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jeudi 14 novembre 2013

Des éliminations utiles

Salut à tous,

Dans quelques jours, à égale distance entre les deux matches de barrage entre l'Ukraine et la France, qualificatifs pour la prochaine Coupe du Monde brésilienne, on "fêtera" les 20 ans de France-Bulgarie. J'imagine déjà les petits fours, l'ovation faite au Stade de France à un Emil Kostadinov devenu chauve, une séance d'applaudissements à la 93e minute en hommage à son but... je ne plaisante qu'à moitié.

Kostadinov... pas si grave

Que ce serait-il passé si le tir fatidique du plus célèbre bulgare avec Stoïchkov et Sylvie Vartan avait ne serait-ce que percuté la barre - ce qu'il a fait d'ailleurs, avant de rentrer quand même, avec des poteaux carrés il ne serait pas rentré... on est vraiment maudit - ou raté le cadre ? Ou bien, en remontant le temps, si quelqu'un avait su l'intercepter avant, ou Penev, ou encore si Ginola avait su garder le ballon ? Et si Laurent Blanc n'avait pas été battu de la tête par Kostadinov sur l'égalisation sur corner ? Ou si Reynald Pédros, présent sur la ligne mais trop court sur ce ballon, avait fait 5 centimètres de plus ? Ou porté une crête façon Hamsik ? Ou si, simplement, on avait continué d'attaquer après la - belle - ouverture du score de Cantona, au lieu de vouloir gérer ce petit but face à une de nos bêtes noires historiques ? On n'a qu'à choisir...



On parle souvent d'un chambardement après ce qu'il faut bien appeler un naufrage, un changement total de joueurs, après celui de sélectionneur, Gérard Houiller, qui se rattrapera bien de ce ratage intégral à Liverpool et Lyon, et qui laissait sa place à son adjoint, Aimé Jacquet, qui n'était pas non plus un choix par défaut puisqu'il s'agissait quand même de l'entraîneur du grand Bordeaux des années 80. Forcément, la presse, connue pour son tempérament modéré et ses analyses pondérées, avait réclamé que tout le monde parte, etc. Faire table rase. Pourtant, ce n'était pas comme si on n'était pas habitué à ne pas disputer une Coupe du Monde... depuis la guerre, on en avait raté 6 sur 12, donc une sur deux... avec les qualifs pour l'Euro, systématiquement ratées entre 1960 et 1992 (!), le rapport est même négatif... la déception était intensifiée par la surprise de voir l'élimination d'une équipe qui maîtrisait son destin avant de recevoir deux fois, Israël puis la Bulgarie, avec pour objectif de prendre un petit point sur ces deux matches. Franchement, comment pouvait-elle se rater ? Et pourtant elle l'a fait, s'inclinant à chaque fois dans les arrêts de jeu (2-3 et 1-2), scenarii encore plus cruels. Un autre scenario, plus calme, plus clément, mais avec quand même l'élimination à la fin, n'aurait pas autant remué le monde du football : on aurait enregistré une nouvelle élimination, c'est tout. Pour la France, c'était une habitude. Depuis, on n'a plus raté un grand tournoi. Était-ce un mal pour un bien ?

Les mêmes en 98

Je le disais, on a parlé d'un chambardement mais sept joueurs présents sur la feuille de match ce 17 novembre 2013 allaient être champions du Monde quatre ans et demi plus tard, et d'Europe deux ans après (Petit, Deschamps, Desailly, Blanc, Lizarazu, Djorkaeff et Lama). Pourtant, après la Bulgarie, on ne voulait plus les voir, juré craché. Blanc était coupable sur le premier but
et sur le second en se faisant déborder par Kostadinov, sur lequel Petit était absent, Deschamps était insipide et Lama avait pris deux buts, imparables certes, mais quand même, virons le aussi. Les trois autres étaient de jeunes internationaux, laissons leur leur chance.

Lors du match suivant, le fameux amical à Naples contre l'Italie, les Bleus s'imposent (0-1) sur un but de Djorkaeff sur une passe de Ginola, l'honnis après son centre "assassin" contre les Bulgares. Où sont les autres ? Lama et Desailly sont là, Deschamps aussi, ainsi que Cantona ou Roche. Mais Jacquet innove, et fait appel à plusieurs jeunes inexpérimentés, qu'on croit être les successeurs de ces ratés qui ont manqué le Mondial, ceux qui parviendront à faire se relever le football français, par ailleurs empêtré dans l'affaire VA-OM. Pourtant, que sont devenus les Gnako, Cyprien ou Martins, qui ont débuté en Bleu ce jour là ? Ils ne sont pas devenus champions du Monde en tous cas, ça c'est sur, pas plus que Le Guen ou Guérin, ni Di Méco. On dit souvent que ce France-Bulgarie a permis de purger un peu cette équipe et de repartir de zéro, c'est en partie vrai. Mais au final, c'est grâce à plusieurs de ces joueurs là que la France a atteint le sommet mondial.

Pas de cassure

Tout comme maintenant, la France pourrait - je dis bien pourrait - se qualifier pour le Brésil avec Evra, Ribéry, Abidal... ces hontes de la France qui ne sont pas descendus du bus à Knysna. Comme quoi, les déclarations de mort internationales après les grands échecs des Bleus, réclamées par une presse toujours assoiffée de sang et amatrice de chutes de tête pour

avoir de quoi écrire, restent souvent lettres mortes. Sept joueurs éliminés par la Bulgarie toujours présents en Bleus quatre ans et demi plus tard ? Un taux de renouvellement somme toute assez habituel. Il n'y a pas eu de cassure nette, même si on a peu vu Deschamps (4 m.) en 94. Faute de successeurs potables, on est vite revenus aux valeurs sûres... un peu comme maintenant. Bien évidemment, si la France tombe contre l'Ukraine, comme elle en a l'habitude lors de ces matches piégeux, tout ça sera la faute de ceux qui auront permis le retour de ces fâcheux, à savoir Le Graet et ses deux sélectionneurs, Blanc et Deschamps. En revanche, si on passe... Ainsi va l'avis pusillanime des médias.

France-Bulgarie a été la première expérience de ce genre pour le football français. Et encore, ils n'ont pas eu à gérer l'effet Tweeter, qui permet à n'importe qui de déclarer n'importe quoi sur n'importe quel sujet, avis personnels se muant en opinion, ce qu'ont vécus les Bleus qui ont éliminé l'Irlande en barrage sur la main d'Henry et ceux qui sont restés dans le bus. On a l'impression qu'il n'y a pas eu d'élimination honteuse avant, ni de qualification honteuse d'ailleurs. Est-ce que la série en cours des Bleus, toujours présents en tournoi depuis 1996, est due aux conséquences de France-Bulgarie ? Pas dans le choix des joueurs en tous cas, puisque si la génération Cantona-Papin a disparu ensuite, c'est surtout à cause de l'âge, Papin résistant jusqu'en 1995 par exemple. C'était une équipe jeune, comme maintenant, ses cadres ne dépassant pas les 30 ans. Mais les tout justes trentenaires, comme Papin ou Sauzée, n'ont pas enchaîné ensuite. Que les jeunes succèdent aux vieux, c'est la logique de toutes les équipes du monde depuis le début du sport.
Mais il aurait été difficile de sélectionner Henry et Trézéguet en 1993...

Faire table rase après un échec, c'est un fantasme de journaliste : aucune équipe ne pourrait survivre à une telle saignée. La France serait-elle en barrage si elle avait continué avec l'équipe battue en amical en Norvège après le Mondial 2010 (2-1), celle qui ne comptait aucun mondialiste ? Où sont les Ruffier, Cissokho, M'Vila, N'Zogbia, Hoarau, pour les titulaires, les Lassana Diarra, Ben Arfa ou Briand chez les remplaçants ? Sans parler de Rami, Mexès, Sissoko, Rémy ou Ménez, qui sont loin d'avoir crevé l'écran en Bleu ces derniers mois. Qu'aurait-on fait sans Ribéry ? Sans Lloris ? On s'apprêterait peut-être à jouer deux matches amicaux avec un nouveau sélectionneur, qui sait. Oui, les Bleus se sont renouvelés, mais pas plus que d'habitude. Comme en 93, quoi.

Je vous laisse, à plus tard !

mardi 27 mars 2012

Amateurs et demi


Salut à tous !

Je ne sais pas si vous allez me croire, mais figurez-vous qu'il n'y a pas que la Ligue 1, la Ligue des Champions et le challenge Téléfoot dans la vie. Rasseyez-vous, prenez un petit café, remettez vous de vos émotions, ça va aller. Moi, la première fois que j'ai vu ça, ça m'a fait le même effet.

En effet, sous ces strass et ces paillettes voletant à foison devant nos yeux émerveillés, existent des compétitions étranges, composées de noms de ville inconnues ou oubliées, comme Besançon, Luzenac ou Strasbourg. Ces compétitions se nomment le National (je ne vois pas ce qu'il a de plus national que la Ligue 1 et encore moins que la Coupe de France, mais passons), la CFA (oui, comme la monnaie dans certaines de nos anciennes colonies africaines), ou la CFA 2. Comme souvent au cinéma, la suite est moins bonne que l'original. Tout cela n'étant que la partie immergée d'une immense nébuleuse nommée le Football Amateur. Sans ce dernier, point de salut, pas de professionnels, pas de Canal Football Club, et donc pas de Grande Surface. A la réflexion...

Plus sérieusement, si on regarde le classement des meilleurs buteurs français en 2012, sur l'excellent site footballdatabase.eu, on constate qu'autour des cadors attendus, Benzema (12 buts), Gomis (9) et Giroud et Rémy (8), s'insèrent des noms complètement méconnus, issus de ces compétitions inférieures hiérarchiquement, mais plus propices pour que le talent de ces joueurs brille, car forcément moins relevé. Je ne vous ferais pas l'injure de vous préciser qu'il est plus aisé de marquer des buts en Liga qu'en CFA 2, même avec Higuain dans les pattes.

Ce qui est intéressant de voir, c'est le parcours de ces joueurs qui circulent sous le tapis rutilant du football professionnel, sans parfois jamais réussir à y faire son trou. Ainsi, Nicolas Belvito, 25 ans. Cet attaquant, aux faux-airs de Mickaël Madar (cheveux bruns mi longs, 1m89...), brille actuellement avec Besançon (11 buts). Formé à Bourg-Peronnas, il passe ensuite par Corte avant de continuer sa carrière dans la région lyonnaise, dont il est originaire (St-Priest, Lyon-Duchère). Il tente ensuite sa chance durant deux saisons en Ligue 2, à Dijon, où il ne parviendra pas à convaincre (9 matches, 2 titularisations, 1 but, plus deux en Coupe de France, à Hayange, battu 8-0). En janvier 2011, il rejoint Strasbourg, tombé en National l'été précédent, et qui lutte en milieu de tableau. En 10 matches, il ne marquera pas un but, ne permettant pas au Racing d'arracher in extremis la montée qui aurait peut-être pu le sauver de la CFA 2 où il nage aujourd'hui.

En attendant, Belvito part à l'ouest en aout dernier, direction Cherbourg, qui vient de monter au 3e niveau français. Si le promu se comporte honorablement en début de saison, son attaquant, pourtant régulièrement aligné en pointe, ne brille pas : aucun but avant la 8e journée, puis trois d'affilée, puis un nouveau en novembre, plus un doublé à Chauray, en Coupe de France (2-3). Mais c'est finalement mars qui le verra enfin briller à ce niveau : deux triplés à l'extérieur, à Rouen (3-3) puis au Paris FC (1-3), avant un penalty ce week-end, contre Epinal (1-0). Ce n'est sans doute pas l'attaquant du siècle, mais l'exemple même du bon joueur régional capable de briller occasionnellement à un niveau national correct, si on le met en confiance.

Tout l'inverse, en somme, de David Lédy. Lui en est carrément à 13 buts en 2012, ce qui fait de lui le meilleur attaquant français sur l'année civile. Sauf que lui n'a jamais quitté son club formateur, Strasbourg, ce qui fait finalement son bonheur. Il a débuté en pro avec le Racing en 2008-2009, en Ligue 2, se montrant moyennement efficace durant deux saisons (3 buts en 16 titularisations). Passé en National avec son club, le natif d'Altkirch, qui verra Belvito débarquer durant l'hiver, voit logiquement ses chiffres gonfler : 11 buts, c'est pas mal.

Du coup, forcément, quand le Racing descend de deux étages d'un coup l'été dernier, Lédy ne peut que se régaler : il en est à 16 buts en 17 matches, avec notamment trois triplés entre janvier et mars, plus six buts en Coupe. Là encore, il va falloir attendre avant de connaître son seuil de compétence, sachant qu'il n'a que 24 ans. Mais il peut à mon avis espérer briller à nouveau en Ligue 2 d'ici quelques années, avec Strasbourg, actuellement deuxième derrière l'équipe C d'Auxerre... ou ailleurs.

Ah tenez, voici un joueur au nom plus évocateur : Steven Papin, 24 ans, ancien attaquant de Auch ou de Saint-Malo, et très efficace de Plabennec, en CFA (16 buts). Aucun lien, a priori. Seuls quelques initiés mosellans doivent se rappeler de Stéphane Boulila, 37 ans, attaquant formé à Noisy-le-Sec, passé par les réserves de Guingamp, Nantes et Metz, avec qui il disputera deux bouts de matches de Ligue 1 en 96 et en 99, connaissant la Ligue 2 avec Le Mans (3 buts), le National avec le Racing de Paris et Angers (15 buts en 2 saisons) avant de finir sa longue carrière à Aubervilliers, avec qui il vient de marquer 27 buts en presque deux saisons, en CFA.

On devrait aussi bientôt découvrir Damien Mayenga en National, voire au-dessus. A 24 ans, il empile les buts avec Luçon, en CFA (11 buts), après ses 15 buts de l'année passée avec St-Pryvé, au même niveau. Même chose pour le jeune Julio Tavares, 23 ans, attaquant de Bourg-Peronnas (CFA), et auteur cette saison de 11 buts, plus un en Coupe à... Marseille, il y a quelques semaines (3-1). Il vient de marquer 33 buts en trois saisons de CFA, rien d'exceptionnel mais de quoi viser un peu plus haut dans quelques années.

Et enfin, il faut parler de Jérémy Perbet, 27 ans. Ça fait deux ans maintenant que le natif du Puy-en-Velay nargue les internationaux français (39 buts en 2011, déjà 9 cette année) en collectionnant les buts avec Mons, petit club belge promu cette saison. Formé à Clermont, passé par Moulins (avec qui il marquera 23 buts en National en 2005/2006), puis Strasbourg, il passe une première fois la frontière avec Charleroi (13 matches, 6 buts), avant de repasser par Angers, pour définitivement rejoindre la Belgique en 2008. Malgré la relégation, il brille avec Tubize (13 buts) avant de filer à Lokeren, où il fera banquette pendant un an et demi. En janvier 2011 il rejoint Mons, et inscrit 14 buts en autant de match de D2 Belge.

Lui et son club montent, mais son débit de buts ne faiblit pas, ou presque : Perbet, avec 22 buts en 29 matches, plus 12 buts en 10 matches de Coupe depuis 18 mois, est le meilleur buteur du championnat belge, et de loin. Son avenir ? Il rêve de Marseille, et l'OM pourrait lui offrir sa chance, comme il l'avait fait il y a 25 ans, avec un autre Français de Belgique, un peu plus jeune, certes (23 ans) et déjà international : Jean-Pierre Papin. Il ne fera pas pire que Gignac... Plus sûrement, on peut l'imaginer taquiner l'Europe avec Anderlecht, le Standard ou le FC Bruges, voire un bon club de Ligue 1, pourquoi pas ?

Après tout, Olivier Giroud, après avoir été anonymement formé à Grenoble, est passé par le National et Istres (14 buts) avant de mettre deux saisons de Ligue 2 pour intégrer la Ligue 1, à 23 ans. Un mauvais choix de carrière, une blessure, une mauvaise saison... et il intégrait durablement le football amateur et ses légions d'attaquants, souvent rejetés par le foot pro, ou émergeant du véritable foot amateur. A quoi ça tient ?

A plus tard !

mardi 6 mars 2012

La Ligue des presque Champions

Salut à tous,

La Ligue des Champions reprend cette semaine, et dès ce soir nous connaîtrons les premiers pour les quarts de finale, déjà. Benfica ou Zenit St-Petersburg ? Arsenal ou Milan ? Dors et déjà, la première affiche citée prouve une chose : contrairement à ce que l'on dit, la Ligue des Champions n'est pas forcément réservée aux mêmes clubs, qui s'affronteraient en vase clos, excluant le reste de leurs congénères, contraints et forcés de se mesurer à l'étage d'en dessous, en Ligue Europa. Pour preuve, cette année les grands favoris de cette dernière viennent tous deux de Manchester, City et United.

Contrairement à beaucoup, je ne suis pas vraiment nostalgique de l'ancienne mouture de la C1. Certes, je ne suis pas spécialement pour le fait de qualifier des clubs qui ne sont pas champions de leurs pays, où alors il serait bon de changer le nom de la compétition. En Basket on parle d'Euroligue, c'est parfait, ça ne parle pas de champions, ça suggère simplement un championnat des meilleurs clubs européens. Mais la Ligue des Champions qui ne regroupe pas que des champions, ça m'intrigue presque autant que le Dakar qui passe par le Chili, vous voyez. A moins qu'à propos de ces "champions", on élargit sa signification à l'idée qu'ils sont des champions parce qu'ils sont très très forts. Il n'empêche, le troisième ou le quatrième de certains championnats, voire le deuxième, n'ont rien à faire dans cette compétition, à part écarter les petits pays du gâteau.

Bref, en revanche la phase de poule me plait bien. Ça sélectionne beaucoup plus efficacement, ça donne plus de matches intéressants, mais ça n'empêche pas certaines surprises quand même. Demandez aux Lyonnais ce que ça fait de devoir affronter des Chypriotes à ce stade de la compétition... pour perturber, ça doit bien perturber. Ressentir la même sensation que si on recevait Luzenac en Coupe de France, alors qu'on devrait plutôt flipper de se prendre sa traditionnelle fessée du mois de mars contre un grand club, ça change pas mal la donne au moment de se mettre dans les meilleures conditions mentales. mais ça risque fort de changer au prochain tour.

Avant d'aller plus loin, et sachant que je vais parler chiffres pour illustrer un peu l'histoire de cette compétition, je vous informe que depuis toujours, en statistiques, j'utilise la victoire à deux points. Cette dernière est beaucoup plus équilibrée que sa cousine à trois points, qui en lâche dans la nature dès qu'il y a match nul, et qui permet à une équipe comptant un succès et deux défaites d'avoir autant de points qu'une équipe ayant signé trois nuls. Elle permet surtout de récompenser trois fois plus une équipe qui gagne petitement 1-0 que celle ayant cherché à attaquer et gagner, et qui signe un 4-4, par exemple. Je ne vois pas où est la justice là-dedans. Enfin, la victoire à trois points n'a absolument pas influé sur le taux de buts par matches, au contraire : le pullulement des 1-0 a été accentué dans le foot. Ça a conforté la dictature de la victoire, quitte à gagner sur un coup de pied arrêté avant de fermer boutique, au détriment du spectacle. Bref, elle a fait de Pablo Correa ou d'Alain Casanova des stars.

La Ligue des Champions à poules existe depuis 1991, et est donc sur le point d'achever sa 21e saison. Il y a eu trois phases : la première ne comportait que des champions, qui ressortaient de deux tours préliminaires (fatals à Marseille en 1991, contre Sion...) pour se voir repartir en deux poules, qui qualifiaient soit pour la finale, soit pour des demi-finales. Puis il y a eu la période boursouflée, avec deux tours de poule, à l'image de la Coupe du Monde entre 1974 et 1982. Aujourd'hui il faut 15 matches pour gagner la C1, il en fallait 19 à l'époque, soit l'équivalent d'un demi championnat... et enfin celle que l'on connait aujourd'hui, beaucoup plus équilibrée. Inutile de dire que les clubs ayant brillé durant la seconde période sont avantagés, même si elle fut assez brève, aux alentours de l'an 2000.

Hors tours préliminaires, et en comptant cette saison, les deux clubs ayant pris le plus de points depuis 1991 se nomment Barcelone et Manchester United (244) et le Real Madrid (224). United ayant été sorti prématurément à l'automne dernier par le FC Bâle (!), Barcelone, vainqueur à Leverkusen à l'aller (1-3), s'est emparé de la première place à la différence de buts (+172 contre +146) et devrait creuser un écart important durant les prochains tours... suivent le Bayern (195), Milan (181) et Arsenal (160). Et le premier Français, me direz vous ? Non, il n'est pas 145e, comme on pourrait le croire si on considère la Ligue 1 comme l'équivalent de la L2 Bulgare. Il s'agit de Lyon, qui est dixième (125 points), tout simplement, coincé entre Porto (140) et Chelsea (138), d'un côté, et l'Inter (122), Liverpool (101) et le FC Valence (100) de l'autre. Pas mal non ? Douze saisons d'affilée de Ligue des Champions,  et neuf huitièmes de finale consécutifs, même sans victoire, même avec une seule demi-finale dans l'affaire, ça paie plus qu'une victoire et pas grand chose derrière, n'est-ce pas amis marseillais, dont le club favori est certes le deuxième français le mieux classé (25e avec 55 points), mais qui côtoie Galatasaray, Rosenborg, Benfica ou le Spartak Moscou. Suivent le PSG (35e) et Bordeaux (36e), puis Nantes et Lille (49e et 50e). Il faut ensuite descendre à la 60e place pour trouver Auxerre et ses 15 points, entre Sturm Graz et Boavista...

Dans le même temps, les Espagnols, on l'a vu, sont deux dans les trois premiers, mais derrière Valence, 13e, il faut descendre 31 places plus bas pour trouver le 4e espagnol, l'Atletico Madrid. Ce n'est pas nouveau, la Ligue 1 est le championnat le plus compact et le plus indécis d'Europe. Les Italiens sont quatre dans les 20 premiers, les Anglais trois et l'Allemagne, un seul.

Par pays, sans surprise l'Espagne est en tête (728 points) devant l'Angleterre (696) et l'Italie (620). L'Allemagne (449) est devant la France, cinquième (375), qui elle-même devance le Portugal (239), les Pays-Bas (212) puis, loin derrière, la Grèce (153). Vous vous dites que le nombre de clubs qualifiés fausse ce classement, mais c'est le même à la moyenne de points par matches, donc... à part l'Ukraine, qui passe devant la Grèce. Cette saison confirme par ailleurs la chute de l'Angleterre, qui a déjà perdu 7 de ses 26 matches, contre 11 succès, quand l'Espagne en a certes perdu 8 (merci Villarreal et ses six défaites en poule...) mais qui en a gagné 14. Pour l'instant, la France est conforme à ses chiffres habituels, avec une légère avance (8 succès, 6 défaites). Mais évidemment, ça se gâtera quand Lyon et Marseille tomberont... s'ils tombent.

Enfin, chez les buteurs, Raul est toujours en tête avec ses 71 buts, et peut voir venir puisque ses poursuivants, van Nistelrooy (56), Henry (50), Shevchenko (48) et même Inzaghi, pourtant toujours Milanais (47) sont très loin et plus vraiment concernés par cette compétition. Le buteur espagnol a toujours marqué au moins deux buts par saison en Ligue des Champions entre 1997 et 2011, avec une pointe à 9 en 2003 et à 10 en 2000... Du coup, Lionel Messi, déjà sixième (à 24 ans !) avec 43 buts, peut espérer rapidement s'installer dans les cinq premiers. Le buteur catalan, qui dispute sa septième saison dans l'élite européenne, tourne à plus de six buts par saison en moyenne, et en est déjà à sept cette année... si on enlève ses deux premières saisons, où il n'avait marqué qu'une fois à chaque fois, on monte à 8,2 buts en moyenne. Et celle-ci n'est pas terminée...

Chez les Français, derrière Henry, le meilleur est Trezeguet (13e, 29 buts). Suivent ensuite Benzema (25e, 23 buts), Anelka (29e, 20 buts), puis... Papin (46e). Ce dernier fut le premier meilleur buteur historique de la compétition, puisque ses 16 buts se répartissent en quatre saisons, les quatre premières... Chez les joueurs français susceptibles de briller encore en C1, on note les bons chiffres de Bafé Gomis et Ribéry (9 buts chacun), Malouda (8), Gourcuff (6) ou Nasri (5).

Bref, l'avantage des chiffres, c'est qu'ils bougent tout le temps ! On pourra faire un vrai bilan à la fin de la saison. Mais mettons une petite pièce sur le Real et le Milan pour la victoire finale, sachant que personne ne fait de doublés en Ligue des Champions.

A plus tard !

mardi 28 février 2012

Un petit creux

Salut à tous !

Après la Ligue 1, la Coupe de France, la Coupe de la Ligue, la Ligue des Champions et la chasse gratuite aux arbitres, c'est au tour de l’Équipe de France de reprendre en cette année 2012, demain à Brême, contre l'Allemagne. Il y a mieux pour se mettre en confiance avant un Euro qui s'annonce particulièrement coton pour les Bleus, même s'ils ne sont pas tombés dans une poule insurmontable, surtout par un sociétaire du quatrième chapeau... en même temps, ce genre de match est à double tranchant : si on le perd très logiquement, comme celui face à l'Espagne il y a deux ans (0-2), ça nous enfoncera dans les grandes largeurs, et cela validera les gros doutes qui persistent sur cette équipe qui ne semble pas vraiment avoir progressé sous la magistrature Blanc. En revanche, si exploit il y a, ça peut être tout bénèfs pour une génération en manque de match repère, que n'ont finalement pas été les succès en Bosnie (0-2), en Angleterre (1-2) ou contre le Brésil (1-0). Cette fois, il y a peu de chance que Joachim Low aligne une équipe B, comme le fit un Fabio Capello accablé par les blessures, ou que son équipe se retrouve à dix au bout de 40 minutes. Ou alors, toute cette chance que l'on aura eu en match amical aura été un bien beau gâchis !

Malgré le statut de quasi saint dont le sélectionneur aura pu bénéficier depuis sa nomination, et sous l’œil bienveillant de ses amis commentateurs du foot (Dugarry, Lizarazu, Ménez...), pour l'instant les progrès annoncés ici ou là sont difficilement observables à l’œil nu. A l'heure actuelle, et sur le plus pur plan des résultats, Blanc a fait aussi bien que Domenech : il a qualifié les Bleus dans un poule à sa portée avec une très grande difficulté, empruntant le traditionnel trou de souris que seul Jacques Santini et Michel Platini, depuis 20 ans, ont su éviter, en 2003 et 1991. La France ne se qualifie quasiment jamais facilement, même celle d'il y a dix ans, qui trônait au sommet du monde, mais à qui il fallut un but à la dernière seconde contre l'Islande (3-2) ainsi qu'une cagade d'un gardien russe dans un autre match pour qu'elle se qualifie pour l'Euro 2000, qu'elle allait remporter... ça vaut bien une petite mimine durant une prolongation face à l'Irlande ou un penalty à un quart d'heure de la fin contre la Bosnie (1-1)...

Je ne suis pas là pour accabler Blanc, qui fait ce qu'il peut avec ce qu'il a, comme son prédécesseur, qui, lui, ne parait pourtant pas autorisé à utiliser cette excuse, en raison, surtout, d'une communication mal maîtrisée, crime suprême. Il y a simplement de nombreux indicateurs qui prouvent que la France traverse depuis cinq ans un de ses traditionnels creux générationnels dont les sélectionneurs sont rarement responsables, qui la privaient, d'ordinaire, des grandes compétitions, et qui faisaient passer le temps entre quelques grandes équipes. Il y eu ainsi les années 60, qui succédaient à la belle période de la fin des années 50, marquée par une troisième place au Mondial 1958. Durant cette décennie dramatique, la France ne disputa qu'un seul tournoi, la World Cup 66, qu'elle quitta au premier tour (dans un groupe qui comptait tout de même le pays organisateur et futur vainqueur anglais, le Mexique et l'Uruguay), et ne remporta que 19 matches, contre 34 défaites ! Les joueurs marquants de l'époque ? Combin, Herbin, Gondet... des méga stars.

Puis vint la fin des années 70, marquée par la génération Platini, qui remporta un Euro (1984), disputa deux demi-finales de Mundial (1982, 1986) mais rata par ailleurs l'Euro 1980 et ne passa pas le premier tour en 1978 (toujours dans un groupe ardu, avec encore le pays organisateur et futur vainqueur, l'Argentine, la Hongrie et l’Italie !). Place ensuite au deuxième gros creux générationnel de notre histoire, de 1987 à 1993, ou des joueurs comme Ferreri, Passi ou Vercruysse tentèrent en vain d'endosser le costume du patron, ce qui priva des joueurs comme Stopyra, Micciche, Fargeon, Touré et les jeunes Papin et Cantona de bons ballons. Durant ces six ans, la France remporta 28 rencontres pour 12 défaites "seulement"... mais rata les Coupes du Monde 1990 et 1994, et l'Euro 1988. Seule éclaircie dans ce grand brassage de joueurs tous plus improbables les uns que les autres (dans le désordre et en en oubliant pas mal, Kastendeuch, Rohr, Poullain, Zénier, Pardo, Dib, Xuereb...), la qualif pour l'Euro 92, obtenue avec Platini aux commandes et Papin et Canto aux avant-postes, et après un parcours sans faute, puisque les Bleus battaient deux fois l'Espagne et la Tchécoslovaquie... mais échouaient en Suède, avec deux nuls et une défaite contre le Danemark... autre futur vainqueur. Décidément, il fait bon éliminer la France durant un premier tour. Avis aux amateurs !

Et puis voilà Jacquet, Zidane ou Djorkaeff, qui rejoignaient avec succès Deschamps, Blanc ou Petit, déjà présents lors du fameux France-Bulgarie de novembre 1993. Inutile de rappeler les états de service de ces joueurs, mais depuis leur départ, il n'est pas illogique de constater une baisse de niveau quasi mécanique. Mais la France semble être arrivée tout près du niveau d'autres grands pays de football qui, même durant leurs creux, sont quand même là dans les tournois internationaux. Là est réellement le progrès. Rappelons que ces dernières années, l'Italie a raté l'Euro 1984, tout comme les Pays-Bas, qui ont également manqué le Mondial 2002, et l'Angleterre l'Euro 2008 et la Coupe du Monde 1994. Seuls la France, l'Espagne, l'Italie et l'Allemagne n'ont rien manqué depuis 1996. Par ailleurs, depuis 20 ans, la France a connu plusieurs grandes périodes d'invincibilité, notamment celles de Jacquet (30 matches entre 1994 et 1996), de Santini (21 entre 2003 et 2004), de Domenech, oui oui (17 entre 2004 et 2005) et l'actuelle, d'également 17 rencontres, qui dure depuis l'Afrique du Sud. Choses assez rares avant 1980, il faut bien l'avouer.

Sur ces dernières années, marquées, est-ce vraiment un hasard, par une forte hausse des joueurs provenant de la Ligue 1, ce qu'on constate tout de même c'est que la dernière fois qu'un joueur français a inscrit plus de cinq buts durant une année en Bleu, c'était Thierry Henry en 2006 (8), et qu'on reste sur deux années avec un meilleur buteur rachitique (3 buts pour Benzema en 2010, et Rémy en 2011) ; que si elle a été invaincue en 2011, elle a perdu plus de matches (16) entre 2006 et 2010 qu'entre 1993 et 2005 (15) ; et que la France n'a plus dépassé les 1,5 buts par matches depuis cette même année 2006 (durant laquelle on a atteint la finale mondiale, rappelons le). Surtout, elle a perdu ses invincibilités contre l'Italie (qui durait depuis 1978) et la Norvège (1968) et connu ses premières défaites contre la Chine, le Mexique, l’Afrique du Sud ou le Belarus...

On va voir si cette équipe, limitée selon moi dans l'axe, malgré le retour de Mexès, quelconque sur les côtés de sa défense, sans idées au milieu et inefficace en attaque, surtout en l'absence de Rémy et Benzema, ses deux derniers meilleurs buteurs, est capable de soutenir la comparaison avec une Allemagne redevenue redoutable après avoir connu son propre creux générationnel entre 1996 et 2002 (elle n'a d'ailleurs plus rien gagné depuis l'Euro anglais, il y a 16 ans, et qui possède une jeunesse dont on peut être envieux (Götze, Reus, Müller, Özil...). A double tranchant, je vous ai dit...

On en reparle après le match ! A plus !