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samedi 5 juillet 2014

Pas encore prêts, les Bleus

Salut à tous,

Au terme de l'aventure française dans cette excellente Coupe du Monde, revenons un peu sur le parcours de cette Équipe de France toujours en reconstruction, et qui a fait mieux que réussir son objectif, à savoir parvenir en quart de finale, puisqu'elle a également séduit par instant la planète football. Et ça, même en 98 ou en 2006, on n'y était pas parvenu, seulement en 84 et en 2000.

Trop forte, l'Allemagne

Ce match face à une Allemagne tellement plus sûre de ses forces, tellement plus expérimentée - les joueurs allemands comptaient en moyenne au coup d'envoi 47,2 matches de Ligue des Champions et 64,4 sélections, contre 29,8 matches de LdC et 33,4 sélections pour les Bleus - et plus forte techniquement, plus habituée aussi - elle n'a plus ratée une demi-finale d'un grand tournoi depuis l'Euro 2004... - était, au fond, joué d'avance. Certes, on pourra reprocher à notre équipe de ne pas avoir su bousculer cette équipe, de ne pas avoir pu ou su emballer ce match avec notre jeunesse. Mais face à une Allemagne qui a frappé presque deux fois moins au but que nous, que pouvions nous lui opposer ? Oui, notre meilleur atout offensif, en l'absence de Franck Ribéry, a échoué devant le but, mais Karim Benzema a tout de même eu l'occasion ultime d'égaliser, sans réussite. Combien de tirs la Mannschaft a-t-elle cadré ? Six fois, contre 9 pour nous. On a eu la même possession (50 %), autant de passes réussies (376 à 378), plus de centres (24 à 14), plus de corners (5 à 3)... plus de ballons perdus aussi (86 à 79). mais autant de déchet dans les passes (74 % à 73). Alors, où peut-on dire qu'on a échoué, dans quel domaine ? L'efficacité. L'Allemagne a-t-elle fait un grand match ? Loin de là. Où pouvait-on lire que les Allemands avaient changé, qu'ils étaient moins froids et calculateurs qu'avant, au point d'étirer un palmarès vierge depuis 1996 ? Partout. Ça s'est joué sur un coup de pied arrêté, un duel gagné, une tête bien placée, point. L'expérience.

On pourra sortir toutes les raisons que l'on veut, que Benzema a perdu sa baguette magique, qu'on n'a pas sur percuter - et là, Ribéry a clairement manqué, au moins sur ce match - que notre charnière centrale a fait son âge cette fois - 22,5 ans de moyenne - que nos latéraux n'ont pas réussi à apporter leur écot habituel, que Matuidi a fait son nombre de matches cette saison - 66 matches, 4864 minutes - etc. Mais la réalité, c'est qu'il s'agit d'une équipe qui se construit encore, et qui évolue dans cette configuration - plutôt satisfaisante, à mon avis - depuis à peine six mois, et le retour contre l'Ukraine (3-0). Il y a deux ans, après l'élimination face à l'Espagne lors de l'Euro 2012, je parlais déjà, ici, d'une équipe en chantier, et de joueurs sur lesquels le successeur de Laurent Blanc, à qui je collais un costard justifié, allait pouvoir s'appuyer pour préparer la Coupe du Monde : Lloris, Debuchy, Cabaye, M'Vila, Koscielny, Clichy, Ribéry, Benzema, mais aussi Matuidi et Ménez, Martin, Valbuena, Giroud, Yanga Mbiwa... à quelques exceptions près, je n'étais pas loin quand même.

Un gros potentiel

Même chose cette année, en vue de l'Euro 2016, sur notre sol. Normalement, hormis peut-être Evra et éventuellement Valbuena, qui ira sur ses 32 ans, sans parler de Ribéry, toute l'équipe présente au Maracana hier devrait être sur le pont dans deux ans. Même chose pour les remplaçants, Ruffier, Koscielny, Mangala, Digne, Cabella, éventuellement Schneiderlin et même, qui sait, mon ami Giroud. Sissoko aussi, vu que Deschamps semble fan... Sans parler des absents, Grenier, Lacazette, Kondogbia... bref, il y a du potentiel dans cette équipe, et quand elle aura accumulé une quinzaine de sélections supplémentaire et autant de matches de Ligue des Champions, la plus relevée des compétitions au monde, elle pourra peut-être espérer concurrencer des équipes comme l'Allemagne. Une équipe ne se décrète pas dans des éditos laudateurs dans l’Équipe, ni dans des sondages aux questions dirigées. Elle se construit avec le temps, avec patience, après des échecs souvent douloureux. On avait une belle équipe, comme la Colombie, mais pas une grande équipe. Le haut niveau, ça demande plus que ça.

Un parcours pas si limpide

Comment a-t-on pu réussir à faire croire aux Français que leur jeune équipe pouvait décrocher le Graal cette année ? Parce que si le bilan des Bleus au Brésil est plus qu'honorable, surtout que personne ne se balade dans cette compétition, qui ne semble promise à personne à l'avance, il n'a pas non plus été d'une perfection absolue. Premier match contre le Honduras ? Une première mi-temps que tout le monde a oublié mais qui fut aussi insipide que celle contre le Nigeria, par exemple. Un match qui se débloqua sur un penalty - assorti d'un rouge - concédé par Wilson Palacios, qui avait bien failli faire expulser Paul Pogba quelques minutes plus tôt, et qui sera sa victime sur la faute dans la surface. A 1-0 et à 11 contre 10, les Français allaient corser l'addition sur un csc du gardien hondurien suite à un raté face au but de Benzema, puis sur un ballon mal repoussé par la défense qui échouait sur le même Benzema, qui concluait superbement. Un bon résultat, mais peut-être trompeur par rapport au contenu...

Le deuxième match des Bleus face à la Suisse fut celui qui emballa véritablement la machine médiatique, et pour cause : cette fois il s'agissait en face d'un des cadors actuels du football européen, qui allait démontrer face à l'Argentine en huitièmes qu'elle n'était pas cette passoire qui avait pris l'eau à Salvador contre les Bleus (5-2). Ce score était une véritable performance des Bleus, et leur match le plus abouti de la compétition, et de loin. Après, on peut aussi analyser les causes de cet effondrement, après 20 premières minutes qui annonçaient le même genre de match qui avaient opposé les deux sélections ces dernières années : fermé, tactique, et en général vierge de buts. La sortie de Von Bergen, suite à un duel et à un coup de tatane de Giroud dans la figure, a sans doute désorganisé les Helvètes, qui ont finalement encaissé un très joli but de la tête du même Giroud, qui aurait pourtant pu être expulsé juste avant. La suite ? les Suisses sont obligés de se découvrir, et c'est là que notre jeu rapide et notre bon pressing allait faire merveille. Un gros match de notre part, malgré tout.

Le Nigeria n'a pas eu de chance

Le troisième je l'ai vu de mes yeux vu, à Rio de Janeiro, au Maracana. Un rêve absolu, et un 0-0 qui, vu des tribunes, ne fut pas si triste qu'on l'a dit en France. Les Bleus, où la moitié de l'équipe avait été changée, encore une fois face à un adversaire réduit à dix, se sont créés de grosses occasions, notamment en deuxième mi-temps, mais ont manqué de précision. Un peu comme face à l'Allemagne, en somme... ce 0-0 aurait pu être un 2-0, et la presse aurait pu continuer de faire croire à la nation qu'un titre était possible... ce qu'elle a fait d'ailleurs. Le Nigeria, malgré le bon résultat (2-0), fut peut-être le match le plus difficile du tournoi pour les Bleus. Ils ont clairement perdu la première mi-temps face à des Africains rapides, puissants surtout, mais inefficaces, voire malchanceux, et peut-être même désavantagés par l'arbitrage sur plusieurs situations. En deuxième mi-temps Enyeama signait sa seule erreur du Mondial, permettant à Pogba de marquer contre le cours du jeu. Le csc de Yobo était anecdotique. Face à la sélection de Keshi, nous n'avions rien maîtrisé, et c'était finalement nous qui nous en sortions au métier, à l'expérience. Chacun son tour.

La France a donc certes signé un bon parcours, mais est loin d'avoir maîtrisé son sujet comme les commentaires dithyrambiques des médias semblaient le faire croire. D'ailleurs, l'analyse de ces derniers n'a jamais vraiment été technique ou tactique, mais... comportementale. Une fois de plus, la presse, dans son infinie nullité footballistique, s'est presque exclusivement focalisée sur le côté sympa des joueurs, leur présumée union sacrée, sur leur amitié, etc. Si les Bleus ont signé un bon Mondial c'était parce qu'ils étaient sympas et gentils, alors pourquoi ressortir les côtés négatifs, forcément anecdotiques ? Apparemment, il suffisait que les Bleus s'entendent bien et chouchoutent les médias et leurs supporters pour qu'ils puissent gagner la Coupe du Monde. Pourquoi n'avoir pas envoyé les Prêtres ou les petits chanteurs à la croix de bois dans ce cas ? Jamais les médias n'ont réussi à canaliser leur enthousiasme pour cette équipe de gentils elfes sympathiques, et ont fait croire l'impossible aux gens. Catastrophique ou absolument génial : voilà les deux mamelles de l'analyse des matches de l’Équipe de France depuis des décennies et l'explosion du nombre de médias. Pas de milieu, pas d'analyse pondérée, pas de relativisme : il faut du tranché, il faut un angle coco, de la polémique. Le refus du robinet d'eau tiède coûte énormément à la qualité de nos médias actuels.

Nous attends à présent deux ans de "matches amicaux", même si on fait tout de même partie d'un groupe de qualif... une énième lubie platinienne. Vivement l'Euro ! Et vivement la prochaine Coupe du Monde !

A plus tard !


lundi 9 décembre 2013

Un groupe piégeux

Salut à tous,

A y est, on est fixé, l'attente fut insoutenable mais pas vraiment à la hauteur du soulagement de certains et de la déception d'autres qui auraient espéré des affiches un peu plus affriolantes. On peut comprendre les deux sentiments, qui sont légitimes, mais discutables, comme toujours. Franchement, Danemark, Afrique du Sud et Arabie Saoudite, ça vous aurait dit plus ? Non parce que c'était le groupe de la France en 98. Personne ne viendra me dire après coup que ce groupe était "décevant"...

Le Honduras, pas si méconnu

Suisse, Équateur, Honduras, c'est un mélange de redite - pour la Suisse, que la France a affronté cinq fois entre aout 2003 et juin 2006 - deux succès français, trois nuls -, notamment lors du premier tour du Mondial 2006 (0-0), et 36 fois au total, avec à la clé 15 victoires françaises et 12 défaites, la dernière en 1992 - et de quasi totale découverte. Oh bien sûr, l’Équateur, que la France aura l'honneur et la chance d'affronter au Maracana de Rio le 25 juin - match auquel j'espère vivement vivre sur place, je vous en reparlerais - n'est pas un total inconnu : ce sera la deuxième édition de cette affiche, après le match amical de Grenoble, en mai 2008, juste avant l'Euro, qui avait permis au jeune stéphanois Bafé Gomis,
qui signait sa première sélection, de signer un doublé (2-0) et surtout de griller sur le fil le pauvre Djibrill Cissé, qu'il avait remplacé à la mi-temps, pour la troisième place d'avant-centre à l'Euro. Quant au Honduras, ce sera une première.

Il faut dire que les affrontements avec des ressortissants de la Concacaf peuvent se compter sur les doigts d'une main pour la France. Hormis ce match contre le Canada au premier tour du Mundial 86 (1-0, premier but de Papin en sélection) et de matches amicaux contre les États-Unis, à East Rutherford, en indoor, en 1979 (6-0, triplé de Lacombe) ou le Costa Rica, en 2005 à Fort-de-France (3-2 après avoir été mené 0-2, buts d'Anelka, Cissé et Henry), on notera cet étrange match amical contre une sélection d'Amérique Centrale, joué en 1972 à... Salvador de Bahia, où la France affrontera la Suisse, le 20 juin, et remporté 5-0, avec notamment un triplé signé Hervé Revelli. C'est dire si l'idée d'affronter le Honduras ne doit normalement pas effrayer une sélection française, quelle qu'elle soit.

Mais évidemment, il faut nuancer cet avis définitif basé sur une impression et une analyse simpliste de la situation. Certes, dans l'absolu et sur le papier, le Honduras n'a rien d'un danger. Mais il a réussi l'exploit peu commun pour une autre équipe autre que les États-Unis de finir devant le Mexique en éliminatoire, en allant s'imposer chez ces mêmes Mexicains (1-2), qui font par ailleurs figure d'outsider dans le groupe du Brésil, après avoir battu les Américains en février dernier (1-0). Le Honduras qui peut compter sur plusieurs joueurs qui brillent en Europe, comme le défenseur d'Hull City, en Premier League s'il vous plait, Maynor Figueroa, l'excellent latéral gauche du Celtic Glasgow Emilio Izaguirre (7 passes décisives toutes compétitions confondues cette saison), un autre joueur de Premier League, le milieu de Stoke City, Wilson Palacios, sans parler de Jerry Bengtson, qui joue aux New England Revolutions (9 buts en éliminatoires), l'imposant Carlos Costly, qui évolue en Chine mais qui a joué au Mexique, en Pologne, en Angleterre, en Roumanie ou en Grèce, ou d'Oscar Boniek Garcia, qui brille aux Houston Dynamo. Alors, quand on entends nos "spécialistes", genre Pierre Ménès, dire qu'ils ne connaissent "personne" dans l'équipe type hondurienne, c'est soit de la fainéantise, de la malhonnêteté intellectuelle, soit de l'ignorance ou de l'incompétence. Sûrement un bon mélange de tout ça, ajouté à du mépris pour ces petits pays qui osent se mesurer à nos grandes équipes occidentales... Rappelons que le Honduras était déjà dans le groupe de la Suisse, il y a quatre ans, et avait signé un nul (0-0) conte les Helvètes...

L'Amérique du Sud sera chez elle

Même chose pour l’Équateur. Certes, il vaut mieux tomber sur eux que sur l'Uruguay - qui a tout de même terminé derrière les hommes de Reinaldo Rueda en poule qualificative... - ou l'Argentine, on est d'accord. Certes, descendu de leurs montagnes, à l'image des Boliviens, les Équatoriens ne font pas trembler grand monde, eux qui n'ont pris que trois points à l'extérieur en qualifications, s'inclinant au Pérou, en Colombie ou au Chili, par exemple - tout en l'emportant en amical au Portugal (2-3), en février dernier... -. Certes, si on excepte le vétéran Edison Méndez (34 ans, LDU Quito), ancien du PSV Eindhoven, l'attaquant du Lokomotiv Moscou Felipe Caicedo, l'ailier du Vitesse Arnhem Renato Ibarra et surtout celui de Manchester United, Luis Antonio Valencia, officiellement le joueur le plus rapide du monde avec le ballon, il n'y a pas grand monde dans cette équipe pour faire trembler la France...

Mais je n'ai entendu nulle part cet argument implacable : ce Mondial se déroulera en Amérique du Sud. Et là-bas, les équipes de ce continent seront indiscutablement avantagées. Pour preuve, lors des quatre Coupes du Monde sud-américaines, et même en ajoutant les deux mexicaines et celle aux États-Unis, seules les équipes sud-américaines l'ont emporté, sans exception. L'Argentine l'a emporté chez elle en 78 et au Mexique en 86, l'Uruguay a gagné chez lui en 30 et au Brésil en 1950, et ce dernier l'a emporté en 62 au Chili, en 70 au Mexique et en 94 aux États-Unis. Les Européens ne brillent jamais dès qu'ils franchissent l'Atlantique, c'est comme ça. Des chiffres simples le prouvent : en Europe, les pays locaux glanent 1,14 points par matches, contre 1,02 pour les Sud-Américains. En Amérique du Sud,
le rapport s'inverse : les locaux prennent 1,23 points, contre... 0,95 pour les Européens, qui perdent donc plus de matches qu'ils n'en gagnent là-bas. Sur quatre Mondiaux sud-américains, combien d'Européens ont atteint la finale ? Deux, les Tchécoslovaques en 1962 et les Pays-Bas, en 1978.

Certes, la dernière Coupe du Monde en Amérique du Sud date de 1978... les stades, les joueurs, le jeu est différent, plus mondialisé, moins spécifique à chaque pays, une part importante de joueurs évoluant tous en Europe, leurs styles se mélangeant plus aisément. Mais quand même, ne négligeons pas l'Histoire, qui devrait être un peu plus souvent source d'inspiration pour analyser le présent et l'avenir, et ne pas répéter les mêmes erreurs. La France a disputé deux Mondiaux en Amérique du Sud (30 et 78) et n'a jamais passé le premier tour. Il ne faut pas négliger le fait que les Équatoriens seront forcément avantagés de jouer sur leur continent, leurs supporters viendront plus facilement, l'ambiance brésilienne leur sera plus familière, que ce soit pour ceux qui évoluent encore dans leur championnat ou ça qui y ont joué. Pour nous, ce sera nouveau. Cette remarque peut d'ailleurs également tenir aussi pour les Honduriens.

J'ai d'ailleurs très peur pour les Suisses, qui affronteront le 25 juin le Honduras à Manaus, en pleine Amazonie, dans la pire période de l'année... bon courage à eux. La France n'a pas eu seulement la chance d'échapper à un groupe trop difficile, elle est aussi tombée sur la place dans le groupe qui lui garantit le moins de déplacements, pas loin de leur camp de base et au sud, c'est-à-dire là où il fera le moins chaud. Porto Alegre, Salvador, Rio... de belles villes, de beaux stades... tout paraît parfait. Pourvu que ça dure !

A plus tard !