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lundi 27 juin 2016

En route pour le quart !

Salut à tous !

Après un intermède suite au  match de la Suisse, que votre serviteur n'avait pas pu voir en entier et donc pas pu noter, revenons sur la performance des Bleus, hier après-midi face à des Irlandais accrocheurs mais limités, comme attendu. Des Verts qui avaient bénéficié de trois jours de récupération de moins, ce qui s'est senti à partir de l'heure de jeu. Les Bleus, étouffés et en manque de rythme (une semaine de repos, c'est pas un peu trop ?) on mis une mi temps et un changement tactique pour prendre la mesure d'Irlandais plus Italiens que Britanniques dans leur façon de gérer le temps... une victoire au final méritée, mais qui démontre que la France, dont tous les adversaires dans sa poule sont déjà rentrés chez eux, et qui n'a toujours pas rencontré un gros morceau, ne semble avoir de marge sur personne. Mais semble aussi posséder des joueurs capables également de battre n'importe qui.

Lloris (6) : Encore un match difficile à noter pour le gardien des Spurs, qui n'a pas été inactif, n'a rien pu faire sur le penalty de Brady, sur lequel il a été pris à contrepied - au passage, de nombreux penaltys sont manqués dans cet Euro, hormis contre nous... - mais qui a vécu la seconde mi-temps de loin. Étonnant de voir combien il est si mal protégé par une défense en grande difficulté, et combien il a si peu d'arrêts à effectuer finalement...

Sagna (6) : On pouvait avoir des craintes sachant qu'il n'a jamais brillé en Bleu et qu'il n'était sensé être que le remplaçant de Debuchy. Mais force est de constater que pour l'instant, Sagna réussit un Euro honnête. Lui ne fait pas d'erreur, il a plutôt bien tenu son couloir, et apporte son écot offensif, à l'image de son centre décisif pour Griezmann (58e), qui a soulagé tout le monde. Sa 5e passe décisive en Bleu, sa 2e de l'année, le troisième bilan pour un latéral droit français derrière Sagnol (12) et Thuram (7), et autant que Amoros, qui comptent tous plus de sélections que lui. Pas si mal pour quelqu'un qui n'apporte rien offensivement...

Rami (3) : Un des deux gros problèmes de la France en défense. Déjà peu rassurant depuis le début de la compétition, il a probablement sorti son plus mauvais match de la compétition. Le rappelé de la dernière heure est d'abord à l'origine de la faute de Pogba sur Long dans la surface, qui provoquera le penalty irlandais (2e), puis à l'origine du carton qui privera Kanté du quart de finale (27e). En deuxième mi-temps, ses lacunes tactiques ont encore failli coûter très cher à la son équipe, même si c'est une de ses relances qui provoque le deuxième but. Lui même suspendu pour le prochain match, sa place sera mis en balance si son remplaçant, probablement Mangala, réussit une bonne performance...

Koscielny (5) : Pas simple de devoir à la fois se coltiner des attaquants aussi accrocheurs que Long et Murphy, mais aussi de devoir couvrir et rattraper les erreurs de son partenaire dans l'axe... parfois bousculé, le Gunner a tenu bon et fait le job. Mais sa relance limitée rapporte peu à son équipe, qui peine à repartir de ses bases arrières.

Evra (4) : Aussi indispensable par son état d'esprit et son expérience qu'inquiétant par ses déficiences défensives et son inutilité offensive. Problème, pour être un leader écouté, il faut a priori être irréprochable sur le terrain, ce que le joueur de la Juve n'est clairement pas. Dommage que Deschamps n'ait pas profité du match de la Suisse pour essayer Digne... trop tard maintenant, il va falloir faire avec lui.

Kanté (5) : Son match le plus difficile de l'Euro. Peu aidé par ses partenaires qui n'évoluaient pas forcément à leur meilleure place, il a gratté beaucoup de ballons, comme à son habitude, mais a eu du mal à les bonifier dans la première relance, face au bloc irlandais. Suspendu pour le quart de finale, il manquera malgré tout clairement. Qui le remplacera, Cabaye poste pour poste ou Coman dans un 4-2-3-1 ? Voilà qui va occuper les médias pendant une semaine... et Deschamps aussi. Coman (7) qui a beaucoup apporté face à des adversaires certes fatigués, mais qu'il a su éreinter par ses dribbles et sa vitesse, sans pour autant se montrer décisif. L'ailier du Bayern a clairement dépassé Martial dans l'esprit du sélectionneur au poste de premier remplaçant offensif. Remplacé par Sissoko à la 93e.

Matuidi (6,5) : Étrangement placé côté droit, un poste inédit pour lui, pour faire place à Pogba, droitier qui apparemment ne peut pas évoluer à droite du milieu, le Parisien a logiquement eu du mal à se situer et n'a jamais pu se mettre dans le sens du jeu. Replacé à gauche après les citrons, il a pu beaucoup plus apporter, dans le pressing et la verticalité, à l'image de cette frappe à la 55e, qui a su secouer le cocotier. Toujours indispensable malgré les errements tactiques de Deschamps, qui lui demande à peu près tout et son contraire depuis le 10 juin.

Pogba (5) : Placé à son poste favori, axial gauche, comme à la Juve, il ne pouvait pas plus mal débuter son match avec cette faute idiote sur un Long pourtant pas forcément dangereux. Cette erreur de débutant plombe un match par ailleurs pas si raté que ça, loin de là. Sans doute désireux de se rattraper, il s'est montré très actif, puissant, il a créé des différences au milieu, mais n'a pas réussi à être décisif. Je veux bien qu'on ne l'aime pas, mais il faut aussi qu'on me dise qui montre autant de qualités au milieu dans ce groupe. Il lui manque juste de devenir décisif, comme Griezmann.

Griezmann (8) : Ce dernier ne réalise pas dans le jeu un Euro meilleur que Pogba, mais lui se montre décisif, et c'est ce qu'on retiendra au final. Baladé côté droit en première période, il s'était montré un peu plus actif que lors de ses premiers matches, sans réussir à briller. Replacé dans l'axe, face à une défense moins attentive, il a su faire la différence, bien servi par Sagna et Giroud. Ça fait longtemps qu'on n'a pas pu compter sur un joueur aussi décisif dans les grands matches, alors savourons, et prions pour que ça dure une ou deux semaines de plus.

Payet (5,5) : Il va pouvoir laisser la place de sauveur de la nation, qu'il occupait depuis quelques semaines, à l'attaquant de l'Atletico. Ca doit faire un moment qu'il n'avait pas traversé deux matches consécutifs sans être décisif, même s'il décale bien Sagna sur l'égalisation. Le Hammer s'est une nouvelle fois beaucoup montré mais il n'a pas toujours réussi à impulser le bon tempo à son équipe et à trouver ses attaquants dans de bonnes conditions. Ses adversaires le surveillent de plus en plus, ce qui est logique.

Giroud (5,5) : Comme d'habitude isolé dans cette équipe qui éprouve tant de difficulté dans le jeu, il a parfois manqué de promptitude et d'anticipation sur certaines situations, notamment en première mi-temps. Il n'a cette fois ci raté aucune occasion, vu qu'il n'en a pas eu à négocier. Malgré tout, son bilan est rehaussé par cette splendide remise de la tête en déséquilibre pour Griezmann sur le second but (61e), mais aussi par cette passe qui lance Griezmann, ce qui provoquera l'expulsion de Duffy (66e). Quand ils se trouvent, ce qui n'est pas aussi fréquent que ça, ces deux là peuvent faire mal. Remplacé à la 73e par Gignac (5), qui aurait pu profiter des largesses de la défense irlandaise en fin de match mais qui a tout mis à côté ou sur le poteau. Dommage.

Voilà, sur ce à plus tard !

jeudi 16 juin 2016

Et à la fin, Payet marque (2)

Salut à tous,

Deuxième match et deuxième victoire quasi miraculeuse pour les Bleus, qui ont encore du attendre les derniers instants pour l'emporter. Ils ont certes réussi là où, face à des oppositions du même style, ultra défensives, à la limite de la caricature, le Portugal ou l'Angleterre, par exemple, avaient échoué. Mais ils ne pourront pas toujours compter sur une erreur de marquage de l'adversaire en fin de match.

Deschamps, écoutant une nouvelle fois un peu trop les médias, avait étrangement changé un système qu'il était pourtant sensé avoir travaillé durant deux années de matches amicaux, et même avant, au bout de seulement un match moyen de son équipe, et ça a failli lui coûter cher. Comme quoi, le sélectionneur, déjà obligé d'improviser en défense suite aux nombreuses défections, semble y avoir pris goût. Son retour au 4-3-3, dès la mi temps, lui a sauvé la mise, mais il serait judicieux que face à des oppositions plus relevées, dès dimanche contre la Suisse par exemple, il limite un peu plus ses petits essais... la compétition, ça ne sert pas à ça.

Deuxième séance de notes de votre serviteur :

Lloris (5,5) : Le gardien des Spurs auraient pu prendre une semaine de vacances supplémentaire, tant il n'a rien eu à faire, ou presque, durant les deux premiers matches des Bleus. Aucun arrêt à effectuer hier soir pour l'ancien Niçois, sauvé par son poteau en début
de seconde mi-temps malgré tout. Son tournoi n'a pas encore commencé malgré une défense qui le protège moyennement, espérons qu'il garde le rythme pour la suite.

Sagna (5) : Guère secoué dans son couloir, ou Lenjani l'a laissé tranquille, le Citizen n'en a pas vraiment profité pour apporter le surnombre et aider Coman à se débarrasser de ses deux cerbères habituels. Pour lui aussi, on attend de voir - avec un peu de crainte, je l'avoue - que l'opposition se corse pour avoir un avis plus tranché.

Rami (5,5) : Encore un match où certaines de ses interventions et surtout ses relances folkloriques n'ont pas rassuré les suiveurs des Bleus pour la suite de la compétition. La menace de Sadiku était pourtant relative... au final il sauve son match - et sa note - grâce à ce centre venu d'ailleurs qui offre le but de la victoire à Griezmann, suite à un corner (1-0, 90e). Un centre comme jamais, peut-être, Sagna n'en a fait en 59 sélections...

Koscielny (5) : Peu embêté par Sadiku, l'ancien Merlu a fait le job, sans en faire trop, ou même plus. On peut lui reprocher de ne pas avoir su apporter le surnombre quand le milieu français piétinait en première période... et la relance reste son talon d'Achille.

Evra (4) : Contrairement à son collègue de l'aile droite, lui n'a pas attendu de croiser des clients dans son couloir pour sérieusement inquiéter son monde. Auteur d'une grosse faute sur Lila juste avant la pause, avec un pied à auteur du visage qui aurait pu lui valoir un rouge mais qui ne lui couta même pas un jaune (!), le Turinois a souffert, et toutes les occasions albanaises sont venues de son côté. Du mieux en deuxième, quand la menace adverse se fut éteinte, mais il partait de tellement loin...

Kanté (6) : Dans le 4-2-3-1 expérimental - et foiré - de Deschamps, il eut du mal à avoir son rendement habituel, mais gratta son écot de ballons, même s'il parut parfois isolé. Replacé en sentinelle après l'entrée de Pogba, le champion d'Angleterre fut encore plus actif, et se présenta même plusieurs fois aux avant postes pour tenter sa chance, en vain. Comme c'est parti, il va falloir du courage à ses concurrents pour lui prendre sa place. Quels concurrents, d'ailleurs ?

Matuidi (5) : Le Parisien parut encore plus perturbé par le changement tactique de son sélectionneur. Depuis combien d'années Matuidi avait-il évolué à deux en milieu défensif ? Déjà brimé tactiquement contre la Roumanie, il fut privé de ses percées habituelles pour rester bien sagement en place afin de protéger sa défense. Lorsque le milieu repassa à trois, on le vit tout de suite beaucoup plus actif, et failli offrir un but à Coman en déviant un ballon dans le surface. Imprécis, parfois brouillon, il demeure malgré tout indispensable par son état d'esprit et sa propension au dépassement de fonction. Tant qu'on le brime pas trop... le faire souffler face à la Suisse ne serait par contre pas une idée désastreuse.

Coman (5) : Le plus jeune des deux ailiers titularisé par Deschamps s'en est sorti un peu mieux que son compère de l'aile gauche, mais malgré toute sa vitesse, sa technique, ses roulettes et son talent, il ne peut pas faire de miracles. Régulièrement opposé à deux adversaires et guère aidé par Sagna, il fit quelques différences et failli même marquer juste après la pause, mais face à ce genre d'oppositions, son profil est pour moi inutile, tant il ne peut prendre de la vitesse. Son remplaçant, Griezmann (68), trouva lui la faille en fin de match (90e), après avoir été très discret encore une fois. Mais lui aussi, il demeure indispensable par son efficacité et sa dangerosité.

Payet (7,5) : Moins flamboyant que face à la Roumanie, parfois empêtré dans l'axe sur-bondé de l'Albanie, le meneur de jeu des Bleus était sensé avoir plus de choix avec ces trois attaquants qui l'entouraient avant la pause, mais ça ne s'est pas vu. Paradoxalement, c'est avec la sortie de l'un d'entre eux qu'on l'a vu plus libéré. En faux ailier, il a pu plus apporter grâce au soutien de Pogba et Matuidi. Au-dessus techniquement, il ne s'est pas montré décisif, si ce n'est son but anecdotique de la 96e minute. Mais lui aussi aura du mal à perdre sa place d'ici à la fin du tournoi...

Martial (4,5) : Les commentaires sont sévères avec le Mancunien depuis hier. Lui qui n'évoluait pas à son poste de prédilection, rappelons le, il faisait face au latéral droit titulaire de Naples, Hysaj, auteur d'un match énorme défensivement, soutenu qui plus est par Lila, latéral droit du PAS Giannina, en Grèce, et n'a guère été aidé par Evra sur le plan offensif. Il n'a donc jamais pu faire de différences, même si son entente avec Payet me parut intéressante par séquences. Remplacé dès la pause par Pogba (5), qu'on vit beaucoup, voulant manifestement se montrer, mais qui alterna le bon et le moins bon. Son jeu long reste un régal, mais il ne fait pas toujours les bons choix. A mon avis il se met trop de pression, ce qui le fait déjouer... Deschamps doit le conforter et l'inciter à jouer plus simple. On a vu malgré tout que l'Equipe de France joue mieux avec lui que sans, et qu'on n'a pas d'alternative véritable sur le banc, même si Cabaye et Schneiderlin n'ont toujours pas joué...

Giroud (4,5) : Comme face à la Roumanie, son jeu de tête avait manifestement besoin d'un petit réglage. Sauf que cette fois, il n'a pas pu faire faute sur le gardien pour marquer un but heureux et sauver son match, par ailleurs honorable sur le plan de la combativité. Mais il fut très difficilement trouvé par ses partenaires, et quand ce fut le cas, il mit tout à côté ou sur le poteau. Il n'aura pas toujours 5 occasions par matches pour marquer un but.

Voilà, à plus tard !

samedi 11 juin 2016

Et à la fin, Payet marque

Salut à tous !

Au lendemain de cette victoire des Bleus enfantée largement dans la douleur - logique pour une entrée en matière, pour une équipe relativement jeune - je vais me lancer à mon tour dans l'exercice si peu objectif de la notation des joueurs. Souhaitez moi bonne chance et soyez indulgents, merci...

Lloris (7) : Ou l'art de réussir à noter un gardien lorsqu'il n'a (quasiment) rien eu à faire. Hormis cet arrêt réflexe étonnant à bout portant face à son futur bourreau sur penalty, Stancu, dès la 4e minute - mais est-ce lui qui a sorti un grand arrêt ou est-ce l'attaquant de Gençlerbirligi qui s'est manqué ? - et ce penalty où il ne peut rien, le capitaine des Bleus n'a eu qu'à gérer quelques dégagements. Cet arrêt, qui a permit aux Français de ne pas partir d'entrée avec un lourd handicap, lui garanti malgré tout une bonne note.

Sagna (5,5) :
D'accord, ce n'est pas Dani Alves, même si on l'a parfois vu franchir la ligne médiane, au point de presque offrir un but à Griezmann en première mi-temps. Mais, même si les Roumains ont moins attaqué de son côté que de celui d'Evra, il a relativement bien
bouclé son couloir, et c'est, je crois, pourquoi Deschamps lui fait confiance. A voir maintenant face à une adversité plus relevée...

Rami (4,5) : Avec lui, on sait qu'il peut toujours se passer quelque chose, et ce n'est pas un compliment lorsqu'on parle d'un stoppeur. Malgré son expérience parmi de bons clubs des meilleurs championnats du monde (Valence, Milan, Séville...), malgré la Ligue Europa remportée cette saison, le Sévillan transpire la fébrilité et le potentiel comique de ses relances est indéniable. Du pur Rami, qui n'a pas fait d'erreur notable face à Florin Andone, le meilleur buteur de la... 2e division espagnole, mais qui, à mon avis, risque fort d'exploser en vol dès que le niveau s’élèvera. Comme en 2012.

Koscielny (5,5) : Le désormais patron défensif des Bleus, puisqu'Evra n'y parvient pas, a fait le job dans l'axe, coincé entre les lacunes tactiques de Rami et les courants d'air pris par son latéral gauche. Problème, comme lui non plus n'excelle pas dans l'art de la relance, même s'il ne se prend pas pour un autre et prends moins risque que son collègue, le ballon a eu du mal à repartir proprement. C'est là aussi que Varane manque cruellement...

Evra (3) : Le football nous réserve parfois des mystères insondables. Comment ce joueur, à 35 ans, a-t-il pu récemment prolonger avec un des meilleurs clubs du monde, la Juventus ? Comment a-t-il pu aligner plus de 10 ans dans les meilleurs clubs du monde depuis son arrivée à Manchester, en janvier 2006, avec de telles lacunes dans les duels, et un apport offensif aussi faible ? Quel est le point fort de ce joueur, hormis ses supposées qualités de leader de vestiaire ? Comme aucun autre latéral gauche n'a-t-il jamais pu le supplanter en sélection, avec un tel passif sportif et extra sportif ? En tous cas hier, Popa et Sapuranu se sont bien amusés dans son couloir, et il a concédé un penalty qui aurait pu avoir, déjà, de graves conséquences. Deschamps ne peut pas se satisfaire d'une telle performance qui déséquilibre à ce point son bloc...

Kanté (6,5) : Ce garçon, qui signait hier sa 5e sélection seulement, découvre le haut niveau depuis un an et devrait disputer son premier match de Coupe d'Europe au printemps prochain, avec Leicester ou un autre club. Un véritable rêve, qui s'est perpétué hier, avec une performance solide à un poste qu'il ne découvre pourtant que depuis deux matches. La sentinelle des Bleus a certes eu du mal, parfois, à se défaire du pressing constant des Roumains, mal épaulé par ses partenaires du milieu, mais que de ballons grattés ! Une valeur sûre, déjà.

Pogba (4,5) : Deschamps a manifestement demandé à ses deux pistons de plus défendre et donc moins attaquer pour mieux protéger sa défense si affaiblie par les absences, et ça s'est senti. Comme son partenaire parisien, il a semblé évoluer avec le frein à main. Il a parfois fallu le chercher sur le terrain pour savoir s'il était encore là, même si son jeu long, pour renverser le jeu, a souvent fait merveille et aéré un peu les débats. Dommage qu'on n'ait pas pu le voir plus sur le plan offensif, mais Zidane aussi avait été mauvais jusqu'en finale en 98...

Matuidi (5) : Même constat que son collègue turinois. Toujours aussi accrocheur, il s'est moins porté vers l'avant qu'à l'ordinaire, même s'il aurait pu marquer dès les premières minutes. Ce qui a sans doute privé ses attaquants, si isolés, de son soutien habituel. Son déchet technique lui a aussi, parfois fait perdre quelques ballons, mais il demeure indispensable dans l'état d'esprit, et on sait qu'il peut marquer à tout moment...

Griezmann (4) : Une nouvelle victime de la plaie actuelle des grands tournois, le syndrome "saison longue en Ligue des Champions". Comment peut-on espérer briller en juin quand on vient de signer 54 matches de haute lutte, entre le championnat d'Espagne et la C1, et qu'on n'a pas pu suivre la même préparation que ses partenaires à cause de la finale tardive de la Ligue des Champions ? Cette dernière vampirise les énergies des meilleurs joueurs de la planète, les performances moyennes de Messi et Ronaldo depuis 10 ans dans les grands tournois en est la meilleure preuve. Malgré sa performance fantomatique, le Madrilène aurait pu marquer deux fois avant la pause, avec un peu plus de réussite, et sûrement obtenir un 7 ou un 8. Comme quoi...

Payet (9) : Voilà un joueur qui n'a pas été embêté par les matches européens cette saison - 38 au total avec West Ham -, et ça se voit. Le seul à se dépêtrer avec une aisance folle du pressing constant des Roumains tout au long du match, à offrir des solutions à ses partenaires, à jouer verticalement. Quelle technique, quelle vista ! Où était ce Payet (29 ans) durant les 10 premières années de sa carrière ? Après ce but offert à Giroud (58e) et ce but splendide du gauche (89), l'ancien Marseillais se présente désormais comme une possible révélation de cet Euro. Dommage qu'il n'ait pas tenté plus souvent sa chance avant cet exploit, alors qu'il en a eu, selon moi, plusieurs fois l'opportunité. Il devient un habitué des buts tardifs et décisifs. Pourvu que ça dure !

Giroud (7) : Sans ce but, offert par Payet et aussi pas mal par le gardien roumain, nettement fautif sur sa sortie qui n'en était pas vraiment une, il aurait selon moi manqué son match. Peu trouvé dans le jeu, il a manqué deux têtes en première mi-temps qui auraient pu soulager son équipe plus tôt dans le match. Son abnégation est indéniable, il empile les buts depuis le printemps avec les Bleus, et son intérim de Benzema est pour l'instant parfaitement réussi, mais il ne pourra pas continuer à briller dans cet Euro sans un peu plus de soutien offensif, puisqu'il ne pourra jamais marquer tout seul. Espérons que la réussite ne le quitte pas !

Voilà, vivement la suite à présent ! A plus tard !

vendredi 13 mai 2016

L'importance d'être constant

Salut à tous,

Ca y est, elle est tombée. Bizarrement, je n'ai pas le souvenir d'une telle attente à propos d'une liste pour un grand tournoi en France, mais ma mémoire me fait peut-être défaut. Sans doute est-ce du à l'absence de certitudes - du moins chez les observateurs, les journalistes et les 67 millions de sélectionneurs en France - dans beaucoup de secteurs, notamment en défense et en attaque. Même chez les gardiens, le nom du troisième larron différait souvent suivant qu'on était fan de Costil ou d'Areola. En fait, au vu de la liste, un des rares Français à ne pas vraiment douter sur sa liste se nommait... Didier Deschamps, qui a renouvelé son groupe déjà appelé en mars contre les Pays-Bas et la Russie, et qui lui avait donné satisfaction. Et tant pis si sa liste de réservistes fait parfois plus envie que sa vraie liste...

Chez les gardiens, la tendance est presque toujours à la stabilité. On voit rarement un sélectionneur changer ses billes au moment d'annoncer sa liste alors qu'il se tenait aux trois mêmes noms auparavant, tout simplement parce que le poste de gardien, s'il reste important, n'influence pas vraiment le jeu d'une équipe, même si les fans de Kevin Trapp pensent réellement qu'un gardien bon aux pieds y parvient, ce qui ne m'a jamais sauté aux yeux. Et surtout, il faudrait un réel cataclysme pour qu'un troisième gardien joue un match durant un tournoi... ça arrive quand même TRES rarement. Limite, on devrait arrêter d'en prendre trois pour prendre un joueur de champs supplémentaire... la preuve, en 2014
Deschamps avait pris Landreau, quasi déjà à la retraite avec Bastia, beaucoup plus pour ses aptitudes à fédérer un groupe et faire le tampon entre les deux premiers gardiens, qu'à réellement récompenser le troisième meilleur portier du pays. Alphonse Aréola, sans parler de Stéphane Ruffier, est sans doute meilleur que Benoit Costil. Mais Deschamps doit considérer que Costil est le meilleur compromis entre un bon gardien de Ligue 1 et un bon coéquipier, qui ne l'embêtera pas pour jouer.

Une défense qui boite
La défense de ce groupe, déjà poreuse en mars contre les Pays-Bas (2-3) et la Russie (4-2) me fait très peur. Entre un Varane en difficulté cette saison à Madrid, un Koscielny selon moi un peu surcoté et qui a toujours provoqué beaucoup de penalties, un Evra qui va fêter ses 35 ans dans 2 jours, et un Sagna (33 ans) titulaire à City mais un peu juste pour le haut niveau selon moi, les titulaires n'apportent aucune garanties. Mais alors derrière... déjà il manque Mamadou Sakho, indispensable leader de ce groupe et toujours solide en Bleu. Pour moi, son absence est terrible, à tous les niveaux. Malgré ses états de service en Équipe de France il n'a pas la carte dans les médias, je ne sais pas trop pourquoi, mais son absence pèse lourd, que ce soit sur le terrain ou dans le vestiaire. On se retrouve dans l'axe avec deux gauchers exclusifs, un Mangala en grande difficulté à City et un Mathieu qui revient à peine de blessure. Si Varane se blesse, il ne faudrait pas que Koscielny prenne un de ses sempiternels cartons rouges ou on se retrouvera avec deux axiaux gauches en défense... Quant à Jallet, à peine titulaire à Lyon et qui n'est pas de la première jeunesse non plus (32 ans), et Digne, dont la seule perf a été de rester titulaire à Rome, il n'y a pas de quoi sauter au plafond non plus. Pourquoi ne pas prendre Sidibé, extrêmement performant avec Lille et qui peut couvrir les deux ailes, et Umtiti, à la place d'un Mathieu convalescent ? Je ne suis pas fan du défenseur lyonnais mais au moins il ne revient pas de blessure, lui... quitte à le priver de vacances, autant le prendre dans le groupe. La logique de groupe de Deschamps, encore.

Au milieu, même chose, pas la moindre surprise. Et là encore, les réservistes semblent plus solides que certains titulaires, comme Rabiot vis à vis de Sissoko ou Cabaye. Sissoko, l'éternel couteau suisse de Deschamps et avant lui, de Blanc... mais qui sort d'une saison cataclysmique avec Newcastle, relégué en Championship... Un but et six passes au compteur. Piouf ! La logique de groupe a du bon, mais y a des limites quand même. Sérieusement, avec tous les ailiers qu'il a pris, Sissoko ne sert plus à rien pour couvrir le côté droit, puisque trois joueurs offensifs peuvent y jouer (Payet, Martial, Coman). Et dans l'axe, il y a une demi douzaine de joueurs meilleurs que lui. Ce garçon doit vraiment être un formidable camarade dans ce groupe pour pouvoir perpétuellement compter sur sa place en Équipe de France, quelque soit ses performances. Les autres joueurs, en revanche, étaient incontournables. Pogba, Diarra, Matuidi : il s'agit selon moi du seul endroit sur le terrain où Deschamps possède de solides certitudes. Surtout avec Kanté pour faire le nombre au cas où.

Une attaque sans buteurs
Et l'attaque... ça ne sert à rien de revenir sur l'absence de Benzema, dramatique selon moi. Un buteur d'une telle classe, doublé d'un passeur remarquable... ses (nombreux) détracteurs affirmeront que l'Equipe de France joue mieux sans lui, ça reste à prouver puisqu'il n'était pas là en mars, mais ils ne peuvent sérieusement pas affirmer que s'il n'y avait pas eu l'affaire avec Valbuena, personne n'aurait trouvé scandaleux que Deschamps le prenne dans sa liste... soyons sérieux. Donc il avait sa place, 100 fois à la place de Gignac et Giroud, en échec cette année à Arsenal. Mais, non content de ne pas pouvoir prendre Benzema, Deschamps se prive en plus du deuxième meilleur attaquant français du meilleur championnat du monde, la Liga : Kevin Gameiro. Pas d'automatisme avec les autres joueurs : pourquoi, Gignac en avait avant de revenir à l'automne dernier ? Pas de passé réel en Bleu ? Et Coman, il en avait ? Il compte 8 sélections et un but, elles datent mais elles existent. Sérieusement, est-ce que ses performances en Liga (16 buts) ou en Ligue Europa (9), dont il disputera la finale prochainement, ne valent pas largement plus celles de Gignac au Mexique (24 dont 13 en 2016), championnat que je connais un peu, qui n'est pas mauvais mais est très loin de valoir la Liga ? Si vous me dites oui, alors d'accord, difficile de discuter dans ces conditions.

Les autres membres de la ligne d'attaque sont difficilement discutables, notamment Griezmann ou Martial, qui représentent beaucoup plus l'avenir que Payet, dont l'épanouissement très tardif m'interroge. Ce garçon a toujours eu du mal à s'imposer dans la difficulté, à Lille, dans l'ombre de Hazard, et à Marseille, dans celle de Valbuena. A chaque fois il s'y est imposé quand le titulaire qui le génait est parti, pas avant. Il lui a fallu aller à West Ham, club très moyen où il n'est pas gêné par la concurrence, pour se révéler. Reste à voir ce que ça donnera à un niveau supérieur... et on en vient à Ben Arfa. Je suis partagé, pour les mêmes raisons que Payet, à la différence que lui possède vraiment un bagage technique très au dessus du lot, et qu'à 17 ans on lui promettait déjà presque le Ballon d'Or, dont il ne s'est finalement jamais approché. Il réalise une immense saison avec Nice, mais ça reste Nice, où sa seule concurrence se nomme... Mathieu Bodmer, où il n'a pas joué de Coupe d'Europe et où on lui a donné des responsabilités qu'il n'avait jamais connu ailleurs. Qu'aurait-il apporté à ce groupe en tant que 6e ou 7e attaquant ? 10 minutes par ci par là ? Si Benzema et Gameiro avaient été là, on n'aurait peut-être jamais évoqué son nom. Ce n'est pas son absence qui affaiblit ce groupe, même si j'aurais aussi été favorable à sa présence, à la place d'un Coman encore très jeune et qui n'a du son temps de jeu exceptionnel au Bayern qu'aux blessures de Ribéry et Robben. Coman ne jouera sans doute pas non plus beaucoup, et il avait le temps d'être rappelé. Ben Arfa, plus tellement...

La Ligue 1 au piquet
Enfin, analysons un peu cette liste. Elle compte le plus grand nombre de joueurs évoluant à l'étranger (18 sur 23, soit 78,3 %) depuis 2002 (idem), un record pour une liste française pour un grand tournoi. Inutile de dire qu'on est loin des 50 % de joueurs de Ligue 1 souhaités par Frédéric Thiriez il y a quelques années, même si on y était dans les années 2000 (52,2 d'étrangers en 2006, 56,5 en 2008, 52,2 en 2010, 47,8 en 2012). Pour le Mondial 2014 déjà, le taux d'"étrangers" augmentait sérieusement (65,2). La Premier league compte 10 joueurs, comme en 2014, son meilleur total. Historiquement, l'Angleterre est largement au dessus des autres pays avec 74 représentants, soit presque la moitié du total des clubs étrangers (48,5 %). La Serie A, deuxième, est très loin (37), et ne compte que 3 joueurs cette année, un chiffre malgré tout en progrès puisqu'elle n'en comptait qu'un en 2014 et en 2012, et aucun en 2010. La Liga, elle, reste stable avec ses trois joueurs, un dans chacun de ses géants, comme en 2014, 2010 et 2008, et 2 en 2012.

Pas moins de 19 clubs sont représentés dans cette liste, contre 16 en 2014 et 17 en 2012. On est loin de l'hégémonie marseillaise de 92 (8 phocéens et seulement 9 clubs représentés) ou des 9 clubs représentés en 2010... un éparpillement qui s'explique notamment par la présence de 5 clubs qui n'avaient jamais figuré dans une liste jusque là : trois Anglais (Crystal Palace, Leicester, West Ham) plus l'Atletico Madrid et évidemment les Tigres de Gignac, premier club non européen jamais représenté en Bleu dans leur histoire. Par ailleurs, sur ces 19 clubs, 4 seulement comptent deux joueurs : Marseille, Arsenal, la Juve et Manchester City. Dans l'histoire de ces listes, depuis 1954, Bordeaux reste en tête avec 34 joueurs, devant un trio composé de Lyon, Marseille et Monaco (30). L'ASM qui n'a désormais plus été représentée dans une liste pour un grand tournoi depuis... 2006 ! Suivent ensuite Arsenal, premier club étranger, à égalité avec le PSG, qui ne compte qu'un représentant cette année, contre trois l'an passé. Mais les départs de Digne, Coman ou Cabaye font baisser ses chiffres. A moins que Rabiot...

Cette liste pourrait en effet changer, comme en 2014 puisque trois réservistes avaient été rappelés suite à des blessures. En tous cas vivement le 10 juin !

A plus tard !

mardi 19 novembre 2013

Battre l'Ukraine, mode d'emploi

Salut à tous,

Après ce match aller qui a mal tourné pour des Bleus pourtant plus présents dans le combat et l'envie que les médias veulent bien nous faire croire, mais qui ont craqué sur deux erreurs de défense et quelques détails, quelles sont leurs chances aujourd'hui, à quelques heures d'un match retour qui décidera de beaucoup de choses, que ce soit sportivement ou médiatiquement ? Si l'on s'en tient aux statistiques, aucunes : jamais une équipe menée de deux buts dans un barrage européen n'a réussi à remonter cet écart. Ça tombe bien, avant le traquenard de Kiev, jamais l'Ukraine n'avait battu la France... comme quoi, les trucs arrivent, parfois.

Des défenseurs qui doivent défendre

Quelles sont les solutions qui se présentent à elles, qui ne possède toujours pas de certitudes à une demi douzaine de postes ni sur le plan tactique ? La clé de tout, ce ne sera pas l'envie - qui était déjà là vendredi, et qui sera là ce soir, sinon on ne comprends plus rien - mais l'efficacité, et pas seulement dans les deux surfaces de réparation, même si c'est là que la France a failli vendredi, notamment dans la sienne. On savait que la charnière Koscielny-Abidal ne présentait pas toutes les garanties, on en a eu confirmation : le Gunner, qui n'est pas un défenseur né, a toujours du mal dès que le haut niveau se présente, et n'en est pas à son premier penalty provoqué, tandis qu'Abidal n'était déjà pas ce qui se faisait de mieux dans l'axe avant ses deux ans d'absence pour maladie, alors maintenant... sans parler de son âge. Même chose pour Debuchy, qui présente les lacunes classiques de l'ancien milieu
reconverti latéral, même si ça date maintenant : formidable centreur, il peine dans les duels, comme Evra. C'est le syndrome Van der Wiel, qui brille plus depuis que Paris a le ballon et qu'il peut quasiment évoluer ailier, tandis que Motta et les défenseurs font le boulot dans son dos. Debuchy et Evra n'ont pas cette chance, ils ont beaucoup plus de boulot défensif, surtout à l'extérieur, et ça se voit.

Si Sakho remplace Abidal et Varane, Koscielny, on peut penser que la France y gagnera dans le combat, au moins, même si on peut avoir des doutes sur le physique du Madrilène. On ne pourra pas suspecter Sakho de rechigner à la tâche défensive, il est en pleine forme avec Liverpool, et ça pourrait permettre à Evra de monter plus sereinement, et ainsi offrir plus de soutien à Ribéry, qui en a manqué à Kiev, puisque Evra devait s'occuper de Yarmolenko. Une chose est sûre, Deschamps va devoir se faire violence et prendre des risques, mais pas trop, sachant que les Ukrainiens n'attendront qu'une seule chose, comme à l'aller après l'ouverture du score : des espaces en contre, et on a vu qu'ils savaient y faire. Pas besoin de marquer très vite, du moment qu'on marque : si on en mets deux dans le premier quart d'heure, les Ukrainiens auront tout le temps pour mettre le but qui nous obligera à en mettre deux de plus... ce qu'il faut, c'est ne pas confondre audace avec témérité. Ne pas se jeter comme des dingues, à la fois tactiquement - ce qui offrirait des contres, donc - mais aussi dans l'engagement : il ne faudrait pas qu'on se retrouve prématurément à dix parce qu'un de nos joueurs aurait confondu le ballon avec la cheville d'un adversaire. Ne pas écouter la démagogie de Dugarry, qui souhaite voir des Bleus se jeter à la gorge des Ukrainiens : c'est une pratique interdite dans à peu près tous les sports, même de combat.

Un milieu qui se projette

Au milieu, la France n'a pas failli à Kiev, même si elle a semblé bousculée par l'engagement parfois excessif des hommes de Fomenko. On a compris pourquoi ces derniers prenaient tant de cartons... en cela, on nous a changé l'Ukraine romantique de Blokhine ou Shevchenko... Peut-être faudrait-il aligner trois milieux axiaux, comme le PSG, sans véritable meneur, avec Cabaye à la place de Nasri devant Pogba et Matuidi, de façon à ce que ces trois là puissent se projeter un peu plus, comme ils le font en club. A seulement deux défensifs, Pogba et Matuidi ne peuvent se permettre de prendre trop de risques sans que l'autre ne se retrouve isolé. Avec un joueur supplémentaire, Pogba et Matuidi, qui jouent relayeurs en club, ainsi que Cabaye, pourraient porter le surnombre dans la surface, ou au moins à ses abords, par la qualité de leurs frappes de balle. Après tout, c'est ce que font tous les milieux modernes : ils défendent, ils relancent, et ils marquent aussi, ils se projettent dans la surface. Comment voulez vous qu'un avant-centre, aussi doué soit-il, puisse s'en sortir seul dans une surface si personne vient le soutenir en phase offensive ?

Enfin, l'attaque. Ribéry a été parfaitement pris par deux, voire trois joueurs, vendredi. Il doit faire mieux, par exemple en se recentrant ou en permutant avec son partenaire évoluant à droite, mais il doit aussi avoir plus de soutien, de la part d'Evra, de Matuidi, de l'éventuel meneur, que sais-je. Le mouvement offensif ne doit pas être brouillon, mais il ne doit pas non plus être figé. A Paris, Cavani est ailier droit pour la forme, il ne cesse de revenir dans l'axe, tandis que Zlatan recule pour distribuer. A Barcelone, Messi joue-t-il vraiment
attaquant de pointe ? Bien sûr que non, il doit faire face au jeu pour briller, donc il part de loin, tandis que ses deux ailiers, Pedro, Sanchez ou Neymar, offrent des solutions dans l'axe ou étirent la défense en restant sur le côté. Ce qu'il faut, c'est semer la panique dans la lourde défense ukrainienne. Centrer ? Inutile, ils sont immenses et de toutes façons on ne sait pas centrer, malgré Debuchy. Il faut jouer au sol, redoubler de passes, écarter cette défense pour ensuite repasser par l'axe. Et être efficace devant le but.

Rater un Mondial, ça arrive

Ce qui pose problème, sur le plan mental, c'est que les Ukrainiens sont invaincus depuis 12 matches, et prennent très peu de buts. Hormis leurs deux ailiers ils manquent de génie, mais Zozulia, devant, a démontré qu'il ne fallait pas dénigrer sa vivacité. Et Edmar n'est pas un Brésilien de naissance par hasard. Bref, qualifier, comme l'Equipe ce matin, d'"humiliation" cette défaite de l'aller est définitivement la preuve que peu de gens s'y connaissent vraiment en football dans ce pays, y compris dans les rangs de ceux qui pensent tout savoir, à savoir les journalistes. Perdre contre la Chine, comme en 2010 avant le Mondial (0-1), oui c'est une humiliation, en Ukraine sur un coup de dé, non. Il s'agit des barrages, épreuve où normalement toutes les équipes se tiennent et ont brillé dans leurs qualifications, sinon elles ne seraient pas là. L'Ukraine qui a fourni à peu près tous ses grands joueurs à l'URSS, et qui possède des clubs qui, eux, gagnent des Coupes d'Europe. Croire que la France est suffisamment un pays de football pour regarder tous les autres de haut, hormis les très grands, c'est oublier les longues périodes de disette qui ont fait le lien entre les générations Kopa, Platini et Zidane.

Il faudra avoir la chance qu'on n'a pas eu vendredi, mais ça implique qu'on en ait pas et qu'on se fasse sortir. Rater une Coupe du Monde, c'est terrible, certains joueurs de l’Équipe de France n'ont même jamais vécu ça. Mais ça fait partie du jeu, de l'Histoire des Bleus, ça arrive. Et, même si je sais que je parle dans le vide, ça ne servira à rien de dresser un procès à ces joueurs qui n'auront eu qu'un tort : d'être tombé dans le groupe de l'Espagne, et de ne pas être une génération immense. Rien à voir avec les casques sur les oreilles, le manque de sourire, les coupes de cheveux moches ou leurs origines ethniques ou sociales. Ils ne sont pas mieux payés, plus méchants ou pédants ou détestables que ceux de 98, simplement ils gagnaient, eux. C'est le seul critère sur lequel ils doivent être jugés, tout en se disant que la défaite fait partie du jeu.

Allez je vous laisse, et allez les Bleus !

samedi 23 juin 2012

Estoquer le Toque

Bonjour à tous,

Vous la ressentez, cette tension ? Cette attente, cette excitation, cette impression d'avoir hâte d'y être, que tout soit terminé pour enfin savoir, quitte presque à zapper le match lui-même pour simplement connaître le résultat, parce que c'est trop dur d'attendre. C'est trop cruel. Et en même temps, cette appréhension : affronter la meilleure équipe du monde, ça peut souvent très mal se passer. Si cette dernière est à son top, si elle retrouve la réussite qui lui échappe un peu dans cet Euro, ça pourrait faire très mal.

Ça va, ça vient

Il n'y a que le sport, et en particulier les sports collectifs, et notamment le foot, et surtout ces grands tournois internationaux, qui peuvent nous faire ressentir ça. Cette tension continuelle, palpable, cet enchaînement de sentiments divers et variés qui nous font prendre le Grand Huit des émotions et des impressions. Mexès avait été très satisfaisant contre l'Angleterre et l'Ukraine ? Impression disparue en un seul match, durant lequel il fut nettement moins protégé par son milieu. Nasri enfin décisif et utile collectivement ? Fini, terminé. Ben Arfa, possible hit de l'été, après des années passées à apprendre à jouer simple au lieu de tricoter inutilement ? A la poubelle. La France, possible vainqueur de l'Euro ? Soyons sérieux... Tout ça, en un seul match. Même chose lors des matches de préparation : plus bas que terre après la bouillie pourtant victorieuse et marquée d'un bon état d'esprit contre l'Islande (3-2), elle est devenue après les deux autres matches une machine de jeu emballante et qui allait enfin réconcilier cette équipe avec son public. Comme si un public devait normalement avoir besoin de se réconcilier avec son équipe nationale... cas unique dans le monde... sauf en Espagne, peut-être.

C'est la dure loi de l'analyse sportive. Aucune analyse sur le long terme, seule la dernière impression compte, elle masque tout ce qui a eu lieu avant. En particulier pour Mexès, encensé à chaque bon match en Bleu, mais ces derniers semblent disparaître à chaque fois qu'il est un peu moins bien. Dur métier.

Un seul joueur, ressuscité après le premier match contre l'Islande et son but sorti du banc, a traversé sans changer de statut ces six matches, c'est Ribéry, avec Cabaye. Lui, le changement a eu lieu au début, mais depuis il aligne les performances de haut niveau, même contre la Suède, ce qui embête prodigieusement ses nombreux détracteurs, dont l'opinion sur l'ailier du Bayern repose en grande partie sur des thèmes qui n'ont pas grand rapport avec le sport - il va aux putes, il parle très mal français, c'est une racaille, il s'est converti à l'Islam. Mais ne vous inquiétez pas, s'il se rate sur un match, ce sera pareil que pour Mexès : tout sera instantanément oublié.

Petit aparté : je me fiche complètement des problèmes extra sportifs des joueurs. Et pas seulement parce que ce blog n'est consacré qu'au foot, rien qu'au foot. Tout comme les analyses des journalistes "généralistes" sur le sport sont souvent d'une platitude et d'un niveau extrêmement faible, celles des journalistes sportifs - qui se démarquent souvent à peine de leurs collègues sur leurs analyses sportives, d'ailleurs... - sur des sujets généralistes, sur le mental des joueurs, leurs attitudes, leur argent, leurs habitudes sexuelles ou familiales, leur langage, voire leur religion, est toujours d'un niveau pathétique. Je me fiche royalement de savoir si Nasri est un petit con ou un puits d'intelligence. Cruyff, Maradona, Schuster ou Ibrahimovic et Ronaldo aujourd'hui sont ou ont manifestement été - mais pour cela il faudrait faire complètement confiance à la presse sportive de toutes sortes et toutes origines, ce qui n'est pas mon cas - des têtes de con de première, des indécrottables individualistes doublés de personnages aux relations parfois très douteuses. Mais c'étaient et ce sont des footballeurs exceptionnels, et c'est là que je m'y intéresse. Si Nasri est bon, il peut rester, s'il est nul, moins. La haine intégrale exprimée - je veut dire vomie - par Larqué contre la Suède envers le joueur de City était symbolique. Il n'a pas été plus nul que les autres, simplement il paie son image extra-sportive : il pique le siège des anciens dans le bus, il est égocentrique... la belle affaire ! Même chose pour ces histoires d'"insultes" dans les vestiaires. Y a-t-il réellement un intérêt à suivre ces âneries ? A part pour renouveler son record d'audience d'il y a deux ans, il n'y avait aucune raison pour que l’Équipe face un dossier spécial sur le sujet... le langage fleuri dans les vestiaires, c'est aussi vieux que les engueulades dans les rédactions de tous les pays. Dans ces dernières, les journalistes se démontent plus dans le dos qu'en face, c'est tout.

Répéter 1986, 2006

Revenons au football. Quelles sont nos chances ? Historiquement, la France n'est jamais aussi forte que lorsqu'elle n'a aucune chance. Ce fut le cas avant 58 - les Bleus ne gagnaient plus depuis quelques semaines, et certains se demandaient s'il ne fallait pas déclarer forfait... - avant 82 - lire l'Equipe Mag de la semaine dernière, et sa rétrospective 30 ans plus tôt - avant 98 - là, vous deviez être nés - et avant 2006. Nous n'étions pas forcément favoris avant de battre l'Italie championne du monde et le Brésil, meilleure équipe du monde à l'époque, en 1986. Nous ne l'étions pas non plus avant le finale de 1998, toujours contre le Brésil. Et nous ne l'étions pas en 2006, avant d'affronter les mêmes Brésiliens, battus à la régulière (1-0) après avoir affronté et donc éliminé l'Espagne (3-1), qui n'avait pas encore son statut d'aujourd'hui mais qui s'apprêtait à l'avoir, et qui avait gagné ses trois matches de poule en marquant 8 buts, dont 4 contre l'Ukraine, future quart de finaliste. A chaque fois que nous avions dû escalader ces montagnes, le paysage avait été somptueux au sommet.

Bien sûr, à d'autres époques moins glorieuses, la France avait chuté dans l'ascension. En 78, l'Italie et l'Argentine nous avait dominé dans notre poule. Même chose pour l'Angleterre et l'Uruguay, en 1966, ou l'Autriche, à l'époque surnommée la Wunderteam, en 1938 (1-3). On ne peut pas faire de miracles à chaque fois, c'est même le principe d'un miracle, sinon ça n'en serait plus un.

On ne peut pas savoir ce que cette équipe a vraiment dans le ventre avant qu'elle ait du jouer ces matches. La France de 1982 était devenue légendaire après avoir résisté, voire mangé les Allemands en demi-finales de 1982. Pas avant, parce que son parcours jusque là - fessée par l'Angleterre (3-1), elle avait ensuite battu le Koweit (4-1) avant de tenir en échec la Tchécoslovaquie (1-1), avant de dominer en deuxième phase de poule les "terrifiantes" équipes d'Autriche (1-0) et d'Irlande du Nord (4-1)... - n'a rien d'exceptionnel. Elle avait confirmé son statut de grand en éliminant le Brésil en 1986, au terme d'un des plus beaux matches de l'Histoire. Elle avait atteint le nirvana des équipes mythique en humiliant le Brésil, encore, en final du Mondial 1998 (3-0). Elle était redevenue une grande équipe en 2006, en éliminant l'Espagne et le Brésil au terme de matches de très haut niveau. Avant cela, elle n'était pas grand chose en général. Ribéry, Platini, Zidane ou d'autres étaient sortis métamorphosés de ces matches couperets contre des équipes qui ne s'attendaient pas à perdre, en général.

Contrer l'Espagne par le jeu, est-ce possible ?

Comment jouer contre des équipes comme celles-ci, supérieures techniquement, collectivement, et au top moralement, après six années de succès quasi consécutifs ? C'était comme affronter la France il y a 10 ans, il valait mieux numéroter tes abatis avant. Quelques soient les hommes alignés, il faudra une parfaite cohésion entre eux, et je ne parle pas seulement humainement, tactiquement aussi. Il faudra qu'ils jouent chacun l'un pour l'autre. Le meilleur exemple c'est 2006 : la France, vieillissante et sortie très difficilement de son groupe (nuls contre la Corée et la Suisse, succès contre le Togo...), affrontait une équipe espagnole parfaitement huilée et déjà présentée comme un ogre. Mais les Bleus avaient sorti un match défensif et collectif parfait, et placé deux contres assassins et victorieux. Mais l'Histoire, si elle se répète souvent, ne le fait jamais quand on s'y attends, c'est tout son charme. Ce match sera différent, forcément.

Il faudra défendre comme des chiens, mais pas forcément en défense, au milieu surtout, là où tout se fait côté espagnol. Les empêcher de jouer, mais pas seulement. Il faudra jouer aussi, parce que le football ce n'est pas Chelsea ni la Grèce. Il faudra défendre haut, bloquer les passes de Xabi Alonso et Xavi, et surtout priver Iniesta et Silva de ballons. Ces deux là, s'ils sont servis, vous êtes morts, ce n'est pas dur. Ça ressemble au supplice se Sisyphe, sauf que là ça s'arrêtera normalement après 90 minutes, voire 120.

Le grand débat actuel se situe sur la composition du milieu français, la défense et l'attaque, malgré la demande déraisonnée des gens pour Giroud - on a personne à la place de Benzema et Giroud, on fait rentrer qui si l'un des deux est fatigué ou blessé ? Et qui au plus haut niveau joue avec deux pointes, franchement ? - étant déjà connus. En défense, Koscielny est face au grand défi de sa jeune carrière. Il a le potentiel, manque l'expérience. Mais il peu s'en sortir si le milieu fait son job. En attaque, Ménez, le seul attaquant avec Ribéry à avoir donné satisfaction, devrait épauler Benzema et le Bavarois. A moins que le côté un peu perso du Parisien ne convienne pas à Blanc... mais la France aura surtout des occasions en contre, et Ménez doit pouvoir les mener.

Au milieu, Diarra a fourni un gros premier tour, mais a semblé fatigué contre la Suède. On le sait, il n'a pas le physique pour jouer aussi souvent, et un Diarra inutile est un poids mort. Surtout que son jeu de tête, face à la Roja, ne sera pas forcément très utile, vu que le ballon ne quittera pas le sol. Je suggère donc de faire plutôt jouer M'Vila. De toutes façons, pour contrer les Espagnols, il ne faut pas de grands costauds facilement contournables par la vitesse des joueurs ou du ballon, il faut des joueurs mobiles, rapides et bons relanceurs. M'Vila est de ceux là. Cabaye, lui, fera son retour et au vu de son niveau affiché en Bleu cette année, il n'est pas discutable. Quid du troisième ?

Plus personne ne veut de Nasri, et en premier lieu Laurent Blanc, ça se sent dans ses déclarations. Reste un choix cornélien : soit essayer de jouer le jeu en alignant Valbuena ou Martin, les plus espagnols des joueurs français, mais on s'expose alors à laisser plus d'espace, moins d'impact au milieu ; soit on aligne un défensif du genre Matuidi, qui manque de compétition mais qui est frais, qui est une teigne, qui ne lâche rien, qui récupère des ballons impossibles et qui, en plus, possède une relance très propre. Mais là, on perd quand même un peu en technicité et en vitesse. Mais est-ce là-dessus qu'on peut rêver faire jeu égal avec l'Espagne ?

Il ne faut pas blinder, parce que, on l'a vu hier entre l'Allemagne et la Grèce, ne faire que défendre contre de telles équipes, à partir d'un certain niveau, et malgré le contre exemple miraculeux de Chelsea, ça peut surtout se payer très cher. Bafouer le jeu, le nier, n'est pas une solution, et on le paie toujours. Le FC Barcelone a des moments sans, mais depuis 20 ans et sur la durée, il n'a pas à se plaindre de son choix de jeu, qui lui a offert les plus grands trophées. Mais aussi et surtout le cœur des amoureux du football, qui n'est pas facile à conquérir.

C'est à Blanc de décider, ça ne sert à rien de réclamer ou de râler lorsqu'on découvrira son équipe. C'est le résultat qui décidera a posteriori. Et si ça se passe mal, là les Yodas de l'analyse footballistique pourront dire "raison j'avais, il fallait faire jouer tartempion". La critique est facile, l'art est difficile... je le disais pour Domenech, je le dis pour Blanc, même s'il est infiniment plus protégé que son prédécesseur. Ça aide d'avoir tous ses amis aux postes de chroniqueurs (Dugarry, Lizarazu, Ménes...). A Knysna, la grève, c'était la faute de Domenech, certains croyant même encore aujourd'hui qu'il en faisait parti. A Kirsha, c'est que la faute des joueurs. Limpide !

Allez, je vous laisse, on reparle de tout ça demain. Quand on saura, enfin !

samedi 19 mai 2012

Qui derrière Mexès et Rami ?

Salut à tous,

La sélection très probable de Yanga Mbiwa pour l'Euro, à moins que Blanc ne choisisse de ne pas trancher entre ses joueurs offensifs en n'emmenant que 7 défenseurs en Ukraine, pose une question : sur qui pourra-ton compter dans cette zone clé du jeu, quand Philippe Mexès (30 ans), plus qu'Adil Rami (26), aura passé la main ? Suivant ce qui se passera l'Euro, par exemple s'il s'y comporte mieux que durant ses derniers matches à Milan, l'ancien Auxerrois pourrait sans doute continuer jusqu'à la Coupe du Monde au Brésil, dans deux ans, moins probablement pour l'Euro 2016. Il aura 34 ans, soit moins que Laurent Blanc à l'Euro 2000 (35) mais presque autant que Marcel Desailly au Mondial 2002, ce dernier poussant pourtant jusqu'à l'Euro 2004, qu'il avait vécu sur le banc, un peu avant ses 36 ans. Il n'y a donc pas vraiment de vérités, mais Mexès n'est pas spécialement un roc, il est même plutôt un habitué aux rubriques médicales, et il a débuté très jeune au haut niveau. Personnellement, j'ai du mal à l'imaginer à 34 ans encore titulaire en Bleu.

Adil Rami, lui, n'aura que 30 ans, et pourrait donc bien toujours être présent, surtout qu'il présente les caractéristiques inverses de son collègue : il est rarement blessé, puisqu'il tourne à plus de 30 matches de championnat par saison depuis quatre ans, même s'il a avoué une lassitude alors qu'il avait pourtant joué autant de matches l'année dernière avec Lille et les Bleus (58) que cette saison (59), et il a débuté très tard sa carrière professionnelle (en 2006-2007). S'il garde ce niveau et donc sa place en Équipe de France, qui l'accompagnera ?

Sakho déjà perdu ?

Il y a encore quelques semaines, la question ne se posait même pas. Mamadou Sakho, de part son statut de capitaine indéboulonnable du PSG à seulement 21 ans, était parti pour faire une grande carrière en Bleu. Aux yeux des journalistes, les quelques semaines récentes qui l'ont vu perdre ce statut aux yeux de Carlo Ancelotti, et au profit de joueurs comme Bisevac, Alex, voire Camara, suffisent à annuler ce brillant avenir. Évidemment, ça parait moins simpliste que ça, mais le jeune défenseur parisien va devoir faire un choix : soit il règle ce problème avec l'entraîneur italien, soit il exporte son énorme talent, selon moi, ailleurs, en l'occurrence à l'étranger, le seul endroit où on peut véritablement juger les qualités d'un défenseur central pour le très haut niveau.

Parce que c'est ça le problème, justement, c'est que de défenseurs centraux à l'étranger, on en a peu, comme on a d'ailleurs peu de défenseurs centraux de haut niveau, d'une manière générale. Regardez la carrière d'un Bruno N'Gotty, titulaire et impressionnant à Lyon, son club formateur (1987-1995) puis à Paris, où il remportera une Coupe des Coupes grâce à un des coup-francs dont il avait le secret (1995-1998) puis à Milan, où il jouera un peu moins (42 matches en 18 mois), avant un prêt à Venise (16 matches en 6 mois), puis un passage à Marseille (2000-2002), puis une fin de carrière en Angleterre. Ce joueur là, compte-tenu des canons que l'on a aujourd'hui, serait titulaire en Bleu, vu qu'on manque de certitudes à ce poste, même si Rami et Mexès sont bien en place. A l'époque, N'Gotty n'avait pourtant grappillé que six sélections entre 1994 et 1997. Pourquoi ? Parce qu'à l'époque Desailly et Blanc étaient déjà indiscutables en Équipe de France, sans parler de Thuram ou Djetou... Il y a 15 ans, la France avait la meilleure école de défenseurs du monde. Aujourd'hui, contrairement à ce que la polémique sur les quotas pourrait faire croire, on est faible de ce point de vue, et la charnière Rami-Mexès fait plus penser à un choix par défaut qu'autre chose. Dans un gros mois, on en saura plus sur sa véritable solidité à l'épreuve du très haut niveau, même si les deux joueurs sont déjà en place dans de grands clubs européens.

Kaboul et Koscielny, mieux que des remplaçants

Oui, à l'étranger on a Kaboul et Koscielny, 26 ans tous les deux, et qui seront donc peut-être candidats en 2014 et 2016. Les deux ont des profils diamétralement opposés, et seraient donc complémentaires à mon avis. Le premier, blessé pour l'Euro, est immense (1m90, 87 kgs), puissant, impressionnant de la tête et dans les duels, et ne manque même pas de vitesse et de qualité de relance, vu qu'il évolue parfois côté droit. L'autre, s'il ne manque pas de taille (1,86) est plus fin, et évolue plus dans l'anticipation et le placement. Et il marque plus que son collègue (3 buts contre 1 cette saison). Personnellement, je crois beaucoup en ces deux garçons, mais Kaboul n'est pas encore super médiatisé, vu que son club, Tottenham, ne fait pas parti du "big four" officiel, et Koscielny, lui, évolue à Arsenal, qui a encaissé 49 buts en championnat cette saison ! Il n'est pas le seul responsable, mais il n'a pas non plus encore rassuré cette défense.

Si on excepte Abidal, gravement malade et qui est plus appelé à jouer côté gauche (et qui, à bientôt 33 ans, n'est pas vraiment une solution d'avenir pour 2014 et 2016...), ce sont les seuls sélectionnables à ce poste à l'étranger. Le reste évolue donc en Ligue 1, où les seuls dangers offensifs dans l'axe se nomment Lisandro et Gomis à Lyon, Rémy à Marseille, le trident de milieux offensifs Nene-Pastore-Ménez à Paris, Giroud à Montpellier, Gouffran à Bordeaux, Aubameyang à Saint-Étienne... de bons joueurs, parfois de très bons, mais rien qui oblige à posséder un niveau Ligue des Champions chaque week-end pour s'en sortir. En revanche, évoluer en Liga ou en Premier League, et s'en sortir correctement, surtout face à Ronaldo et Messi, ça aide un peu plus. L'attaquant portugais, qui sera présent à l'Euro a priori, a marqué un seul but en deux matches contre Valence cette saison, c'est plutôt positif pour Rami, titulaire les deux fois...

La Ligue 1 riche en espoirs

En France, on a donc Mapou Yanga Mbiwa, 23 ans, dont on parle depuis un bon moment, notamment pour former la "garde noire" des Bleus dans quelques années avec Sakho... athlétique mais pas monstrueux (1m84, 77 kgs), il fait plus penser à Koscielny qu'à Kaboul, et la comparaison avec Desailly (1m83, 72 kgs) est logique. Mais il me semble plus technique, plus polyvalent que ce dernier, même s'il lui reste évidemment beaucoup à prouver.

Ensuite, derrière lui et Sakho ? Là il va falloir creuser parmi ceux qui n'ont pas encore été appelés. A moins qu'on redonne sa chance aux Bordelais Ciani (28 ans) et Planus (30 ans), ou à Jonathan Zebina (33 ans, Brest)... A noter que Zoumana Camara (33 ans), qui a piqué la place de titulaire à Sakho, à joué la Coupe des Confédérations 2001 avec les Bleus, alors qu'il évoluait à Marseille... Bref, notons le Caennais Heurtaux, 23 ans, qui n'aurait pas forcément éveillé mon attention s'il n'avait pas marqué 5 buts, dont deux contre le PSG, et surtout s'il n'avait pas déjà signé pour cet été à l'Udinese, qui disputera le tour préliminaire de la Ligue des Champions ! Il faudra donc surveiller comment le défenseur normand se comportera dans le Frioul... mais s'il s'impose, et que la charnière des Bleus a du mal à l'Euro, pourquoi pas l'appeler ? Il y a pire comme championnat pour juger un défenseur... n'empêche, le club caennais a encaissé 56 buts en championnat cette saison...

Attention à Kurt Zouma, le jeune prodige stéphanois (17 ans, 1m87, 85 kgs), à Nicolas Isimat-Mirin (20 ans, Valenciennes), surveillé par Lille pour succéder à Chedjou, et à Wesley Lautoa (24), qui est arrivé à Lorient cet hiver en provenance de Sedan, et dont le profil de gaucher puissant pourrait être intéressant s'il passe un cap. J'aime bien aussi les jeunes défenseurs sochaliens Mathieu Peybernes (21 ans) et Loïc Poujol (23), les Brestois Johan Martial (20), champion d'Europe des moins de 19 ans en 2010, et Paul Baysse (24), qui est polyvalent, et l'Auxerrois Willy Boly (21). En revanche, pour le Lillois Béria (29 ans dans 4 jours), trop polyvalent, le Toulousain Congré (27 ans), que les blessures ont rarement épargné, et le Nancéien Puygrenier (30), que j'aurais pourtant bien vu à ce niveau s'il n'avait pas perdu du temps dans des choix sportifs étranges, le train semble être passé. Mais on ne manque pas de candidats. Le problème, c'est qu'ils manquent pas mal d'expérience. On en saura un peu plus dans un ou deux ans, quand ces jeunes pousses auront migré dans des clubs ou des championnats plus exigeants. Ce serait pas mal pour l'Equipe de France, qui a besoin de relève dans ce secteur... comme dans d'autres.

A plus tard !

mercredi 9 mai 2012

Première salve bleue

Salut à tous,

Ce soir, à 18h, Laurent Blanc lance l'Euro des Bleus. On ne saura pas forcément qui ira à l'Euro, même si la plupart des joueurs nommés ce soir, qui évolueont tous à l'étranger, sont quasi sûrs d'y être, mais on saura qui n'ira pas. Et c'est bien le principe d'une sélection : ça sélectionne, ce qui signifie la mise de côté de joueurs qui n'auront, parfois, pas plus démérité que ceux choisis, mais qui n'ont pas été retenus pour des détails qui ne sont pas connus du grand public, comme la dynamique de groupe, ou les convictions techniques du sélectionneur. une chose est sûre, des joueurs seront déçus, mais leurs supporters également, et la liste de Blanc fera débat.

Une douzaine de joueurs


Combien de joueurs seront nommés ce soir ? Une douzaine, a priori. Même Blanc, d'après son interview d'aujourd'hui dans l'Equipe, ne sait pas - ou ne veut pas le dire - s'il s'agira d'une liste définitive ou de joueurs qui postuleront, ensuite, à la liste définitive. Mais a priori, 12 joueurs, ça correspond à peu près à la moitié de la liste finale (23 joueurs), ce qui correspond surtout à la proportion de joueurs sélectionnés en Bleu depuis plusieurs annés, à savoir la moitié. Si réservistes il y a, il ne seront pas nombreux, et ils seront surtout présents si Blanc sélectionne plus de 12 joueurs, genre 14.

Par poste, il y a déjà quelques certitudes qui s'annoncent : il n'y aura pas de gardiens, puisqu'aucun d'entre eux n'évolue à l'étranger, ce qui est dommageable d'ailleurs. Même si on n'est pas pressé de voir des talents quitter la Ligue 1, il serait intéressant de voir Lloris ou Mandanda tenter de s'imposer dans un grand club européen, au plus haut niveau. Ont-ils vraiment beaucoup à envier à De Gea (Manchester) ou Courtois (Atletico), sans parler de Valdes (Barcelone) ?

Incertitude en défense, désert au milieu
Cette liste devrait donc concerner que des joueurs de champ, et notamment de défenseurs. Hormis Sakho (PSG), pas sûr d'y être, Debuchy (Lille), en passe de s'imposer comme titulaire côté droit, et Réveillère (Lyon), son suppléant, qui peut rendre service à gauche, et sachant que Blanc ne semble pas enclin à donner sa chance à Jallet (PSG) et que Sagna (Arsenal) est blessé, tous les autres défenseurs devraient être concernés par la liste d'aujourd'hui. Les deux titulaires de l'axe, déjà. Y en a un qui tire la langue (Rami), l'autre qui souffre du contrecoup physique de son retour de blessure (Mexès) mais ils seront tous deux à l'Euro, et sans doute titulaires, sauf catastrophe lors du premier match contre l'Angleterre.

Derrière ces deux là, en revanche, le flou est de mise. On attendait Sakho, mais il est au placard à Paris, de façon inexplicable, vu que la défense parisienne n'est pas vraiment meilleure sans lui... Sinon, il y a Koscielny (Arsenal), qui a un vécu très mince avec les Bleus, qui est très bon dans le placement et la relance, beaucoup moins dans l'impact physique, et qui ne fait pas vraiment partie d'une défense sereine et efficace ; et Kaboul (Tottenham), son opposé absolu, puissant et physique, même s'il ne manque pas de vitesse. Tout dépend aussi du nombre de défenseurs qu'il prendra, surtout en l'absence d'Abidal, qui couvrait le côté gauche et l'axe, un profil rare chez les Bleus, hormis Sakho. Dans l'interview, Blanc insiste sur la notion de groupe, ce qui exclu la surprise Varane (Real). Je le vois quand même prendre Sakho, et Kaboul, qui peut dépanner à droite.

A gauche, avec l'absence très problématique d'Abidal, le débat se situera entre Evra, Clichy et Mathieu, qui jouent en ce moment mais qui n'ont pas réussi à s'imposer en Bleu, même si le premier a été capitaine, on s'en souvient. Le joueur de City est très performant en ce moment mais il a rarement brillé en Bleu, et Mathieu a très peu joué, mais sa polyvalence (milieu gauche ?) peut l'aider. A mon avis les trois seront appelés, mais un des trois quittera le groupe avant le 29 mai.

Au milieu, comme Blanc le dit, personne n'émerge. M'Vila a souvent déçu en Bleu, a stagné avec Rennes, mais le sélectionneur est un fan. Alou Diarra est quelconque avec Marseille, mais son profil, unique en l'absence de Diaby, le rend pourtant indipensable. Cabaye est bon avec Newcastle, et sa qualité technique lui garantie presque une place de titulaire, malgré son manque d'expérience internationale (10 sélections, 10 matches de C1). Tout dépend également si Blanc évolue à deux ou trois au milieu, avec un ou deux meneurs... Ce soir en tout, cas, l'ancien Lillois devrait être le seul appelé, puisque Lassana Diarra (Real Madrid) est hors du coup, avec Malouda, qui ne joue gère plus avec Chelsea mais qui est un cadre et qui peut rendre service à son nouveau poste de milieu relayeur.

Ben Arfa, seule surprise offensive ?
Chez les milieux offensifs, Nasri, peut convaincant en Bleu comme à Chelsea, et Ribéry, aussi performant avec le Bayern qu'insipide avec les Bleus, seront appelés de façon certaine. La question est de savoir si Ben Arfa est appelé. L'ailier de Newcastle, longtemps blessé, a mis du temps à s'imposer dans l'équipe type d'Alan Pardew, mais ses récentes performances sont flatteuses, et son profil est rare chez les Bleus. Surtout, sa présence dans la liste de cet après-midi ne serait pas bon signe pour les Marseillais Valbuena et Amalfitano, quelconques avec Marseille. Je suis plus confiant pour Ménez, intenable avec Paris depuis le début de l'année, meilleur passeur du championnat dans le jeu (11) et très bon lors de son entrée en Allemagne. Surtout, il peut jouer des deux côtés, ce qui peut être utile... On en saura plus dans une semaine pour Gourcuff et Martin, qui sont des opposés : l'un a un passé en Bleu et rejoue enfin dans un club du haut de tableau, l'autre est performant en Bleu et joue régulièrement avec Sochaux, qui joue le maintien. Si Nasri et Ben Arfa sont là ce soir, en plus de Ménez et Valbuena, qui peut jouer dans l'axe, l'un des deux restera probablement à la maison, même s'ils peuvent être appelés à évoluer plus bas.

Enfin en attaque, peu de suspense. Benzema sera appelé ce soir et, à part Cissé, c'est le seul à évoluer à l'étranger, mais l'attaquant de QPR, efficace, comme toujours, part pourtant de loin. Le suspense, qui concerne moins Giroud et Rémy que Gomis, sachant que Gameiro ou Hoarau ne jouent plus à Paris, dépend du nombre de milieux offensifs appelés... Blanc évoluera avec une seule pointe, dond il est inutile de prendre plus de trois pointes.

Je résume donc la liste qui, selon moi, sera rendue publique ce soir : Rami, Mexès, Kaboul, Koscielny (?), Evra, Clichy, Mathieu, Cabaye, Malouda, Nasri, Ribéry, Ben Arfa, Benzema. Douze ou treize, quoi. Bref, on en reparlera.

A plus tard !