Affichage des articles dont le libellé est Sakho. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sakho. Afficher tous les articles

vendredi 13 mai 2016

L'importance d'être constant

Salut à tous,

Ca y est, elle est tombée. Bizarrement, je n'ai pas le souvenir d'une telle attente à propos d'une liste pour un grand tournoi en France, mais ma mémoire me fait peut-être défaut. Sans doute est-ce du à l'absence de certitudes - du moins chez les observateurs, les journalistes et les 67 millions de sélectionneurs en France - dans beaucoup de secteurs, notamment en défense et en attaque. Même chez les gardiens, le nom du troisième larron différait souvent suivant qu'on était fan de Costil ou d'Areola. En fait, au vu de la liste, un des rares Français à ne pas vraiment douter sur sa liste se nommait... Didier Deschamps, qui a renouvelé son groupe déjà appelé en mars contre les Pays-Bas et la Russie, et qui lui avait donné satisfaction. Et tant pis si sa liste de réservistes fait parfois plus envie que sa vraie liste...

Chez les gardiens, la tendance est presque toujours à la stabilité. On voit rarement un sélectionneur changer ses billes au moment d'annoncer sa liste alors qu'il se tenait aux trois mêmes noms auparavant, tout simplement parce que le poste de gardien, s'il reste important, n'influence pas vraiment le jeu d'une équipe, même si les fans de Kevin Trapp pensent réellement qu'un gardien bon aux pieds y parvient, ce qui ne m'a jamais sauté aux yeux. Et surtout, il faudrait un réel cataclysme pour qu'un troisième gardien joue un match durant un tournoi... ça arrive quand même TRES rarement. Limite, on devrait arrêter d'en prendre trois pour prendre un joueur de champs supplémentaire... la preuve, en 2014
Deschamps avait pris Landreau, quasi déjà à la retraite avec Bastia, beaucoup plus pour ses aptitudes à fédérer un groupe et faire le tampon entre les deux premiers gardiens, qu'à réellement récompenser le troisième meilleur portier du pays. Alphonse Aréola, sans parler de Stéphane Ruffier, est sans doute meilleur que Benoit Costil. Mais Deschamps doit considérer que Costil est le meilleur compromis entre un bon gardien de Ligue 1 et un bon coéquipier, qui ne l'embêtera pas pour jouer.

Une défense qui boite
La défense de ce groupe, déjà poreuse en mars contre les Pays-Bas (2-3) et la Russie (4-2) me fait très peur. Entre un Varane en difficulté cette saison à Madrid, un Koscielny selon moi un peu surcoté et qui a toujours provoqué beaucoup de penalties, un Evra qui va fêter ses 35 ans dans 2 jours, et un Sagna (33 ans) titulaire à City mais un peu juste pour le haut niveau selon moi, les titulaires n'apportent aucune garanties. Mais alors derrière... déjà il manque Mamadou Sakho, indispensable leader de ce groupe et toujours solide en Bleu. Pour moi, son absence est terrible, à tous les niveaux. Malgré ses états de service en Équipe de France il n'a pas la carte dans les médias, je ne sais pas trop pourquoi, mais son absence pèse lourd, que ce soit sur le terrain ou dans le vestiaire. On se retrouve dans l'axe avec deux gauchers exclusifs, un Mangala en grande difficulté à City et un Mathieu qui revient à peine de blessure. Si Varane se blesse, il ne faudrait pas que Koscielny prenne un de ses sempiternels cartons rouges ou on se retrouvera avec deux axiaux gauches en défense... Quant à Jallet, à peine titulaire à Lyon et qui n'est pas de la première jeunesse non plus (32 ans), et Digne, dont la seule perf a été de rester titulaire à Rome, il n'y a pas de quoi sauter au plafond non plus. Pourquoi ne pas prendre Sidibé, extrêmement performant avec Lille et qui peut couvrir les deux ailes, et Umtiti, à la place d'un Mathieu convalescent ? Je ne suis pas fan du défenseur lyonnais mais au moins il ne revient pas de blessure, lui... quitte à le priver de vacances, autant le prendre dans le groupe. La logique de groupe de Deschamps, encore.

Au milieu, même chose, pas la moindre surprise. Et là encore, les réservistes semblent plus solides que certains titulaires, comme Rabiot vis à vis de Sissoko ou Cabaye. Sissoko, l'éternel couteau suisse de Deschamps et avant lui, de Blanc... mais qui sort d'une saison cataclysmique avec Newcastle, relégué en Championship... Un but et six passes au compteur. Piouf ! La logique de groupe a du bon, mais y a des limites quand même. Sérieusement, avec tous les ailiers qu'il a pris, Sissoko ne sert plus à rien pour couvrir le côté droit, puisque trois joueurs offensifs peuvent y jouer (Payet, Martial, Coman). Et dans l'axe, il y a une demi douzaine de joueurs meilleurs que lui. Ce garçon doit vraiment être un formidable camarade dans ce groupe pour pouvoir perpétuellement compter sur sa place en Équipe de France, quelque soit ses performances. Les autres joueurs, en revanche, étaient incontournables. Pogba, Diarra, Matuidi : il s'agit selon moi du seul endroit sur le terrain où Deschamps possède de solides certitudes. Surtout avec Kanté pour faire le nombre au cas où.

Une attaque sans buteurs
Et l'attaque... ça ne sert à rien de revenir sur l'absence de Benzema, dramatique selon moi. Un buteur d'une telle classe, doublé d'un passeur remarquable... ses (nombreux) détracteurs affirmeront que l'Equipe de France joue mieux sans lui, ça reste à prouver puisqu'il n'était pas là en mars, mais ils ne peuvent sérieusement pas affirmer que s'il n'y avait pas eu l'affaire avec Valbuena, personne n'aurait trouvé scandaleux que Deschamps le prenne dans sa liste... soyons sérieux. Donc il avait sa place, 100 fois à la place de Gignac et Giroud, en échec cette année à Arsenal. Mais, non content de ne pas pouvoir prendre Benzema, Deschamps se prive en plus du deuxième meilleur attaquant français du meilleur championnat du monde, la Liga : Kevin Gameiro. Pas d'automatisme avec les autres joueurs : pourquoi, Gignac en avait avant de revenir à l'automne dernier ? Pas de passé réel en Bleu ? Et Coman, il en avait ? Il compte 8 sélections et un but, elles datent mais elles existent. Sérieusement, est-ce que ses performances en Liga (16 buts) ou en Ligue Europa (9), dont il disputera la finale prochainement, ne valent pas largement plus celles de Gignac au Mexique (24 dont 13 en 2016), championnat que je connais un peu, qui n'est pas mauvais mais est très loin de valoir la Liga ? Si vous me dites oui, alors d'accord, difficile de discuter dans ces conditions.

Les autres membres de la ligne d'attaque sont difficilement discutables, notamment Griezmann ou Martial, qui représentent beaucoup plus l'avenir que Payet, dont l'épanouissement très tardif m'interroge. Ce garçon a toujours eu du mal à s'imposer dans la difficulté, à Lille, dans l'ombre de Hazard, et à Marseille, dans celle de Valbuena. A chaque fois il s'y est imposé quand le titulaire qui le génait est parti, pas avant. Il lui a fallu aller à West Ham, club très moyen où il n'est pas gêné par la concurrence, pour se révéler. Reste à voir ce que ça donnera à un niveau supérieur... et on en vient à Ben Arfa. Je suis partagé, pour les mêmes raisons que Payet, à la différence que lui possède vraiment un bagage technique très au dessus du lot, et qu'à 17 ans on lui promettait déjà presque le Ballon d'Or, dont il ne s'est finalement jamais approché. Il réalise une immense saison avec Nice, mais ça reste Nice, où sa seule concurrence se nomme... Mathieu Bodmer, où il n'a pas joué de Coupe d'Europe et où on lui a donné des responsabilités qu'il n'avait jamais connu ailleurs. Qu'aurait-il apporté à ce groupe en tant que 6e ou 7e attaquant ? 10 minutes par ci par là ? Si Benzema et Gameiro avaient été là, on n'aurait peut-être jamais évoqué son nom. Ce n'est pas son absence qui affaiblit ce groupe, même si j'aurais aussi été favorable à sa présence, à la place d'un Coman encore très jeune et qui n'a du son temps de jeu exceptionnel au Bayern qu'aux blessures de Ribéry et Robben. Coman ne jouera sans doute pas non plus beaucoup, et il avait le temps d'être rappelé. Ben Arfa, plus tellement...

La Ligue 1 au piquet
Enfin, analysons un peu cette liste. Elle compte le plus grand nombre de joueurs évoluant à l'étranger (18 sur 23, soit 78,3 %) depuis 2002 (idem), un record pour une liste française pour un grand tournoi. Inutile de dire qu'on est loin des 50 % de joueurs de Ligue 1 souhaités par Frédéric Thiriez il y a quelques années, même si on y était dans les années 2000 (52,2 d'étrangers en 2006, 56,5 en 2008, 52,2 en 2010, 47,8 en 2012). Pour le Mondial 2014 déjà, le taux d'"étrangers" augmentait sérieusement (65,2). La Premier league compte 10 joueurs, comme en 2014, son meilleur total. Historiquement, l'Angleterre est largement au dessus des autres pays avec 74 représentants, soit presque la moitié du total des clubs étrangers (48,5 %). La Serie A, deuxième, est très loin (37), et ne compte que 3 joueurs cette année, un chiffre malgré tout en progrès puisqu'elle n'en comptait qu'un en 2014 et en 2012, et aucun en 2010. La Liga, elle, reste stable avec ses trois joueurs, un dans chacun de ses géants, comme en 2014, 2010 et 2008, et 2 en 2012.

Pas moins de 19 clubs sont représentés dans cette liste, contre 16 en 2014 et 17 en 2012. On est loin de l'hégémonie marseillaise de 92 (8 phocéens et seulement 9 clubs représentés) ou des 9 clubs représentés en 2010... un éparpillement qui s'explique notamment par la présence de 5 clubs qui n'avaient jamais figuré dans une liste jusque là : trois Anglais (Crystal Palace, Leicester, West Ham) plus l'Atletico Madrid et évidemment les Tigres de Gignac, premier club non européen jamais représenté en Bleu dans leur histoire. Par ailleurs, sur ces 19 clubs, 4 seulement comptent deux joueurs : Marseille, Arsenal, la Juve et Manchester City. Dans l'histoire de ces listes, depuis 1954, Bordeaux reste en tête avec 34 joueurs, devant un trio composé de Lyon, Marseille et Monaco (30). L'ASM qui n'a désormais plus été représentée dans une liste pour un grand tournoi depuis... 2006 ! Suivent ensuite Arsenal, premier club étranger, à égalité avec le PSG, qui ne compte qu'un représentant cette année, contre trois l'an passé. Mais les départs de Digne, Coman ou Cabaye font baisser ses chiffres. A moins que Rabiot...

Cette liste pourrait en effet changer, comme en 2014 puisque trois réservistes avaient été rappelés suite à des blessures. En tous cas vivement le 10 juin !

A plus tard !

samedi 5 juillet 2014

Pas encore prêts, les Bleus

Salut à tous,

Au terme de l'aventure française dans cette excellente Coupe du Monde, revenons un peu sur le parcours de cette Équipe de France toujours en reconstruction, et qui a fait mieux que réussir son objectif, à savoir parvenir en quart de finale, puisqu'elle a également séduit par instant la planète football. Et ça, même en 98 ou en 2006, on n'y était pas parvenu, seulement en 84 et en 2000.

Trop forte, l'Allemagne

Ce match face à une Allemagne tellement plus sûre de ses forces, tellement plus expérimentée - les joueurs allemands comptaient en moyenne au coup d'envoi 47,2 matches de Ligue des Champions et 64,4 sélections, contre 29,8 matches de LdC et 33,4 sélections pour les Bleus - et plus forte techniquement, plus habituée aussi - elle n'a plus ratée une demi-finale d'un grand tournoi depuis l'Euro 2004... - était, au fond, joué d'avance. Certes, on pourra reprocher à notre équipe de ne pas avoir su bousculer cette équipe, de ne pas avoir pu ou su emballer ce match avec notre jeunesse. Mais face à une Allemagne qui a frappé presque deux fois moins au but que nous, que pouvions nous lui opposer ? Oui, notre meilleur atout offensif, en l'absence de Franck Ribéry, a échoué devant le but, mais Karim Benzema a tout de même eu l'occasion ultime d'égaliser, sans réussite. Combien de tirs la Mannschaft a-t-elle cadré ? Six fois, contre 9 pour nous. On a eu la même possession (50 %), autant de passes réussies (376 à 378), plus de centres (24 à 14), plus de corners (5 à 3)... plus de ballons perdus aussi (86 à 79). mais autant de déchet dans les passes (74 % à 73). Alors, où peut-on dire qu'on a échoué, dans quel domaine ? L'efficacité. L'Allemagne a-t-elle fait un grand match ? Loin de là. Où pouvait-on lire que les Allemands avaient changé, qu'ils étaient moins froids et calculateurs qu'avant, au point d'étirer un palmarès vierge depuis 1996 ? Partout. Ça s'est joué sur un coup de pied arrêté, un duel gagné, une tête bien placée, point. L'expérience.

On pourra sortir toutes les raisons que l'on veut, que Benzema a perdu sa baguette magique, qu'on n'a pas sur percuter - et là, Ribéry a clairement manqué, au moins sur ce match - que notre charnière centrale a fait son âge cette fois - 22,5 ans de moyenne - que nos latéraux n'ont pas réussi à apporter leur écot habituel, que Matuidi a fait son nombre de matches cette saison - 66 matches, 4864 minutes - etc. Mais la réalité, c'est qu'il s'agit d'une équipe qui se construit encore, et qui évolue dans cette configuration - plutôt satisfaisante, à mon avis - depuis à peine six mois, et le retour contre l'Ukraine (3-0). Il y a deux ans, après l'élimination face à l'Espagne lors de l'Euro 2012, je parlais déjà, ici, d'une équipe en chantier, et de joueurs sur lesquels le successeur de Laurent Blanc, à qui je collais un costard justifié, allait pouvoir s'appuyer pour préparer la Coupe du Monde : Lloris, Debuchy, Cabaye, M'Vila, Koscielny, Clichy, Ribéry, Benzema, mais aussi Matuidi et Ménez, Martin, Valbuena, Giroud, Yanga Mbiwa... à quelques exceptions près, je n'étais pas loin quand même.

Un gros potentiel

Même chose cette année, en vue de l'Euro 2016, sur notre sol. Normalement, hormis peut-être Evra et éventuellement Valbuena, qui ira sur ses 32 ans, sans parler de Ribéry, toute l'équipe présente au Maracana hier devrait être sur le pont dans deux ans. Même chose pour les remplaçants, Ruffier, Koscielny, Mangala, Digne, Cabella, éventuellement Schneiderlin et même, qui sait, mon ami Giroud. Sissoko aussi, vu que Deschamps semble fan... Sans parler des absents, Grenier, Lacazette, Kondogbia... bref, il y a du potentiel dans cette équipe, et quand elle aura accumulé une quinzaine de sélections supplémentaire et autant de matches de Ligue des Champions, la plus relevée des compétitions au monde, elle pourra peut-être espérer concurrencer des équipes comme l'Allemagne. Une équipe ne se décrète pas dans des éditos laudateurs dans l’Équipe, ni dans des sondages aux questions dirigées. Elle se construit avec le temps, avec patience, après des échecs souvent douloureux. On avait une belle équipe, comme la Colombie, mais pas une grande équipe. Le haut niveau, ça demande plus que ça.

Un parcours pas si limpide

Comment a-t-on pu réussir à faire croire aux Français que leur jeune équipe pouvait décrocher le Graal cette année ? Parce que si le bilan des Bleus au Brésil est plus qu'honorable, surtout que personne ne se balade dans cette compétition, qui ne semble promise à personne à l'avance, il n'a pas non plus été d'une perfection absolue. Premier match contre le Honduras ? Une première mi-temps que tout le monde a oublié mais qui fut aussi insipide que celle contre le Nigeria, par exemple. Un match qui se débloqua sur un penalty - assorti d'un rouge - concédé par Wilson Palacios, qui avait bien failli faire expulser Paul Pogba quelques minutes plus tôt, et qui sera sa victime sur la faute dans la surface. A 1-0 et à 11 contre 10, les Français allaient corser l'addition sur un csc du gardien hondurien suite à un raté face au but de Benzema, puis sur un ballon mal repoussé par la défense qui échouait sur le même Benzema, qui concluait superbement. Un bon résultat, mais peut-être trompeur par rapport au contenu...

Le deuxième match des Bleus face à la Suisse fut celui qui emballa véritablement la machine médiatique, et pour cause : cette fois il s'agissait en face d'un des cadors actuels du football européen, qui allait démontrer face à l'Argentine en huitièmes qu'elle n'était pas cette passoire qui avait pris l'eau à Salvador contre les Bleus (5-2). Ce score était une véritable performance des Bleus, et leur match le plus abouti de la compétition, et de loin. Après, on peut aussi analyser les causes de cet effondrement, après 20 premières minutes qui annonçaient le même genre de match qui avaient opposé les deux sélections ces dernières années : fermé, tactique, et en général vierge de buts. La sortie de Von Bergen, suite à un duel et à un coup de tatane de Giroud dans la figure, a sans doute désorganisé les Helvètes, qui ont finalement encaissé un très joli but de la tête du même Giroud, qui aurait pourtant pu être expulsé juste avant. La suite ? les Suisses sont obligés de se découvrir, et c'est là que notre jeu rapide et notre bon pressing allait faire merveille. Un gros match de notre part, malgré tout.

Le Nigeria n'a pas eu de chance

Le troisième je l'ai vu de mes yeux vu, à Rio de Janeiro, au Maracana. Un rêve absolu, et un 0-0 qui, vu des tribunes, ne fut pas si triste qu'on l'a dit en France. Les Bleus, où la moitié de l'équipe avait été changée, encore une fois face à un adversaire réduit à dix, se sont créés de grosses occasions, notamment en deuxième mi-temps, mais ont manqué de précision. Un peu comme face à l'Allemagne, en somme... ce 0-0 aurait pu être un 2-0, et la presse aurait pu continuer de faire croire à la nation qu'un titre était possible... ce qu'elle a fait d'ailleurs. Le Nigeria, malgré le bon résultat (2-0), fut peut-être le match le plus difficile du tournoi pour les Bleus. Ils ont clairement perdu la première mi-temps face à des Africains rapides, puissants surtout, mais inefficaces, voire malchanceux, et peut-être même désavantagés par l'arbitrage sur plusieurs situations. En deuxième mi-temps Enyeama signait sa seule erreur du Mondial, permettant à Pogba de marquer contre le cours du jeu. Le csc de Yobo était anecdotique. Face à la sélection de Keshi, nous n'avions rien maîtrisé, et c'était finalement nous qui nous en sortions au métier, à l'expérience. Chacun son tour.

La France a donc certes signé un bon parcours, mais est loin d'avoir maîtrisé son sujet comme les commentaires dithyrambiques des médias semblaient le faire croire. D'ailleurs, l'analyse de ces derniers n'a jamais vraiment été technique ou tactique, mais... comportementale. Une fois de plus, la presse, dans son infinie nullité footballistique, s'est presque exclusivement focalisée sur le côté sympa des joueurs, leur présumée union sacrée, sur leur amitié, etc. Si les Bleus ont signé un bon Mondial c'était parce qu'ils étaient sympas et gentils, alors pourquoi ressortir les côtés négatifs, forcément anecdotiques ? Apparemment, il suffisait que les Bleus s'entendent bien et chouchoutent les médias et leurs supporters pour qu'ils puissent gagner la Coupe du Monde. Pourquoi n'avoir pas envoyé les Prêtres ou les petits chanteurs à la croix de bois dans ce cas ? Jamais les médias n'ont réussi à canaliser leur enthousiasme pour cette équipe de gentils elfes sympathiques, et ont fait croire l'impossible aux gens. Catastrophique ou absolument génial : voilà les deux mamelles de l'analyse des matches de l’Équipe de France depuis des décennies et l'explosion du nombre de médias. Pas de milieu, pas d'analyse pondérée, pas de relativisme : il faut du tranché, il faut un angle coco, de la polémique. Le refus du robinet d'eau tiède coûte énormément à la qualité de nos médias actuels.

Nous attends à présent deux ans de "matches amicaux", même si on fait tout de même partie d'un groupe de qualif... une énième lubie platinienne. Vivement l'Euro ! Et vivement la prochaine Coupe du Monde !

A plus tard !


jeudi 21 novembre 2013

La défaite des experts

Salut à tous,

Alors, on l'a fait ou pas ? Elle n'est pas là la qualification ? Félicitations à tous les croquemorts de l'Equipe de France, tous les Cassandres qui s'efforcent, depuis 36 heures, de retomber sur leurs pattes, en affirmant le plus sérieusement du monde que ce qu'ils ont dit tout le WE, et depuis plus de trois ans même, à propos de ces Bleus, était vérifié, qu'ils l'assumaient, mais qu'ils étaient heureux quand même. Que cette victoire pleine de volonté et de courage leur donnait raison, que c'était dans la tête des joueurs que ça se passait. Pendant plus de trois ans, ils ont poussé le peuple à détester leur équipe nationale, et aujourd'hui ils osent se présenter en amoureux de cette dernière ? Mais ils n'ont pas le droit de l'ouvrir. Ils devraient utiliser leur droit de silence, pour se faire oublier. Mais depuis mardi soir, on n'a jamais autant vu Pascal Praud à la télé. Comme quoi, que ce que vous disiez soit exact ou non, l'important c'est de dire quelque chose et de l'assumer, n'est-ce pas ? Admettre qu'on a eu tort, c'est quasiment signer son arrêt de mort médiatique. Et Praud aime trop passer à la télé pour ça.

Certains Français aiment leur équipe

Laissons ces tristes personnes dans leurs tours d'ivoire, voulez-vous. On a une qualification à savourer, une communion à faire fructifier. Dire que l’Équipe de France s'est réconciliée avec son public serait erroné : certes, les 80 000 spectateurs du Stade de France, dont votre serviteur, n'étaient pas là pour cracher leur haine, au contraire, ils étaient venus pour jouer
le rôle que tout spectateur de foot devrait avoir, celui de soutien, de 12e homme. Ils voulaient aller au Mondial, ils voulaient aussi montrer qu'ils ne faisaient pas partie des 80 % des gens qui souhaitaient - je dis bien souhaitaient - que la France n'aille pas au Brésil, qu'elle ne le méritait pas. Imaginez-vous un supporter de l'Angleterre souhaiter que son pays échoue ? En France, c'est possible. Non, ceux qui étaient là - et qui avaient acheté leur billet avant la match aller, il faut le reconnaître, et qui souhaitaient peut-être aussi que l'argent investi ne serve pas à rien - ont démontré qu'il restait encore des gens, en France, qui savent se comporter en supporter quand leur équipe en a besoin. C'est ça, un supporter. Ce n'est pas un consommateur, un opportuniste, qui lui tourne le dos dès que les vents deviennent contraires. Ce ne sont pas des Footix.
Ne soyons pas naïfs : à la première défaite, par exemple en mars contre les Pays-Bas, seul match amical programmé pour l'instant, les mêmes discours reviendront : la victoire contre l'Ukraine était chanceuse, cette équipe ne mérite pas d'aller au Brésil, on va être ridicule - si on tombe sur trois équipes du niveau des Pays-Bas, sûrement, mais ce ne sera pas le cas - et surtout, surtout, c'est la faute de Knysna. Dans 20 ans, on continuera de parler de Knysna sans savoir vraiment ce que ce terme étrange veut dire, mais ça fait vendre du papier, donc autant l'utiliser jusqu'à l'usure. Entretenir ce mythe, c'est garder sous le coude un argument comme quoi chaque défaite, chaque match moyen, est du à l'attitude des joueurs, leur manque d'envie, d'amour du maillot. Des arguments aux relents poujadistes et démagogiques,voire xénophobes, malgré le fait que la France ait été sauvée par des joueurs comme Sakho, Benzema, Pogba...

Sakho ce héros

Mais peu importe, au fond. Cette équipe a prouvé qu'elle avait de la qualité, même si rien n'est réglé. Une chose est sûre selon moi : il faudrait être aveugle pour penser qu'elle n'a pas trouvé une assise, un axe défensif extrêmement solide et performant, et je ne parle pas seulement de la charnière. Cette dernière est celle que j'ai trouvé la meilleure depuis très longtemps. Comment peut-on encore penser qu'un Koscielny vaut un Varane ? Ce dernier, qui n'était pas au top physiquement, a pourtant une nouvelle fois rendu une copie d'une très grande qualité, propre et sans la moindre erreur. Varane a-t-il seulement été mauvais une fois en Bleu ? Et combien de fois a-t-il été en difficulté au Real Madrid ? Avant ses blessures, il avait mis sur le banc des phénomènes comme Carvalho ou Pepe, excusez du peu. Et à gauche, comment a-t-on pu croire à la renaissance d'Abidal ? Pour qu'il y ait renaissance, il aurait fallu qu'il y ait naissance, mais le Monégasque n'a jamais été une référence au poste de défenseur central, notamment en Bleu. Alors à 34 ans, après deux ans d'absence pour maladie... ce qui rendait son retour en Bleu sympathique le dessert plus aujourd'hui qu'autre chose. Les belles histoires trouvent souvent leurs limites quand le niveau s'élève sérieusement.

A son poste, difficile de trouver mieux en France que Mamadou Sakho, je suis désolé. Et dire qu'il n'était plus apparu en Bleu depuis juin dernier, hormis sa mi-temps en octobre conte l'Australie... son statut de remplaçant au PSG - situation à la fois regrettable, au vu de son image de titi parisien formé au club, et logique, vue la concurrence - mais aussi, durant les premières semaines, à Liverpool, ont bien failli lui couter cher. Lui qui était titulaire indiscutable pour Deschamps avant cet été compliqué ne pouvait que reprendre sa place. L'avenir, c'est lui, on le savait depuis des années, durant lesquelles on avait tâtonné dans son secteur, même si Blanc avait tenté d'installer pendant deux ans la charnière Rami-Mexès. Mais quel défenseur, en France, rassemble autant de qualité de combattant, de puissance, de force ? Ce n'est pas un monstre technique, soit, même s'il ne me semble pas l'avoir vu rater une relance mardi soir, même les plus compliquées. Mais Desailly en était-il un ? Le grand Marcel aussi ne prenait pas de risque dans la relance, puisqu'il avait Blanc à ses côtés qui s'en chargeait. Mais c'était un monstre défensif qui ne laissait respirer aucun adversaire. Et Desailly s'est révélé plus tard au haut niveau que Sakho. Hormis le pied fort, ils ont beaucoup de points communs, selon moi.

Un trident redoutable

Il est également facile de bien défendre quand vous avez devant vous trois joueurs complémentaires, qui allient puissance défensive, pour deux d'entre eux, et potentiel offensif redoutable, pour les trois. L'abattage hallucinant de Matuidi, la puissance et la vista de Pogba, la technique et la science tactique de Cabaye forment presque le joueur parfait à eux trois. Comment a-t-on pu passer à côté de ce triumvirat ? Les autres joueurs de ce secteur reverront-ils un jour le ciel se découvrir pour eux, si ce n'est sur blessure ou suspension ?
Rappelons que ces trois là étaient suspendus pour le match en Géorgie... étrangement, Sissoko et Guilavogui n'avaient pas apporté la même stabilité, le même sens de la perforation. Ils y seraient peut-être parvenus s'ils avaient évolué avec un troisième joueur dans leur secteur, ce qui leur aurait permit de jouer plus haut et d'apporter des solutions offensives. Le 4-3-3 avait rarement marché avant mardi soir, mais désormais il apparaît comme le système idéal. Tout dépend aussi des joueurs qui l'animent...

C'est drôle parce que vendredi, avant le match, tous les "experts" étaient satisfaits de l'équipe alignée par Deschamps, avec Nasri devant Pogba et Matuidi, c'était pour eux un bon choix, puisque Valbuena était hors de forme, et surtout ça démontrait que Deschamps voulait attaquer, ne pas se contenter de défendre. Par la suite, la défaite venue, on a entendu les mêmes experts affirmer que Deschamps s'était planté dans les grandes largeurs, que cette défaite était la sienne... le jour où on verra un journaliste se dédire, là on pourra parler de véritable démocratie médiatique. La Presse n'a pas de contre-pouvoir pour la forcer à savoir se remettre en question quand elle s'est plantée, comme elle l'exige à propos des gens qu'elle ne cesse de juger, c'est le problème.

Benzema est enfin Benzema

Pour moi, le problème du milieu droit reste posé. J'ai vu toutes les notes positives que Valbuena a reçu, et elles ne sont pas imméritées. Mais elles auront quand même étonné beaucoup de spectateurs présents au stade, et qui ont râlé quand ils ont vu Valbuena continuellement se recentrer, dézonner, et ainsi ne pas offrir de solution à Debuchy, sur le plan offensif mais aussi défensif, puisque ce dernier a souvent du gérer Konoplyanka tout seul, ce qui lui a valu un carton et une sortie prématurée, pour éviter son expulsion. Sur ce match là, ça a marché, mais pas sûr que ça marchera à chaque fois, permettez moi d'en douter. Valbuena n'a pas réglé le problème du milieu droit parce qu'il n'a pas joué milieu droit. En revanche, quel excellent tireur de coups de pied arrêtés ! Il faut toujours un bon tireur dans une équipe, et avec lui et Ribéry, on est pas mal. Manque juste un gaucher... comme d'habitude.

Devant, Benzema a prouvé qu'il avait retrouvé la confiance qui le rend, selon moi, supérieur à un Olivier Giroud qui semble limité techniquement pour le haut niveau, selon moi, mais qui demeure une bonne solution de rechange en cours de match. Tant que Benzema, qui a des automatismes avec Ribéry, marque et se montre décisif, on ne peut pas le mettre sur le banc, même si ça ne fera pas plaisir aux amateurs de joueurs qui font joli - et Français de souche. De toutes façons, l’Équipe de France a besoin d'avoir des cadres qui assurent le job. Ribéry, qui est moins passé dans son couloir que d'habitude mais qui a fait expulser deux Ukrainiens, et a provoqué deux buts mardi soir, le fait régulièrement depuis deux ans. Si Benzema le fait aussi, on peut voir venir.

A plus tard !

mardi 19 novembre 2013

Battre l'Ukraine, mode d'emploi

Salut à tous,

Après ce match aller qui a mal tourné pour des Bleus pourtant plus présents dans le combat et l'envie que les médias veulent bien nous faire croire, mais qui ont craqué sur deux erreurs de défense et quelques détails, quelles sont leurs chances aujourd'hui, à quelques heures d'un match retour qui décidera de beaucoup de choses, que ce soit sportivement ou médiatiquement ? Si l'on s'en tient aux statistiques, aucunes : jamais une équipe menée de deux buts dans un barrage européen n'a réussi à remonter cet écart. Ça tombe bien, avant le traquenard de Kiev, jamais l'Ukraine n'avait battu la France... comme quoi, les trucs arrivent, parfois.

Des défenseurs qui doivent défendre

Quelles sont les solutions qui se présentent à elles, qui ne possède toujours pas de certitudes à une demi douzaine de postes ni sur le plan tactique ? La clé de tout, ce ne sera pas l'envie - qui était déjà là vendredi, et qui sera là ce soir, sinon on ne comprends plus rien - mais l'efficacité, et pas seulement dans les deux surfaces de réparation, même si c'est là que la France a failli vendredi, notamment dans la sienne. On savait que la charnière Koscielny-Abidal ne présentait pas toutes les garanties, on en a eu confirmation : le Gunner, qui n'est pas un défenseur né, a toujours du mal dès que le haut niveau se présente, et n'en est pas à son premier penalty provoqué, tandis qu'Abidal n'était déjà pas ce qui se faisait de mieux dans l'axe avant ses deux ans d'absence pour maladie, alors maintenant... sans parler de son âge. Même chose pour Debuchy, qui présente les lacunes classiques de l'ancien milieu
reconverti latéral, même si ça date maintenant : formidable centreur, il peine dans les duels, comme Evra. C'est le syndrome Van der Wiel, qui brille plus depuis que Paris a le ballon et qu'il peut quasiment évoluer ailier, tandis que Motta et les défenseurs font le boulot dans son dos. Debuchy et Evra n'ont pas cette chance, ils ont beaucoup plus de boulot défensif, surtout à l'extérieur, et ça se voit.

Si Sakho remplace Abidal et Varane, Koscielny, on peut penser que la France y gagnera dans le combat, au moins, même si on peut avoir des doutes sur le physique du Madrilène. On ne pourra pas suspecter Sakho de rechigner à la tâche défensive, il est en pleine forme avec Liverpool, et ça pourrait permettre à Evra de monter plus sereinement, et ainsi offrir plus de soutien à Ribéry, qui en a manqué à Kiev, puisque Evra devait s'occuper de Yarmolenko. Une chose est sûre, Deschamps va devoir se faire violence et prendre des risques, mais pas trop, sachant que les Ukrainiens n'attendront qu'une seule chose, comme à l'aller après l'ouverture du score : des espaces en contre, et on a vu qu'ils savaient y faire. Pas besoin de marquer très vite, du moment qu'on marque : si on en mets deux dans le premier quart d'heure, les Ukrainiens auront tout le temps pour mettre le but qui nous obligera à en mettre deux de plus... ce qu'il faut, c'est ne pas confondre audace avec témérité. Ne pas se jeter comme des dingues, à la fois tactiquement - ce qui offrirait des contres, donc - mais aussi dans l'engagement : il ne faudrait pas qu'on se retrouve prématurément à dix parce qu'un de nos joueurs aurait confondu le ballon avec la cheville d'un adversaire. Ne pas écouter la démagogie de Dugarry, qui souhaite voir des Bleus se jeter à la gorge des Ukrainiens : c'est une pratique interdite dans à peu près tous les sports, même de combat.

Un milieu qui se projette

Au milieu, la France n'a pas failli à Kiev, même si elle a semblé bousculée par l'engagement parfois excessif des hommes de Fomenko. On a compris pourquoi ces derniers prenaient tant de cartons... en cela, on nous a changé l'Ukraine romantique de Blokhine ou Shevchenko... Peut-être faudrait-il aligner trois milieux axiaux, comme le PSG, sans véritable meneur, avec Cabaye à la place de Nasri devant Pogba et Matuidi, de façon à ce que ces trois là puissent se projeter un peu plus, comme ils le font en club. A seulement deux défensifs, Pogba et Matuidi ne peuvent se permettre de prendre trop de risques sans que l'autre ne se retrouve isolé. Avec un joueur supplémentaire, Pogba et Matuidi, qui jouent relayeurs en club, ainsi que Cabaye, pourraient porter le surnombre dans la surface, ou au moins à ses abords, par la qualité de leurs frappes de balle. Après tout, c'est ce que font tous les milieux modernes : ils défendent, ils relancent, et ils marquent aussi, ils se projettent dans la surface. Comment voulez vous qu'un avant-centre, aussi doué soit-il, puisse s'en sortir seul dans une surface si personne vient le soutenir en phase offensive ?

Enfin, l'attaque. Ribéry a été parfaitement pris par deux, voire trois joueurs, vendredi. Il doit faire mieux, par exemple en se recentrant ou en permutant avec son partenaire évoluant à droite, mais il doit aussi avoir plus de soutien, de la part d'Evra, de Matuidi, de l'éventuel meneur, que sais-je. Le mouvement offensif ne doit pas être brouillon, mais il ne doit pas non plus être figé. A Paris, Cavani est ailier droit pour la forme, il ne cesse de revenir dans l'axe, tandis que Zlatan recule pour distribuer. A Barcelone, Messi joue-t-il vraiment
attaquant de pointe ? Bien sûr que non, il doit faire face au jeu pour briller, donc il part de loin, tandis que ses deux ailiers, Pedro, Sanchez ou Neymar, offrent des solutions dans l'axe ou étirent la défense en restant sur le côté. Ce qu'il faut, c'est semer la panique dans la lourde défense ukrainienne. Centrer ? Inutile, ils sont immenses et de toutes façons on ne sait pas centrer, malgré Debuchy. Il faut jouer au sol, redoubler de passes, écarter cette défense pour ensuite repasser par l'axe. Et être efficace devant le but.

Rater un Mondial, ça arrive

Ce qui pose problème, sur le plan mental, c'est que les Ukrainiens sont invaincus depuis 12 matches, et prennent très peu de buts. Hormis leurs deux ailiers ils manquent de génie, mais Zozulia, devant, a démontré qu'il ne fallait pas dénigrer sa vivacité. Et Edmar n'est pas un Brésilien de naissance par hasard. Bref, qualifier, comme l'Equipe ce matin, d'"humiliation" cette défaite de l'aller est définitivement la preuve que peu de gens s'y connaissent vraiment en football dans ce pays, y compris dans les rangs de ceux qui pensent tout savoir, à savoir les journalistes. Perdre contre la Chine, comme en 2010 avant le Mondial (0-1), oui c'est une humiliation, en Ukraine sur un coup de dé, non. Il s'agit des barrages, épreuve où normalement toutes les équipes se tiennent et ont brillé dans leurs qualifications, sinon elles ne seraient pas là. L'Ukraine qui a fourni à peu près tous ses grands joueurs à l'URSS, et qui possède des clubs qui, eux, gagnent des Coupes d'Europe. Croire que la France est suffisamment un pays de football pour regarder tous les autres de haut, hormis les très grands, c'est oublier les longues périodes de disette qui ont fait le lien entre les générations Kopa, Platini et Zidane.

Il faudra avoir la chance qu'on n'a pas eu vendredi, mais ça implique qu'on en ait pas et qu'on se fasse sortir. Rater une Coupe du Monde, c'est terrible, certains joueurs de l’Équipe de France n'ont même jamais vécu ça. Mais ça fait partie du jeu, de l'Histoire des Bleus, ça arrive. Et, même si je sais que je parle dans le vide, ça ne servira à rien de dresser un procès à ces joueurs qui n'auront eu qu'un tort : d'être tombé dans le groupe de l'Espagne, et de ne pas être une génération immense. Rien à voir avec les casques sur les oreilles, le manque de sourire, les coupes de cheveux moches ou leurs origines ethniques ou sociales. Ils ne sont pas mieux payés, plus méchants ou pédants ou détestables que ceux de 98, simplement ils gagnaient, eux. C'est le seul critère sur lequel ils doivent être jugés, tout en se disant que la défaite fait partie du jeu.

Allez je vous laisse, et allez les Bleus !

mardi 20 novembre 2012

La France clôt sa saison


Salut à tous,

Revenons un peu sur ce match de la France en Italie, et d'une manière générale sur cette nouvelle année internationale pour les Bleus.

Les Bleus à l'Italienne

D'abord ce match, donc. Au milieu d'une série de trois matches face à trois demi-finalistes du dernier Euro, dont les deux finalistes (Espagne, Italie et Allemagne en février prochain), la France a bien négocié un match qui s'annonçait compliqué, même si l'historique des rencontres amicales entre les deux pays disait l'inverse. S'ils ont perdu leurs deux dernières confrontations officielles contre la Squadra, les Bleus n'ont en effet plus perdu un match amical contre son voisin depuis 50 ans, soit six rencontres (3 succès, 3 nuls), dont quatre jouées de l'autre côté des Alpes.

Et cette tradition s'est confirmée dans ce match à Parme, qui, malgré l'enjeu d'un derby, le 37e du nom, restait un match amical. Et ce, d'une seule et fondamentale façon : la deuxième mi-temps, marquée par douze changements, dont 10 entre la 50e et la 73e minute. Comment voulez-vous sérieusement juger une partie, aussi prestigieuse soit-elle, quand plus de la moitié des équipes de départ ne terminent pas la rencontre, voire même ne dispute pas le dernier quart d'heure ? En plus de découper en rondelles une mi-temps - un changement toutes les 4 minutes - le jeu n'est évidemment plus le même. La France a commencé avec une attaque Sissoko-Valbuena-Ribéry-Giroud, elle a terminé avec Ménez-Gourcuff-Trémoulinas-Gomis...

Ces considérations évoquées, passons à ce match qui confirme le regain de confiance, sinon véritablement technique, des Bleus. Là encore, ce n'est pas nouveau : depuis plus de deux ans, la France n'a perdu contre quasiment aucune des grosses écuries qu'elle a affronté, à savoir l'Angleterre (1-2), le Brésil (1-0), l'Allemagne (1-2)... et même l'Espagne le mois dernier (1-1), même si cette dernière lui avait donné la leçon à l'Euro (2-0). Rien de nouveau, parce qu'on se rend compte que lorsqu'il s'agit de subir, de laisser le ballon, de faire parler son bloc, la France est au niveau. Le problème se situerait plutôt pour les matches où elle doit faire le jeu. Elle avait montré des progrès contre le Bélarus (3-1), mais sa défaite contre le Japon (0-1) après son nul contre l'Uruguay (0-0) confirment que lorsque c'est à elle de se faire une place dans un bloc fermé, ça se complique sérieusement. D'ailleurs, la France de Deschamps marque très peu pour l'instant (7 buts en 6 matches).

Les deux matches contre l'Espagne puis l'Italie se ressemblent un peu, même si la notion d'"amicalité" pour le second change beaucoup de choses, on l'a dit. A chaque fois, on ne donnait pas cher de la peau des Bleus, et la pression était donc relative, même si la confiance était meilleure la semaine dernière en raison du très bon résultat de Madrid. A chaque fois, on a plus ou moins souffert en première mi-temps, tout en livrant un gros match physique et tactique, gênant ces deux redoutables adversaires dans l'élaboration du jeu, y parvenant à chaque fois plus en deuxième mi-temps qu'en première. La grosse satisfaction, ce sont les deux matches de mammouth de Matuidi au milieu. Son pressing, sa science de l'interception en font un des grands architectes de ces deux matches réussis. Quitte actuellement à tirer la langue avec le PSG...

Et à chaque fois, on s'est montré efficace sur les quelques occasions qu'on s'est procuré, plutôt à Parme qu'à Madrid d'ailleurs. A ce titre, l'entrée en jeu de Gomis est assez symbolique, et surtout son but, fruit de son profil, assez rare finalement en France, de chasseur des surfaces que Benzema ne sera jamais, et Giroud pas trop non plus, par manque de vivacité. Le Lyonnais est un combattant, qui ne cesse d'user la défense par ses appels, son jeu dos au but et son activité, et qui est toujours présent sur les ballons qui trainent, parce qu'il les sent, tous simplement. C'est ce qui fait que Gomis, malgré un statut pas toujours définit à Lyon, n'a jamais marqué moins de 10 buts par saison depuis 2006 en Ligue 1 ! Une qualité dénigrée en France, mais souvent très utile pour gagner ce genre de matches âpres, où les occasions sont rares. Un talent... tout italien, et que ne possède pourtant pas non plus le nouveau fer de lance italien, Balotelli. Joli symbole, quand même, de gagner de cette manière sur le sol italien.

Valbuena aussi, bien sûr, a marqué des points. Moi qui ait toujours été circonspect face à un joueur certes spectaculaire et très actif, mais qui n'a jamais possédé des statistiques susceptibles de m'impressionner, j'ai évolué. Si on enlève ses passes décisives sur coup de pieds arrêtés, il demeure un bon passeur, sans être une machine à passe. Et son nombre de buts (1 cette saison en Ligue 1, jamais plus de 5 par saison auparavant) n'a jamais défrayé la chronique. Bref un attaquant plus joli à voir que véritablement efficace, et qui plus est énervant par son aptitude à plonger au moindre coup de vent. Mais depuis deux ou trois saisons, il est devenu plus efficace, et sa place en équipe de France est logique, surtout qu'il y marque finalement souvent (3 buts en 18 sélections, un toutes les 300 minutes contre un toutes les 458 minutes au total).

En l'absence de Nasri, sa place dans un 4-2-3-1 est parfaitement légitime, surtout avec Ménez à droite et Ribéry à gauche. Après, il est toujours difficile d'écarter Benzema de la pointe, malgré son inefficacité chronique en Bleu... Au milieu, on peut imaginer que Cabaye et Matuidi, avec éventuellement un Diaby comme alternative, ont pris de l'avance pour composer la future ossature de l'équipe, qui en a cruellement besoin.

Revenons à présent sur cette année en Bleu...

La France dans la moyenne

Comme en 2010, avec le passage de relais entre Raymond Domenech et Laurent Blanc, 2012 est une année double, avec les six premiers mois, marqués par des matches amicaux, l'Euro et le remplacement de Blanc par Didier Deschamps, puis les six suivants, avec le début réussi des éliminatoires pour la Coupe du Monde 2014, et quelques matches amicaux diversement réussis.

Au total, l’Équipe de France a signé une bonne saison (1,92 points par match, 8 succès, 3 nuls et 3 défaites), dans la lignée des dix années précédentes (1,99)., mais moins bien qu'en 2011 (2,08). Mais l'Euro, et ses deux défaites en quatre matches, pèse lourd dans la balance. Malgré cela, le bilan de Laurent Blanc est meilleur que celui de son successeur : 5 succès, 1 nul et 2 défaites, soit 2 points par matches ; et 3 victoires, 2 nuls et 1 défaite pour Deschamps (1,33). Le nul contre l'Uruguay (0-0) et la défaite contre le Japon (0-1) font des dégâts. Didier Deschamps qui a également du mal à faire marquer son équipe : 7 buts en 6 matches, dont 3 contre le Bélarus (3-1), soit 1,17 par match, le deuxième pire chiffre de l'histoire pour un sélectionneur français. Avec 0,66 buts encaissés par matches, il fait aussi un peu moins bien que Blanc (0,63), lui-même devancé par Santini (0,46) et Jacquet (0,51).
 
Une attaque toujours en berne

Au total, la France a marqué 21 buts, soit 1,5 buts par match, la même moyenne que sur les dix saisons précédentes (21,4 buts par an, 1,59 par match), et un meilleur chiffre qu'en 2011 (1,31). Mais la France n'a plus marqué plus de 1,5 buts par matches depuis 2006 (1,76) et plus de 2 depuis 2003 (2,86). Cette dernière année est aussi la dernière qui a vu un joueur dépasser les 8 buts sur une saison (Henry, 11). Depuis, seul... Henry en a marqué plus de 5, en 2006 (8). Et depuis 2008, personne n'a fait mieux que 4 (Henry puis Gignac, 4, Benzema puis Rémy l'an dernier, 3). Cette saison, le meilleur buteur français se nomme Franck Ribéry, auteur de 4 buts contre l'Islande (3-2), la Serbie (2-0), l'Estonie (4-0) et le Bélarus (3-1). Il s'agit de sa meilleure saison dans ce domaine, après n'avoir marqué aucun but en 2010 et 2011, lui qui compte désormais 11 buts en sélection.
 
Il devance en 2012 Benzema, Malouda, Ménez et Giroud (2). Le Madrilène, qui n'a inscrit qu'un doublé contre l'Estonie (4-0), n'a marqué que quatre fois en deux ans, et 7 fois en trois. Avec 15 buts, il se situe au 17e rang des meilleurs buteurs en Bleu, à égalité notamment avec Revelli ou Rocheteau. Mais avec le même nombre de sélections que Papin (54), il compte exactement moitié moins de buts (15 contre 30). En revanche, il est co meilleur passeur des Bleus (5 passes), à égalité avec... Ribéry, et devant Giroud (3). Avec 16 passes décisives dans le jeu, la France signe son meilleur chiffre depuis 2006 (17).
 
Par ailleurs, la France a encaissé 12 buts, contre 5 en 2011, un classique lors des années paires depuis 2008 (16, puis 13 en 2010), en raison de grands tournois ratés. Mais, depuis 2008, elle tourne à 0,8 buts encaissés par match, contre 0,60 entre 1993 et 2007. Il faut dire que le manque de certitudes en défense, notamment dans l'axe, ne doit pas beaucoup aider. Ainsi, le duo inamovible de Laurent Blanc, Rami-Mexès, a complètement disparu après l'Euro, au profit notamment de Sakho (5 sélections sur 6), Yanga-Mbiwa puis Koscielny (3 et 4). En attendant Varane...

Franck Ribéry, en plus d'être le meilleur buteur et passeur des Bleus, est aussi le seul à avoir joué les 14 matches de l’Équipe de France en 2012 (12 titularisations, 6 matches complets). Il devance Lloris (13), Benzema et Ménez (12), Debuchy et Giroud (11), et Cabaye (10). Huit joueurs n'ont connu qu'une cape, Abidal, Briand, Diaby, Mandanda, Saha, Amalfitano, Chantôme et Trémoulinas, ces trois derniers découvrant le maillot bleu cette année, avec Capoue (4), Jallet et Yanga-Mbiwa (3). Le plus ancien Bleu sélectionné en 2012 se nomme Mexès, qui a débuté en 2002. Mais 18 des 38 joueurs appelés ne l'avaient jamais été avant 2010, et seulement 15 seulement comptent au moins 20 sélections : c'est ce qui s'appelle une équipe en construction, encore.

Le PSG et la Premier League, les patrons

Pour la première fois depuis 1996, le PSG est le club le plus représenté cette saison en Bleu. Le club parisien compte 27 capes, contre 24 à Lyon, 17 à Marseille, 15 à Lille et Newcastle. Le PSG est le sixième club le plus représenté de l'histoire des Bleus (433), toujours dominée par Marseille (707). A noter que si Lloris n'avait pas quitté Lyon cet été, l'OL aurait une nouvelle fois dominé tout le monde, comme c'était le cas depuis 2005 sans discontinuer. Bordeaux (Trémoulinas) et Barcelone (Abidal) ne comptent qu'un sélectionné, le plus mauvais chiffre des deux clubs depuis 2007 et 2003. A noter les très bons scores de Lille (15), son record depuis 1952 (18), Montpellier (10, son deuxième meilleur chiffre après 1990, 11) ou de Newcastle, qui n'avait jamais été aussi représenté (15).

Les années passant, le taux de présence des joueurs de Ligue 1 augmente, lentement mais sûrement. Depuis les 10,1 % de 2002, un record, il n'a quasiment jamais cessé d'augmenter. Il est passé à 35 % en 2004, 44 en 2008, 50,5 en 2010, 51,6 en 2011 et 53,1 cette saison. Il s'agit de son meilleur chiffre depuis 1996 (30 %), soit le début de l'arrêt Bosman. Depuis le début de la décennie, la Ligue 1 est légèrement majoritaire (48,2 %). Le pays étranger ayant le plus souffert de cette invention de tendance est sans doute l'Italie qui, sans les 7 sélections de Philippe Mexès, n'aurait au aucun sélectionné en Bleu cette saison. Cela fait six ans que le Calcio n'a plus compté plus de 10 sélectionnés français dans ses rangs. En revanche, la Premier League est toujours aussi puissante (58). Ce n'est pas par hasard si, depuis l'arrêt Bosman, deux des trois clubs les plus représentés en Bleu sont Arsenal (406) et Chelsea (294), qui entourent Lyon (360). La Liga, elle, vivote avec 21 sélectionnés, devant la Bundesliga (14), uniquement représentée par Ribéry (Bayern).

Je vous laisse !

mercredi 17 octobre 2012

Les Bleus ne l'ont pas volé !

Salut à tous !

Alors, ça fait du bien hein ? Je ne vais pas m'enflammer façon Pascal Praud sur iTélé, qui affirmait ce soir que c'est le premier bon match des Bleus depuis 2006 (on se demande comment on a pu disputer trois tournois depuis, et ce qu'étaient dans ce cas les victoires en Ukraine, en Bosnie, Allemagne ou en Angleterre ces dernières années, sinon des matches références, déjà, le plus souvent sans lendemain), mais c'est le genre de match qui donnent le sourire. Parce qu'ils montrent une chose : quand les joueurs le veulent, qu'ils croient en eux, qu'ils lâchent les chevaux, ils peuvent rivaliser avec les meilleurs, au moins ponctuellement. Sur la durée, c'est encore douteux. Rien ne vaut la régularité. Et un match, même un bon, ne reste qu'un match. Mais c'est un bon début.

Des débuts difficiles

Après une demi heure de jeu, difficile d'imaginer pourtant que les titres et les commentaires d'après-match allaient être aussi dithyrambiques. Baladée comme une vulgaire CFA face à une Ligue 1, la France n'a tout simplement pas vu le ballon durant le premier tiers du match, encaissant un premier but logique, quoiqu'un peut idiot. On peut regretter le manque de marquage de Sakho, mais le jeu appelle la faute, ça va très très vite et le défenseur est masqué sur cette action. Surtout, il a par ailleurs sorti une série d'interventions
remarquables qui ont montré qu'actuellement, peu de défenseurs centraux français sont à son niveau actuellement. Il faudra juste se montrer plus attentif...

En attendant, la France souffrait, comme prévu. La sortie sur blessure de Silva n'a pas changé grand chose, son remplaçant, Cazorla, causant énormément de problèmes à Debuchy dans son couloir, Ménez jouant trop haut. Le problème Jordi Alba est insoluble : quand vous mettez deux joueurs bas face à lui, comme à l'Euro, il passe, et quand vous lui mettez un joueur dans le dos pour le forcer à défendre, il s'en fiche...

Devant, chaque (rare) récupération était quasi immédiatement suivie d'une
perte de balle par précipitation, mais aussi grâce au très gros pressing haut des Espagnols, leur grande force, au-delà de la technique individuelle et collective. Ce but de Ramos a fait quand même penser à l'Espagne-France de l'Euro. Surtout quand, avant la mi-temps, Koscielny, dépassé par Pedro, concédait un penalty, comme à l'Euro. Mais si Xabi Alonso avait marqué, cette fois Lloris a sorti un grand arrêt devant un Fabregas hors sujet, même si son penalty n'est pas mal tiré. Mais Lloris est immense. Immense !

Entre temps, les Bleus avaient montré qu'ils pouvaient profiter de la relative faiblesse de la défense espagnole, privée de Piqué et Puyol dans l'axe, en inscrivant un but valable, par Ménez, mais refusé pour un hors-jeu inexistant. Sur ce cas précis, la vidéo aurait fait merveille... A la mi-temps, l'Espagne menait malgré tout 8 tirs à 1, mais la sensation que la France pouvait croire en ses chances était réelle.

Un deuxième acte exceptionnel

La reprise a été difficile, les Espagnols souhaitant faire courir un maximum les Français, et ils l'ont fait. La défense bleue a souffert, mais a tenu le choc. Et eut alors lieu un autre tournant du match, après le penalty arrêté par Lloris : la sortie de Arbeloa, à la place du très local Juanfran (50e). Le joueur de l'Atletico, contrairement à son prédécesseur du Real, est un véritable latéral, nettement plus porté vers l'avant. Il n'a pas vraiment mieux attaqué mais il était positionné plus haut, ce qui a profité à Ribéry, déjà très accrocheur avant la pause, mais qui ne parvenait pas forcément à se débarrasser d'Arbeloa, un vrai défenseur. Plus libre, Ribéry a pu alors démontrer tout son talent, et ça a participé à changer le match. Et c'est Juanfran qui perd le ballon sur l'égalisation, en tentant un grand pont inconscient sur Evra au milieu du terrain...

Il y eut également la sortie de Gonalons, trop juste pour ce niveau, et l'entrée en jeu de Valbuena, la France passant alors en 4-2-3-1. Un vrai choix tactique, offensif, le Marseillais se jetant allègrement dans les pieds de Xavi et Xabi Alonso pour les gêner dans leurs relances, et conservant intelligemment le ballon. Matuidi a également sorti une deuxième mi-temps exceptionnelle, et ça va être compliqué de le sortir de l'équipe après une telle performance. Bref, après ce quart d'heure difficile, la France est tout simplement devenue la maîtresse du ballon durant la dernière demi-heure, rien que ça. Le monde à l'envers ! Rarement on avait vu l'Espagne à ce point gênée et contrée, qui plus est sur sa pelouse. On avait vu la Croatie ou l'Italie y parvenir à l'Euro. La France s'ajoute désormais à cette liste.

Usée, l'Espagne ?

Il faut ajouter tout de même une chose : l'Espagne, qui possède plus de trentenaires que nous (seul Evra était dans ce cas dans nos rangs, contre Casillas, Xabi Alonso et Xavi), avait
disputé un match au Bélarus il y a quatre jours, avec son équipe type, à 3000 kilomètres de là, tandis que la France faisait tourner son équipe type à domicile, contre le Japon. Même avec la défaite à encaisser, ça reste quand même un exercice nettement plus reposant que pour les Espagnols. Ça ressemble à un détail, mais si les Bleus ont fourni une grande dernière demi-heure, c'est aussi parce que la Roja a semblé manquer de souffle, de carburant. Elle  voulu gérer, et aurait du le faire. Quand on voit qu'une équipe de cette expérience a réussi à prendre un but à la dernière minute des arrêts de jeu suite à un contre consécutif à un corner... c'est à peine croyable ! On n'a pas le souvenir d'un tel but concédé par la défense des Bleus de 98... on craignait d'ailleurs plutôt un but encaissé en contre par notre gardien dans ce match, pas l'inverse.

Enfin, que dire de Giroud, si souvent critiqué sur ce blog ? Qu'il a montré qu'il avait de réelles qualités de buteur, quand il est en confiance. Mais selon moi, ce rôle de remplaçant est idéal pour lui. Son manque de vitesse aurait posé des problèmes dans ce match. Mais quand la France a dominé, sa taille et sa présence a servi, on l'a vu.

Maintenant, quelques remarques :

- La France reste la bête noire de l'Espagne en match de compétition officielle (5 succès, 2 nuls, 1 défaite) ; 

- Avec 54 sélections, Benzema rejoint Papin. En revanche, au niveau des buts, le rapport est de 1 à 2 (15 contre 30)... le Madrilène, très volontaire mais une nouvelle fois plus passeur que buteur ce soir, n'a plus marqué depuis 9 matches en Bleu, la plus longue disette de sa carrière.

- Cinq joueurs ayant participé à ce match (Sissoko, Gonalons, Koscielny, Matuidi et Sakho) comptaient moins de 10 sélections, et cinq autres (Debuchy, Giroud, Valbuena, Cabaye et Ménez) moins de 20, avant ce match. Une sacrée perf, quand même !

- Si Giroud a inscrit son deuxième but en 12 sélections, Franck Ribéry, lui, a adressé sa 5e passe décisive de l'année en Bleu (comme Benzema), ce qui porte son total à 13. Seuls, Henry (23), Kopa et Wiltord (20), Platini (19) et Zidane (18) ont fait mieux, et Djorkaeff, Pires et Tigana ont fait aussi bien.

Voilà, je vous laisse savourer ! A plus tard !

mercredi 12 septembre 2012

Les Bleus font le plein

Salut à tous !

Comme vous, je ne peux que me réjouir du carton plein réalisé par les Bleus dans ce début d'éliminatoires pour la Coupe du Monde qui s'annonçait pour le moins piégeux. Surtout quand vous changez de sélectionneur, et qu'il apporte avec lui de nouveaux éléments, ou qu'il en recycle d'autres. Bref, il est rare qu'une équipe modifiée d'un tiers soit immédiatement opérationnelle, et capable de faire le job face à des équipes aussi solides, à défaut d'être géniales, que la Finlande et le Belarus.

Dans un groupe où la deuxième place lui semble d'ors et déjà promise, derrière une Espagne qui paraît évoluer quasiment une division au-dessus, on l'a vu à l'Euro, la France devra faire partie, au moins, des meilleurs deuxièmes. Pour ce faire, mais aussi pour titiller le plus longtemps possible des Espagnols toujours à l'aise en éliminatoires, mais qui ne se sont pas baladés ce soir en Géorgie (0-1, sur un but tardif de Soldado), les Bleus n'ont pas le choix : ils doivent faire le plein contre les autres équipes. Si c'est le cas, quelque soient leurs résultats contre les champions du Monde et double champions d'Europe (!), ils seront au moins en barrage. Après...

Ce n'était pas facile, il a fallu (ré)intégrer des nouveaux, régénérer cette équipe tout en comptant sur quelques anciens pour assurer le relai. Deschamps l'a plutôt bien fait, malgré son idée d’absolument aligner Giroud, dont le statut de coqueluche nationale commence à prendre du plomb dans l'aile au fur et à mesure que ses manques, à l'épreuve du haut
niveau, commencent à se voir un peu trop (lenteur, manque de mobilité, maladresse). En tous cas il a rempli le début de son contrat. Après l'Espagne en octobre, les prochains matches de ce groupe auront lieu l'année prochaine, avec la réception de la Géorgie puis de l'Espagne, encore, avant deux déplacements compliqués en Géorgie et au Belarus, puis la réception finale, et peut-être décisive, de la Finlande. Il y aura aussi des matches amicaux qui n'en auront que le nom, contre le Japon et l'Allemagne, et en Italie... ou comment risquer de saper le moral d'une équipe en affrontant des équipes à risques... mais il fallait bien remplir les trous causés par un groupe à 5 équipes au lieu de 6.

En changeant de patron, cette équipe n'a pourtant pas tant changé que cela, du moins dans son impression visuelle, et ses défauts, notamment sur le plan offensif. Au vu de ces deux matches, Ribéry reste indispensable à cette équipe. Il fut le seul à vraiment percuter en Scandinavie, pas toujours avec réussite, mais c'est la loi du genre pour ce type de joueurs. Et avec un but et deux passes décisives contre le Belarus, il a prouvé qu'il était enfin devenu décisif (11 buts et 12 passes en 67 sélections). Ménez, lui, a perdu des points en voulant faire plaisir à cette France qui lui reproche son individualisme. Il a voulu jouer trop simple, trop collectif, et a finalement perdu son jeu. Si on veut un joueur qui ne percute pas et se contente de donner son ballon dès qu'il en reçoit un, il faut faire jouer un autre joueur. Il reste selon moi la meilleure solution sur un des côtés, avec Ribéry, mais il va devoir faire contre la marée de l'opinion, qui est forte en ce moment. Valbuena peut le menacer, mais aussi Loïc Rémy, si ce dernier se débarrasse enfin de ses soucis physiques.

Benzema, lui, n'a également pas changé : mal placé dans la surface, il ne sent pas les coups, n'a pas de réussite dans ses frappes et, pour tout dire, m'inquiète un peu. Dans le potentiel, il n'a pas d'équivalent, mais ses chiffres depuis deux ans sont faméliques, du moins en ce qui concerne les buts (7 en 25 sélections). En revanche, il totalise 9 passes décisives sur la même période ! Dans sa jeunesse on le comparait à un Zidane un peu plus avancé sur le terrain...  peut-être son avenir se situe-t-il en effet au poste de numéro 10, adjoint à une pointe dans un 4-2-3-1, sachant que Gourcuff ou Nasri ont échoué au poste de meneur de jeu. En tous cas, Higuain l'a mangé au Real, et cette saison s'annonce compliqué pour l'ancien Lyonnais.

Problème, passer en 4-2-3-1 avec Benzema en 10, ça signifierait soit la disparition de Mavuba, soit de Diaby. Et les deux ont montré durant ces derniers jours à quel point ils pouvaient être très précieux à l’Équipe de France... à moins que Cabaye, un peu juste
physiquement, ne disparaisse lui aussi. Sans parler de la bonne impression laissée par Etienne Capoue, auteur d'un vrai but d'attaquant contre le Belarus. Sur cette action on peut d'ailleurs constater que le milieu défensif toulousain a mieux senti le coup que l'avant-centre du Real Madrid...

Pourquoi Mavuba sortirait-il de l'équipe en 4-2-3-1 ? Parce qu'il n'est pas bon dans ce système, on l'a vu contre l'Uruguay, mais aussi à Lille. Il n'est jamais meilleur qu'en pointe basse d'un milieu à trois, derrière deux relayeurs. C'est d'ailleurs également le poste de Capoue à Toulouse, mais ce dernier est un peu plus polyvalent que son aîné, avec des aptitudes offensives supérieures. Mais les deux brillent par une très grosse qualité de passe vers l'avant, et ça, ça ne peut faire que du bien aux Bleus.

L'autre grosse satisfaction, c'est bien sûr la défense. Sur ces deux matches, les erreurs des deux quasi débutants de l'axe ont été très rares, notamment la faute de Yanga-Mbiwa sur le penalty biélorusse. Lui et Sakho, qui ne se connaissaient pas avant la semaine dernière, ont livré une performance collective et individuelle de premier plan. Bien placés, puissants, intelligents, bons relanceurs... d'accord, ce n'était pas Messi en face, loin de là, mais des débuts internationaux, surtout pour des défenseurs, c'est toujours délicat. Là, ils ont pu apprendre à se connaître, et mettre une sacrée pression sur Rami, Mexès et Koscielny, les trois titulaires habituels. Notamment pour les deux premiers, à la peine en Ukraine.

On peut également citer le très bon match de Jallet côté droit, à comparer à celui, assez mauvais, de Réveillère en Finlande. Le capitaine parisien semble désormais bien placé pour disputer la place de remplaçant de Debuchy à Bakary Sagna. A gauche, on a beaucoup vu Evra, avec toujours quelques absences défensives et un côté un peu brouillon offensivement. Mais il est là, et est présent. Mais Clichy reste mieux qu'une alternative.

Toujours en reculant sur le terrain (oui je fais comme ça moi), Hugo Lloris a livré deux matches énormes, avec des arrêts de mammouth plus un penalty stoppé, qui ont prouvé que peu de gardiens dans le monde possédaient ses talents. A part Brad Friedel, (41 ans), peut-être... Je n'ai rien contre André Vilas Boas, mais on ne peut que souhaiter qu'il ne fasse pas de vieux os, s'il place Lloris sur le banc à Tottenham. Après ce qu'il a déclaré sur les deux hommes, on le voit mal changer d'avis et mettre Lloris titulaire... on peut donc s'inquiéter, même si le manque de rythme est sans doute moins important physiquement pour un gardien. Le manque de repères, en revanche, c'est plus problématique...

Voilà pour ces impressions qui me sont forcément personnelles, n'hésitez pas à me donner votre avis !

A plus tard !

vendredi 17 août 2012

Pas si inintéressant !


Salut à tous,

Comme promis, même avec un jour de retard, revenons sur ce premier match des Bleus en 2012-2013, et celui de Didier Deschamps, qui succède à son ami Laurent Blanc dans une indifférence quasi générale. Autant, lorsque ce dernier avait succédé à Raymond Domenech, on avait eu l'impression de l'arrivée d'un messie, du sauveur qui allait relever la France après six années terribles (juste marquées par une finale de Coupe du Monde et trois qualifications pour des grands tournois, mais peu importe), autant là on a le sentiment que les gens ont compris que ce n'était pas forcément le sélectionneur qui faisait la différence. Vous mettez Aimé Jacquet à la tête de l'Equipe de France des années 60, elle sera toujours aussi nulle. Vous mettez Domenech en 1998, il aurait aussi bien pu être champion du Monde. Du coup, après l'"échec" - qui n'en est pas un puisque, rappelons le, les Bleus ont rempli leur objectif - des Bleus à l'Euro, on se dit que quelque soit le gugusse qui prendra la relève, ça ne changera pas grand chose : sans grand joueur, on ne gagne rien. On a de très bons joueurs (Ribéry, Benzema, Cabaye, Lloris, Ménez...) mais pas encore de grands joueurs. C'est comme ça, il faut s'y faire. Ça ne veut pas dire que ça ne va pas changer... C'est même certain que ça reviendra.

On a également eu la confirmation très nette de l'inutilité quasi totale de ces matches amicaux du mois d'août. Du point de vue des spectateurs et des joueurs en tous cas. Alors que ces derniers ont, dans le meilleur des cas, un match de championnat dans les pattes, voire un ou deux matches de tour préliminaire de coupe d'Europe, ce qui exclue les joueurs étrangers (ils étaient quatre seulement au Havre), quel est l'intérêt de les faire disputer un match amical, même contre une bonne sélection et dans un stade tout neuf, en plein mois d'août entre deux journées de championnat ? Bon courage aux quatre Lillois qui ont joué avant-hier et qui remettent ça dès ce soir en championnat contre Nancy. Notamment à Mathieu Debuchy, qui s'est blessé... Rudi Garcia a du être ravi devant sa télé. Carlo Ancelotti aussi, lui qui a vu son capitaine Jallet jouer 70 minutes au lieu de 45, comme prévu. Mais le PSG ne joue "que" dimanche, lui...

Surtout, ces matches de reprise sont presque à coup sûr des bouses, que la France ne gagne presque jamais en plus. En 2011 : match nul entre la France et le Chili, à Montpellier (1-1). 2010 : le fameux match amical perdu en Norvège avec les remplaçants des remplaçants (2-1). 2009 : match de qualif pour la Coupe du Monde très difficilement gagné aux Féroés (0-1). Il faut remonter à 2008 pour retrouver la trace d'un match aoutien des Bleus intéressant, avec la victoire en Suède, sur un but de Benzema et un doublé de Govou (2-3)... une autre époque, déjà. Et c'était sous Domenech. Et on peut remonter avant pour retrouver d'autres matches de ce genre, dont le seul intérêt est de... non, en fait y a vraiment pas d'intérêt.

Oh si, allez, Deschamps a du trouver de l'intérêt quand même. Déjà, de prendre le pouls de ce groupe qui va devoir relever un challenge complètement hors de portée pour lui, à savoir devancer l'Espagne dans sa poule et ainsi éviter les barrages. Ou au moins faire un excellent parcours et se qualifier directement comme meilleur deuxième, comme la Suède, cette équipe que l'on devait battre facilement à l'Euro paraît-il, l'avait fait pour aller en Ukraine. Dans les deux cas, ça paraît vraiment compliqué, surtout qu'on a déjà vu que la Biélorussie n'était pas une équipe bidon, la Géorgie non plus, ni la Finlande d'ailleurs. Et cette fois, pas d'iles Féroés pour bien s'amuser pendant que les autres gros s'écharpent entre eux. On sera au mastic à chaque match, et il faudra se montrer autrement plus percutant et efficace que mercredi.

L'Uruguay nous a montré à quel point des blocs resserrés nous posaient problème depuis des années, et ça risque fort de se répéter lors des éliminatoires. Difficile d'imaginer la Finlande ou la Biélorussie se jeter à l'attaque au Stade de France, et on a vu à l'Euro à quel point l'Espagne défendait bien et se portait vite vers l'avant. Ce qui était intéressant dans ce match, c'était de voir des joueurs qu'on pressentait depuis un moment en Bleu et qu'on a enfin pu voir à l’œuvre. Et, hormis Mavuba, un peu, aucun d'entre eux n'a déçu. Jallet a arpenté son couloir et délivré quelques bons centres, Capoue a confirmé à la fois son impact physique et sa qualité de jeu vers l'avant, et Yanga-Mbiwa a montré, avec son collègue Mamadou Sakho, qui devait également montrer beaucoup, une connivence mais surtout une qualité de placement et d'intelligence de jeu au-dessus de la moyenne. Avec Koscielny, on peut commencer à enfin espérer en une charnière intéressante, après deux années incertaines avec Rami et Mexès, même si ce dernier n'a déçu que sur la fin. Mais il aurait été aussi intéressant de les voir à l'oeuvre face à Suarez et Cavani, plutôt que face à Abreu et aux restes d'un Forlan qui faisait peine à voir, lui qui culminait sur le toit du monde il y a seulement deux ans...

Deschamps a également ressuscité deux joueurs qui paraissaient définitivement tricards en Bleu, malgré des performances souvent intéressantes en Bleu : Mavuba et Briand. Le premier, malgré un match étonnamment timide, est le meilleur milieu défensif français depuis quelques années, quand le second, raillé pour son inaptitude à marquer des buts (14 l'an dernier, quand même, plus 8 passes décisives !), il est devenu indispensable à l'OL, et son activité et son abnégation pourraient servir beaucoup à l’Équipe de France à l'avenir. J'ai également noté l'excellent match de Franck Ribéry, qui a beaucoup provoqué à gauche, souvent avec réussite. Il a mis trois ans pour se défaire de son complexe en Bleu, mais ça parait loin derrière lui, et c'est tant mieux.

Devant en revanche, c'est toujours le désert. Même si ce n'était qu'un seul match de préparation, ceux - nombreux, un peu trop même - qui réclamaient à cor et à cri l'association entre Benzema et Giroud se sont peut-être rendu compte de l'inanité de cette tactique au haut niveau. Le 4-4-2, en championnat, ça passe, contre l'Uruguay, qui maîtrise le milieu avec ses 5 joueurs, c'est une aberration. On s'est retrouvé avec deux ailiers et deux pointes privés de ballons par l'absence d'un joueur offensif central. Si vous alignez deux milieux défensifs purs dans ce système, vous coupez vos joueurs offensifs du jeu. Ce qui a provoqué cette première mi-temps à se pendre, avec une seule vraie occasion, celle de Yanga-Mbiwa sur corner. C'est un constat simple mais qui a semble-t-il échappé à beaucoup de monde, devant l'urgence, semble-t-il, de voir enfin les deux idoles du peuple alignées côte à côte...

La deuxième période, avec un Capoue qui jouait plus vers l'avant, et surtout avec l'entrée de Gomis, tellement plus mobile et disponible que ces deux prédécesseurs, et celle de Martin, ce qui a permis à l'équipe d'évoluer en 4-2-3-1, a été nettement meilleure, vous l'aurez constaté. Toujours est-il que cette année encore, le meilleur buteur des Bleus n'est pas Benzema (2) mais Ribéry (3). le Madrilène avait déjà été devancé par Rémy l'année dernière, avec les mêmes scores. L'année n'est pas terminée... mais pour l'instant Benzema a la même moyenne de buts par match que Yannick Stopyra (0,3). Vous me direz que je fais une fixette sur Benzema et Giroud, mais c'est en réaction avec le délire collectif qui accompagne ces deux joueurs et leur présumée association fabuleuse, et le statut de star du Real du premier nommé. En deux saisons sous Blanc plus un avec Deschamps, il a joué 23 matches, dont 21 comme titulaire, et a marqué 7 fois, notamment un doublé contre l'Estonie, un but en Albanie et en Bosnie et un but contre le Luxembourg. Les deux seuls buts contre des gros, contre l'Angleterre et le Brésil, l'ont été en amical. Je suis le premier à vouloir qu'un tel joueur réussisse en Bleu, mais avouez qu'il ne m'aide pas beaucoup. Quant à Giroud, j'attends de le voir s'imposer à Arsenal - sans Van Persie, ça peut le faire, même si Podolski a de grosses qualités - et de jouer quelques matches européens avant de vraiment parler de phénomène...

On en saura plus lors du match - capital, comme les 7 qui suivront - en Finlande, en septembre. Déjà on pourra compter sur Ménez, qui aura purgé la pathétique et démagogique suspension qu'il a reçu pour, tenez-vous bien, avoir mal parlé à son capitaine. Parce que d'habitude, les joueurs se parlent toujours bien sur un terrain, ils se disent s'il vous plait et emploient l'imparfait du subjonctif. Vraiment, on marche sur la tête. Les Experts du hand ont le droit de démonter un plateau de télé parce qu'ils ont tout gagné. On voit donc bien où se situe le réel enjeu : gagner ou ne pas gagner, et ne pas bien se comporter ou pas. Zidane a eu le droit de se comporter comme une brute parce que c'était une idole. Arrêtons les de les juger pour les modèles qu'ils n'auraient jamais dû être et contentons nous de le faire sur la seule chose qui compte : le jeu, les résultats.

A plus tard !

samedi 19 mai 2012

Qui derrière Mexès et Rami ?

Salut à tous,

La sélection très probable de Yanga Mbiwa pour l'Euro, à moins que Blanc ne choisisse de ne pas trancher entre ses joueurs offensifs en n'emmenant que 7 défenseurs en Ukraine, pose une question : sur qui pourra-ton compter dans cette zone clé du jeu, quand Philippe Mexès (30 ans), plus qu'Adil Rami (26), aura passé la main ? Suivant ce qui se passera l'Euro, par exemple s'il s'y comporte mieux que durant ses derniers matches à Milan, l'ancien Auxerrois pourrait sans doute continuer jusqu'à la Coupe du Monde au Brésil, dans deux ans, moins probablement pour l'Euro 2016. Il aura 34 ans, soit moins que Laurent Blanc à l'Euro 2000 (35) mais presque autant que Marcel Desailly au Mondial 2002, ce dernier poussant pourtant jusqu'à l'Euro 2004, qu'il avait vécu sur le banc, un peu avant ses 36 ans. Il n'y a donc pas vraiment de vérités, mais Mexès n'est pas spécialement un roc, il est même plutôt un habitué aux rubriques médicales, et il a débuté très jeune au haut niveau. Personnellement, j'ai du mal à l'imaginer à 34 ans encore titulaire en Bleu.

Adil Rami, lui, n'aura que 30 ans, et pourrait donc bien toujours être présent, surtout qu'il présente les caractéristiques inverses de son collègue : il est rarement blessé, puisqu'il tourne à plus de 30 matches de championnat par saison depuis quatre ans, même s'il a avoué une lassitude alors qu'il avait pourtant joué autant de matches l'année dernière avec Lille et les Bleus (58) que cette saison (59), et il a débuté très tard sa carrière professionnelle (en 2006-2007). S'il garde ce niveau et donc sa place en Équipe de France, qui l'accompagnera ?

Sakho déjà perdu ?

Il y a encore quelques semaines, la question ne se posait même pas. Mamadou Sakho, de part son statut de capitaine indéboulonnable du PSG à seulement 21 ans, était parti pour faire une grande carrière en Bleu. Aux yeux des journalistes, les quelques semaines récentes qui l'ont vu perdre ce statut aux yeux de Carlo Ancelotti, et au profit de joueurs comme Bisevac, Alex, voire Camara, suffisent à annuler ce brillant avenir. Évidemment, ça parait moins simpliste que ça, mais le jeune défenseur parisien va devoir faire un choix : soit il règle ce problème avec l'entraîneur italien, soit il exporte son énorme talent, selon moi, ailleurs, en l'occurrence à l'étranger, le seul endroit où on peut véritablement juger les qualités d'un défenseur central pour le très haut niveau.

Parce que c'est ça le problème, justement, c'est que de défenseurs centraux à l'étranger, on en a peu, comme on a d'ailleurs peu de défenseurs centraux de haut niveau, d'une manière générale. Regardez la carrière d'un Bruno N'Gotty, titulaire et impressionnant à Lyon, son club formateur (1987-1995) puis à Paris, où il remportera une Coupe des Coupes grâce à un des coup-francs dont il avait le secret (1995-1998) puis à Milan, où il jouera un peu moins (42 matches en 18 mois), avant un prêt à Venise (16 matches en 6 mois), puis un passage à Marseille (2000-2002), puis une fin de carrière en Angleterre. Ce joueur là, compte-tenu des canons que l'on a aujourd'hui, serait titulaire en Bleu, vu qu'on manque de certitudes à ce poste, même si Rami et Mexès sont bien en place. A l'époque, N'Gotty n'avait pourtant grappillé que six sélections entre 1994 et 1997. Pourquoi ? Parce qu'à l'époque Desailly et Blanc étaient déjà indiscutables en Équipe de France, sans parler de Thuram ou Djetou... Il y a 15 ans, la France avait la meilleure école de défenseurs du monde. Aujourd'hui, contrairement à ce que la polémique sur les quotas pourrait faire croire, on est faible de ce point de vue, et la charnière Rami-Mexès fait plus penser à un choix par défaut qu'autre chose. Dans un gros mois, on en saura plus sur sa véritable solidité à l'épreuve du très haut niveau, même si les deux joueurs sont déjà en place dans de grands clubs européens.

Kaboul et Koscielny, mieux que des remplaçants

Oui, à l'étranger on a Kaboul et Koscielny, 26 ans tous les deux, et qui seront donc peut-être candidats en 2014 et 2016. Les deux ont des profils diamétralement opposés, et seraient donc complémentaires à mon avis. Le premier, blessé pour l'Euro, est immense (1m90, 87 kgs), puissant, impressionnant de la tête et dans les duels, et ne manque même pas de vitesse et de qualité de relance, vu qu'il évolue parfois côté droit. L'autre, s'il ne manque pas de taille (1,86) est plus fin, et évolue plus dans l'anticipation et le placement. Et il marque plus que son collègue (3 buts contre 1 cette saison). Personnellement, je crois beaucoup en ces deux garçons, mais Kaboul n'est pas encore super médiatisé, vu que son club, Tottenham, ne fait pas parti du "big four" officiel, et Koscielny, lui, évolue à Arsenal, qui a encaissé 49 buts en championnat cette saison ! Il n'est pas le seul responsable, mais il n'a pas non plus encore rassuré cette défense.

Si on excepte Abidal, gravement malade et qui est plus appelé à jouer côté gauche (et qui, à bientôt 33 ans, n'est pas vraiment une solution d'avenir pour 2014 et 2016...), ce sont les seuls sélectionnables à ce poste à l'étranger. Le reste évolue donc en Ligue 1, où les seuls dangers offensifs dans l'axe se nomment Lisandro et Gomis à Lyon, Rémy à Marseille, le trident de milieux offensifs Nene-Pastore-Ménez à Paris, Giroud à Montpellier, Gouffran à Bordeaux, Aubameyang à Saint-Étienne... de bons joueurs, parfois de très bons, mais rien qui oblige à posséder un niveau Ligue des Champions chaque week-end pour s'en sortir. En revanche, évoluer en Liga ou en Premier League, et s'en sortir correctement, surtout face à Ronaldo et Messi, ça aide un peu plus. L'attaquant portugais, qui sera présent à l'Euro a priori, a marqué un seul but en deux matches contre Valence cette saison, c'est plutôt positif pour Rami, titulaire les deux fois...

La Ligue 1 riche en espoirs

En France, on a donc Mapou Yanga Mbiwa, 23 ans, dont on parle depuis un bon moment, notamment pour former la "garde noire" des Bleus dans quelques années avec Sakho... athlétique mais pas monstrueux (1m84, 77 kgs), il fait plus penser à Koscielny qu'à Kaboul, et la comparaison avec Desailly (1m83, 72 kgs) est logique. Mais il me semble plus technique, plus polyvalent que ce dernier, même s'il lui reste évidemment beaucoup à prouver.

Ensuite, derrière lui et Sakho ? Là il va falloir creuser parmi ceux qui n'ont pas encore été appelés. A moins qu'on redonne sa chance aux Bordelais Ciani (28 ans) et Planus (30 ans), ou à Jonathan Zebina (33 ans, Brest)... A noter que Zoumana Camara (33 ans), qui a piqué la place de titulaire à Sakho, à joué la Coupe des Confédérations 2001 avec les Bleus, alors qu'il évoluait à Marseille... Bref, notons le Caennais Heurtaux, 23 ans, qui n'aurait pas forcément éveillé mon attention s'il n'avait pas marqué 5 buts, dont deux contre le PSG, et surtout s'il n'avait pas déjà signé pour cet été à l'Udinese, qui disputera le tour préliminaire de la Ligue des Champions ! Il faudra donc surveiller comment le défenseur normand se comportera dans le Frioul... mais s'il s'impose, et que la charnière des Bleus a du mal à l'Euro, pourquoi pas l'appeler ? Il y a pire comme championnat pour juger un défenseur... n'empêche, le club caennais a encaissé 56 buts en championnat cette saison...

Attention à Kurt Zouma, le jeune prodige stéphanois (17 ans, 1m87, 85 kgs), à Nicolas Isimat-Mirin (20 ans, Valenciennes), surveillé par Lille pour succéder à Chedjou, et à Wesley Lautoa (24), qui est arrivé à Lorient cet hiver en provenance de Sedan, et dont le profil de gaucher puissant pourrait être intéressant s'il passe un cap. J'aime bien aussi les jeunes défenseurs sochaliens Mathieu Peybernes (21 ans) et Loïc Poujol (23), les Brestois Johan Martial (20), champion d'Europe des moins de 19 ans en 2010, et Paul Baysse (24), qui est polyvalent, et l'Auxerrois Willy Boly (21). En revanche, pour le Lillois Béria (29 ans dans 4 jours), trop polyvalent, le Toulousain Congré (27 ans), que les blessures ont rarement épargné, et le Nancéien Puygrenier (30), que j'aurais pourtant bien vu à ce niveau s'il n'avait pas perdu du temps dans des choix sportifs étranges, le train semble être passé. Mais on ne manque pas de candidats. Le problème, c'est qu'ils manquent pas mal d'expérience. On en saura un peu plus dans un ou deux ans, quand ces jeunes pousses auront migré dans des clubs ou des championnats plus exigeants. Ce serait pas mal pour l'Equipe de France, qui a besoin de relève dans ce secteur... comme dans d'autres.

A plus tard !