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lundi 2 juillet 2012

Une finale tronquée

Salut à tous,

La gueule de bois doit être partagée ce matin, de chaque côté du Golfe du Lion. En Espagne, la fête a du être terrible, et le réveil, difficile : mettre 4 buts d'écart à un adversaire en finale, ça n'avait jamais été fait ; et rentrer dans l'Histoire pour longtemps, ça n'arrive pas souvent. En Italie en revanche, c'est surtout l'ampleur très exagéré de la défaite qui a du faire le plus mal. Avec le fait de n'avoir pas pu défendre ses chances jusqu'au bout, à cause d'une règle qui, comme d'autres, à l'image de ce qu'il se fait dans le rugby, mériterait d'être quelque peu dépoussiérée.

L'Espagne définitivement mythique

Le bonheur espagnol est parfaitement légitime. Remporter trois tournois consécutifs, conserver son Euro, ne prendre aucun but en 990 minutes durant les matches éliminatoires, c'est carrément dément. Surtout lorsque l'on sait à quel point cette Roja a parfois ennuyé durant cet Euro, et même été bousculée, par l'Italie et la Croatie, en phase de poule, puis par le Portugal en demi-finales. Jusque là, seules l'Irlande et la France avaient laissé le futur double tenant développer tranquillement son jeu, sans qu'elle ne déploie jamais le jeu flamboyant qu'elle a montré hier soir... du moins pendant une heure.

L'Espagne fait mieux que les deux équipes qui avaient réussi un doublé en deux ans, la RFA entre 72 et 76, qui avait échoué cette année là en finale de l'Euro, et la France entre 98 et 2000, qui s'était complètement ramassée en 2002. Trois grands tournois, avec dans ses rangs la bagatelle de 9 joueurs (Casillas, Ramos, Arbeloa, Iniesta, Xabi Alonso, Xavi, Fabregas, Silva et Torres) qui ont participé à ces trois conquêtes. Et Puyol et Villa étaient blessés... de quoi faire une équipe entière ! Ça signifie une génération exceptionnelle, ça veut aussi dire que la relève ne sera pas jugée comme toutes les relèves. Le remplacement, dans les prochaines années, des trentenaires tels que Casillas, Xavi ou Xabi Alonso, ne sera pas aisé. On le sait bien, en France, comme ailleurs : les mythes ne se succèdent pas entre eux.

Des débats équilibrés

Pourtant, même si dans le jeu elle semblait supérieure, la Roja n'a pas dominé du tout la première heure de la finale, contrairement à ce que le tableau d'affichage annonçait alors. Elle avait deux buts d'avance mais n'avait ni la possession (52 % pour l'Italie) ni le nombre de tirs (12 à 11) en sa faveur. La Squadra avait même raté quelques grosses occasions très nettes, notamment le pauvre Di Natale, rentré à la pause à la place de Cassano, et qui se créait deux opportunités énormes, une tête juste au-dessus sur un coup-franc puis un duel avec Casillas, dans lequel il envoyait directement le ballon sur le portier espagnol, qui n'en demandait pas tant. Ce dernier a par ailleurs sorti un très grand match, ce qui montre, contrairement à ce que certaines blagues circulant sur le net tendraient à faire croire, que la Roja, après avoir gagné l'Euro sans attaquant, pourra gagner le prochain sans gardien. Elle a souffert sur les attaques placées italiennes, et surtout sur les coups de pied arrêté. Et malgré les critiques répétées et consternantes des commentateurs de TF1, Mario Balotelli a fait ce qu'il a pu, il a pesé, mais n'était pas toujours été bien soutenu.

Mais, malgré le côté équilibré des débats, l'Espagne menait déjà largement à la pause, grâce à deux buts sublimes, enfin. Deux buts qui nous ont rappelé que, quand cette équipe essayait de faire autre chose que faire tourner le ballon et attendre que l'adversaire se fatigue, elle pouvait sortir des actions collectives magiques, qu'elle seule est capable de fournir au niveau international. Le but de Silva, sur un centre de près de Fabregas, et celui de Jordi Alba, parfaitement lancé par un Xavi retrouvé, ont illuminé une première mi-temps équilibrée, on l'a dit, mais aussi plaisante à regarder et très rythmée. La suite...

La finale volée

Après un quart d'heure où Di Natale aura définitivement mangé la feuille, il y eut la blessure du Parisien Thiago Motta, entré 5 minutes plutôt, et qui allait laisser ses coéquipiers à 10 pendant une demi heure, une première dans l'histoire des grandes finales. A 10 contre 11 Espagnols en pleine confiance, pendant un tiers de match, que pouvaient espérer les Italiens, aussi courageux soient-ils ? Ils ont retardé l'échéance pendant 20 minutes, avant de logiquement craquer durant les 10 dernières. On est content pour Torres, qui termine co meilleur buteur en n'ayant joué que durant l'équivalent de deux matches (189 minutes), et Mata, qui a profité de ses seules (!) 5 minutes de jeu durant cet Euro pour marquer, mais pas sûr qu'ils auraient si aisément trompé Buffon en fin de match si les deux équipes avaient terminé à 11. Que ce serait-il passé si l'Italie avait eu l'autorisation d'effectuer un autre changement ? Pas sûr qu'elle eut pu inverser la tendance, même si elle en avait les moyens, puisqu'elle continuait de se créer des occasions avant cela. Mais on aurait eu droit à une dernière demi-heure beaucoup plus rythmée et équilibrée, sans nul doute. Bref, si le vainqueur n'a sans doute pas changé à cause de cette circonstance, les spectateurs que nous sommes, qui nous régalions de voir les deux meilleures équipes européennes, les derniers champions du monde, s'affronter, peuvent se sentir spoliés. Cette finale a été faussée, et son résultat avantageusement grossi, sans doute. Il n'y avait pas 4 buts entre les deux équipes, hier soir.

En rugby, ce sport traditionnel, enraciné dans les cultures des terroirs britanniques, du sud de la France ou de l'hémisphère sud, si ancré dans les villages, les régions, qui ne succombe que partiellement au business que le professionnalisme colporte partout où il va, on peut consulter la vidéo lorsqu'une décision arbitrale pose problème. On peut aussi remplacer un joueur quand il est blessé, même quand les remplacements ont tous été effectués. Bref, le rugby nous donne encore une fois une leçon de modernisme. De cette manière, les matches ne sont jamais faussés par des coups du sort. Cesare Prandelli a du changer son latéral gauche après 20 minutes, déjà sur blessure. Il a donné du peps à son attaque à la pause, en faisant rentrer Di Natale, deuxième changement. Peut-être celui de Montolivo par Motta, avant l'heure de jeu, était prématuré, après coup. Comment le savoir ? Si on se dit qu'on prends un risque en changeant trop vite ses joueurs, on fait comme Laurent Blanc, on fait des changements à la 85e minute, quand c'est trop tard. Prandelli, lui, est un tacticien hors pair, et ses changements, notamment celui de Di Natale, ont bien failli porter ses fruits. Et la blessure de Motta n'est pas une erreur de sa part, juste un coup du sort. Il a essayé d'équilibrer son milieu pour avoir une meilleure maîtrise et en contrant mieux l'Espagne. Mais il n'y a plus eu de match, ensuite.

Cruel pour l'Italie

Rendant hommage à ces joueurs espagnols, dont plus de la moitié des titulaires ont remporté trois tournois majeurs, ce que personne en Europe n'avait jamais fait. Nous serons tous très vieux, voire morts, le jour où tous ces records seront battus. Une équipe qui gagne quatre trophées d'affilée ? Difficile à imaginer. Et ils nous ont régalé hier. Mais je ne peux m'empêcher d'être triste pour ces Italiens qui, après des décennies à encaisser des critiques sur le jeu et leur calcul, ont essayé - et réussi - de jouer, on fourni du jeu, et se sont rendus sympathiques aux yeux du monde entier, et même des Français, mais qui ont payé trop cher cette révolution stylistique et tactique. Beaucoup, dans la botte, feront remarquer que, peut-être, s'ils avaient plus calculé, moins laissé d'espace en attaquant, ils auraient plus gêné cette Roja qui, comme toutes les équipes qui aiment avoir le ballon, n'attendent qu'une chose, que leur adversaire prenne des risques. Mais les Italiens ne doivent pas abandonner cette idée. Ils ont et ont toujours eu les joueurs pour mieux jouer qu'ils ne le faisaient avant, et voir enfin cette équipe se libérer et offrir autre chose que de la sueur et du bloc équipe, c'est vraiment réjouissant. Et en plus ça marche, souvent. On ne rencontre pas tous les jours l'Espagne, et on ne finit pas toujours à 10 contre elle.

Allez, on se revoit plus tard pour un bilan détaillé de cet Euro !

dimanche 1 juillet 2012

Un duel de Champions

Salut à tous,

Nous y voilà... 30 matches, 72 buts, deux prolongations et autant de tirs aux buts, peu de surprises, hormis les trois défaites des Pays-Bas et la place de l'Italie en finale... et nous voilà au matin de la finale de l'Euro, la 14e du genre. Avec, au programme, un choc 100 % latin, le troisième en quatre Euros (après France-Italie en 2000 et Portugal-Grèce en 2004). C'est aussi un affrontement entre les deux derniers champions du monde, excusez du peu ! Le tenant espagnol est évidemment le grand favori de ce match, mais certains aspects pourraient bien arrondir les angles de cette certitude. Passons en revue les armes, les forces et les faiblesses de chaque équipe.

Une Roja solide, mais peu percutante

Honneur au tenant. Sa force, c'est d'abord son expérience. Personne ne peut se prévaloir d'un tel palmarès. Iker Casillas est le gardien qui a disputé le plus de matches en tournoi (28). A lui seul, Xavi rend jaloux tout le reste du plateau européen, avec ses 6 championnats, ses 3 Ligues de Champions, ses deux Coupes du Monde des Clubs, et bien sûr son Euro et son Mondial... La Roja qui n'a pas pris de but en match éliminatoire d'un grand tournoi depuis la Coupe du Monde... 2006, et le huitième de finale perdu contre la France (1-3). Depuis le but de Zidane dans les arrêts de jeu à Hanovre, l'Espagne vient de signer 900 minutes sans prendre de but. Dans le même temps, elle en a marqué 10, soit exactement un toutes les 90 minutes... le minimum du minimum syndical.

Et puis bien sûr, elle a son jeu, implacable. Elle n'a plus perdu la possession du ballon depuis la finale de l'Euro 2008, contre l'Allemagne (1-0). Andrea Pirlo, un des maîtres de la passe, serait sixième au nombre de passes s'il était Espagnol durant cet Euro, derrière notamment Busquets ou Ramos ! La Roja fait tourner le ballon, fait courir son adversaire pendant des palanquées de minutes, quitte à ennuyer même ses propres supporters, et aucune équipe passée à cette moulinette ne peut tenir très longtemps. Le Portugal y est parvenu mais a failli craquer en prolongation. Une défense solide, un milieu infernal... reste l'attaque.

C'est une des failles majeures de l'Espagne. Durant les tournois précédents, elle pouvait compter sur David Villa, voire Fernando Torres, pour rendre concret au tableau d'affichage l'énorme domination ibérique. Avec la blessure de l'ancien valencian, meilleur buteur des deux derniers grands tournois avec 4 puis 5 buts, et la méforme de Torres, malgré de gros progrès dernièrement, l'Espagne est comme une œuvre inachevée. Torres a signé un doublé, mais c'était "que" contre l'Irlande, contre qui la Roja a inscrit la moitié de ses buts dans ce tournoi (4 sur 8). Fabregas a marqué deux fois, lui aussi contre l'Irlande mais aussi, avant cela, contre l'Italie, un but égalisateur qui s'est avéré essentiel dans la qualification. Iniesta manquant de réussite (11 tirs cadrés, 0 but, record historique du tournoi) et Silva se contentant des passes décisives, l'Espagne a du se reposer sur un doublé improbable de Xabi Alonso contre les Bleus (2-0) et sur les tirs aux buts contre le Portugal. le dernier attaquant espagnol à avoir marqué lors d'un match éliminatoire se nomme Villa, en quart de finale du dernier Mondial, contre le Paraguay (1-0). Depuis, Puyol, Iniesta et Xabi Alonso (2) lui ont succédé, en 4 matches.

Et puis, y a cette fatigue, cette lassitude, presque. Contre la France, qui n'a malheureusement jamais cherché à la bousculer, contrairement au Portugal, elle a semblé absente, comme peu concernée. Elle a géré les timides petites flèches tricolores, et s'en est sortie au métier contre des Portugais beaucoup plus incisifs. La sortie de Xavi à la 87e minute, alors que tout restait à faire, a interloqué. Il faut dire que ce soir, le milieu de 32 ans disputera son 65e match de la saison, soit son exacte moyenne depuis six ans. Son compère Busquets, lui, le devancera de deux unités. Les Madrilènes Casillas (69), Sergio Ramos (67) et Xabi Alonso (68) font autant, voire pire. Les autres se situent entre 50 et 60 matches chacun, ce qui fait, pour tous, plus d'un match par semaine en moyenne. Normal pour des internationaux, titulaires dans des clubs qui auront brillé dans toutes les compétitions. Mais il est logique que, pour certains trentenaires n'ayant jamais pu ou voulu souffler ces dernières années, la route commence à sembler longue.

Et enfin y a l'Histoire, implacable. Se qualifier pour trois finales consécutives de grande compétition, en en gagnant 2, a déjà été fait une fois, par la RFA entre 1972 et 1976. Conserver son titre européen et gagner trois tournois consécutivement, en revanche, ça n'a jamais été fait. L’Espagne est favorite, mais la RFA aussi l'était avant d'être piégée aux tirs aux buts par la Tchécoslovaquie de Panenka, il y a 36 ans. Toutes les séries ont une fin, et les records sont faits pour être battus. Mais quand même, quel exploit ce serait !

Mais l'Italie semble avoir les clés pour contrer cette machine de guerre implacable.

La Squadra l'a déjà fait

D'abord, c'est la seule à avoir marqué un but à cette Roja, lors du premier match (1-1). Un contre assassin façon italienne, conclu par Di Natale, qui ne reflèta pas vraiment le style de cette Squadra qui n'avait pas fait que défendre contre le tenant des titres. Elle l'avait bousculé, et lui avait infligé autant de tirs cadrés en un match (6) que les trois autres adversaires des Espagnols par la suite. Défensivement, elle n'avait cédé que sur un éclair de génie de Silva, trouvant d'une passe laser un mini espace dans le mur italien pour trouver un Fabregas terriblement habile (1-1).

Avant d'analyser son jeu, disons également que l'Italie, certes éliminée aux tirs aux buts par la Roja à l'Euro 2008, n'a jamais perdu contre cette dernière en tournoi majeur, en 7 confrontations (3 succès, 4 nuls). Sous la magistrature Prandelli, elle reste également sur deux matches sans défaites (1 succès en amical, 2-1, et le nul lors du groupe C). Elle est également la seule équipe à n'avoir jamais été menée durant la compétition.

Dans le jeu, certains disent qu'elle est la preuve qu'on peut gagner avec deux pointes, sous-entendant par là que la France aurait pu le faire en faisant jouer Giroud, la grande marotte française de ce mois de juin. Regardez les matches italiens, et revenez m'affirmer que Cassano joue en pointe. La plupart du temps il joue en soutien de Balotelli, et le plus souvent sur le côté gauche, ou De Rossi, le milieu gauche du trident du milieu italien, qui peut dépanner en défense centrale, aura toutes les peines du monde à se muer en ailier gauche. C'est de cette aile, notamment, que l'attaquant du Milan aura servi celui de City contre l'Allemagne (2-1), ne marquant qu'un seul but, sur corner contre l'Irlande (2-0). En 5 matches, il n'a frappé que 13 fois au but, cadrant 7 fois. Balotelli en est à 24, pour 14 cadrés ! Ce dernier est LA pointe de l'Italie, qu'il n'est d'ailleurs pas toujours à City. Cassano, lui, n'en a jamais été une. Il n'a marqué que 13 buts en 18 mois, en 54 matches. De bonnes stats, mais pas les stats d'un buteur.

Ce duo offensif est extrêmement intéressant, car très complémentaire. Il associe deux joueurs très techniques, un qui balaie tout le flan offensif, on l'a vu, et l'autre très puissant, rapide, qui ne doute de rien, et qui pèse terriblement sur les défenses centrales. Balotelli a passé son Euro à gâcher des occasions (seul Ronaldo et le Russe Kerzhakov ont plus frappé à côté que lui), sauf contre l'Allemagne, où il a moins frappé mais beaucoup mieux. L'attaquant formé à l'Inter est le premier italien a marquer plus de deux buts lors d'un Euro. Guère embêtée par Benzema ou Hugo Almeida, à peine plus par Ronaldo, la défense espagnole devra gérer ce phénomène, qui est capable de flamber comme personne ou complètement disparaître, c'est selon. En tous cas il avait particulièrement raté son premier match contre l'Espagne, pas dans le jeu, où il avait toujours été dangereux, ce qui lui garantie, à mon avis, sa place de titulaire, mais dans l'efficacité.

Évidemment, il y a Pirlo, sans qui la Squadra ne serait pas là, tout simplement. Un des seuls champions du monde 2006 présent (avec Buffon, Barzagli, Chiellini et De Rossi) a porté cette équipe comme peu de joueurs l'ont fait. A 33 ans, il a été impeccable défensivement, et génial dans le jeu. Il fait toujours le bon choix, ajuste parfaitement ses passes, dirige le jeu comme personne. Il a d'ors et déjà assuré sa place dans le onze type du tournoi, et sans doute dans les 5 premiers du prochain Ballon d'Or. Surtout en cas de victoire... La défense, elle, a concédé trois buts, notamment contre la Croatie, mais aussi contre l'Espagne et l'Allemagne, sur penalty, excusez du peu. D'une manière générale, Barzagli a prouvé qu'il était un des tous meilleurs défenseurs du monde, tout comme le méconnu Bonucci. Et que dire de Buffon... au-delà du grand gardien qu'il est depuis plus d'une décennie, il est peut-être le meilleur capitaine du tournoi, un meneur d'homme exceptionnel. Un de ceux qui ont manqué, par exemple, aux Pays-Bas, à l'Allemagne, et bien sûr à la France, on ne peut plus logiquement.

Une tactique incertaine, un banc peu fourni

Les défauts maintenant. Dans tous ses matches, l'Italie a gâché, et s'est compliqué la vie. Même face aux meilleurs, l'Espagne et l'Allemagne, elle a raté des occasions qui auraient pu lui assurer des succès plus larges, ou des succès tout court. Son match contre la Croatie en est l'exemple parfait (1-1). Après deux matches de poule et avec 2 points, elle était à deux doigts d'être éliminée à cause de ce manque d'efficacité. Preuve, s'il en est, qu'elle n'a plus rien à voir avec l'image d'Epinal qui la poursuivra encore longtemps, celle d'une équipe froide, calculatrice, et qui n'a pas besoin de beaucoup d'occasions pour s'imposer. C'est tout l'inverse, même, et face à des Espagnols qui concèdent vraiment très peu de tirs en temps normal, il faudra être efficace, enfin. Balotelli est l'inverse absolu de Rossi ou Inzaghi. Très présent, mais pas forcément efficace.

Lors de son match contre l'Espagne, elle avait aussi gêné le tenant grâce à une défense à 5, qui avait noyé le jeu de la Roja, tout en lui permettant d'être performante offensivement grâce à un milieu fourni et des couloirs bien animés. Mais depuis le match contre la Croatie, Prandelli a abandonné cette tactique destinée surtout à rassurer une équipe fragilisée par les affaires de corruption et des matches amicaux catastrophiques, De Rossi est revenu au milieu, ce qui lui a offert un visage encore plus séduisant. Alors, que va décider l'ancien coach de la Fiorentina ? Va-t-il utiliser le système qui avait mis en échec l'Espagne ? Ou continuer de s'appuyer sur celui qui lui a réussi depuis, quitte à moins gêner la Roja ? Pas facile, le job de sélectionneur...

En tous cas ce match sera très différent du premier. Pourtant, dans les 3 autres cas où deux équipes se retrouvent en finale après s'être affronté durant le premier tour, seul le double affrontement entre les Pays-Bas et l'URSS, en 1988, différa selon que les deux équipes s'affrontaient en phase de poule (1-0 pour les Soviétiques) ou en finale (2-0 pour les Oranges). En revanche, entre Allemands et Tchèques, en 1996, il y eut le même résultat (2-0 puis 2-1 a.p.), mais pas vraiment selon le même scenario, puisque l'Allemagne fut menée jusqu'au dernier quart d'heure... En revanche ce fut quasiment identique entre Grecs et Portugais, en 2004 (2-1 puis 1-0). La série va-t-elle se poursuivre ? A noter que dans ces cas là, il n'y eut pas de nul... jusqu'à cette année. Aucune des deux équipes n'a donc pris l'ascendant !

Dernier point faible italien, son banc. Derrière le 11 qui s'est dessiné dernièrement, seul Diamanti, habituel remplaçant, a à peu près donné satisfaction. Le Parisien Motta a perdu sa place de titulaire, tout comme le latéral droit napolitain Maggio, au profit même d'un gaucher (Balzaretti) ! Di Natale a bien remplacé Balotelli lors du premier match, avec un but à la clé, mais n'a plus brillé depuis, gâchant même une grosse occasion contre l'Allemagne. Bref, pas sûr que si l'Italie était menée pour la première fois du tournoi, elle ait les moyens de retourner la tendance, vu qu'on ne l'a pas encore vue dans cette situation.

Voilà, j'espère vous avoir donné un maximum de clés ! Bon match, on en reparlera cette semaine !

samedi 30 juin 2012

Blanc passe le flambeau

Salut à tous,

Huit ans après, Laurent Blanc nous fait donc une Santini. A la différence que l'ancien technicien lyonnais, lui, avait annoncé son départ avant le début de l'Euro 2004, raison qu'allaient, entre autres, invoquer les médias pour expliquer l'"échec" de l’Équipe de France au Portugal. Oui parce qu'un quart de finale européen, après un premier tour à 7 points sur 9, et même si la défaite contre la Grèce faisait tâche, ce n'était pas non plus un échec total. En tous cas, même si le doute régnait depuis plusieurs mois sur l'avenir de Blanc, le fait que la France soit aller en quarts de finale aurait du valider la poursuite de sa mission à la tête des Bleus. Et surtout, ça n'a semble-t-il pas joué sur les performances de la France en Ukraine.

Prandelli fait mieux que Blanc

Laurent Blanc n'aura pas réussi ce que Cesare Prandelli a fait avec sa jeune sélection italienne. A savoir récupérer une équipe détruite, sportivement, moralement et surtout médiatiquement, et parvenir à la fois à la rajeunir et la reconstruire, tout en la rendant compétitive. Il n'empêche, il y a trois semaines, avant le début de l'Euro et après une défaite terrible à domicile contre la Russie en amical (0-3), on ne donnait pas cher de la Squadra Azzura, chargée comme une mule par la nouvelle affaire de corruption qui frappe le football professionnel italien. En tous cas, on en donnait presque moins cher qu'à la France après le large succès de cette dernière contre le terrible voisin de la Russie, l'Estonie (4-0).

Le sélectionneur italien a bénéficié de deux avantages par rapport à son jeune collègue. D'abord une expérience d'entraîneur nettement supérieure, puisque à 54 ans il est dans le métier depuis 18 ans maintenant, contre 5 seulement pour son cadet de 8 ans. Ça paraît mineur comme raison, mais pour diriger une sélection des meilleurs joueurs d'un pays, avec des caractères aussi divers et variés qu'un tel regroupement de caractères offre forcément - Cassano ou Balotelli n'ont rien à envier en ce qui concerne l'attitude à Nasri ou Ben Arfa -, il faut pouvoir se reposer sur autre chose qu'une belle carrière de joueur, une bonne image médiatique ou un titre de champion de France. Il faut de l'expérience. Prandelli, malgré six saisons passées à la Juve, n'a jamais été une star du football, et n'a remporté qu'une Série B en tant que technicien. Mais il a dirigé 378 matches de Série A et 44 matches européens. Blanc en est à 114 matches de Ligue 1 et 26 matches européens.

Après, les deux sélectionneurs ont peu ou prou engagé les mêmes chantiers, sportifs et moraux : changer le style de leur équipe, en cherchant à lui offrir un visage plus joueur et offensif, tout en écartant quelques brebis galeuses - mais pas toutes. Mais Prandelli a pu s'appuyer sur un deuxième avantage : la connaissance supérieure du football du public italien. Sa phase de qualification a été solide, sans être flamboyante, mais tout de même meilleure que celle des Bleus (8 succès, 2 nuls, 20 buts pour, 2 contre). Mais, contrairement à Blanc, qui lui a pu travailler sur un lit de rose pendant deux ans, même pendant l'affaire des quotas dont il ressortira étrangement blanchi, si j'ose dire, grâce à la mansuétude prévisible des médias, où l'essentiel des chroniqueurs sportifs sont des amis proches du sélectionneur, Prandelli a été tenu à l’œil dans sa tâche. Et il n'a pas été épargné au moment des mauvais matches de préparation, tandis que Blanc, lui, voyait ses joueurs en prendre plein la pêche tandis qu'il passait une nouvelle fois entre les gouttes. Il a fallut qu'il nous ponde une équipe complètement biscornue contre l'Espagne pour que quelques timides voix s'élèvent à propos de ses choix, enfin qualifiés d'"étranges"... Cette bulle médiatique et protectrice ne l'a pas aidé à mon avis. Jamais il n'a semblé devoir se remettre en question, conforté qu'il était par les avis laudateurs de la presse.

Un bilan honorable

Bref, passons au bilan du sélectionneur, qui n'est évidemment pas à jeter à la poubelle juste parce qu'il s'est mal terminé. L'étonnant est que le passage de l'ancien libero des Bleus aura débuté puis fini sur deux défaites, avec entre les deux 23 matches sans échec. Avec 1,44 points par match (à la victoire à deux points, toujours), Blanc termine avec le quatrième bilan des sélectionneurs depuis qu'il y en a qu'un, à savoir 1964. Jacques Santini (1,71), Aimé Jacquet (1,58) et Roger Lemerre ont fait mieux, mais Platini (1,38), Domenech (1,34), Hidalgo (1,31), Houiller (1,25) ou Michel (1,22) ont fait moins bien. Blanc est également quatrième au pourcentage de succès (59,3 %) derrière les mêmes, mais devance quand même Lemerre au pourcentage de défaites (14,81 %, loin derrière Jacquet, 5,66, et Santini, 7,14).

En revanche, on s'est bel et bien ennuyé pendant deux ans. Au niveau offensif, il signe un 1,48 buts par match qui le place à la 10e place, toujours très loin de Santini (2,46, qui a donc un bilan très nettement supérieur à la trace que son passage a laissé), Lemerre (2), Hidalgo (1,85), Jacquet (1,75) et même Houiller (1,67). Il fait mieux que Domenech (1,35) ou le pauvre Henri Michel (1,28), mais ce n'est pas forcément un titre de gloire. On ne pourra pourtant pas dire qu'il n'a pas bénéficié de joueurs majeurs pour augmenter les stats des Bleus, en très nette baisse depuis presque 10 ans, puisqu'il a gardé sa confiance en Ribéry ou Benzema, des titulaires indiscutables et brillants dans des clubs européens majeurs, réussissant rarement à les faire briller. En revanche, et logiquement, son équipe a brillé défensivement : 0,63 buts encaissé, moins bien que Santini (0,46) ou Jacquet (0,51) et à peine mieux que Domenech (0,68). Laurent Blanc se classe donc à l'entrée du podium des meilleurs sélectionneurs français, ce qui n'est pas déshonorant, loin de là. Et effectivement, il aurait été intéressant de le voir continuer jusqu'au Brésil.

En même temps, personne n'a cherché à le virer... tout ce qu'a voulu faire Le Graet, c'est diminuer un staff ridiculeusement pléthorique (22 personnes !). Quand on a déjà des adjoints et un chef de presse, à quoi sert vraiment Marino Faccioli, l'intendant des Bleus ? Et quand on a déjà un entraîneur des gardiens, à quoi sert Fabien Barthez, dont les piges à 7000 euros n'ont pas du arranger les comptes de la FFF ? Tout le monde veut que les Bleus se sentent bien et que leur sélectionneur soit bien épaulé, mais ça frisait presque l'excès d'emplois fictifs... et, selon moi, s'il avait vraiment tenu à continuer, il aurait fait l'effort de réduire la voilure. Manifestement, son envie de partir ne venait pas seulement d'un désaccord sur ce point.

Certains de mes amis, supporters bordelais, se plaisent à me rappeler qu'il n'en est pas à son premier lâchage, et qu'ils me l'avaient bien dit. Effectivement, à 46 ans, le statut d'ancien sélectionneur va être lourd à porter, mais ça ne l'empêchera pas d'aller entraîner en Angleterre ou ailleurs. Grand bien lui fasse, mais avec Bordeaux et les Bleus, ça fait deux équipes qui n'auront pas pu mener à bien un projet qui s'annonçait prometteur, à cause des ambitions personnelles de Laurent Blanc. Espérons qu'elle n'en pâtira pas. Après tout, l'Espagne a parfaitement su gérer le passage de témoin entre Luis Aragones et Vicente Del Bosque, tout comme l'Allemagne n'a pas souffert du changement entre Klinsmann et Löw. Blanc a fait progresser l’Équipe de France, à son successeur de continuer ce travail et d'apporter sa patte. Notamment en terme de management, qui fut à mon avis le point faible de Blanc, incapable de redresser Bordeaux quand les résultats de l'équipe ont chuté. Même chose pour la France durant cet Euro.

A demain pour la préparation de la finale !