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vendredi 11 mars 2016

Paris a changé de triangle

Salut à tous !

Au surlendemain de la belle victoire parisienne à Stamford Bridge, qui lui garantit de disputer un quatrième quart de finale d'affilée en C1, un record pour un club français, revenons un peu sur ce match qui a confirmé que désormais, Paris boxait dans une nouvelle catégorie, même si ça ne lui garantit en aucune manière un chemin aisé pour la suite dans la compétition.

Un milieu en souffrance

Cette rencontre porte un sérieux paradoxe qui rend très difficile à analyser la performance des triples champions de France. Depuis bientôt quatre ans, les arrivées de Thiago Motta et Verratti et de l'explosion de Matuidi, avec Ancelotti puis surtout Blanc sur le banc, tout le monde a enregistré depuis longtemps la cause de la très grosse domination des Parisiens lorsqu'ils s'imposent : un milieu de terrain souverain. Certes, il y a les coups d'éclat réguliers d'Ibrahimovic, l'efficacité irrégulière, elle, de Cavani ou les coups de génie éparses de Pastore, mais ce qui porte les Parisiens depuis que ce fameux triangle a été instauré, ce qui étouffe et fait courir sans fin leurs adversaires, c'est ce fameux milieu de terrain. Subtil mélange d'expérience internationale de haut niveau, alliée à une technique fine, une roublardise hors du commun et un sens tactique aiguisé (Motta), un mélange
parfait de Pirlo, pour la technique inégalable, et de Gattuso, pour le côté chien sur le terrain (Verratti) et un "self made man" infatigable, à l'état d'esprit irréprochable, un gratteur de ballon et déclencheur de pressing comme il y en a peu, qui a su progresser de façon spectaculaire, notamment au contact d'Ancelotti, mais aussi de ses partenaires, pour devenir un des tous meilleurs "box to box" de la planète (Matuidi), ce triangle inversé, quand il est en forme, ne laisse que peu de chances à l'adversaire, depuis 2012, de s'organiser, élaborer son jeu, respirer, etc.

Mais à Londres ce mercredi, Paris s'est imposé en patron, tout en perdant clairement la bataille du milieu. Hiddink, en vieux roublard du football mondial qui en a vu d'autres - il remportait une Coupe des Champions en 1988 avec le PSV Eindhoven, à 42 ans, alors que Laurent Blanc était à 6 mois de débuter en Équipe de France... comme joueur - connaissait, comme les autres techniciens qui affrontent actuellement le club parisien, que le point fort du PSG version Qatari était son milieu de terrain, mais que ce dernier était loin d'être royal en ce moment si on lui appliquait un traitement de choc à cet endroit précis, à savoir un harcèlement total, un pressing tout terrain. Ça fait un moment que Blanc, aidé par la vingtaine de points qu'il compte d'avance en championnat sur Monaco, fait tourner son effectif, et n'hésite pas à régulièrement titulariser au milieu des joueurs comme Rabiot, Stambouli, Pastore, voire même Nkunku le week-end dernier contre Montpellier. Si le premier nommé peut se montrer convaincant par séquences, sans jamais pouvoir faire oublier Verratti sur le plan technique - qui pourrait ? - les deux suivants ne sont clairement pas au niveau pour rendre l'entrejeu parisien aussi souverain que d'ordinaire. Stambouli a surtout fréquenté le banc à Tottenham l'an passé et est plus un défenseur avancé qu'un véritable premier relanceur, et Nkunku est un sérieux espoir de la formation parisienne, mais il n'a que 18 ans. Quant à Pastore, qui aurait pour moi sa place dans le onze de départ parisien, en attaque à la place de Lucas, ses blessures ont rendu sa saison quasi blanche, et ses perspectives de titularisation dans les grands matches, problématiques.

Rabiot, titulaire bis, Motta en déclin

Ce turn over, mais aussi la blessure de Verratti depuis le début de l'année ont offert à Rabiot une exposition quasi inespérée, au point que le joueur formé au club compte, toutes compétitions confondues, plus de matches (32 matches, dont 19 en Ligue 1) que son concurrent italien (26/17). Même chose pour le temps de jeu : 2289 minutes pour le jeune parisien, dont 1260 en championnat, contre 1695 et 1031, soit l'équivalent de 11,5 matches entiers, pour le natif de Pescara ! Officiellement, Rabiot fait donc partie de l'équipe type du PSG cette saison... dans les faits il semble encore très loin de l'Italien, quoiqu'en pense sa génitrice, mais ça montre combien Laurent Blanc compte sur lui pour l'avenir et même le présent. Son gros match à Madrid, malgré la défaite (1-0), alors qu'il avait remplacé Verratti après un quart d'heure de jeu, mais aussi son plus gros impact offensif (4 buts désormais cette saison) placent Rabiot comme une alternative plus que valable à un des deux relayeurs du milieu.

Mercredi, le milieu parisien était bancal. Verratti, toujours blessé au pubis, probablement jusqu'aux quarts de finale d'ailleurs, manquait à l'appel, Matuidi, touché à la cuisse contre Montpellier, ne devait sa présence à Londres qu'à un miracle et au travail remarquable des kinés parisiens, et Motta n'est plus ce qu'il était ces dernières années. Jamais, depuis qu'il est arrivé à Paris, et malgré deux premières saisons très compliquées par les blessures, le joueur formé au Barça n'avait semblé aussi sensible au pressing adverse, voire même perfectible techniquement, un comble, que depuis quelques mois. Sans Verratti, son cadet de dix ans, pour le protéger par son abattage au milieu et sa sureté technique, l'international italien ressemble à une proie facile pour ses opposants du milieu de terrain, tant que ces derniers ne le lâchent pas dès qu'il touche le ballon. Avec un Matuidi sur une jambe, et que j'ai rarement vu faire autant de fautes dans un match en raison d'un retard certain au contact de l'adversaire, et un Rabiot certes talentueux mais perfectible dans la relance, notamment en première mi-temps, Motta s'est littéralement retrouvé livré à lui même, ce qui a provoqué plusieurs pertes de balles dommageables plein axe, dont une, certes suite à une passe trop forte et imprécise de Rabiot, a conduit à l'égalisation de Chelsea, signée Diego Costa (1-1, 27e).

Le Brésilien de naissance s'est heureusement rattrapé en deuxième mi-temps, notamment par sa passe exceptionnelle pour Di Maria sur le but de Zlatan (1-2, 67e). Un coup de génie qui rappelle à quel point il n'a pas encore tout perdu, quand le pressing adverse se relâche un peu... Mais si Motta confirme sa méforme, comment ne pas imaginer dans le futur un nouveau triangle, avec Verratti placé plus bas, et Matuidi associé à Rabiot ou Pastore en relayeurs ? C'est encore trop tôt pour le dire, et se priver de l'expérience de Motta est un pari risqué, mais n'insultons pas l'avenir en imaginant cette perspective impossible... et difficile d'imaginer le PSG ne pas chercher à remplacer ce dernier numériquement (Pjanic ? Busquets ?) si ce dernier devait partir... Rabiot va devoir encore cravacher pour convaincre complètement.

Une défense solide

Bref, sans Verratti pour colmater et fluidifier le milieu, sans un Matuidi en forme pour remporter les duels et porter le ballon vers l'avant, et avec un Motta moins souverain, le PSG, face à des cadors de la contre attaque et de la passe laser comme Fabregas et Willian, a logiquement souffert, notamment à partir du but londonien jusqu'à son deuxième but, qui a éteint tout suspense. Pourra-t-il s'en sortir face à un adversaire plus consistant encore ? Et comment s'en est-il sorti mercredi, privé de son principal point fort ? Surtout que sur le but de Costa, un autre de ses points forts, Thiago Silva, très solide par ailleurs, s'est troué dans son duel avec le buteur espagnol, qui s'est joué de lui comme d'un débutant. Alors sur quoi pouvait se reposer le groupe de Laurent Blanc ?

Certes, Trapp a fait le job, même s'il a mal repoussé un tir de Costa juste avant la pause, sur lequel il est sauvé devant Pedro par un retour opportuniste de Marquinhos, toujours présent quand il s'agit de sauver le PSG. Mais il s'est montré solide sur le peu d'arrêt qu'il a eu à effectuer, notamment cette double intervention face à Willian et Pedro, deux minutes avant le but d'Ibrahimovic (65e). Que Sirigu n'ait pas été capable des mêmes gestes à sa place reste sérieusement à prouver - il en avait fait quelques uns il y a exactement un an au même endroit - mais Trapp, dans ces matches là où il ne peut pas se déconcentrer et sortir de son match à cause du manque d'activité sur sa cage, comme en Ligue 1 tous les week-end, ce qui a conduit à la demi douzaine de boulettes qu'il a commis depuis le début de la saison, et hormis à Madrid où il provoque le but de Nacho, se montre pour l'instant impeccable. Les prochaines échéances européennes nous en diront plus sur sa capacité à se montrer solide dans ces matches cruciaux.

Les latéraux parisiens, quant à eux, ont eu un apport limité sur le plan offensif. Maxwell, logiquement, est un peu plus monté que Marquinhos, mais sans vraiment apporter un écot décisif sur ce plan. En revanche, défensivement, malgré une glissade en début de deuxième mi-temps, il est toujours irréprochable, malgré son âge et une probable retraite cet été. Quant à Marquinhos, il est un Thuram tout à fait potable, c'est-à-dire un axial pur qui fait le job côté droit, sans avoir le bagage technique pour apporter offensivement ce que pourrait apporter un véritable latéral droit, comme Van der Wiel, trop friable défensivement malheureusement, et surtout Aurier, mais avec lui le couloir est bouclé, et ce n'est pas un hasard si les Londoniens ont systématiquement cherché à passer dans l'axe. Mais s'ils ont su bien couvrir les errances de leur milieu de terrain, ce n'est pas sur eux que le PSG a véritablement pu compter pour remporter ce match sur le plan offensif.

Di Maria change tout

Non, pour une fois, le point fort du PSG ça n'a été ni sa défense centrale - David Luiz s'est montré solide, sans plus - ni ses latéraux, et évidemment pas son milieu, on l'a vu. S'il a pu faire la différence, c'est surtout grâce à son trio offensif, sublimé par un Di Maria qui a été recruté pour faire la différence dans les grands matches européens, et qui s'est montré à la hauteur de cette double confrontation face au champion d'Angleterre - avec la même équipe que mercredi soir, hormis Terry -, vainqueur de la C1 en 2012. Passeur décisif à l'aller pour le but de la victoire signé Cavani, l'Argentin s'est montré décisif sur les deux buts parisiens, d'abord par sa passe délicieuse pour Ibrahimovic, sur le but d'un Rabiot parfait dans le dépassement de fonction offensif, seul petit défaut d'un Verratti qui n'a pas encore marqué cette saison (0-1, 16e), ensuite sur ce centre parfait pour Ibra, après une mise en orbite impeccable de Motta, en une touche, sur le deuxième but parisien. Deux buts quasi identiques, joués à 200 à l'heure, qui ont percé la défense londonienne comme si c'était écrit d'avance, sur deux actions placées qui plus est. Pas de contre attaque à la Ancelotti, non : des recherches d'espace intelligentes, exploitées par une maîtrise technique parfaite. La défense londonienne, prise dans son dos, n'y pouvait rien.

Di Maria qui a su également soulager son milieu par son recentrage, comme Lucas, et le dézonnage d'Ibra. C'est ainsi qu'il a eu la vista pour décaler Ibrahimovic sur le but de Rabiot, et comme il avait su trouver Cavani pour son but à l'aller. Ca fait d'ailleurs plusieurs années que le PSG joue sans véritables ailiers, plutôt avec des attaquants de soutien qui repiquent dans l'axe dès que Zlatan dézonne, à la manière de la MSN du Barça. C'est sans doute à ce poste de faux ailier, vrai meneur, derrière les attaquants, que Di Maria risque de réussir sa première saison parisienne, si c'est le cas. On en saura plus au tour suivant... mais l'Argentin est sans doute le facteur qui a manqué au PSG l'an passé contre Chelsea pour faire la différence plus tôt...

Lucas, quant à lui, a démontré qu'il avait peut-être enfin réussi à prendre la place de Cavani en attaque. Parce qu'il est meilleur techniquement, ce qui n'est pas difficile vu les carences de l'Uruguayen dans ce domaine, qu'il progresse plus vite que ses détracteurs ne semblent le noter, et que c'est plus son poste que celui de l'ex buteur napolitain. Décalé à gauche, ses recentrages font des dégâts terribles dans les défenses quand il arrive à prendre de la vitesse, ce qui reste le plus difficile à ce niveau. Mais comme à l'aller, ou une de ses accélérations avait provoqué le coup-franc victorieux d'Ibrahimovic, et comme lors d'autres belles perfs parisiennes à l'extérieur, comme à Valence il y a quelques années (1-2), le Brésilien a encore montré qu'il pouvait faire de sacrées différences dans ce types de matches, notamment en déplacement. Reste à confirmer, ce qui a toujours été un problème pour lui.

Ibrahimovic reste le boss

De son côté, Ibrahimovic, buteur et passeur, son tarif habituel en Ligue 1 - rappelons qu'il est le meilleur buteur ET le meilleur passeur dans le jeu du championnat (23+10) - a su exporter ses talents au niveau européen. Si un passionné de football est passé à côté de l'info comme quoi il n'avait jamais marqué un but décisif lors d'un match retour en Coupe d'Europe, c'est qu'il ne lit jamais l’Équipe, vu que cette information figure tous les jours dans l'unique quotidien sportif français, ainsi que tous les soirs dans les débats de sa chaîne de télévision, sans parler des autres talk shows sportifs... les journalistes français, privés de ce si bon client qu'est Zlatan parce qu'il ne veut plus leur parler, lui font payer au quotidien cette anomalie qu fait de lui un des rares joueurs de ce calibre à n'avoir pas gagné la C1, malgré sa présence depuis 15 ans dans les effectifs des meilleurs clubs de la planète. Alors que Ryan Bertrand, vainqueur anecdotique de la Ligue des Champions avec Chelsea en 2012, et que tout le monde a oublié hormis sa famille et les supporters de Southampton, son club actuel, prouve surtout que c'est parfois une affaire d'opportunité, et qu'il n'y a pas que des joueurs d'exception qui gagnent ce trophée... et inversement. Ronaldo, le Brésilien, ne l'a pas gagné non plus, et ça ne fait pas de lui un joueur quelconque.

Rappelons que le Suédois a inscrit la bagatelle de 46 buts en C1, ce qui fait de lui le 8e buteur de l'histoire de la C1 moderne, à égalité avec Benzema, dont neuf lors des phases finales de la compétition, qui comptent par définition moins de matches. Alors oui sa moyenne baisse un peu, mais ce n'est pas illogique vu que le niveau s'élève forcément. Dire qu'il n'a jamais été décisif lors d'un match à élimination européen, alors qu'il a signé un doublé à Arsenal avec Barcelone en 2010 (2-2), ou un doublé à Leverkusen avec le PSG il y a deux ans (0-4), c'est de la malhonnêteté intellectuelle, nourrie par la rancune des médias français envers lui. C'est aussi oublier qu'il n'est pas le seul dans cette équipe, Cavani ou Lavezzi non plus n'ont jamais su porter le PSG au-dessus des quarts de finale depuis trois ans... pas plus que sa défense, défaillante contre le Barça l'an passé. Mais bizarrement on ne lit pas tous les jours dans l'Equipe que Thiago Silva est un monstre... "en Ligue 1".

Bref, il s'est montré largement à la hauteur ce mercredi, prouvant une nouvelle fois que son physique de déménageur - 1m95, 95 kgs - était doublé d'une technique exceptionnelle, notamment sur le but de Rabiot. Alors oui, le PSG a eu un passé avant le Qatar, et avant Zlatan. Mais des joueurs tels que lui, le PSG, et même le football français, n'en a peut-être jamais vu d'aussi fort sur son sol. Il y a eu de futurs grands joueurs qui ont joué en Ligue 1, mais ils ont souvent explosé une fois parti, comme Drogba par exemple. Mais qui ont su apporter le meilleur de leur talent à un club français au top de leur carrière, ça a été très rare. Alors goutons notre plaisir de pouvoir profiter de Zlatan et Di Maria tant qu'ils sont encore là...

A plus tard, au tour suivant !

mardi 16 février 2016

Saving private Aurier

Salut à tous,

Ça fait plus de 25 ans maintenant que je suis le foot de façon très régulière, voire intense, par le prisme notamment des statistiques. J'ai toujours été intéressé aussi par le fait de découvrir de jeunes joueurs, en essayant de leur prédire un grand avenir qu'ils ne traduisent malheureusement pas toujours complètement. Mais il arrive, parfois, que les faits me donnent raison. Honnêtement, quand un gamin devient titulaire à 17 ans au sein d'un club de Ligue 1, la marge d'erreur se réduit sérieusement, en général.

Trois gamins prometteurs

Depuis une dizaine d'années, je suis plusieurs joueurs depuis le début de leurs carrières, et notamment trois spécifiques. Leur point commun ? Ils ont tous les trois commencé très jeune (17-18 ans, et même moins) à fréquenter le monde professionnel, sont aujourd'hui internationaux pour leur pays et ont tous les trois fréquenté le PSG, mais ça c'est un hasard total, vu que lorsque je les ai "découvert", ils évoluaient en province, et à des années lumières de pouvoir un jour évoluer dans la Capitale.

Y en a deux que j'ai découvert lors de la même saison, il y a dix ans maintenant. Mevlut Erding était un jeune attaquant franco turc de 18 ans lorsque je l'ai vu faire sa première

apparition à 5 minutes de la fin d'une improbable panouille footballistique, Ajaccio-Sochaux, en novembre 2005, lors d'un de mes premiers lives à Sport24, et inscrire son premier but lors des arrêts de jeu, celui de la victoire (0-1). J'ai suivi son évolution, pas très rapide au début, au sein du club doubiste, avant son explosion puis son transfert en 2009 au PSG, où il signera une excellente première saison (15 buts) avant que ça se gâte pour lui. Depuis, que ce soit à Rennes, à Sainté, Hanovre ou maintenant Guingamp, il semble avoir perdu la confiance qui faisait de lui un excellent buteur de Ligue 1. Sur lui j'ai eu du nez, mais comme pour beaucoup de joueurs ayant rejoint le PSG d'avant le Qatar, le passage dans la capitale, la pression médiatique, etc, l'ont plus desservi qu'autre chose. Mais il a encore le temps de bien finir, il n'a que 28 ans.

La même année, à Troyes, débutait et s'imposait aisément un des piliers actuels du club parisien, à seulement 18 ans, Blaise Matuidi. Vous le savez, Blaise est un de mes chouchous. C'est un de ces joueurs qui ne sort pas d'un centre de formation prestigieux, même si celui de Troyes n'est pas non plus si nul que ça, et qui a su emprunter un chemin sage et régulier pour arriver au sommet : grand club européen, équipe nationale... qui aurait pu imaginer ça pour lui il y a quelques années ? A l'époque, Matuidi, qui n'avait joué que trois matches la saison précédente alors que son club évoluait en Ligue 2, s'était vite imposé au milieu du terrain du promu champenois, aux côtés de grognards comme Tourenne, Nivet et autres Amzine, grâce à des qualités de gratteur de ballon tout simplement hors du commun. Celui qu'on surnommera à Saint-Etienne "la pieuvre", en raison de l'élasticité de ses jambes qui lui permettaient de récupérer des ballons là ou personne ne semblait pouvoir le faire, ne possédait pas encore les qualités de percussion offensive qu'il a acquises ensuite au PSG, sous l'égide de Carlo Ancelotti. Mais s'il a disputé 31 matches cette année là en Ligue 1, dont 30 comme titulaire, et à seulement 18 ans, c'est parce qu'il était déjà un phénomène à son poste. Mais il ne brûlera pas les étapes comme beaucoup de jeunes le font depuis l'arrêt Bosman. Il n'ira dans le Forez qu'en 2007, puis à Paris, avec un statut de jeune international (3 sélections), qu'en 2011, juste avant la prise en main des Qataris. C'est d'ailleurs ce qui fait de lui un joueur à part : il s'agit du dernier représentant de l'effectif non formé au club à n'avoir pas été recruté par le Qatar. Mais il est indéboulonnable.

Un autre l'était devenu cette saison à Paris, après n'avoir lui non plus cédé aux nombreuses sirènes qui accompagnent sa carrière depuis une demi douzaine d'années, en ayant lui aussi emprunté un chemin stable. Mais qui voit aujourd'hui sa trajectoire peut-être brisée pour une énorme connerie. Vous me voyez venir, il s'agit de Serge Aurier. Un garçon que, comme ses deux compères, je suis depuis ses tous débuts, à Lens. Lui il fait encore plus fort question précocité puisque lorsqu'il a disputé son premier match, le 22 décembre 2009 au Stade Bollaert contre le Saint-Étienne de... Blaise Matuidi, il était à deux jours de fêter ses 17 ans. Et j'étais devant le match ce jour là, encore une fois chargé que j'étais de le commenter en ligne. Et j'ai été estomaqué par ce latéral droit puissant, culotté, costaud. Il n'a disputé que 7 matches cette saison là dans le club artésien, avant de s'y imposer dès la saison suivante comme un titulaire indiscutable, aux côté d'un autre phénomène de 17 ans formé à la Gaillette, Raphaël Varane, même si la descente sera au bout. Il entame la saison suivant en Ligue 2 avant de rejoindre Toulouse lors du mercato hivernal. Là-bas, il explose.

Aurier, l'ambivalent

Voyez-vous, les latéraux de haut niveau sont une denrée rares, parce qu'il s'agit d'un poste extrêmement ambivalent. Il faut à la fois réunir des qualités défensives, mais aussi offensives très spécifiques. Il y a des latéraux qui sont avant tout bons défensivement mais qui n'apportent pas grand chose devant, et vous avez l'inverse, des latéraux redoutables devant mais friables derrière, comme les Bréisliens, souvent. Le plus dur étant de trouver le latéral qui réunit les deux. C'est la cas de l'international ivoirien, né en Côte D'Ivoire avant de rejoindre la France à 11 ans mais qui, s'il avait choisit de jouer pour la France, comme il aurait pu le faire, aurait réglé le problème de savoir si on doit jouer avec Jallet, Sagna ou Debuchy à l'Euro... puis pour la prochaine décennie sans doute...

C'est d'ailleurs pour cette alchimie technico-tactique extrêmement difficile à trouver que nombre de latéraux modernes sont soit des centraux décentrés - le plus célèbre d'entre eux étant Lilian Thuram, titulaire dans l'axe en club mais latéral en sélection - , et qui apportent donc avant tout sur le plan défensif, soit des ailiers ayant reculé à un moment de leur carrière, et qui, pour leur part, apportent plus offensivement que défensivement, logiquement. En Ligue 1 vous avez une tripotée d'exemples dans ce cas, Tabanou, Pied, Bessat... au PSG, aujourd'hui, avec l'exclusion d'Aurier, Blanc a le choix entre Marquinhos (premier profil) et Van der Wiel (deuxième profil), même si le Néerlandais n'a jamais joué au milieu, et est un véritable spécialiste du poste. Blanc n'a plus les deux en un seul joueur, et si c'est gérable en Ligue 1, ce sera plus compliqué en Ligue des Champions.

Le choix de Blanc

A Toulouse, Aurier est devenu tellement fort qu'il évoluait même dans l'axe, tout en demeurant le meilleur joueur de son équipe avec Ben Yedder, au point, lors de sa dernière saison, d'aligner six buts et autant de passes décisives, ce qui faisait de lui le meilleur défenseur de Ligue 1 et le 18e joueur décisif du championnat. C'est lors de cette saison que je l'ai vu évoluer en vrai, et de très près, lors d'un Toulouse-PSG très intense (2-4). J'étais dans une latérale, dans les premiers rangs, et durant toute une mi-temps, à seulement quelques mètres de moi, je l'ai vu littéralement dévorer Maxwell dans son couloir, excusez du peu. Il lui a tout fait. Il l'a fait souffrir comme rarement un joueur avait du faire souffrir un des meilleurs latéraux gauches de la planète. C'était il y a pile deux ans, et à l'époque, alors que Blanc hésitait entre Jallet et Van der Wiel à droite, aucun d'entre eux ne prenant vraiment le dessus sur l'autre, je ne rêvais que d'une chose : que le PSG mise sur ce joueur incroyable, qui avait le potentiel pour devenir la référence mondiale à son poste.

Et Blanc allait le faire. Malgré les doutes de sa direction, qui ne rêve que de stars confirmées et de paillettes, le Cévenol, qui avait aussi du remarquer la performance d'Aurier ce jour là, va insister pour le faire venir à Paris, malgré le fair-play financier, qui allait obliger le club parisien à chercher un prêt avec option d'achat... la première année du défenseur ivoirien n'allait pourtant pas donner raison au technicien parisien, dans un premier temps. Approximatif, timide, il va rater sa première saison parisienne, et les gens vont vite lui préférer Marquinhos, pourtant vraiment pas un spécialiste du poste, pour suppléer Van der Wiel dans le couloir droit. Mais le gain de la CAN avec son pays, il y a un an, et une préparation estivale exceptionnel durant laquelle il va tout emporter, vont régler la question.

Oui, il s'agit bien du probable meilleur latéral droit du futur, et peut-être même actuel. La façon dont il occupe son couloir, le défend comme personne, l'anime avec une telle énergie, une telle conviction... la manière avec laquelle il avait dévoré Ronaldo à l'automne dernier, une de ses nombreuses victimes désormais... Dites moi qui aujourd'hui est meilleur que lui en Europe ? Sur qui le PSG va devoir miser pour le remplacer si, comme beaucoup le réclament et le subodorent, ils se séparent d'Aurier suite à sa vidéo infamante de samedi dernier ? Dani Alves, Lahm, Lischsteiner ? Pas vraiment des perdreaux de l'année... non, il n'y a personne meilleur que lui aujourd'hui à son poste. S'il devait partir, sur le plan sportif au moins, ce serait une énorme perte. Et à mon avis on le verra dès ce soir.

Une bombe sociale

Alors oui, il n'y a pas que le terrain. Sa place dans le vestiaire est désormais fortement compromise, sans parler de la confiance manifestement perdue d'un entraîneur qui avait pourtant pris des risques pour le faire venir. S'il veut restaurer sa place à Paris, il va devoir déployer des trésors de diplomatie, d'humilité et d'intelligence dont on ne le soupçonne pas vraiment depuis que la France entière l'a vu à l’œuvre dans cette vidéo pitoyable, qui donne le hoquet à chaque fois qu'on la voit. Homophobie ordinaire, bêtise, vulgarité... je suis tombé d'un mur très haut dimanche matin, en découvrant la vidéo puis l'"affaire".

C'est une vidéo privée, en tous cas filmée dans un cadre privée, même s'il est diffusée en ligne. Sûrement que nombre de ses congénères de son âge, et pas seulement dans le foot d'ailleurs, s'expriment de cette manière quand ils sont entre eux pour parler de collègues et de gens qu'ils côtoient... qui n'a pas critiqué son patron lors d'un diner, et dans un langag parfois fleuri ? Mais pour autant, comment peut-il imaginer qu'une telle vidéo, diffusée sur un réseau social, pourrait passer inaperçue ? Lui qui est un habitué de ce genre de médias, lui qui avait été suspendu trois matches par l'UEFA l'an passé, ce qui lui avait fait manquer les matches du printemps contre Chelsea et le Barça, après avoir insulté l'arbitre de PSG-Chelsea sur un autre réseau social, comment a-t-il pu être aussi stupide ? C'est difficilement concevable.

Les dégâts sont effroyables sur le plan médiatique, et peut-être même sur le plan sportif, on en saura plus dès ce soir quant à savoir si le vestiaire parisien, aussi expérimenté soit-il, aura pu digérer en si peu de temps une telle bombe. Ce sont des professionnels, mais ce ne sont pas des robots, ce sont des hommes, et l'affaire ne pouvait pas tomber plus mal. Paris joue sa saison ce soir, tout simplement. S'il se plante contre Chelsea, il pourra toujours terminer invaincu en championnat avec 100 points et les deux coupes dans la poche, il aura raté sa saison, ce n'est pas compliqué. Et tout ça à cause d'une affaire lamentable, pathétique.

Le sauver

Malgré tout ça, le PSG doit essayer de sauver le soldat Aurier. Pas parce que c'est un actif financier, comme j'ai pu l'entendre ici ou là. Ils vont perdre 20 millions dans la revente de Lavezzi, il s'annoncent prêts à en mettre 100 sur Ronaldo, qui vient de fêter ses 31 ans, et ils seraient chafouins de perdre les 30 qu'ils aurait pu ramasser sur la revente d'Aurier ? Fair-play financier ou pas, faut pas déconner. S'ils voulaient le virer, ils le feraient. Non, il faut le sauver parce que sportivement c'est un phénomène, irremplaçable, parce que mentalement et moralement, c'est un guerrier, quelqu'un sur qui on peut compter, et parce que c'est un jeune joueur de 23 ans, qui a fait une énorme connerie mais qui doit pouvoir être sauvé, qu'on ne doit pas détruire en un claquement de doigt, sur une décision prise sur le coup de l'émotion.

Le licencier, ce serait détruire sa carrière, au moins une partie. Si c'est pour le retrouver dans quelques années dépressif dans un club russe de seconde zone, à courir le cachet aux Emirats ou en Chine, alors allons-y, virons le, mettons le en prison comme le réclame Guy Roux. On ne parle pas là d'un joueur confirmé et très expérimenté qui ferait perdre une finale de Coupe du Monde à son pays en infligeant un coup de boule là, non. On parle d'un jeune joueur qui a dérapé, mais qui peut encore être sauvé. Qui doit l'être, absolument. Et si on ne peut pas, et bien... tant pis pour lui. Mais il faut lui laisser une dernière chance. Ce n'est pas possible qu'un talent pareil soit sacrifié sur l'autel de la tendance actuelle à la réaction, la sévérité, la tolérance zéro, notamment envers les footeux, surtout quand ils viennent de banlieue et qu'ils ne possèdent pas un langage de salon parisien.

Si Paris bat Chelsea dans un tel contexte, ce sera une sacrée perf, la preuve que ce groupe possède vraiment un mental hors du commun. Parce que le sport, ce ne sont pas que des muscles qui s'affrontent, ce sont surtout des cerveaux. Et ceux du PSG ne peuvent pas ne pas être perturbés.

A plus tard.

jeudi 12 mars 2015

Un match de légende

Salut à tous,

Alors vous avez passé une bonne soirée hier ? Moi non perso. Enfin pas avant cette tête hallucinante de puissance et de précision de David Luiz en lucarne, à la 86e minute. Voire même celle toute en finesse de Thiago Silva, à la 114e. Jusque là, ce match avait été une souffrance totale, une véritable plaie ouverte. Un long médicament très amer. Mais la guérison fut euphorique.

Chelsea domine l'entame

D'abord il y a eu cet entame, où les Blues parvenaient sans trop de peine, hormis lors de cette première minute durant laquelle Verratti trouvait quasiment Cavani seul dans les six mètres avant l'intervention de Terry, à contenir une équipe parisienne étouffée par le pressing londonien. Chelsea, comme à l'aller, tripotait bien le ballon, Hazard trouvait plus d'espaces face à Marquinhos que face à Van der Wiel à l'aller, mais au final ne se créait aucune occasion. Même si tout le monde affirme que cette équipe a trouvé son avant-centre avec Diego Costa - on reviendra plus tard sur cet individu qui ferait passer Luis Suarez pour
l'Abbé Pierre - et on parle souvent de l'absence d'Ibra dans les gros matches européens - deux buts contre le Barça avec Paris - mais l'Hispano-Brésilien a été tellement maladroit qu'il a presque fait passer Cavani pour un pianiste. Il a été dévoré par ses ex compatriotes de l'axe parisien et a donc souvent du dézonner à gauche pour pouvoir respirer un peu...

Après une demi-heure de domination stérile, tandis que Paris peinait à ressortir le ballon, je me faisais beaucoup de soucis : ça ne ressemblait en rien au match homérique que le club de la Capitale était sensé lancer pour espérer réaliser l'exploit d'une victoire ou d'un nul à buts à Stamford Bridge, cette citadelle si imperméable d'ordinaire. Et c'est durant cet instant de doute que le destin allait à la fois détruire quasiment tout espoir chez les supporters parisiens et transformer cette équipe en commando insubmersible. Pourtant, ce tacle de Zlatan Ibrahimovic était certes viril - on était en Angleterre oui ou zut ? - et spectaculaire, mais aussi effectué les pieds collés au sol, retenus même par le Suédois, qui ne cherchait évidemment pas à faire mal à Oscar, qui gambadait gaiement sur la pelouse - à défaut de bien jouer au football - vingt secondes plus tard, le temps que l'inopportun M. Kuipers ne l'expulse. Difficile de ne pas imaginer que cet arbitre pourtant extrêmement expérimenté n'a pas été influencé par les propos de la veille de José Mourinho sur la pseudo violence parisienne à l'aller (20 fautes de chaque côté pourtant) ni par les cris d'horreurs des joueurs en Bleu. Bref un fait de jeu qui allait changer la phase du match. En bien pour Paris, finalement, même si c'est vraiment passé de justesse, du moins dans le scenario.

Meilleur à dix qu'à onze

A partir de l'expulsion de son leader d'attaque, qu'on ne voyait pas trop mais qui est quand même précieux pour conserver le ballon le temps que le bloc remonte, Paris allait avoir la possession, 51-49. A 10 contre 11. A Stamford Bridge. Alors oui, c'était le PSG qui devait faire le jeu pour marquer et espérer passer ce tour, mais quand même... et pourtant il allait bel et bien dominer cette équipe de Chelsea finalement consternante dans le jeu durant cette double confrontation. Combien de fois Sirigu a du s'employer en 210 minutes face au probable futur champion d'Angleterre ? Face au co meilleur buteur (Costa, 17) et au meilleur passeur (Fabregas, 15 !) de Premier League ? Quasi jamais. Hormis sur le coup-franc de Willian et un tir excentré de Ramires, le gardien italien n'a pu se mesurer au colosse belge qui opérait dans les cages adverses, et pour cause : il n'a rien eu à faire. Sur les trois buts anglais, au total, il ne pouvait rien faire.

Le paradoxe c'est que jusqu'à l'expulsion d'Ibra, Verratti et Pastore était surveillés comme le lait sur le feu par le milieu londonien. Mourinho n'est pas fou, et en maître de la destruction de jeu qu'il est, il a bien vu que le véritable maître à jouer du PSG cette saison, c'est bien Verratti. Et le préposé à la déstabilisation de défenses, surtout en l'absence de Lucas, c'était Pastore. Il lui suffisait donc de neutraliser ces deux éléments, et l'attaque parisienne serait privée de ballons, malgré les efforts isolés de Matuidi. Et ça a marché pendant 30 minutes, et il n'y avait pas de raisons que ça ne dure pas. C'est finalement durant cette demi-heure que Fabregas a vraiment été utile durant ces deux matches un tiers : à contrarier l'axe Verratti-Pastore. Ensuite, l'Espagnol a disparu de la circulation.

Cahill éteint tout espoir

Chelsea, à 11 contre 10, s'est-il relâché ? Ça ne ressemble tellement pas à une équipe anglaise, encore moins quand elle est dirigée par Mourinho. Et pourtant, Paris a su trouver des espaces qu'il ne trouvait pas vraiment jusque là. Verratti et Pastore se sont enfin réveillés, et on pu par exemple créer cette occasion incroyable pour Cavani, à l'heure de jeu. Fidèle à lui-même cette saison, l'Uruguayen a douté et mal choisi : un attaquant sur de ses pieds et de son talent aurait enroulé autour de Courtois, vu qu'il avait eu le temps de se mettre sur son pied droit. Mais il a préféré utiliser ce dernier pour crocheter le Belge et ainsi s'excentrer exagérément. Ensuite, c'est son premier pied gauche - il en a deux je crois - qui a fait le reste, avec ce tir pas assez précis détourné par le poteau et qui filait devant le but vide, où un Zlatan encore présent aurait pu terminer le boulot, peut-être. A 10 contre 11, Paris venait de se créer la plus grosse occasion du match, mais venait de la gâcher, comme souvent cette saison. Et Cavani était impliqué, comme souvent.

Paris dominait par séquences, subissait par d'autres mais se montrait toujours plus menaçant que son adversaire, qui allait pourtant, comme à l'aller faire la différence sur quasiment sa seule occasion - si on peut appeler ça une occasion. Passeur décisif à l'aller d'une talonnade aérienne improbable, Gary Cahill profitait cette fois d'une volée complètement foirée de Diego Costa suite au corner obtenu suite à l'occasion de Ramires pour fusiller Sirigu d'une volée sublime et surpuissante. On est alors à la 81e minute, l'espoir, déjà mince, est désormais plus qu'infime, et on se dit alors que dix minutes plus tôt, le même Costa aurait du être expulsé par l'arbitre pour un attentat de boucher sur Thiago Silva, par derrière. Mais il n'avait obtenu qu'un jaune surréaliste. Alors oui y avait sûrement une faute de Cavani sur Costa en première mi-temps dans la surface, après le rouge de Zlatan, mais là on pouvait vraiment se dire que rien, mais vraiment rien, n'allait être épargné à cette courageuse équipe parisienne...

David Luiz, le surhomme

Et pourtant. Chelsea, qui avait bénéficié d'un but inscrit par un joueur né en région parisienne et supporter déclaré du PSG, Demba Ba, pour passer l'année dernière, allait cette fois se faire crucifier par... un de ses ex joueurs. Combien de fois est-ce arrivé à Mourinho ? Et combien de fois Chelsea s'est-il fait surprendre en C1 cette saison sur coup de pied arrêté ? Jamais jusqu'à hier soir. Mais là, sur cet amour de corner délivré par un Lavezzi qui venait de remplacer un Verratti déjà averti et nerveux, David Luiz, à la lutte avec Ivanovic, un des
meilleurs joueurs de tête de la planète et buteur à l'aller de cette façon, allait placer un des plus puissants coup de tête que j'ai jamais vu, en pleine lucarne d'un Courtois enfin humain, puisque impuissant sur ce coup de fusil. On jouait la 86e minute et une prolongation inespérée, presqu'une victoire compte-tenu du contexte, se présentait à l'horizon.

Encore une fois, à 10 contre 11, une prolongation est tout sauf un cadeau, surtout quand vous venez de jouer une heure en infériorité numérique et que votre entraîneur, Laurent Blanc, tarde à effectuer son troisième changement, qui surviendra à la... 118e minute (Pastore/Van der Wiel), lorsqu'il fallut conserver la qualification. Parce que oui, malgré le contexte négatif, l'extrême fatigue et ce penalty encore une fois généreux, puisque Thiago Silva, dans ce duel avec Zouma, ne touche quasiment pas le ballon, même s'il tend bizarrement le bras vers ce dernier, et transformé tranquillement par Hazard alors que beaucoup, dans sa situation, auraient allumé pour assurer le coup, Paris a encore su changer son destin, littéralement.

Prolongation dantesque

Pourtant, ils étaient cuits, durant la première prolongation du moins. Les Parisiens n'arrivaient plus à toucher le ballon, les Anglais le faisaient tourner et se créaient des situations, à défaut d'occasions. Ils reprenaient l'avantage, et ne semblaient cette fois plus capables de le perdre. Un deuxième but du PSG alors que ce dernier cherchait son souffle, subissant l'absence de Verratti pour ressortir proprement le ballon et les approximations de Lavezzi et Cavani devant, pour le conserver quand ils y parvenaient. Bref, comme dans un mauvais film, tout était contre le héros. Mais il allait s'en sortir quand même, miraculeusement, incroyablement.

Qui n'a pas réveillé son voisin hier soir, si celui-ci ne regardait pas le match évidemment, au moment où la parabole créée par cette tête somptueuse, sereine, chirurgicale, de Thiago Silva, lobait l'immense Thibault Courtois et qualifiait ces 10 incroyables bonshommes ? Qui n'est pas devenu fou à ce moment là ? Est-ce qu'un autre sport peut générer chez nous de telles émotions, un tel scenario ? Un match comme ça, c'est comme une pièce de Shakespeare, un épisode de Breaking Bad, une chanson de Gainsbourg. Un être tortueux, indécis, sublime de qualité et d'intelligence, et un dénouement souvent indétectable jusque là. Un match qu'on enregistrait du temps des magnétoscopes et qu'on gardait quelque part dans un carton ou sur étagère, pour le regarder les soirs pluvieux de ruptures. Une cassette vite usée jusqu'à la corde, mais qu'on chérissait quand même.

Ce n'était qu'un huitième de finale, on aurait aimé qu'ils fassent la même chose l'an passé à l'étage supérieur, histoire de voir les demi-finales. Mais il fallait peut-être cette élimination en 2014 pour générer cet esprit de revanche et ce refus de mourir chez ces mêmes joueurs, un an plus tard.

Un seul joueur a été heureux les deux fois, c'est David Luiz, qualifié l'an passé avec les Blues et cette année avec Paris. Même s'il a des manques tactiques, même si ce n'est pas le marqueur individuel le plus rigoureux qui soit, on l'a vu le week-end dernier contre Lens et lors du dernier Mondial, c'est ce qu'on appelle un gagneur. Un joueur dont l'âme de battant participe à compenser tout ces défauts qui font qu'au fond ce n'est pas vraiment un défenseur. Mais quel battant ! Quel joueur !

A plus tard !

mercredi 19 février 2014

Chouette, du foot !

Salut à tous,

Hier a repris, enfin, ce que nous attendions depuis trois longs mois, à admirer d'un œil incrédule les tentatives désespérées et maladroites par les joueurs de Ligue 1 de domptage de pelouses qui n'en ont que le nom, à l'érosion d'une moyenne de buts déjà pas très aérienne, et à la confirmation que n'existe plus pour les "techniciens" français d'un seul leitmotiv, un virus inoculé par Aimé Jacquet et son 4-3-2-1 de 98, à savoir le fameux "bloc-équipe". Celui qui nous a certes permis, et j'ai été le premier à le fêter sur les Champs-Elysées, de devenir champion du monde. Mais aussi de nous endormir devant France-Paraguay et France-Italie, et de nous garantir 15 ans de purges entre équipes de contre en Ligue 1. La France qui est le seul pays européen à ne pas avoir été contaminé par le grand Barça sur le plan du jeu. C'est bien dommage.

En C1, ça joue

Bref, voici notre première injection de véritable football en 2014. Des pelouses a priori impeccables, des joueurs de foot habiles, intelligents, du jeu, des prises de risques, des buts, de très beaux buts quand même... hier soir, le PSG et le Barça ont marqué six buts. A l'extérieur. Et pas sur la pelouse de l'ASPTT Chamoux-les-eaux, chez le deuxième du championnat d'Allemagne et Manchester City, qu'on annonçait quasiment favori de cette confrontation avec des Catalans qui avaient été persécutés par le Bayern au printemps 2013 (0-4, 0-3). Un Bayern que City a vaincu sur sa pelouse, à l'automne dernier (2-3). Sur ces six buts, deux penalties. Les autres, des merveilles de démonstration collectives. Pas des buts de la tête sur corner, pas des contre-attaques, non, des attaques placées, des débordement de latéraux, des centres en retrait... et même sur le penalty parisien, l'action qui amène la faute de l'inénarrable Emir Spahic est superbe. Combien de fois voit-on ce genre d'actions en Ligue 1 ? Et même dans les autres championnats ? Avant ces huitièmes de finale, la moyenne de buts en C1 cette saison montait à 2,89 par matches. L'an passé, elle était à 2,94, et à 2,84 en 2010-11. Hormis la Liga (2-88) et surtout l'Allemagne (3,19 !), les grands championnats sont loin de ces chiffres. Quand les grands clubs s'affrontent en C1, ils font du jeu, et hormis quand Mourinho est dans le coup, il est rare qu'ils affrontent des équipes recroquevillées sur elles-même, parfois à cinq derrière, comme on en rencontre souvent en Ligue 1. Le Barça et le Real aussi affrontent souvent ce genre d'équipes à un ou deux attaquants, les Italiens aussi. Dimanche, José Anigo, l'entraîneur de Marseille hein, pas de Valenciennes, a décidé d'instaurer un 5-3-1-1 pour contrer la terrible équipe de Saint-Étienne... on a vu le résultat. Pas de quoi inciter les chaines de télé de réinjecter 600 millions dans un tel spectacle.

Milan pas favori

Que dire de ces huitièmes de finale ? Que si l'Allemagne a placé quatre clubs, une performance exceptionnelle, elle en a déjà très certainement perdu un hier soir, et qu'on voit mal Schalke créer la surprise face au Real, malgré sa bonne forme actuelle. Dortmund, lui, est favori face au Zenit, qui me parait pourtant capable de créer la surprise. Ce soir, deux affiches me semblent assez déséquilibrées, mais sur le papier seulement. Certes, Milan, qui en est à recruter des joueurs chez le dernier du championnat d'Angleterre, avec Taarabt (Fulham), est tombé à un niveau extrêmement préoccupant, si ce n'est le talent exceptionnel de Mario Balotelli, qui semble presque tenir à lui seul le Milan dans ses bras, avec les éclairs de génie de Kaka. Mais attention à la culture européenne du club lombard, qui a peu d'équivalent. On a vu hier soir avec Barcelone que l'expérience, collective notamment, de ce genre de confrontations peut faire basculer une rencontre. Mais du collectif, Milan n'en montre pas beaucoup en ce moment.

Et l'Atletico Madrid, qui patine un peu en ce moment, est un très gros morceaux pour les hommes de Clarence Seedorf. Trop gros ? Peut-être, même si un suiveur du foot lambda aurait du mal à identifier les trois quarts de son équipe-type, qui ne compte que très peu de joueurs reconnus mondialement. Courtois, Godin, Arda Turan, Costa, Villa... oui ça nous dit vaguement quelque chose... mais l'Atletico est un monstre collectif, une bête à 11 têtes qui ne lâche rien, et qui compte sur les coups de génie de Diego Costa, et l'abattage au milieu des méconnus Raul Garcia et Koke, ce qui lui permet également de concurrencer à la régulière le Real et le Barça en championnat. Mi-février, ces trois clubs sont à égalité de point (60). Une sacrée performance.

Le défi d'Arsenal

L'autre duel oppose Arsenal et le Bayern. L'an passé, les Allemands étaient venu se balader à l'Emirates (1-3) avant de sérieusement se relâcher au retour, au point de craindre pour leur qualification (0-2). Si le Bayern semble encore avoir progressé cette saison, ce qui paraissait impossible après son triomphe absolu de l'année dernière, Arsenal semble également mieux armé. Giroud, certes dans la tourmente en ce moment, marque plus que l'année dernière, Özil, certes critiqué ces dernières semaines, est un joueur de classe mondiale qui a haussé le niveau de cette équipe sur le plan technique, et Ramsey et Wilshere ont pris une autre dimension, tout comme Oxlade-Chamberlain. Quant à Podolski, c'est un joker d'une qualité très largement sous-estimée. Seule le défense inquiète toujours autant, ce qui parait problématique quand on affronte le Bayern, même privé de Ribéry. Munich reste favori, mais encore une fois il ne devra pas sous-estimer les Gunners, qui paraissent capables de battre n'importe qui.

La suite ? Si Manchester United est inquiété par l'Olympiakos, c'est qu'il a vraiment beaucoup perdu en six mois. Même chose pour Chelsea face à Galatasaray, il n'y a pas match. Bref, les huitièmes de finale semblent déjà se dessiner, même si des surprises, il y en aura forcément, c'est la loi du genre et du système de coupe. Paris et Barcelone y seront probablement évidemment, tout comme Chelsea, United et le Real. L'Atletico, le Bayern et Dortmund sont également en position de force sur le papier. Du gros, du très gros. En quart, le PSG verra encore un très grand club venir à Paris. That is football !

A plus tard !

jeudi 12 décembre 2013

Ligue des Champions, l'écart est grand

Salut à tous,

Après la fin du premier tour de la Ligue des Champions, penchons nous, si vous le voulez bien, sur le taux de qualifications des clubs et des pays en phase de poule. C'est intéressant, vous allez voir, même si les surprises sont rares.

L'Allemagne et l'Angleterre en tête

Cette saison, le rapport est le suivant : l'Allemagne et l'Angleterre font du quatre sur quatre, l'Espagne du trois sur quatre, l'Italie du un sur trois, la France et la Russie du un sur deux, la Grèce et la Turquie du un sur un, le Portugal du zéro sur deux, tandis que les Pays-Bas, la République Tchèque, l’Écosse, la Suisse, l'Ukraine, l'Autriche, le Danemark, la Belgique et la Roumanie ont échoué à qualifier leur unique représentant. Hormis la contre performance des Italiens et des Portugais, on est assez proche de ce qui se passe depuis la création des poules, en 1991, et surtout depuis l'instauration de la formule actuelle en 2003, à savoir cinq pays qui regroupent l'essentiel des participants et des qualifiés, et les autres qui ramassent les miettes. Quand il y en a. Sur 600 participations à une poule (de premier tour) depuis 1991, les cinq meilleurs pays du continent en cumulent 296. Et sur 288 qualifications à un second tour, ils en cumulent 219, soit 76 %... Les cinq se qualifient dans 73 % des cas.

Commençons par les clubs, si vous le voulez bien. Depuis 1991, 12 ont 100 % de réussite, mais 9 d'entre eux n'ont qu'une seule participation à leur actif... le FC Séville et... Nantes, eux, font du deux sur deux. Le seul club à plus de deux se nomme le Real Madrid, qui s'est
qualifié 18 fois sur 18 ! Une performance exceptionnelle, que seul le Bayern (16/17), Chelsea (11/12) et l'Inter Milan (10/11) sont tout près d'égaler. Et l'évolution du football, avec un écart grandissant entre les petits et les grands, ne favorise pas une chute éventuelle du Real. Ainsi, depuis 2003, ils sont deux à avoir fait du 11/11 (Arsenal et le Real), trois du 10/10 (Bayern, Barcelone et Milan AC), Lyon fait du 9/9, tandis que Chelsea (10/11) et Manchester (9/11) trainent un peu, sans plus. Depuis 2003, il n'y a eu que sept clubs à 100 % avec moins de quatre participations, dont Leverkusen (3/3), Monaco et Séville (2/2) ou Malaga et Tottenham (1/1). Aujourd'hui, il vaut mieux donc posséder une solide expérience de la compétition pour espérer y briller, rien qu'au premier tour... les "one shots" sont rares. D'ailleurs, avant Malaga l'an passé et Tottenham en 2010/11, les deux autres datent de 2003/2004 (Celta Vigo et Lokomotiv Moscou)...

Chez les clubs français, hormis la "performance" nantaise, il faut descendre aux 83,33 % de Lyon et aux 80 % de Monaco, qui font mieux notamment que la Juventus (78,57) ou Liverpool (75) ! Quant au PSG (66,7 %), il fait aussi bien que Dortmund, Valence ou Schalke, et mieux que Porto (61,1). Bordeaux est à 50 %, devant Marseille (44,4), Auxerre (33,3) et Lille (20). Lens et Montpellier sont à zéro.

Une lutte à trois

Regardons par pays à présent. La lutte est rude entre l'Angleterre et l'Espagne, cette dernière était devant avant cette année. Mais, en raison de l'élimination de la Real Sociedad, elle a été dépassée au classement général par les Anglais, auteurs de leur sixième 4/4, record d'Europe, et qui sont désormais premiers avec 80,95 % de réussite, contre 80,6 aux Espagnols, qui n'ont fait "que" quatre fois le 4/4... derrière ces deux là, l'Italie n'est pas très loin mais après trois années consécutives à 100 %, a lourdement chuté cette année (1/3), elle qui était à égalité avec l'Angleterre avant cette saison, et qui n'est qu'à 77,42 désormais. Comme quoi, les choses peuvent vite changer en tête, la lutte est féroce. L'Allemagne, qui vient d'enchainer un 7/7 sur les deux dernières saison, meilleur bilan d'Europe sur cette période, suit à la quatrième place avec 69,1 % de réussite. Elle paie notamment des années 2000 moyennes (58,62 %) alors qu'elle possède le meilleur bilan de la présente décennie (84,6), devant l'Italie (81,8), l'Espagne (80) et l'Angleterre (75).

Comme très souvent dès qu'on classe les pays en Ligue des Champions, la France est cinquième, avec 54,5 % de réussite. Un taux en continuelle baisse, elle qui dominait les débats dans les années 90 (80 %) devant l'Italie (78,6), l'Allemagne et l'Espagne (76,9), l'Angleterre ne stagnant qu'à 50 % à l'époque ! Dans les années 2000, le taux était à 50 %, et à 54,55 depuis 2010. Nos chiffres se sont donc stabilisés depuis une dizaine d'années à un qualifié sur deux en moyenne, mais attention quand même, seul le PSG s'est qualifié pour les seconds tours depuis deux saisons, sur cinq qualifiés au total. A ce rythme, on va vite passer sous les 50 %... à moins que Monaco... quant à Lyon et Marseille, malgré leurs difficultés, ils doivent faire partie des locomotives du football français. Six défaites sur six en phase de poule pour le second nommé, voilà qui est vraiment inquiétant. Sur les deux dernières saisons, Lille, Montpellier et Marseille ont cumulé une victoire (à Borisov, pour le LOSC...), deux nuls et 15 défaites !

Et les autres ? Des miettes, vous dis-je. Que ne fut pas mon étonnement de voir le chiffre des Pays-Bas de l'Ajax Amsterdam et du PSV Eindhoven : 27,3 % ! Soit autant que les Tchèques, qui ont certes un diviseur nettement moindre (11 contre 33)... la Pologne réussit l'exploit de faire 50 %... en deux participations. Le Portugal, qu'on annonce souvent meilleur que nous, est en-dessous des 50 % (43,24), beaucoup plus grâce aux chiffres de Porto (61,1) que de Benfica (30 !) d'ailleurs... la Russie n'est pas si mal que ça (29,6) ainsi que la Grèce (27,6). L’Écosse et la Suisse suivent (22,22) devant l'Ukraine (20,8) et la Turquie (20). Saluons la "performance" de la Belgique (5,3 % !) et surtout de la Roumanie, qui est à zéro sur... 12 tentatives. C'est l'autre facette de cette compétition qui brille et chatoie à nos yeux : des pays qui ont offert des vainqueurs à son ancêtre la Coupe des Champions sont aujourd'hui réduits à ramasser les restes que leurs laissent les gros.

Sur ce, je vous laisse !

vendredi 7 décembre 2012

Des poules bien garnies

Bonjour à tous,

A y est, il est temps de tirer le bilan de cette 22e année de phase de poule de Ligue des Champions. Comme vous avez pu le constater, il y a quelques surprises. Revenons tout d'abord sur le bilan très médiocre des clubs français.

Des Français à la peine

Si le PSG obtient le meilleur bilan des 32 équipes en course, j'y reviendrais, Lille (3 points) et Montpellier (2), qui ont accumulé à eux deux 9 défaites en 12 matches, terminent aux 29e et 30e rangs, juste devant les deux cancres de la classe, le Dinamo Zagreb et Nordsjaelland, un point chacun et 36 buts encaissés à eux deux. D'accord, ils n'avaient pas des groupes faciles - en tant que résident du chapeau 4, Montpellier aurait quand même pu tomber sur nettement pire -, mais nos deux représentants terminent derniers de leurs poules derrière des clubs comme le Bate Borisov et l'Olympiakos, qui ont gagné trois de leurs quatre matches contre les Français. C'est ça, qui est très inquiétant.

Du coup, la France termine avec un bilan négatif, une nouvelle fois, avec 6 succès, 2 nuls et 10 défaites. Dans le même temps et avec le même nombre de clubs, l'Allemagne a signé 11 succès, 6 nuls et une seule défaite, avec trois qualifiés sur trois, tous premiers de leur poule ! Le Portugal qui, comme la France, qualifie un seul club sur trois, fait également mieux, avec 7 succès, 3 nuls et 8 défaites. Ne pas qualifier ses trois clubs soit, mais perdre plus de la moitié de ses matches, c'est vraiment moche. Avant les huitièmes, la France a déjà concédé autant de défaites que sur toute la saison dernière. Il n'y a qu'en 2010-2011 (11), en 2003-2004 (11) et en 2000-2001 (13) qu'on a perdu plus de 10 matches en une saison de C1. Mais on avait joué respectivement 22, 29 et 30 matches ces saisons là, contre 18 cette année ! Il faudrait vraiment un superbe parcours du PSG pour rattraper ce bilan catastrophique, c'est dire si cette option reste hypothétique...

Un renouvellement européen ?


Notre unique club français qui devra donc affronter dans les tours finaux trois Allemands, on l'a vu, mais aussi quatre Espagnols (sur 4), deux Italiens (sur 2), deux Anglais (sur 4), et un Portugais (sur 2), un Ukrainien (sur 2), un Écossais et un Turc, qui étaient les seuls représentants de leurs pays. L'année dernière, il y avait deux Français en huitièmes (Lyon et Marseille), qui côtoyaient trois Italiens (Milan, Naples et l'Inter), deux Espagnols (Real et Barça), deux Allemands (Bayern et Leverkusen), deux Anglais (Chelsea et Arsenal), deux Russes (CSKA et Zenit), un Portugais (Benfica), un Suisse (Bâle) et un Chypriote (APOEL). Cinq clubs seulement ont renouvelé leur billet (Milan, Real, Barça, Bayern et Arsenal), soit un taux de 31,2 %, une très nette chute puisque l'an dernier, 9 clubs sur 16 avaient réalisé le doublé entre 2010-11 et 2011-12. Si un seul club est bizut à ce niveau (Malaga), le PSG n'avait plus  passé le premier tour depuis 2001, le Celtic depuis 2008, Dortmund depuis 2003 et Galatasaray depuis 2002 ! Soit presque un tiers du plateau final absent à ce niveau depuis cinq ans, et un quart depuis dix ans... On peut appeler ça un renouvellement, oui.

En huitièmes, le club parisien aura le choix entre un club à éviter à tous prix (le Real Madrid), Milan, Arsenal, Valence, le Shakhtar Donetsk, le Celtic Glasgow ou Galatasaray. On voit d'un coup d’œil ce qui ressemble à un bon tirage d'un mauvais, et je mets les Ukrainiens, qui n'en ont que le nom car c'est une véritable équipe brésilienne, sur le plan offensif surtout, dans les mauvais. Disons allez, dans les moyens durs, avec Valence. Ça fait donc cinq tirages foireux sur sept, le PSG peut commencer à prier...

Le gros bilan du PSG

Pourtant, il pourrait s'appuyer sur sa campagne dans une poule certes à sa portée, mais où il fallait quand même aller s'imposer à Kiev, ce qui n'est pas donné à tout le monde, ou battre Porto, ce qui n'est également pas une sinécure. D'ailleurs, le manque de reconnaissance de ce joli parcours par les médias ne cesse de m'étonner. Manifestement, il leur paraît normal que le PSG ait signé le meilleur parcours du plateau, avec 15 points pris sur 18, la troisième
attaque (14) et la meilleure défense (3), mais combien de clubs français ont pu se targuer d'un tel bilan, surtout en sortant du chapeau 3, je le rappelle ? Pas sûr qu'il aurait pu réussir un tel parcours s'il était tombé dans le groupe du Real Madrid, comme ça a failli être le cas, mais quand même ! L'année dernière, le meilleur total d'un club français était de 10 points, pour Marseille, qui s'était qualifié aux dépends de l'Olympiakos et Dortmund. Bordeaux en avait glané 16 en 2009-2010, et terminé premier de sa poule devant le Bayern et la Juventus, remarquable performance. Lyon en avait signé autant en 2005-2006 et terminé devant le Real, comme l'année suivante, mais avec 14 points. Voilà, c'est tout ce que j'ai trouvé comme précédent français depuis l'instauration du premier tour à 8 poules, en 1999.

Au classement, le PSG devance deux clubs allemands, Dortmund (14 points) et le Bayern (13), qui lui devance Valence, Barcelone et Porto à la différence de buts. Suivent la Juve, Malaga, Schalke et Manchester United (12), et le Real (11). Les plus "mauvais qualifiés" sont Donetsk, Arsenal, le Celtic et Galatasaray (10) et surtout le Milan AC, qui passe avec 8 points, et qui se classe seulement 19e sur 32. Il y a donc trois clubs qui font mieux que les Lombards mais qui sont éliminés, Chelsea (10), un tenant du titre qui confirme à quel point son succès au printemps dernier était miraculeux, et même un peu scandaleux au niveau du jeu, Cluj (10) et l'Olympiakos (9).

Les Anglais confirment leur baisse

On l'a vu, les clubs anglais n'ont pas brillé, avec deux éliminés, et pas des moindres (Chelsea et City). Le second nommé a certes particulièrement raté sa campagne, avec 3 petits points, mais a pour circonstance légèrement atténuante le fait qu'à chaque fois, il tombe dans le groupe de la mort. Mais si l'année dernière, il avait eu le malheur d'être éliminé avec 10 points, soit le maximum qu'on puisse avoir pour être éliminé, cette année il a foiré sur toute la ligne, puisque des clubs à sa portée comme Dortmund et l'Ajax font mieux que lui...

Par pays, c'est l'Espagne qui a pris le plus de points (49 en 24 matches) devant l'Allemagne (39 en 18) et l'Angleterre (35 en 24). Cette dernière n'a gagné que 10 matches et en a perdu 9, une très mauvaise performance selon ses canons habituels. Elle a marqué 42 buts mais en a encaissé 35, dont 11 pour City et 10 pour Chelsea, là encore un chiffre inquiétant. La saison dernière, avec un club en moins, elle en avait encaissé 36 mais en 33 matches, et n'avait perdu que 7 matches sur toute la saison. A noter également la mauvaise saison des deux clubs russes, tous deux éliminés avec 10 points, 3 succès pour 8 défaites, et qui font moins bien que leurs voisins et rivaux ukrainiens (1 qualifié sur 2, 15 points, 4 succès, 5 défaites).

Indice majeur de la baisse de niveau des clubs anglais, le fait que depuis deux saisons, elle est dominée par l'Espagne, alors qu'Albion a dominé tous les classements par points cumulés depuis 2006, date à laquelle elle avait succédé à... l'Espagne, qui elle-même avait pris la place
de l'Angleterre, et ainsi de suite. La dernière fois qu'un autre pays que ces deux là avait dominé ce classement, c'était en 1999, et il s'agissait de l'Allemagne. Cette année, les trois clubs portugais, malgré deux éliminés, se classent quatrièmes (24 points), devant les deux clubs italiens, qui sont passés tous les deux mais avec les pires difficultés du monde (20 points en 12 matches). La France est donc 6e avec ses 20 points également, mais avec trois clubs et une différence de buts négative (-4). Sa place habituelle est plutôt la cinquième, ce qui fut le cas lors des deux saisons précédentes, elle qui fut quatrième en 2009-2010. Il s'agit donc de son plus mauvais classement depuis 2009 (6e). Elle est donc à la lutte avec le Portugal (1 club) et l'Italie (2) pour les 4e et 5e place pour cette saison, qui est loin d'être terminée...

La surprise Burak Yilmaz

Passons aux buteurs à présent. Si la présence en tête de Ronaldo n'est pas une surprise, celle à ses côtés avec 6 buts du Turc de Galatasaray Burak Yilmaz, 27 ans, l'est un peu plus. Surtout que le champion de Turquie n'a inscrit que 7 buts dans sa poule ! Pourtant, si on regarde un peu le pedigree du garçon, on constate que s'il n'avait encore jamais brillé au niveau européen (aucun but en trois matches avec Trabzonspor l'année dernière dans la poule de Lille), il est extrêmement efficace en championnat depuis trois saisons (62 buts en 76 matches !), et qu'il en est à 36 buts sur l'année civile, soit autant que Huntelaar ou Van Persie par exemple.

Les deux hommes en devance trois autres à 5 buts, Messi, tenant des quatre derniers titres en la matière (!), Alan (Braga) et Oscar (Chelsea). Huntelaar (Schalke), Jonas et Soldado (Valence), Lewandowski (Dortmund) et Willian (Donetsk) en sont à 4. On constate donc la présence de 4 Brésiliens dans les 10 premiers ! Le premier Français, sans surprise, se nomme Benzema (3), devant Ménez (2) et Charbonnier, Giroud, Hoarau, Matuidi, Mexès, Ribéry et Sidibé, le jeune latéral lillois, unique buteur français de son équipe. Ce qui fait 13 buts, le pire chiffre depuis 1999 (6). La saison n'est certes pas finie, mais le score de l'année dernière était de 24 et celui de l'année d'avant, de 37, par exemple...

Enfin, notons la très grosse différence de buts qui a marqué ce premier tour (2,96), une moyenne inconnue dans les cinq grands championnats. Depuis 1991 et l'instauration de poules en C1, la moyenne générale est de 2,65, et les scores des années précédentes étaient de 2,76 l'année dernière, 2,84 en 2011, 2,56 en 2010 ou 2,64 en 2009 et 2008. Il s'agit tout simplement d'un record, même si l'arrivée des matches couperets pourraient bien faire baisser ce chiffre, comme souvent. On a ainsi marqué quasiment autant de buts uniquement durant ce premier tour (284) que durant toute la saison 2005-2006 (285, soit 2,28 par matches) !

Voilà, sur ce je vous laisse, à plus tard !

dimanche 20 mai 2012

C1, le bilan

Bonjour à tous,

Après cette finale et cette victoire de Chelsea que je qualifierais sobrement de miraculeuse, et moins sobrement consternante sur le plan de la morale sportive, avec tout le respect que je dois à notre maître à tous, Christian Jeanpierre, fondateur et seul et unique membre du fan club de Didier Drogba, il est temps de tirer un bilan de cette 21e édition de la Ligue des Champions.

Chelsea, lauréat par défaut

D'abord, si on fait le compte et qu'on applique la victoire à deux points, bien plus pratique pour faire des statistiques, le nouveau champion d'Europe et sixième du championnat d'Angleterre (!) ne présente que le 4e bilan de la compétition avec 18 points, derrière le Real (21), le Barça (19) et le Bayern, qui compte le même nombre de points mais avec une différence de buts supérieure (+15 contre +13). En même temps, avec de telles conceptions tactiques, difficile d'avoir un bon goal average. Pourtant, grâce à l'efficacité que l'on a pu constater contre Barcelone, en demi-finales (1-0, 2-2), et hier soir, qui lui permet de marquer des buts à chaque occasion, voire même sans occasion comme hier, Chelsea a réussit à inscrire 25 buts cette saison en C1. Là encore, c'est le 4e bilan de la compétition, derrière les deux ogres espagnols (35) et le Bayern (26). Étrangement, malgré ses deux arrières gauches et son unique attaquant, parmi les quatre demi-finalistes, Chelsea est l'équipe qui a pris le plus de buts (12), contre 9 pour le Real, 10 pour le Barça et 11 pour le Bayern.

Si on a marqué 10 buts de moins que l'an passé, la moyenne de buts reste très élevée (2,76, contre 2,84 la saison dernière). Un score qui améliore encore la moyenne de buts depuis 1991, date de l'instauration des poules en C1, qui est de 2,63. Durant les deux dernières saisons, les premières de la nouvelle décennie, on en est pile à 700 buts en pile 250 matches, soit pile 2,8 buts par matches. Parmi les six grands championnats européens, seules la Bundesliga (2,86) et la Premier League (2,81) font mieux, la Liga n'étant pas très loin (2,76), contrairement à la Serie A (2,56). Rappelons qu'en Ligue 1 on se traîne à 2,49, qui est en plus un de nos meilleurs scores depuis 30 ans...

Chez les buteurs, c'est évidemment Lionel Messi qui remporte la palme (14 buts), le record de la compétition. A bientôt 25 ans, l'Argentin en est déjà à 51 buts dans la compétition... seul Raul (71) et van Nistelrooy (56) font mieux. Il devance Mario Gomez (Bayern), 13 fois buteur, et Ronaldo (10). Le premier Français se nomme Karim Benzema (Real, 7 buts), qui signe sa meilleure saison dans la compétition, et qui en est à 26 buts en C1. Depuis 1991, seuls Henry (50) et Trezeguet (29) ont fait mieux. Il pourrait donc s'emparer de la deuxième place dès l'année prochaine...

Barcelone s'échappe, la France stagne

Sur le bilan général, le Barça, longtemps à la lutte avec Manchester United dans le classement depuis 1991, a profité de la chute du club d'Alex Ferguson pour prendre le large : le club catalan est en tête avec 250 points pris en 178 matches, 102 succès et 30 défaites seulement, le meilleur total des six premiers. Arsenal, le sixième justement, a encaissé huit défaites de plus en ayant disputé 41 matches de moins. Surtout, le FC Barcelone a inscrit 352 buts (1,98 par matches), le meilleur total, juste devant le Real (348), qui est troisième avec 233 points, 11 de moins que United. Le Bayern, extrêmement régulier et qui aurait mérité mieux cette saison que d'être humilié de la sorte sur sa pelouse, est quatrième avec 204 points, devant Milan (182), Arsenal (162) et Chelsea (148), qui est passé devant la Juventus (146). Il faut dire que cette dernière a raté les deux dernières éditions, ainsi que deux autres lorsqu'elle fut rétrogradée, à la fin de la dernière décennie. Elle aura l'occasion de recoller au peloton l'année prochaine, même si tous les clubs devant elle seront également engagés dans la compétition...

Ce qui ne sera pas le cas de Lyon, meilleur club français depuis 1991, et de loin : 10e avec 125 points, il devance des clients comme l'Inter (124), Liverpool (101), l'Ajax (93) et le double champion d'Allemagne, Dortmund (68), qui n'a plus d'excuse pour ne pas faire mieux l'année prochaine que le Bayern, qu'il domine allègrement depuis deux saisons maintenant. Il faut descendre à la 26e place pour trouver le deuxième club français, Marseille (55 points), coincé entre Rosenborg et le Spartak Moscou, qui lui-même devance... Monaco (48 points). Le PSG, qui retrouvera la Ligue des champions après huit ans d'absence, est 35e, à égalité avec Bordeaux (38 points), à deux points d'Anderlecht. Si Montpellier débutera en C1 l'année prochaine, ce ne sera pas le cas de Lille, qui devra se dépêtrer des tours préliminaires pour retrouver les poules, ou le LOSC a récolté 22 points (50e), soit autant que Nantes. Avec également Auxerre (60e, 15 points) et Lens (64e, 12 points) dans ses rangs, la Ligue 2 aura vraiment fière allure l'an prochain...

Par pays, la France est l'éternelle cinquième, et contrairement au classement UEFA, elle n'est pas encore menacée par le Portugal ou les Pays-Bas, qui jusque là avaient moins de qualifiés qu'elle. Au bilan depuis 1991, la France a récolté 375 points, et est très loin de l'Espagne (742), l'Angleterre (708), l'Italie (623), et un peu moins loin de l'Allemagne (458), mais quand même. Sur cette saison aussi, la France est cinquième, avec 22 points pris en 24 matches. C'est la deuxième fois consécutive qu'elle ramène un bilan négatif (8 succès, 10 défaites) et la quatrième fois en cinq ans, signe d'une véritable chute des performances françaises, vu que la France a toujours un bilan positif depuis 1991 (146 succès, 130 défaites). Une avance obtenue grâce à des années 90 beaucoup plus positives que la quinzaine d'années qui a suivi. Mais à ce rythme, le bilan français sera devenu négatif à la fin de la décennie. En attendant, si avec ses 1,04 points par match elle est derrière l'Espagne et l'Angleterre (1,25), l'Italie (1,16) et l'Allemagne (1,08), elle devance encore le Portugal (0,98), les Pays-Bas (0,93) ou la Russie (0,79).

Sur la saison, l'Espagne remporte la palme (46 points, devant l'Angleterre, 42), après cinq saisons consécutives dominées par cette dernière. L'Italie suit avec 29 points, devant l'Allemagne (28), autant boostée par la saison du Bayern (18 points) que lestée par celle de Leverkusen (7) et surtout Dortmund (3), battu deux fois par Marseille, qui sera battu deux fois par le Bayern, qui sera battu trois fois par... Dortmund. Allez comprendre.

Voilà, sinon que dire... sur les deux dernières saisons, le bilan est très nettement dominé par les deux géants espagnols, qui ne se quittent pas (40 points, +1 but pour le Real). Chelsea, le troisième, est loin avec 31 points, devant le Bayern (30) et Manchester United, qui paie son élimination au premier tour (28). Marseille est 7e (18 points), et Lyon 12e (16), mais les deux clubs ne seront pas là l'année prochaine. L'instabilité en tête de la Ligue 1 n'en finira jamais de désavantager ses meilleurs clubs (qui en sont les premiers responsables) dans leur lutte avec les meilleurs.

A plus tard, pour la fin de la Ligue 1 notamment !

jeudi 26 avril 2012

Quand le Bayern veut quelque chose...

Salut à tous,

Vous savez quoi ? Je n'ai jamais été bon en pronostics. Au point que je me demande parfois si ma nullité dans ce domaine n'influe pas sur le résultat de certains matches. En tous cas, je me suis bien planté sur ces demi-finales. En même temps je n'en ai pas beaucoup vu qui avaient fait un autre pronostic... et comme j'avais prévu que le Bayern serait capable de bousculer le Real, je ne m'en sors pas si mal finalement...

Le Bayern a joué

Surtout, les deux confrontations se sont décidées sur absolument rien. Vous me direz, c'est souvent le cas quand le niveau est très élevé. Il n'empêche, prévoir que Messi et Ronaldo rateraient un tir au but chacun, que le Barça toucherait du bois une demi-douzaine de fois, que Chelsea marqueraient sur ses trois tirs cadrés... et que le Bayern serait à égalité avec le Real sur les deux matches, dont un de deux heures en Espagne, fallait y penser. Comme quoi, en cette fin de saison, le Bayern a clairement lâché la bride en championnat, en faisant souffler ses hommes forts, dans un seul objectif : disputer la finale de la Ligue des Champions sur sa pelouse, comme il l'avait annoncé. Compte tenu de la concurrence et de la versatilité de ce sport, on peut considérer que réaliser cet objectif, c'est vraiment très, très costaud. Comme quoi, le mental allemand, ce n'est pas qu'une légende.

J'ai savouré un plaisir immense hier : le Bayern a prouvé qu'en jouant, en ne misant pas tout sur une défense de fer et des contre-attaques, en ayant des ambitions autres que de ne sortir de sa surface de réparation qu'un seul joueur après l'autre, on peut bousculer, et même faire douter, un des deux meilleurs clubs du monde, un ogre qui avait massacré tout le monde sur sa pelouse dans la compétition. Le Bayern a montré qu'avec des moyens moindres que ceux de Chelsea, avec des joueurs offensifs pourtant au moins aussi brillants, il pouvait montrer 100 fois plus que le club londonien, qui avait biaisé le match contre Barcelone mardi soir en refusant tout jeu, jusqu'à la caricature. Pas sûr que le Bayern aurait été puni contre Barcelone, comme Chelsea avait peur de l'être. Par contre, Chelsea serait sûrement passé avec la même tactique et la même réussite contre le Real. Mais je l'ai dit, jouer de cette manière à ce niveau, face à des adversaires certes très forts mais qui n'ont pas forcément de plus gros moyens que vous, c'est vraiment mesquin.

Real, Barça, même combat

Pour les deux ogres espagnols, la chute est terrible. Sans doute ont-ils payé la tension extrême qui les accompagnait jusqu'au week-end dernier dans la quête du championnat, et de la gestion du Clasico de ce week-end. Si le Barça avait fait tourner quelques joueurs contre le Real, ce n'était pas le cas de Messi, qui exige de jouer tous les matches, comme Ronaldo d'ailleurs. On a vu qu'à un moment donné, même eux ne peuvent enchaîner indéfiniment des matches sans souffler sans le payer à un moment où à un autre. Comme quoi, ces extra-terrestres ont conservé quelques traces d'humanité en eux.

Le Real, lui, n'avait pas fait tourner au Camp Nou, et on a vu hier la différence avec un Bayern qui, on l'a vu, avait géré son effectif en championnat en faisant notamment souffler Ribéry, Robben ou Gomez, les trois buteurs des demi-finales contre Madrid. Même avant d'être battu à Dortmund, dans le match décisif pour le titre (1-0), Heynckes avait déjà commencé son turn-over, notamment avec le Français, remplaçant trois fois lors des quatre dernières journées. Pourtant, c'était l'équipe type qui s'était inclinée dans la Ruhr.

Même chose à Chelsea, qui n'a plus grand chose à jouer en championnat, hormis la qualification européenne, qui pourrait être réglée en cas de succès en finale contre le Bayern... sixième, Chelsea peut encore aller chercher Arsenal, quatrième à quatre points. D'ici à la finale, le 19 mai prochain, les Londoniens n'ont pas un calendrier forcément insurmontable : QPR, Newcastle, Liverpool deux fois - dont une en finale de la Cup - et Blackburn. Cinq matches en 29 jours, un seul contre un club européen, parfait pour faire tourner un effectif qui reste conséquent. Au Camp Nou, Essien, Torres, Bosingwa, Kalou, Malouda et Sturridge garnissaient le banc des Blues... de quoi faire baver d'envie les recruteurs du PSG...

Le Bayern favori ?

En finale, le Bayern est mon grand favori (oui, je tente quand même un pronostic, parce que c'est le jeu malgré tout). D'abord parce qu'il évoluera dans son stade, où peu d'équipes parviennent à s'en sortir en général. En Ligue des Champions, en tous cas, tout le monde s'y est incliné. Ensuite, parce que Chelsea comptera trois absents majeurs, suspendus, Terry, Ivanovic et Ramires. Soit les deux meilleurs défenseurs du club - et je ne parle pas de David Luiz, qui est blessé -, et Ramires, son meilleur joueur offensif avec Drogba, du moins sur la double confrontation avec les Catalans. Côté Bayern, il manquera également deux défenseurs, Badstuber, qui sera lui-aussi suspendu, et Van Buyten, blessé. A priori, les Allemands s'en sortent donc mieux que les Anglais. Et ils peuvent compter sur un compartiment offensif - Ribéry, Robben, Gomez, Kroos, Müller, voire Schweinsteiger - plus conséquent, et qui sert à autre chose qu'à presser les défenseurs adverses, voire de se transformer en défenseurs supplémentaires. Le jour où Robben concèdera un penalty, Neuer marquera des buts.

Et surtout, le Bayern est mon favori parce qu'il a montré autre chose que Chelsea lors de ces demi-finales, et mon petit cœur pur aime à penser que, dans la vie, les bonnes intentions sont toujours récompensées, même s'il est régulièrement déçu dans ce domaine. Même si Chelsea va sans doute rééditer sa tactique minimaliste qui lui a tant réussi contre Barcelone, je pense que le Bayern peut s'en sortir. Tout simplement parce que Chelsea ne peut pas toujours avoir une telle chance sur une période aussi longue. Et puis parce que le Bayern sera sans doute plus frais que Barcelone, puisqu'il fera sûrement tourner un maximum son effectif durant les deux dernières journées de Bundesliga, où il n'a plus rien à jouer, puisqu'il est déjà assuré de la deuxième place. Comme seul match à enjeu en un petit mois, les Bavarois n'auront que la finale de la Coupe d'Allemagne, contre Dortmund, une semaine avant le match contre Chelsea. Dans le même temps, les Anglais joueront deux matches supplémentaires, tous à enjeu. La fraîcheur pourrait donc bien jouer un rôle majeur dans cette confrontation qui aurait pourtant du, à la base, désigner le puissant club anglais comme favori.

Voilà, on verra dans moins d'un mois si je ne me couvre pas définitivement de ridicule en terme de pronostics ! A plus tard !

mercredi 25 avril 2012

Petit, tout petit Chelsea

Salut à tous,

Sur ce blog, depuis quelques mois, Dieu sait que j'essaie de garder un avis le plus objectif possible. Et c'est donc avec cet objectif difficilement réalisable mais indispensable que j'entame ce post.

Mauvais goût dans la bouche

Tous les amoureux du football doivent avoir un goût étrange dans la bouche. Même ceux, nombreux en France, qui espèrent toujours que David battent Goliath, ne peuvent que regretter que la meilleure équipe du monde ne soit pas en finale de la Ligue des Champions. On le sait, il n'y a jamais de doublé dans cette compétition tellement exigeante que même les gros clubs ne peuvent répéter deux fois le même exploit consécutivement, puisque ce n'est jamais arrivé depuis que la phase de poules est apparue, en 1991. Mais quand même, compte tenu de l'opposition faiblarde, on l'a encore vu ce soir, on espérait mieux. Tant pis, en finale il faudra se fader l'équipe la plus défensive de l'Histoire de la C1, peut-être depuis le Steaua Bucarest en 1986, qui sera en plus privée de trois titulaires majeurs, Terry, Ramires et Ivanovic. Tout ça pour ça... En même temps ça fait deux défenseurs en moins, ça fera pas de mal à cette équipe d'épiciers.

Alors certes, Barcelone tire la langue en ce moment, et notamment Messi, auteur, tout de même, d'une passe décisive encore ce soir. Rien de plus normal pour un joueur, et une équipe, qui jouent entre 60 et 70 matches par ans depuis plusieurs années, sans parler des matches internationaux. Mais quand on regardait les deux matches, il faudrait être d'une mauvaise foi maladive pour affirmer que Barcelone n'aurait pas mérité un petit peu mieux. Suffit de compter les tirs, les poteaux, la possession de balle... la définition même du hold-up. Et, jusqu'à preuve du contraire, les hold-up sont interdits, et donc répréhensibles. C'est du vol, quoi.

Ambition contre terreur

Barcelone méritait d'abord sur le plan des intentions. Une théorie circule comme quoi la seule manière de battre Barcelone, c'est de dresser les barbelés, serrer les dents et prier très fort. Ça a suffit pour la plus faible équipe de Chelsea depuis dix ans, qui fera pâle figure en finale. Soit. C'est surtout une preuve formidable que Barcelone n'a pas d'équivalent en Europe et dans le monde : même le Real Madrid ne fait pas naître une telle terreur chez ses adversaires, quels qu'ils soient, au point qu'ils se sentent obligé d'adopter les systèmes de jeu les plus primaires pour mettre en échec la plus belle équipe du monde. Quitte à faire fuir les amateurs de beau jeu, qui, je pense et je l'espère, sont encore nombreux dans notre pays.

Mais qu'on me dise que Chelsea était David face à Goliath, faites moi rire. Ou plutôt, ne me faites pas rire. Quand Quevilly affrontera Lyon, ce week-end en finale de la Coupe de France, on pardonnera sans sourciller que les semi-amateurs normands jouent derrière, en attendant des contres salvateurs. Même chose pour Nicosie contre Lyon, encore, ou le Real Madrid. C'est le jeu, c'est normal, qu'un club possédant un budget plus de 100 fois inférieur à son adversaire sacrifie à la règle du beau jeu pour atteindre un rêve inaccessible pour lui, gagner un trophée national. Si c'est le seul moyen... mais ça n'aurait pas du être celui d'un club comme Chelsea.

Que Chelsea, bien assis sur la pile de dollars douteux provenant de la fortune de Roman Abramovitch, ose utiliser les mêmes méthodes qu'un petit club amateur face à un gros club pro pour éliminer un autre club de la même sphère financière que lui, c'est très petit. C'est surtout un aveu de faiblesse terrible : oui, même avec, à vu de nez, plusieurs centaines de millions d'Euros de budget, on peut jouer comme des équipes qui n'auraient pas eu les moyens d'attirer des joueurs de ballons formidables comme Mata, Drogba, Ramires, Lampard, Kalou, Torres... et ne pas en avoir honte, en plus. Si c'était pour jouer avec 10 défenseurs, pourquoi mettre ces pianistes sur le terrain ? Vous me direz, ça a marché, même si utiliser Drogba en défenseur, ça a coûté un penalty (indiscutable) qui aurait du éliminer le club londonien, avec un peu moins de réussite.

Quand le PSG a arraché un succès difficile face à Marseille, les médias lui sont tombés dessus à bras raccourcis. M'est avis qu'ils auront beaucoup plus mansuétude pour Chelsea, demain, je ne sais pas pourquoi.

La solidarité par le béton

Chelsea a marqué sur ses trois tirs cadrés lors des deux matches, voilà la réalité. Côté Barcelone, ce serait difficile de compter les tirs, vu leur nombre. Je trouve que voir des demi-finales aussi déséquilibrées sur le terrain, entre deux équipes qui devraient pourtant être proches, puisque Chelsea investit de très grosses sommes sur le marché des transferts, tout comme son adversaire, c'est extrêmement triste. C'est aussi symptomatique d'un certain état d'esprit qu'on ne trouve finalement pas que dans les bureaux des entraîneurs de Ligue 1 : la fin justifie les moyens, quitte à bafouer le jeu de football en ne pensant qu'à défendre, détruire.

On parle d'exploit, de solidarité, de courage. Je rêve. Où est l'exploit ? Détruire est 10 fois plus aisé, en football comme en rugby, que construire, attaquer, élaborer une tactique, chercher des espaces dans des blocs regroupés. Solidarité ? Quand vous êtes tous derrière, les espaces sont minimes, la solidarité va donc de soit puisque chaque joueur n'est jamais éloigné des autres à plus de deux ou trois mètres... Courage, comme a osé affirmer le meilleur ami de Didier Drogba, Christian Jeanpierre ? Qu'est-ce qui est le plus courageux ? Aligner trois défenseurs et quatre attaquants, un cas unique à un tel niveau, ou jouer tous derrière comme un vulgaire promu sur le terrain du champion, en attendant un exploit individuel de l'unique attaquant de l'équipe ? Donner sa chance tous les ans à des jeunes talents, construire une identité de jeu qui inspire le monde du football comme rarement, privilégier le jeu, le collectif, la passe, l'offensive, à toute autre philosophie de jeu, et c'est des débutants à l'équipe pro, c'est autrement plus courageux et reluisant que le petit coup que vient de jouer Chelsea.

Et je n'ai pas parlé des autres moyens, moins légaux, employés par les Londoniens, à savoir la violence. Un rouge odieux, six jaunes, un attentat de Lampard... Une honte. je ne vois pas où je devrais me réjouir de la qualification des Blues, désolé.

L'exemple du Bayern

La semaine dernière, le Bayern Munich a battu le Real Madrid à la régulière (2-1). En jouant, en attaquant, en utilisant ses ailiers autrement que quand des seconds latéraux. Comme quoi, on peut gagner en ne crachant pas sur tous les fondamentaux du jeu, en ayant un plan de jeu équilibré, de l'ambition, de la déontologie, de la morale. Bref, tout ce qu'on est en droit d'attendre d'une demi-finale de Ligue des Champions entre deux clubs richissimes, sensés faire rêver des centaines de millions de téléspectateurs.

A demain, on devrait un peu plus se régaler. Munich est-il plus puissant, plus aisé que Chelsea ? Pas vraiment... Le Bayern se fera peut-être fesser par le Real, mais il pourra au moins regarder ses supporters, et eux-mêmes, les yeux dans les yeux. Le Bayern sait qu'il est inférieur au Real, comme Chelsea par rapport à Barcelone. Mais il respecte le jeu, la compétition, et décidera sans doute de jouer sa chance à la loyale. Un peu comme ça se faisait il y a 50-60 ans, quand les enjeux économiques n'influençaient pas encore les tableaux noirs.

A plus tard !