire sur nos télés, sous nos yeux. Les images sépias, vintages, plus ou moins de qualité, des Schiaffino, Fontaine, Pelé, Cruyff, Maradona, des images qu'il fallait, à l'époque, parfois attendre plusieurs heures avant de les voir, voire tout simplement avoir pu s'offrir le luxe d'un téléviseur... vont désormais se dérouler en direct live, sous nos yeux fatigués par le - relatif - décalage horaire, en qualité numérique, avec je ne sais combien de dizaines de caméras par match, dans des stades hélas de moins en moins personnalisés, de plus en plus identiques, ordinaires, et des stars, encore et toujours, qu'on espèrera au top de leurs formes. Ça, c'est à J-3.

Des surprises mais pas trop

Évidemment, il y aura des surprises, il y aura des déceptions, des défaillances plus ou moins graves, quelques fulgurances et autres exploits qui parviendront à s'extirper des toiles tissées par des techniciens toujours plus adeptes du bloc équipe et de la suppression des espaces superflus - heureusement, la rareté des matches internationaux par rapport à celui des clubs, marqué par la quotidienneté des entraînements et donc de l'importance des automatismes défensifs, pourra, qui sait, offrir un peu plus d'espaces incongrus que
d'ordinaire, et donc plus de débordements, de dribbles, d'exploits individuels ou collectifs. Bref, le football, honni par des croque-morts comme Mourinho mais que les amateurs de football aiment.

On espère que les stars seront présentes, tout en espérant que des outsiders parviendront à bouleverser les pronostics. Pas trop quand même : c'est bien gentil les surprises, mais les Coupes du Monde qui ont le moins marqué les esprits sont celles qui ont, en général, produit des derniers carrés, disons... originaux. Rappelons nous de la Turquie et de la Corée, en 2002, ou du Chili, de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie en 1962... désolé de le dire, mais les plus grands matches de l'Histoire de la Coupe du Monde, ce furent ceux qui opposèrent vraiment les meilleurs pays du moment entre elles : Brésil-Hongrie 1954, Angleterre-Allemagne 1966, Allemagne-Italie 1970, France-Brésil 1986, etc. La plus belle Coupe du Monde de l'Histoire ? 1970. Avec qui en demi ? Brésil, Italie, Allemagne, Uruguay. Que rêver de mieux ? Une surprise, ok, que des surprises, ça signifie surtout que les meilleurs joueurs du monde auront raté leur tournoi. Et ça, personne ne le souhaite, hormis leurs adversaires bien entendu...

Ronaldo et Messi, au rapport

Malheureusement, depuis l'avènement de la Ligue des Champions et surtout, depuis 15 ans, sa propension à épuiser ses participants par un nombre effarant de matches, les meilleurs joueurs du monde sont rarement au rendez-vous des grands tournois internationaux. Ronaldo a 29 ans cette année, et la seule fois qu'il a un peu brillé un été d'année paire, c'était à l'Euro 2012, et encore, avec un score, 3 buts en 5 matches, presque quelconque pour un buteur de sa trempe, auteur de 29 buts lors de ses deux dernières saisons de C1 ! Au total, le Portugais, qui évolue tout de même au sein d'une des meilleures sélections d'Europe, aura marqué 6 fois en 14 matches de championnat d'Europe, et 2 fois en 10 match de Coupe du Monde, soit 8 buts en 24 matches. Une misère.

Et Messi, que beaucoup, à raison sans doute, considèrent comme au moins l'égal d'un Maradona ? Un but en 8 matches de Coupe du Monde, dont aucun en 5 matches en 2010, au sortir d'une saison à 47 buts avec le Barça... pourtant, est-ce qu'on peut sérieusement discuter leurs statuts de meilleurs joueurs du monde ? Messi-Ronaldo, c'est Nadal-Federer - ou plus sûrement Nadal-Djokovic -, c'est Senna-Prost, c'est... deux numéros un, qui ont eu la malchance de tomber l'un sur l'autre au même moment. Rappelez-vous de l'époque où il fallait activer nos méninges pour trouver un Ballon d'Or passable, et le donner à Owen, Nedved, sans parler de Cannavaro... pourtant il y avait Zidane. Mais là, les deux ont tellement fait le trou avec la concurrence qu'on ne peut que les imaginer se régaler cet été au Brésil, voire se disputer le trophée en finale. Quel pied ce serait !

Et pourtant... il y a de bonnes chances qu'ils ne soient pas dans les mêmes dispositions. Ronaldo est en petite forme, n'a pas encore joué de match de préparation, et Messi, s'il a encore beaucoup marqué cette saison (41 buts en 46 matches avec le Barça, quand même), il a souffert de plusieurs blessures. Cela lui permettra-t-il d'être frais au Brésil ? Rien n'est moins sûr. La règle d'un grand tournoi, désormais, c'est souvent de révéler des joueurs méconnus, qui ont moins joué que les autres, qui n'étaient pas attendus et qui signeront des gros contrats par la suite. Euro 2012 : Iniesta meilleur joueur, soit. Iniesta, c'est l'anti héros parfait, le serviteur idéal, le joueur anti individualiste au possible. Le prototype du joueur d'équipe.

La Coupe du Monde 2010 ? Forlan, d'un Uruguay pourtant "seulement" quatrième. Preuve que si l'Espagne gagne tant depuis six ans, c'est parce que son collectif parfaitement huilé lui permet de pouvoir se passer d'un joueur essentiel, indispensable. Qui gagnerait un Ballon d'Or, par exemple. Performances de Messi et Ronaldo en Afrique du Sud ? Zéro et un but, contre la Corée du Nord (7-0 score final). Euro 2008 ? Xavi. Effectivement, il jouait beaucoup, mais encore une fois... pas un joueur qu'on voit forcément tout le temps. Il prend le ballon, il le donne. Très intelligemment, toujours proprement. Mais ce n'est pas une star. Pas de Ballon d'Or pour le Catalan... Jamais le Ballon d'Or en titre ne brille au grand tournoi qui suit son trophée. La dernière fois, je veux dire vraiment ? Baggio, Ballon d'Or 1993 et meilleur buteur du Mondial américain qui a suivi. Soit lorsque la Ligue des Champions a été créée, en gros. Il y a vingt ans.

Le Brésil vengera-t-il 1950 ?

Alors, que peut-on espérer de ce Mondial ? Quand on aime le football, on a envie que le Brésil soit beau, soit efficace, nous régale. Chez lui, il ne peut rêver meilleur contexte, même si la pression, folle là-bas, sera terrible à gérer. Au moins, en Afrique du Sud ou au Japon, elle était lointaine... Il y a un an, ceux qui ont regardé la Coupe des Confédérations ont pu constater que le Brésil avait une excellente équipe. Un gardien médiocre, soit, comme souvent d'ailleurs, mais une charnière solide, des latéraux toujours aussi dingues, un milieu extrêmement créatif, des ailiers fantastiques et un avant-centre qui s'appelle Fred. Qui fait sourire en France, mais pas au Brésil. Certes, il symbolise l'étrange pauvreté actuelle en
avant-centres de haut niveau de ce pays qui en a généré tant de merveilleux. C'est surtout quand on voit qui sera le remplaçant de Fred : Jô, ancien de City, est un grand échalas qu'on devine gaucher, et qui est d'une faiblesse folle. Six buts en championnat avec l'Atlético Mineiro en 2013... Sa force ? Il marque en Copa Libertadores. La belle affaire.

Mais Fred, c'est l'avant-centre idéal pour faire briller Hulk et surtout Neymar. Un gros travailleur, un excellent remiseur, et également un bon buteur (42 buts en 2011 et 2012 en championnat avec Fluminense, 9 buts en sélection l'année dernière). Ne rigolez pas trop vite sur Fred, c'est n'est pas Guivarc'h, ni Francis Perrin, son sosie officiel : il pourrait être une des surprises de ce tournoi.

Une France si jeune...

Et les Bleus ? Privés de Ribéry et sans doute d'un Toulalan au milieu - on oublie trop souvent à quel point ce garçon pourrait encore plus nous faire du bien au milieu s'il acceptait de revenir en sélection - , leur jeunesse peut faire peur. De l'insouciance ? Oui c'est vrai, ça pourrait être charmant sur certains matches, sur certaines séquences. Un Griezmann a montré sur ses quatre apparitions combien il pouvait apporter devant le but, par ses inspirations et sa qualité technique au-dessus de la moyenne. Mais les équipes qui vont loin dans une Coupe du Monde sont celles qui ont de l'expérience à revendre. Or nous, nous la comptons sur les doigts d'une main. Nous avons une belle jeunesse, mais pas encore une équipe qui aurait les épaules pour viser mieux que les quarts de finale, ce qui serait déjà très beau, même si ça ne nous est jamais arrivé, puisque lorsque la France est sorti d'une poule mondiale, elle a toujours atteint au moins le dernier carré...

On nous bassine avec ses nouvelles valeurs, son nouveau comportement... que de balivernes. C'est parce qu'elle serait nouvellement bien élevée que cette génération gagnerait ? D'abord, calmons nous un peu : pour l'instant, Deschamps prends moins de points par match depuis sa prise de fonction que Domenech. Et pas qu'un peu (1,23 contre 1,34). Et encore moins que Blanc (1,44). Alors certes, depuis la belle réaction au Belarus (2-4), elle n'a perdu qu'une fois, en Ukraine, marque des buts et en prends peu. J'espère de tout cœur qu'elle ira le plus loin possible, ce n'est pas négociable. Mais croire que ces joueurs gagnent parce qu'ils se comporteraient mieux - ça reste à prouver, rappelons qu'on disait la même chose avant l'Euro 2012 - , parce qu'ils n'ont soit-disant plus de casques sur les oreilles et parce qu'ils
chantent un peu plus la Marseillaise... ça prouve surtout à quel point les médias français sont ignares en football. Certaines nations, dont l'Espagne, n'ont pas de paroles à leur hymne, et dans toutes les équipes du monde les joueurs portent des casques sur les oreilles pour se concentrer. Même ceux qui gagnent, si si. Et tous touchent des primes. Tous. La France est sympathique parce qu'elle gagne en ce moment, point. Pas parce qu'ils ont l'air gentils et motivés. Seuls les résultats comptent, tout le reste c'est de la littérature de bas-étage.

On a perdu notre meilleur joueur, meilleur buteur et passeur depuis deux ans, et il est difficile d'imaginer que nous soyons meilleurs sans lui, même si on a des jeunes prometteurs. Mais toutes les générations doivent passer par des échecs. Celle de Deschamps a du vivre France-Bulgarie, celle de Platini avait eu l'Argentine en 78 et celle de Kopa, la Suisse en 54. Imaginer que parce que Griezmann est prometteur, Ribéry est remplacé, c'était penser qu'Oasis pouvait remplacer les Beatles sur la foi d'un premier bon album et des coupes de cheveux prometteuses. On a vu le résultat. Dénigrer le 8-0 contre la Jamaïque est aussi idiot que le glorifier. La Jamaïque n'a pas l'habitude de prendre des roustes, même contre les gros, et notamment la Suisse récemment (0-1). Certes elle a été mauvaise hier, mais si elle a pris autant de buts, c'est aussi parce que la France s'est montré persévérante, sérieuse et offensive. Elle aurait pu s'arrêter à 3-0... elle a continué. Ça prouve un état d'esprit SPORTIF très encourageant. Mais l'opposition au Mondial, y compris celle du Honduras, sera d'un autre calibre. Et là, sous les yeux du monde entier, il faudra gérer la pression et jouer simple, efficace. Ne pas se rater. Sinon, elle redeviendra impopulaire, c'est évident.

A très vite !

lundi 26 novembre 2012

Les buts étrangers en Europe


Salut à tous,

Comme vous le savez, j'apprécie particulièrement de découper le football en tranches grâce aux chiffres, le seul moyen totalement objectif, a priori, pour décortiquer quelque chose, et notamment un sport. Un chiffre n'a pas de club préféré, pas d'a priori, pas de fatigue oculaire, pas d'"impression visuelle"... le chiffre ne dit pas tout, mais il ne peut pas se tromper. C'est mathématique. Seul celui qui les manipule peut le faire.

Ce soir, je voudrais revenir sur la saison dernière, à travers un prisme qui, selon moi, en dis beaucoup sur le niveau, la culture et le visage de chacun des cinq grands championnats : le nombre et la nature des buts marqués par les étrangers dans leur compétition respective. Vous allez voir, c'est extrêmement parlant.

L'Afrique reine en France, ignorée en Italie

Parlons d'abord de la Ligue 1, qui se démarque par rapport à celui de ses voisins sur un point sur lequel je reviens souvent ici : l'importance des buts africains qui le caractérise, phénomène qui est complètement absent dans les quatre autres championnats. L'Afrique est
devancée par l'Europe en Allemagne et en Angleterre, et par l'Amérique du Sud et l'Europe dans les pays latins, l'Espagne et l'Italie. L'Amérique du Sud, deuxième en France, est troisième dans les pays anglo-saxons cités plus haut, et première chez les latins. Ceci présenté, on assiste déjà à la singularité de la Ligue 1 : l'an passé, il y avait 11 pays africains dans les 15 pays les plus représentés dans son classement des buteurs, contre 3 sur 17 en Allemagne, 4 sur 15 en Angleterre et en Espagne, et un seul dans les 23 premiers en Italie. En revanche, s'il n'y avait qu'un seul européen dans les 12 premiers en Ligue 1, il y en avait 11 sur 17 en Allemagne et 13 sur 20 en Angleterre. Il y avait également deux sud-américains dans les 20 premiers en France, 2 sur 19 en Allemagne, 1 sur 18 en Angleterre, contre 7 sur 12 en Espagne et 5 sur 7 en Italie !

Un petit crochet sur le taux de buts étrangers dans ces 5 pays : la France fermait la marche avec 47,8 %, derrière les deux latins, l'Espagne (50,6) et l'Italie (51,5), quand l'Allemagne (58,6) et l'Angleterre (64,9) voient une nette majorité de buteurs étrangers briller sur leurs pelouses. Difficile d'expliquer ce phénomène, une meilleure santé financière peut-être, mais c'est comme ça. En tous cas là encore, on note une fracture entre les meilleurs championnats du nord et ceux du sud, la France, malgré son originalité et ses racines latines, semblant plutôt emprunter le chemin de ceux du nord pour l'instant.

L'Argentine, évidemment

Si on additionne les buts étrangers de ces cinq grands championnats, l'Argentine l'emporte très largement : 363 buts, contre 199 pour le Brésil, son dauphin, qui devance les Pays-Bas (112) et... la France (103). Cette dernière réussit donc l'exploit d'être extrêmement bien classée alors qu'elle n'est logiquement pas représentée dans son propre championnat, comme l'Espagne, 11e avec 59 buts, l'Allemagne, 34e avec 23 buts, l'Italie, 38e avec 22 buts, et l'Angleterre, 70e avec... 4 buts, tous inscrits par le Lillois Joe Cole en Ligue 1 ! La France qui est 14e en Allemagne (13 buts), 7e en Angleterre (38), 4e en Espagne (38 également) et 9e en Italie (14). Dans le même temps, les Argentins sont 2e en France (45), comme cette saison d'ailleurs, seulement 45e en Allemagne avec 1 petit but, 2e en Angleterre (47) et largement première dans les deux championnats latins, avec 122 en Espagne (Messi oblige...) et... 148 en Italie ! La filiation entre l'Italie et l'Argentine, qui parle déjà dans les patronymes argentins, est très forte depuis un petit moment. Tout comme avec l'Uruguay.

Dans ce classement général, on notera que le Sénégal fait mieux contre le Portugal de
Ronaldo (90 contre 89 buts), les Lions étant très présents en France (28) mais aussi en Angleterre (33), alors que le Portugal ne brille quasiment qu'en Espagne (69). On note aussi les contre-performances de pays habituellement habitués à être pillés par les grands championnats, la Serbie (35), la République Tchèque (26), la Roumanie (21), la Bulgarie (16) ou la Russie qui, avec 10 petits buts, est coincée entre le Kenya (11) et la Slovénie (9). En revanche, belles performances de pays moins attendus comme l'Autriche, très présente en Allemagne évidemment (36 sur 41), le Japon, également brillante outre Rhin (24 sur 30), le Mexique (29) ou Israel (24), nouvelles cibles des recruteurs européens.

L'Allemagne européenne, l'Italie argentine

Allons par pays à présent. On a vu la Ligue 1, passons à l'Allemagne. Quatre pays européens monopolisent les quatre premières places (Pays-Bas, 51, Pologne, 38, Autriche, 36, Croatie, 35). Soit un recrutement très local, a priori. Les Européens avaient d'ailleurs marqué 330 des 513 buts européens, soit plus de 64 %, le plus gros taux des cinq championnats, devant l'Angleterre (62). La Bundesliga qui n'hésite pas à s'ouvrir pourtant au football asiatique, avec le Japon, 7e pays le plus représenté (24), la Corée du Sud (18e avec 10 buts) et l'Iran (3 buts). Si le Brésil est en difficulté à la 8e place (il est 21e en Angleterre, mais premier en France, 3e en Espagne et en Italie), l'Argentine, je l'ai dit, est quasi inexistante (1 but). En revanche, le Pérou de Pizarro, lui, est très bien placé (5e avec 28 buts), une autre tradition allemande.

Du côté anglais, là aussi les Européens sont très présents, mais doivent quand même laisser la 2e place à l'Argentine (47, comme les Pays-Bas) et au Nigeria, 5e (41). La surprise provient du vainqueur en Angleterre : l'Irlande (52 buts), qui est totalement absente des quatre autres championnats ! C'est d'ailleurs une autre caractéristique du football anglais, qui ne date d'ailleurs pas d'hier et qui a bien résisté à la folle mondialisation qui a frappé l'Angleterre, comme ses voisins : les quatre autres sujets du Royaume y marquent leurs seuls buts, à l'image de l'Irlande, donc, mais aussi l’Écosse (4e avec 46 buts), le Pays de Galles (5e avec 41) et l'Irlande du Nord (5). Ces quatre pays n'ont marqué qu'en Angleterre, un cas quasi unique, avec les 16 buts de l'Islande, également en Angleterre, ou les 22 buts gabonais et les 18 Burkinabé en Ligue 1 A noter également que les Italiens y signent leur meilleur total (13 sur 22), tout comme les Espagnols (35 sur 59) et même la France (38 sur 103, comme en Espagne). Signe que la Premier League est peut-être au-dessus des autres, c'est la seule où les ressortissants des quatre autres grands championnats y brillent, hormis l'Allemagne (3).

Passons à l'Espagne. Logiquement, les chiffres stratosphérique de Messi (50) et Ronaldo (46), uniques en Europe, influent sur le classement des pays, dominés par l'Argentine (122) et le Portugal (69). La France de Benzema y signe son meilleur classement (4e avec 38 buts), derrière le Brésil (55). Parmi les 5 pays sud-américains présents dans les 7 premiers, notons l'étonnante 6e place du Venezuela, qui marque autant que la Colombie de Falcao (26) ! Les Mexicains y sont également très présents (17 buts). Enfin, la Liga est le championnat où le moins de pays étrangers sont représentés : 30 l'an dernier, contre 38 en France, 39 en Angleterre, 52 en Allemagne et 53 en Angleterre. Les 531 buts étrangers marqués en Liga sont donc concentrés chez les trois premiers (246, soit 46,3 %, contre 31 en Ligue 1, 24,4 en Allemagne, 21 en Angleterre et... 49 en Italie).

La Serie A qui ressemble donc pas mal à la Liga, avec cependant une plus grande importance des buts argentins, on l'a vu (148), qui domine nettement son dauphin et voisin, l'Uruguay (50), et le Brésil (47). Un trio sud-américain, donc, qui ne laissait que 30 buts au quatrième, la Suède d'Ibrahimovic, qui brillait au Milan AC l'an dernier (28 buts). Le Chili (25 buts, 5e) et la Colombie (18 buts, 7e) complètent le quintet des 5 sud-américains dans les 7 premiers, comme en Espagne. Bon classement également du Monténégro (22 buts, 6e). Le niveau très très faible des buts africains choque un peu (19 buts, dont 11 pour le Ghana. On sait que les supporters racistes y ont une grande influence, notamment à la Lazio, ceci explique peut-être cela.

Voilà, j'espère vous avoir un peu éclairé ! Dites moi ce que vous en pensez !

A plus tard !

vendredi 25 mai 2012

La victoire des Gauchos

Bonjour à tous,

Penchons nous un peu sur un aspect du football français : son aptitude à attirer des footballeurs venus de tous les horizons, de tous les continents, et comment ces derniers se sont comportés sur les terrains de l'élite nationale. Il y en a pas mal à dire.

Depuis 1950, les joueurs étrangers ont marqué 18 499 buts, soit 31 % du total. Au vu des canons d'aujourd'hui (entre 46 et 60 % depuis 10 ans), ça paraît peu, mais il ne faut pas oublier que jusqu'en 1996 et l'arrêt Bosman, l'obligation était de ne pas posséder dans son effectif plus de trois étrangers, quelque soit leur provenance. Aujourd'hui, cette règle ne concerne plus que les joueurs non européens. Et un nombre conséquent des joueurs africains qui brillent en Ligue 1 aujourd'hui ont la double nationalité, ce qui les exclu de ce compte. Mais l'augmentation qu'on constate aujourd'hui a mis quelques années pour se mettre en place, c'était une nouvelle culture à intégrer, ainsi que des départs et des arrivées, aussi : en 1999-2000, on en était encore à 36 %. En 2006, on atteignait 60 %, un record, avant de retomber à 48 % aujourd'hui.

Autre constat, qui comptera dans l'analyse du tableau qui va suivre, on marque beaucoup moins de buts qu'avant. Jusque dans les années 70-80, on marquait allègrement 3 buts par matches, et parfois plus de 3,4. On a donc perdu quasiment un but par matches en 50 ans, ce qui influe sur les scores des différents joueurs et autres pays. Du coup, les buteurs étrangers de l'époque sont avantagés, même s'ils marquaient moins en proportion...

L'Argentine, très loin devant

A présent, regardons le classement final ci contre, qui concerne donc les saisons 1950-2012. Première surprise, la gagnant. je m'attendais à un pays européen, africain ou même au Brésil, leader incontesté des deux dernières saisons, mais pas à l'Argentine. Je me disais que, certes, les meilleurs attaquants de l'histoire du championnat de France, en tous cas les plus prolifiques, avaient été Onnis et Bianchi, qui avaient quasiment battu tous les records dans les années 70, mais qu'ils allaient être un peu seuls. Après tout, dans ce cas, pourquoi pas la Croatie de Skoblar ou le Mali de Salif Keita, auteurs de 44 et 42 buts en 1971, record de France ? Mais pour gagner ce classement, il ne fallait pas seulement avoir ponctuellement de grands buteurs, il en fallait surtout des moyens, et tout le temps. C'est ce qu'ont fait les Gauchos.

Il n'y eut donc pas que des buteurs argentins ultra réalistes, il y en a eu plein d'autres presqu'aussi réalistes mais moins connus, comme Angel Ramos par exemple. En 1976, les quatre premiers buteurs étrangers sont argentins : Bianchi, Onnis et le Messin Curioni trustent les trois premières places, un cas unique dans l'histoire, suivi à la 6e place du Marseillais Yazalde. Qui connait les deux derniers ? A eux quatre, ils ont marqué 110 buts, l'Argentine en comptabilisant 143 cette année, un record là aussi. Seule l'Argentine a d'ailleurs réussi à marquer 100 buts ou plus en une année, en 1976 donc, mais aussi en 1974 (118), 1975 (113) et 1978 (115). On le voit les années 1970 n'y ont vu que du blanc et bleu. D'ailleurs, les Argentins y ont inscrit838 buts, soit près de 38 % de leur total.

La victoire des Argentins, c'est donc avant tout celle de la régularité, puisqu'il n'existe que deux saisons où aucun joueur de ce pays n'a réussi à marquer en France, en 1971 et en 1994 et 1995. Durant les 4 années suivantes, on ne compta que 13 buts argentins, avant que les 5 dernières années ne rétablirent la tradition des bons buteurs argentins, avec notamment Lisandro (185 entre 2007 et 2012).

Le Brésil, maître depuis 20 ans

Pourtant, je l'ai dit, le Brésil domine les débats depuis 20 ans. Les Brésiliens ont dominé les années 1990 (257) et surtout les années 2000 (705) avec une facilité déconcertante. Ses dauphins, d'abord l'Algérie (147) puis le Sénégal (365) n'ont rien pu y faire. Et la jeune décennie que nous vivons semble confirmer cette tendance (115, contre 82 à l'Argentine), même s'il en faudra encore d'autre pour voir les deux géants sud-américains se retrouver à nouveau au coude à coude. Plus de 800 buts, c'est un écart énorme.

Le problème du Brésil, c'est qu'avant les années 90, il n'existe quasiment pas en France, malgré quelques piges d'inconnus dont je vous épargnerais le nom. Dans les années 80, l'Argentine était déjà devant (389) devant la Bosnie d'Halilhodzic, entre autres (303) et l'Allemagne d'Allofs (233). A noter le bon score anglais durant cette décennie (99), notamment en 1999, où elle ne trouva pas de concurrent à sa mesure (50) ! Hoddle, Waddle, Hateley ou Allen sévissaient en France à cette époque. Dans le même temps, le Brésil  n'était encore qu'un aimable pays peu connu en France, sinon pour ses exploits en Coupe du Monde, mais dont les ressortissants rechignaient manifestement à rejoindre ces pays si froids l'hiver, comme l'Angleterre ou la France. Un manque de moyen, peut-être aussi. Ainsi, durant cette décennie, seulement 34 brésiliens furent inscrits, soit  moins que la Slovénie (52) ou le Danemark (85). Un peu plus de trois buts par saison, contre plus de 25 durant la décennie suivante, ça fait un choc.

Le Brésil de Paulo Cesar ou du Nîmois Luizinho se portait un peu mieux dans les années 70 (102), mais pas de quoi concurrencer la toute puissance argentine, la Serbie (354), la Croatie (178) et le Mali et l'Algérie (156 et 155). A noter le très bon score du Luxembourg de Nico Braun (123), qui n'était déjà pas une grande équipe, mais un peu plus forte quand même qu'aujourd'hui, où elle a du mal à placer ne serait-ce qu'un joueur valable dans un championnat européen honnête...

Même chose dans les années 60, où le Brésil est encore anonyme (64). Dixième, il est devancé par l'Argentine, on l'a vu, l'Algérie (287), le Cameroun (179), la Serbie (159 et même la Suisse (75). Rebelote dans les années 50, avec 105 buts. Cette décennie est particulière, puisque c'est la seule dominée par un pays européen, et même deux : la Suède de Gunnar Andersson (408) et les Pays-Bas de Rijvers (326). L'Argentine suit quand même (285). Le fait que certaines colonies françaises ne soient pas encore indépendantes joue forcément dans les fait que les pays africains sont moins à la fête durant cette décennie, puisqu'ils sont comptés dans les buts français...

L'Europe en tête, mais...

Étudions maintenant ces chiffres par continent. Depuis 62 ans, l'Europe est en tête (7570 buts) devant l'Afrique (6623) et l'Amsud (4134), les trois autres continents se partageant 172 buts... Mais depuis 1996, soit la promulgation de l'arrêt Bosman, et hormis en 1998, les Africains dominent leurs concurrents. La courte avance du début (10 en 2001) s'est très vite transformée en écart gigantesque : 89 l'année suivante, 149 en 2005, 145 l'année dernière, 127 cette année... mais surtout, le dauphin a changé d'identité. Il était européen jusqu'en 2001, il est sud-américain depuis 2004. L'Europe, qui ne laissait que des miettes en 1951 (178 buts, contre 18 à l'Amsud et 7 à l'Afrique !) jusqu'en 1957, puis sans discontinuer de 1968 à 1995, n'est aujourd'hui que le troisième continent représenté en Ligue 1. Quelles sont les conséquences de l'arrêt Bosman ? Les championnats les plus riches, l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne, voire l'Allemagne, rassemblent les meilleurs joueurs de la planètes, notamment les meilleurs néerlandais, Portugais, etc, et gardent leurs ressortissants. On l'a vu, les Anglais brillaient en France à la fin des années 80. L'arrivée de Joe Cole à Lille, cette année, fut présentée comme un évènement l'été dernier, alors que ça aurait été presque banal il y a 25 ans. Surtout, ses 4 buts furent les premiers buts anglais en Ligue 1 depuis... 1992.

Même chose pour les Allemands, 13e du classement général, mais qui n'ont plus marqué en France depuis les 4 buts de Bierhoff en 2002, et après la grande époque Völler-Klinsmann, au début des années 90 ; les Italiens, eux, nous ont envoyé Di Vaio et Vieri dans les années 2000, mais surtout Padovano, Simone et Ravanelli dans les années 90. Mais depuis 10 ans, les Italiens tournent à 1,5 buts par année en Ligue 1, notamment les 2 buts de Thiago Motta pour le PSG cette saison, qui faisaient suite au but de Fabio Grosso, il y a 4 ans. Enfin, l'Espagne, 24e du classement général, n'a jamais vu aucun de ses buteurs briller en Ligue 1, hormis les 10 buts de Morientes avec Monaco, en 2004. Mais on ne compte que 4 buts espagnols depuis 7 saisons en France, et 12 entre 1993 et 2003. Le Portugal, lui, a surtout bénéficié des 141 buts de Pauleta dans les années 2000, soit plus de la moitié du total lusitanien (242) !

Les Pays-Bas sont dans le même cas, même s'ils ont particulièrement brillé dans les années 50, on l'a vu. Deuxième pays européen au classement, la Hollande n'a cependant marqué que 15 buts depuis 1998, soit à peine 1 par an ! Une véritable misère. Finalement, seuls les pays provenant de l'ancienne Yougoslavie se sont montrés réguliers, et pas qu'un peu : si on additionnait tous leurs buts, il seraient deuxièmes avec 1949 buts ! Un division qui n'empêche pas la Serbie d'être le premier pays européen, même si elle ne tourne qu'à 6 buts par an depuis 11 ans. Même chose pour la Croatie, célèbre pour ses grands buteurs, qui n'a marqué que 14 fois en 8 ans... Dans les années 2000, seule la Belgique de Hazard s'en sort (29), derrière les deux Sud-Américains et 7 pays africains ! En deux ans, les anciens Yougoslaves n'ont marqué que 24 buts, soit autant que la Pologne ou le Burkina Faso. Dans les années 2000, leurs 165 buts ne les auraient porté qu'au 7e rang, derrière le Brésil, l'Argentine, le Portugal et 4 pays africains. Rassemblés dans les années 80, ils dominaient les débats (549 buts). Dans les années 70 ils auraient juste été dominé par l'Argentine (671), et par l'Argentine et l'Algérie dans les années 60.

Bref, la domination est européenne est une idée lointaine. A ce rythme, l'Afrique pourrait être devant dans 8 à 10 ans. Ce ne serait pas forcément un mal, ça montre aussi la progression du foot africain. Mais ça démontre surtout l'incapacité du football français à attirer de bons footballeurs européens, et les meilleurs sud-américains. Tant que ça durera, les succès européens de nos clubs resteront un doux rêves.

Voilà, je crois que je vous ai fait une belle tartine... je vous laisse !