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mercredi 17 décembre 2014

Chapeau Titi !

Salut à tous,

Cette fin d'année 2014 est l'occasion de rendre hommage à un des cinq meilleurs joueurs français de tous les temps, j'ai nommé Thierry Henry, qui vient de prendre sa retraite, à 37 ans.

J'y vais un peu fort ? On a eu quatre joueurs sacré Ballons d'Or, et sa régularité au classement de ce dernier, à une époque où il n'avait pas encore été racheté et faussé par la FIFA, et donc qu'il avait encore un peu de valeur (quatrième en 2000, 2004 et 2005, sixième en 2002, deuxième en 2003, troisième en 2006, neuf fois classé au final...) lui confère quasiment un Ballon d'Or d'honneur, comme pour un joueur comme Maldini. Toujours classé, jamais vainqueur : il a toujours fait partie des meilleurs, mais n'a jamais été le meilleur sur une saison. Ça s'appelle la régularité au plus haut niveau, et c'est le plus dur à glaner en sport, comme ailleurs. Ceux qui l'ont devancé se nomment Figo, Zidane, Ronaldo (le vrai), Shevchenko, Ronaldinho... Le gros regret, c'est 2003 : être seulement devancé par Nedved, largement en plus (190 points contre 128)... onze ans après, ça fait mal. 2006 aussi : si la France avait gagné sa séance de tirs aux buts en finale du Mondial, Cannavaro et Buffon l'auraient-ils devancé ? La gloire ne tient à rien.

Confirmer les espoirs

Difficile d'imaginer que le gamin hirsute qui allait briller dès ses débuts avec Monaco, il y a un peu plus de 20 ans (premier match - et titularisation -  fin aout 1994 contre Nice grâce à Arsène Wenger, premier but contre Lens fin avril 1995, 8 matches et 3 buts pour sa première saison pro...) allait confirmer les attentes mises en lui à un moment où la France cherchait de nouveaux talents pour se remettre du cauchemar bulgare, et alors que Papin et Cantona étaient sur le point de passer le relais. Combien de mômes ultra talentueux ne se sont jamais remis de débuts en fanfare, de la surmédiatisation qui s'en est à chaque fois suivi, et qui n'ont jamais confirmé, gâchant des talents trop précoces ? Je pourrais vous en citer des dizaines. Lui n'a pas eu non plus en chemin linéaire. Mais ses rares échecs ont été vite oubliés et compensés par des retours encore plus impressionnants.

Lorsqu'il quitte Monaco six mois après la conquête du Mondial 98 pour la Juve, il semble monter dans une fusée qui doit l'emmener au sommet. Son seul échec en club (3 buts en 16 matches de Série A), où ses entraîneurs se nomment pourtant Marcello Lippi puis Carlo Ancelotti, qui le remplace en février, excusez du peu, qui l'oblige à répondre à l'appel de son mentor, Arsène Wenger, qui l'attire à Arsenal. Vous connaissez la suite.

Une pluie de records

En huit années à Londres, il devient le meilleur buteur de l'histoire du club (228 buts, soit 28,5 par saison...), quatre fois meilleur buteur du championnat, troisième meilleur buteur de Premier League depuis 1992... Collectivement, il ne remporte "que" deux titres (2002 et 2004), deux Community Shields, trois FA Cups et dispute la finale de la Ligue des Champions en 2006. Tournoi qu'il remportera trois ans plus tard avec Barcelone, contre Manchester United (2-0), et dont il est le meilleur buteur français de l'Histoire (51 buts).

Enfin à New York, il va s'éclater, moins marquer (35 buts en trois saisons quand même) mais toujours beaucoup passer (26 passes), lui qui n'aura jamais su se défaire de ses oripeaux d'ailier qui ont marqué son début de carrière. D'ailleurs, dans mon esprit, il a toujours plus été un "ailier fort", comme on les appelle au Basket, qu'un véritable avant-centre. Même recentré, il a toujours préféré, comme Zidane, évoluer légèrement à gauche, d'où il pouvait rentrer et armer ses fameuses frappes enroulées. Son jeu de tête était médiocre, et il ne marquait presque jamais des buts de renard dans la surface. C'était sa qualité, mais aussi son défaut : il n'avait pas le flair d'un renard des surfaces, comme souvent les joueurs de côté.

Il est également, vous le savez, le meilleur buteur des Bleus (51 buts), lui qui a été cinq fois leur meilleur scoreur annuel (2002, 2003 et de 2006 à 2008). Avec 123 sélections, seul Lilian Thuram (142) compte plus de capes que lui, et il a remporté un Euro et un Mondial, palmarès très rare en France. Bref, il figurerait certainement dans l'équipe type historique des Bleus, tout comme dans celle des années 2000 au niveau mondial.

Un cadre, pas un leader

Évidemment, les gens lui reprochaient ce qu'ils pouvaient lui reprocher, à savoir pas grand chose. Son manque de sourire après ses buts, la belle affaire, son boulard, maladie pourtant très répandue chez les sportifs (ou les artistes...) de haut niveau, et sa main contre l'Irlande en 2009, en barrages pour la Coupe du Monde 2010. Un geste qui avait permis aux Bleus d'aller en Afrique du Sud, ce qui était finalement tout sauf un cadeau. Bref un mauvais geste réflexe, qui aura presque plus marqué sa carrière, du moins en France, que tous les beaux gestes proférés en 917 matches officiels (411 buts)... Il pourra rétorquer, avec raison, qu'il a fait ça pour la France... pour son but de la main au Mexique, en 1986 contre l'Angleterre, quart de finale du Mondial s'il vous plait, Maradona est adulé en Argentine.

Et il y a eu ce Mondial 2010. A 32 ans, il a terminé la saison sur la gente avec Barcelone, qu'il va quitter pour Ney York avant même la fin de la compétition. Domenech ne veut pas l'emmener en Afrique du Sud, il insiste en lui disant qu'il s’assoirait volontiers sur le banc. Qui peut refuser un tel joker offensif ? Il n'entra en jeu que deux fois sur trois, n'influant en rien sur les matches contre l'Uruguay (0-0) et l'Afrique du Sud (1-2). Et il ne descendra pas du bus, mais qui l'a fait ? La Coupe du Monde de trop, lui qui en a gagné une et a marqué 6 fois en 17 matches dans la compétition. D'ailleurs, s'il a souvent été présent dans les grands tournois (28 matches, 6 participations), il y a moins brillé qu'en club (12 buts tout de même).

Mais il a toujours su se vendre, y compris auprès des médias qui l'ont toujours préféré à son ex partenaire en Espoirs et à Monaco, David Trezeguet. Pourtant, ce dernier a de nettement meilleurs stats que lui en sélection : 1 buts toutes les 121 minutes (contre 177 pour Henry) et 0,48 buts par match (0,41 pour Henry). Alors oui, Henry était plus complet, et il a aligné 24 passes décisives en Bleu (5 pour Trezegol). Mais Henry n'a marqué qu'un but après un quart de final dans un gros tournoi, celui en demi-finales de l'Euro 2000 contre le Portugal (2-1 a.p.). Le but vainqueur en finale, lui, fut l’œuvre de Trezeguet, et pas dégueu en plus si je me souviens bien... Pourtant, le meilleur buteur étranger de l'Histoire de la Juventus n'a été que 59 % du temps titulaire en Bleu, contre 86 % pour Henry...

Évidemment, ces deux joueurs auraient pu évoluer ensemble, dans un 4-4-2 en losange par exemple, même si ce système est relativement rare au haut niveau. Ils étaient complices sur le terrain lorsqu'ils ont gagné la Ligue 1 en 1997, l'année où ils remportent le tournoi de Toulon avec les Espoirs, après avoir gagné l'Euro des moins de 19 ans un an plus tôt contre l'Espagne... Mais il voulait être le seul en attaque, et comme souvent avec les grands buteurs, il ne supportait pas la concurrence. Demandez à Messi ou Ibra... En même temps difficile de rêver mieux comme joker offensif que Trezeguet...

Aujourd'hui les Bleus ne sont pas en manque de bon buteur international, avec Benzema, qui peut encore le rattraper s'il se presse un peu (25 buts)... mais le Madrilène ne joue pas non plus avec Zidane (qui a adressé à Henry non pas une mais deux passes décisives), Pirès, Djorkaeff... Henry est aussi tombé exactement à la bonne période, contrairement à Papin ou Cantona par exemple, qui ont fait le lien entre les générations Platini et Zidane. Ça ne fait pas tout, mais ça compte aussi, la chance, pour réussir au très haut niveau. Lui n'aura pas réussi à faire la transition avec une nouvelle grande génération, il n'aura pas su être un grand leader en Bleu comme d'autres avant lui, on l'a vu en 2008 et 2010. Mais il fut le buteur des années Zidane, et ça il fallait déjà le faire.

A plus tard !

mardi 14 janvier 2014

Salut les frustrés

Salut à tous,

Je ne vais pas redire ce que j'ai déjà dit il y a un an à la même époque, ici, mais une nouvelle fois le vote du Ballon d'Or a débouché sur un véritable scandale. Ribéry aurait du avoir le Ballon d'Or les mains dans les poches, limite en s'arrêtant de jouer en juin dernier : son palmarès - et celui de ses coéquipiers - aurait du lui suffire. Avant la récupération du trophée par la FIFA, maison des combines à gogo depuis des décennies, avant le recul du critère de la performance collective au profit de celui de la performance individuelle, avant l'ajout du vote des joueurs et des sélectionneurs, tout le monde avait sa chance. Il ne s'agissait pas d'élire le meilleur joueur du monde - même si ça tombait souvent sur lui, logiquement - mais le meilleur joueur sur l'année civile, celui qui avait à la fois le plus gagné de trophées avec ses équipes et le plus brillé individuellement. Un combo parfait qui symbolise ce qu'est et doit être le foot, peut-être plus que les autres sports co, où le collectif est encore plus important : un amalgame de talents individuels.

Ballon d'Or virtuel

A une époque, on est même allé un peu à l'excès dans ce domaine, en élisant forcément le meilleur joueur du vainqueur de la Coupe du Monde ou de l'Euro disputé dans l'année. Cannavaro, par exemple. Mais en même temps, ça signifiait pouvoir récompenser des défenseurs et un gardien, Yachine, ce qui est arrivé très rarement. Maintenant c'est fini, ça n'arrivera plus, c'est une certitude. La Ballon d'Or est devenu un succédané du défunt Soulier d'Or, un concours de buts, une sorte de cirque où celui qui réussira le meilleur numéro emportera la mise. J'ajoute la dimension 2.0 du phénomène : hier, certains experts évoquaient le nombre d'amis sur Facebook des trois candidats pour expliquer pourquoi Ribéry a fini troisième. Aujourd'hui c'est plus un concours de popularité, une élection Tweeter, qu'un véritable scrutin technique. A ce jeu là, Ribéry, moins glamour que Ronaldo en slip, moins médiatisé en tant que joueur d'un championnat moins suivi - à tort - que la Liga, ne pouvait pas gagner. Et ça va durer encore quelques années, le temps que Ronaldo passe les trente ans - l'an prochain - et que Messi confirme que son éclosion très précoce et les traitements qu'il a subit pour sortir du nanisme lors de son adolescence lui coûtera prématurément sa santé. Mais Ribéry a déjà 30 ans, lui. Et ceux qui affirment qu'il n'a qu'à gagner la Coupe du Monde pour les devancer en 2014 se trompent : on a la preuve désormais que gagner tous les trophées ne garantie rien. Et demandez aux Espagnols, jamais récompensés ces dernières années, si gagner des Mondiaux ou des Euros apportent automatiquement le Ballon d'Or...

L’Équipe type des déçus

Bref, Ribéry rejoint la grande famille des frustrés du Ballon d'Or, qui sont forcément nombreux. Des joueurs comme Henry, Beckham ou Raul, voire Maldini, des joueurs immenses, sans parler de ceux dont la non appartenance à l'Europe a privé d'élection, comme Maradona et Pelé, n'ont jamais pu inscrire leurs noms à un palmarès qui n'aurait pas dépareillé pour autant, vu le relatif anonymat de certains vainqueurs (Sivori, Belanov, Simonsen...). J'ai voulu donc constituer une équipe de ceux qui n'ont jamais eu le Ballon d'Or. Autant vous dire qu'au niveau gardiens et défenseurs, il y aura le choix. Pour les attaquants, en revanche... mais il y en a, on l'a vu.

Au poste de gardien, qui derrière le seul lauréat, Lev Yachine, unanimement reconnu comme le meilleur gardien de tous les temps même si personne, aujourd'hui, l'a vraiment vu jouer ? Pas évident, tellement il est difficile de juger les gardiens, et tant le niveau semble homogène. je veux dire, on peut compter les buts, les passes décisives, mais les arrêts, contrairement au hand, on ne les compte pas. Et pour cause, autant au hand les arrêts sont toujours difficiles et décisifs, autant c'est moins le cas au foot, ou tu peux aller du tir écrasé au duel en un-contre-un. On peut citer Buffon, pour son palmarès et sa durée, Dino Zoff aussi. Je dirais Buffon, quand même. Les défenseurs à présent.

Au poste de latéral droit, personne n'a jamais été sacré, ni à gauche d'ailleurs, seul cas de l'histoire, avec les milieux défensifs (si on excepte les Allemands Matthaus ou Sammer, qui jouaient plus haut ou plus bas à ce moment là). Latéral, c'est le poste que aucun jeune joueur ne veut occuper, jusqu'à ce qu'un entraîneur décide de les y placer parce qu'il en faut bien un. C'est toujours soit des défenseurs centraux déplacés (Thuram, Stam...) ou des ailiers reculés (Lizarazu). Du coup, les candidats sont rares. A droite, je vais voter Cafu, l'immense latéral droit brésilien qui a quand même disputé trois finales mondiales consécutives (94,
98, 2002) et remporté deux fois la Coupe du Monde, et joué jusqu'à 38 ans. A gauche, qui d'autre que Roberto Carlos ? Encore un Brésilien vous me direz. Oui, et ce n'est pas fini. Je vous rappelle que depuis l'internationalisation du Ballon d'Or, en 95, et avant l'OPA du duo Messi-Ronaldo qui commence à gonfler tout le monde, en 2008, les Brésiliens avaient remporté 5 trophées sur 13, performance que seul les Allemands des années 70 ont égalé (5 Ballons d'or entre 1970 et 1981). Ce n'est pas moi qui ait inventé le fait que le Brésil est le plus grand fournisseur en grands joueurs de l'Histoire du foot. Et puis Roberto Carlos a été dauphin de son compatriote Ronaldo en 2002.

Dans l'axe, je mettrais évidemment Maldini, puisque je l'ai pas mis à gauche, que sa présence dans cette équipe était obligatoire, et qu'il fut un immense central aussi. Qui avec lui ? Thuram ? Oui j'y ai pensé, mais il a vraiment brillé au niveau international au poste de latéral droit. Après, les meilleurs ont été sacrés, notamment Beckenbauer, l'inventeur du défenseur moderne. Qui alors ? Allez, je vais dire un autre Italien, Franco Baresi, presqu'oublié aujourd'hui mais qui fut dauphin de son compère Van Basten en 1989, et dont le palmarès avec Milan dépasse l'entendement.

Les milieux à présent. Je vais faire un 4-3-3, comme ça y en aura pour tout le monde, des défensifs, des offensifs... Tâche très très difficile. Aussi incroyable que ça puisse paraître, Deschamps n'a jamais été sur un podium. Pourtant, quel palmarès... allez, je le mets en 6. Ensuite, je dirais Xavi, qui aurait du avoir au moins le Ballon d'Or l'an passé pour son Euro parfait. Impossible de ne pas le mettre. Enfin, pour le troisième... allez, je vais tenter Beckham. Il est décrié pour son image publique qui a troublé son image sportive, mais il a été un joueur immense. Et les milieux offensifs jamais titrés ne sont pas nombreux. Schuster, Lampard ? Soyons sérieux. J'ai pensé à Giresse mais le fait qu'il n'ait jamais quitté la France me pose un problème. Allons-y pour Beckham. Pas mal comme milieu quand même non ?

En attaque, ça va être rapide. Étant entendu que Pelé et Maradona sont indiscutables, je mettrais Henry en troisième. Deuxième en 2003, troisième en 2006, mais aussi quatrième en 2001 et 2004, et même neuvième en 2002, sale année pour la France... c'est un des joueurs les plus réguliers de l'Histoire du trophée, si ce n'est le plus régulier. Difficile de dire quelle année il aurait pu l'emporter mais, comme Maldini, il a toujours été dans le coup pour le podium, sans jamais réussir à devenir incontournable pour l'avoir.

Voilà, n'hésitez pas à donner votre avis sur mon équipe ! Vous ne serez forcément pas d'accord avec, alors j'attends vos idées !

A plus tard.

vendredi 12 juillet 2013

La relève est-elle là ?

Salut à tous,

Demain soir, l’Équipe de France des moins de 20 ans disputera la première finale mondiale de son histoire. Deux ans après la demi-finale de la génération précédente dans la même compétition, et un an après une autre demi-finale lors de l'Euro des moins de 19 ans pour la présente génération, et malgré les résultats moyens des Espoirs - composés logiquement en grande partie des demi-finalistes mondiaux d'il y a deux ans - la France renaît un peu au niveau des résultats de jeunes, et c'est évidemment une excellente nouvelle.

Que sont-ils devenus ?

Le creux générationnel que subit actuellement la "grande" Équipe de France dure depuis 2008, sachant que les précédents qui avaient succédé aux générations Kopa et Platini avaient respectivement duré 15 et 7 ans. On est donc encore loin de se retrouver avec une sélection qui domine le monde, ou au moins fait partie des tous meilleurs. L'important, c'est qu'on arrête de mettre ces mauvais résultats sur le compte du comportement des joueurs, de leur propension ou non à chanter la Marseillaise, ou pire de leurs origines origines ethniques
et/ou sociales, ce que la montée actuelle des idées xénophobes dans notre pays contribue à faire fructifier. Si on est moins bon, c'est que depuis l'Euro gagné en 1996 par les moins de 19 ans menés par Henry et Trézéguet, ainsi que la finale de l'Euro Espoirs en 2002, les résultats de la France en jeunes ne sont pas inexistants, mais très espacés, voire rares. Et donc, lorsqu'ils sont présents, ils ne parviennent pas suffisamment à nourrir les A en futurs grands joueurs.

Lorsqu'une sélection jeune brille, on a tendance à se dire que c'est toute une équipe sur laquelle le sélectionneur des A pourra s'appuyer pour remplir ses objectifs. Sauf qu'après coup, lorsqu'on regarde ce que sont devenus ces jeunes, ils ne sont en général qu'une minorité à être devenus internationaux, et certains d'entre eux, parfois, n'ont même pas réussi leur carrière pro. Regardez la génération 2002, finaliste donc de l'Euro Espoirs contre les Tchèques, sous la direction de Raymond Domenech : elle comptait dans ces rangs des joueurs comme Berson, Di Tommaso, Vercoutre, Chapuis ou Mathis qui sont loin d'avoir tutoyé les sommets durant leur carrière. D'ailleurs cette génération a fourni certes pas mal d'internationaux A, mais aucun qui pourra dire qu'il en fut un des piliers victorieux (Landreau, Réveillère, Boumsong, Mexès, Bréchet, Escudé, Pedretti, Meriem, Govou et Luyindula) et seulement un finaliste du Mondial 2006 (Govou), Boumsong ne quittant pas le banc en Allemagne.

2004, 2005... pétards mouillés

La clé, ce n'est pas briller de temps en temps en jeunes, c'est de briller tout le temps, comme l'Espagne, l'Allemagne, les Pays-Bas ou le Portugal, qui sont présents systématiquement lors des phases finales des compétitions de jeunes, des moins de 17 aux Espoirs, et qui peuvent donc continuellement compter sur des couches de bons joueurs qui se succèdent sans faillir. Un comble pour notre pays, réputé pour sa formation. Nous, sur quelle bonne génération pouvons nous nous appuyer ?

On a beaucoup parlé de la génération 1987, vainqueur de l'Euro 2004 des moins de 17 ans contre l'Espagne (Piqué, Fabregas...), excusez du peu, avec dans ses rangs des futurs cracks comme Ménez, Ben Arfa, Nasri et Benzema, mais aussi des joueurs qui n'ont pas percé comme El Mourabet, Thicot, Yahiaoui ou Akakpo, tous titulaires en finale... les premiers nommés sont aujourd'hui internationaux, mais seul Benzema, et à un degré moindre Nasri et Ménez, ont fait leur trou en Bleu. Et pour l'instant, ils n'ont pas réussi à emmener les Bleus au sommet. Une grande génération, mais seulement quatre internationaux au final : voici le lot de toute sélection de jeunes, promise à un écrémage sévère au feu du professionnalisme.

La France a également remporté la Coupe du Monde des moins de 17 ans en 2005, soit des joueurs qui aujourd'hui s’apprêtent à fêter leurs trente ans l'année prochaine. Qui portait cette belle équipe ? Son meilleur joueur se nommait Florent Sinama-Pongolle, meilleur joueur et buteur (9 !) de la compétition, aujourd'hui attaquant de Rostov, en Russie, et qui n'a jamais confirmé son pourtant indéniable talent, accrochant une seule sélection, en 2008. Son cousin Anthony Le Tallec, son pendant idéal en attaque, n'a pas vraiment fait mieux. Pour le reste, combien d'internationaux dans ce groupe ? Et bien... aucun, à part Sinama Pongolle, donc. Regardez donc le groupe dirigé à l'époque par Jean-François Jodar :


18 Michaël Fabre Drapeau : Italie Bologne FC 15.07.1984 0 0 0 0 0
1 Florent Chaigneau Drapeau : France Stade rennais 21.03.1984 6 0 0 0 0
Défenseurs
2 Kévin Debris Drapeau : France Le Havre AC 10.05.1984 4 0 0 0 0
3 Jérémy Berthod Drapeau : France Olympique lyonnais 24.04.1984 5 1 1 0 0
4 Julio Colombo Drapeau : France Montpellier HSC 22.02.1984 6 0 1 0 0
5 Jacques Faty Drapeau : France Stade rennais 25.02.1984 6 0 0 0 0
13 Stephen Drouin Drapeau : France FC Nantes 27.01.1984 5 1 1 0 0
Milieux de terrain
6 Gaël Maïa Drapeau : France Girondins de Bordeaux 02.04.1984 3 0 0 0 0
8 Hassan Yebda Drapeau : France AJ Auxerre 14.05.1984 5 0 1 0 0
10 Mourad Meghni Drapeau : Italie Bologne FC 16.04.1984 5 1 1 0 0
12 Emerse Faé Drapeau : France FC Nantes 24.01.1984 6 0 0 0 0
14 Laurent Mohellebi Drapeau : France AS Monaco 05.01.1984 4 0 0 0 0
15 Kévin Jacmot Drapeau : France Olympique lyonnais 22.03.1984 5 0 0 0 0
16 Samuel Piètre Drapeau : France US Créteil-Lusitanos 10.02.1984 6 3 0 0 0
Attaquants
7 Anthony Le Tallec Drapeau : France Le Havre AC 03.10.1984 6 3 0 0 0
9 Florent Sinama-Pongolle Drapeau : France Le Havre AC 20.10.1984 6 9 1 0 0
11 Chaouki Ben Saada Drapeau : France SC Bastia 01.07.1984 2 0 0 0 0
17 Luigi Glombard Drapeau : France FC Nantes 21.08.1984 3 0 0 0 0

Quelle déception, quel gâchis ! A quoi bon remporter des Coupes du Monde en jeune pour qu'au final aucun des gamins ne réussisse vraiment ? Non seulement aucun de ces joueurs n'est devenu réellement international, mais aucun ne peut vraiment dire qu'il a réussi sa carrière professionnelle, hormis, peut-être, Berthod, Faty, Yebda, Meghni, Ben Saada et les deux cousins... en grattant bien alors. Aucun n'a vraiment joué dans un grand club. Que d'espoirs portions nous pourtant à l'époque ! Je me souviens avoir veillé une nuit pour suivre la finale. En pleine époque Zidane, on se disait qu'avec cette équipe, l'avenir était assuré. Que pouvait-il nous arriver ? Et pourtant... un vrai pétard mouillé.

2011, 2013, la relève ?

En 2006, la France atteint les demi-finales du championnat d'Europe Espoirs, contre les Pays-Bas de Huntelaar (2-3). La dernière phase finale en date des Bleuets... Dans ses rangs, encore Sinama-Pongolle, Berthod et Le Tallec, mais aussi de futurs internationaux comme Mandanda, Sagna, Faubert, Gourcuff, Mavuba, Toulalan, Briand, Clerc, L.Diarra... et d'autres "ratés" comme J.Gavanon, Badiane ou Bergougnoux. Ce fut la première "couche" qui a construit l’Équipe de France actuelle.

Et puis bien sûr, il y a donc cette Coupe du Monde des moins de 20 ans 2011, dont les Bleuets atteignirent les demi-finales et Lacazette la tête des buteurs avec 5 buts. Il est évidemment un peu tôt pour analyser le parcours des joueurs qui composaient ce groupe, qui comptait alors dans ses rangs des joueurs comme Grenier, G.Fofana, Griezmann, Kolodziejczak, Kakuta, Bakambu... une belle génération, qui a déjà fournit deux jeunes internationaux aux Bleus (Grenier et Lacazette, lors de la dernière tournée en Amérique du Sud) et qui risque d'en fournir d'autres, comme Griezmann ou Fofana, par exemple. Kakuta, désigné meilleur joueur de cette sélection, semble déjà grillé, encore un gâchis...

Et l'actuelle, qui défiera demain l'Uruguay en Turquie ? Elle a indéniablement du talent, sachant qu'elle a quand même du se passer d'un phénomène comme Varane, blessé. Mais elle n'a battu aucun gros lors de ce tournoi, perdant en poule contre l'Espagne (1-2), battant deux fois le Ghana, mais en concédant aussi un nul contre les États-Unis (1-1) et dominant la Turquie chez elle (4-1) et l'Ouzbékistan (4-0), certes sur des scores importants. Dans ce groupe, qui compte déjà deux internationaux en la personne de Varane et Pogba, on pense tout de suite à Thauvin, exceptionnel en demi-finales contre le Ghana, et qui possède à la fois des qualités de dribble exceptionnelles et une belle frappe, mais aussi à Areola, s'il parvient enfin à jouer, à Paris ou ailleurs, à Digne évidemment, qui ne devrait pas tarder à jouer en A, à Kondogbia aussi. Pour des joueurs comme Umtiti ou Veretout, voire Bahebeck, il faudra encore attendre un peu.

Ces deux récentes générations pourraient être le socle d'une future Équipe de France enfin convaincante. Mais il faudra continuer à avoir des résultats en jeunes pour la voir enfin retrouver les sommets. Pas avant l'Euro 2016, a priori...

Je vous laisse !

mardi 20 novembre 2012

La France clôt sa saison


Salut à tous,

Revenons un peu sur ce match de la France en Italie, et d'une manière générale sur cette nouvelle année internationale pour les Bleus.

Les Bleus à l'Italienne

D'abord ce match, donc. Au milieu d'une série de trois matches face à trois demi-finalistes du dernier Euro, dont les deux finalistes (Espagne, Italie et Allemagne en février prochain), la France a bien négocié un match qui s'annonçait compliqué, même si l'historique des rencontres amicales entre les deux pays disait l'inverse. S'ils ont perdu leurs deux dernières confrontations officielles contre la Squadra, les Bleus n'ont en effet plus perdu un match amical contre son voisin depuis 50 ans, soit six rencontres (3 succès, 3 nuls), dont quatre jouées de l'autre côté des Alpes.

Et cette tradition s'est confirmée dans ce match à Parme, qui, malgré l'enjeu d'un derby, le 37e du nom, restait un match amical. Et ce, d'une seule et fondamentale façon : la deuxième mi-temps, marquée par douze changements, dont 10 entre la 50e et la 73e minute. Comment voulez-vous sérieusement juger une partie, aussi prestigieuse soit-elle, quand plus de la moitié des équipes de départ ne terminent pas la rencontre, voire même ne dispute pas le dernier quart d'heure ? En plus de découper en rondelles une mi-temps - un changement toutes les 4 minutes - le jeu n'est évidemment plus le même. La France a commencé avec une attaque Sissoko-Valbuena-Ribéry-Giroud, elle a terminé avec Ménez-Gourcuff-Trémoulinas-Gomis...

Ces considérations évoquées, passons à ce match qui confirme le regain de confiance, sinon véritablement technique, des Bleus. Là encore, ce n'est pas nouveau : depuis plus de deux ans, la France n'a perdu contre quasiment aucune des grosses écuries qu'elle a affronté, à savoir l'Angleterre (1-2), le Brésil (1-0), l'Allemagne (1-2)... et même l'Espagne le mois dernier (1-1), même si cette dernière lui avait donné la leçon à l'Euro (2-0). Rien de nouveau, parce qu'on se rend compte que lorsqu'il s'agit de subir, de laisser le ballon, de faire parler son bloc, la France est au niveau. Le problème se situerait plutôt pour les matches où elle doit faire le jeu. Elle avait montré des progrès contre le Bélarus (3-1), mais sa défaite contre le Japon (0-1) après son nul contre l'Uruguay (0-0) confirment que lorsque c'est à elle de se faire une place dans un bloc fermé, ça se complique sérieusement. D'ailleurs, la France de Deschamps marque très peu pour l'instant (7 buts en 6 matches).

Les deux matches contre l'Espagne puis l'Italie se ressemblent un peu, même si la notion d'"amicalité" pour le second change beaucoup de choses, on l'a dit. A chaque fois, on ne donnait pas cher de la peau des Bleus, et la pression était donc relative, même si la confiance était meilleure la semaine dernière en raison du très bon résultat de Madrid. A chaque fois, on a plus ou moins souffert en première mi-temps, tout en livrant un gros match physique et tactique, gênant ces deux redoutables adversaires dans l'élaboration du jeu, y parvenant à chaque fois plus en deuxième mi-temps qu'en première. La grosse satisfaction, ce sont les deux matches de mammouth de Matuidi au milieu. Son pressing, sa science de l'interception en font un des grands architectes de ces deux matches réussis. Quitte actuellement à tirer la langue avec le PSG...

Et à chaque fois, on s'est montré efficace sur les quelques occasions qu'on s'est procuré, plutôt à Parme qu'à Madrid d'ailleurs. A ce titre, l'entrée en jeu de Gomis est assez symbolique, et surtout son but, fruit de son profil, assez rare finalement en France, de chasseur des surfaces que Benzema ne sera jamais, et Giroud pas trop non plus, par manque de vivacité. Le Lyonnais est un combattant, qui ne cesse d'user la défense par ses appels, son jeu dos au but et son activité, et qui est toujours présent sur les ballons qui trainent, parce qu'il les sent, tous simplement. C'est ce qui fait que Gomis, malgré un statut pas toujours définit à Lyon, n'a jamais marqué moins de 10 buts par saison depuis 2006 en Ligue 1 ! Une qualité dénigrée en France, mais souvent très utile pour gagner ce genre de matches âpres, où les occasions sont rares. Un talent... tout italien, et que ne possède pourtant pas non plus le nouveau fer de lance italien, Balotelli. Joli symbole, quand même, de gagner de cette manière sur le sol italien.

Valbuena aussi, bien sûr, a marqué des points. Moi qui ait toujours été circonspect face à un joueur certes spectaculaire et très actif, mais qui n'a jamais possédé des statistiques susceptibles de m'impressionner, j'ai évolué. Si on enlève ses passes décisives sur coup de pieds arrêtés, il demeure un bon passeur, sans être une machine à passe. Et son nombre de buts (1 cette saison en Ligue 1, jamais plus de 5 par saison auparavant) n'a jamais défrayé la chronique. Bref un attaquant plus joli à voir que véritablement efficace, et qui plus est énervant par son aptitude à plonger au moindre coup de vent. Mais depuis deux ou trois saisons, il est devenu plus efficace, et sa place en équipe de France est logique, surtout qu'il y marque finalement souvent (3 buts en 18 sélections, un toutes les 300 minutes contre un toutes les 458 minutes au total).

En l'absence de Nasri, sa place dans un 4-2-3-1 est parfaitement légitime, surtout avec Ménez à droite et Ribéry à gauche. Après, il est toujours difficile d'écarter Benzema de la pointe, malgré son inefficacité chronique en Bleu... Au milieu, on peut imaginer que Cabaye et Matuidi, avec éventuellement un Diaby comme alternative, ont pris de l'avance pour composer la future ossature de l'équipe, qui en a cruellement besoin.

Revenons à présent sur cette année en Bleu...

La France dans la moyenne

Comme en 2010, avec le passage de relais entre Raymond Domenech et Laurent Blanc, 2012 est une année double, avec les six premiers mois, marqués par des matches amicaux, l'Euro et le remplacement de Blanc par Didier Deschamps, puis les six suivants, avec le début réussi des éliminatoires pour la Coupe du Monde 2014, et quelques matches amicaux diversement réussis.

Au total, l’Équipe de France a signé une bonne saison (1,92 points par match, 8 succès, 3 nuls et 3 défaites), dans la lignée des dix années précédentes (1,99)., mais moins bien qu'en 2011 (2,08). Mais l'Euro, et ses deux défaites en quatre matches, pèse lourd dans la balance. Malgré cela, le bilan de Laurent Blanc est meilleur que celui de son successeur : 5 succès, 1 nul et 2 défaites, soit 2 points par matches ; et 3 victoires, 2 nuls et 1 défaite pour Deschamps (1,33). Le nul contre l'Uruguay (0-0) et la défaite contre le Japon (0-1) font des dégâts. Didier Deschamps qui a également du mal à faire marquer son équipe : 7 buts en 6 matches, dont 3 contre le Bélarus (3-1), soit 1,17 par match, le deuxième pire chiffre de l'histoire pour un sélectionneur français. Avec 0,66 buts encaissés par matches, il fait aussi un peu moins bien que Blanc (0,63), lui-même devancé par Santini (0,46) et Jacquet (0,51).
 
Une attaque toujours en berne

Au total, la France a marqué 21 buts, soit 1,5 buts par match, la même moyenne que sur les dix saisons précédentes (21,4 buts par an, 1,59 par match), et un meilleur chiffre qu'en 2011 (1,31). Mais la France n'a plus marqué plus de 1,5 buts par matches depuis 2006 (1,76) et plus de 2 depuis 2003 (2,86). Cette dernière année est aussi la dernière qui a vu un joueur dépasser les 8 buts sur une saison (Henry, 11). Depuis, seul... Henry en a marqué plus de 5, en 2006 (8). Et depuis 2008, personne n'a fait mieux que 4 (Henry puis Gignac, 4, Benzema puis Rémy l'an dernier, 3). Cette saison, le meilleur buteur français se nomme Franck Ribéry, auteur de 4 buts contre l'Islande (3-2), la Serbie (2-0), l'Estonie (4-0) et le Bélarus (3-1). Il s'agit de sa meilleure saison dans ce domaine, après n'avoir marqué aucun but en 2010 et 2011, lui qui compte désormais 11 buts en sélection.
 
Il devance en 2012 Benzema, Malouda, Ménez et Giroud (2). Le Madrilène, qui n'a inscrit qu'un doublé contre l'Estonie (4-0), n'a marqué que quatre fois en deux ans, et 7 fois en trois. Avec 15 buts, il se situe au 17e rang des meilleurs buteurs en Bleu, à égalité notamment avec Revelli ou Rocheteau. Mais avec le même nombre de sélections que Papin (54), il compte exactement moitié moins de buts (15 contre 30). En revanche, il est co meilleur passeur des Bleus (5 passes), à égalité avec... Ribéry, et devant Giroud (3). Avec 16 passes décisives dans le jeu, la France signe son meilleur chiffre depuis 2006 (17).
 
Par ailleurs, la France a encaissé 12 buts, contre 5 en 2011, un classique lors des années paires depuis 2008 (16, puis 13 en 2010), en raison de grands tournois ratés. Mais, depuis 2008, elle tourne à 0,8 buts encaissés par match, contre 0,60 entre 1993 et 2007. Il faut dire que le manque de certitudes en défense, notamment dans l'axe, ne doit pas beaucoup aider. Ainsi, le duo inamovible de Laurent Blanc, Rami-Mexès, a complètement disparu après l'Euro, au profit notamment de Sakho (5 sélections sur 6), Yanga-Mbiwa puis Koscielny (3 et 4). En attendant Varane...

Franck Ribéry, en plus d'être le meilleur buteur et passeur des Bleus, est aussi le seul à avoir joué les 14 matches de l’Équipe de France en 2012 (12 titularisations, 6 matches complets). Il devance Lloris (13), Benzema et Ménez (12), Debuchy et Giroud (11), et Cabaye (10). Huit joueurs n'ont connu qu'une cape, Abidal, Briand, Diaby, Mandanda, Saha, Amalfitano, Chantôme et Trémoulinas, ces trois derniers découvrant le maillot bleu cette année, avec Capoue (4), Jallet et Yanga-Mbiwa (3). Le plus ancien Bleu sélectionné en 2012 se nomme Mexès, qui a débuté en 2002. Mais 18 des 38 joueurs appelés ne l'avaient jamais été avant 2010, et seulement 15 seulement comptent au moins 20 sélections : c'est ce qui s'appelle une équipe en construction, encore.

Le PSG et la Premier League, les patrons

Pour la première fois depuis 1996, le PSG est le club le plus représenté cette saison en Bleu. Le club parisien compte 27 capes, contre 24 à Lyon, 17 à Marseille, 15 à Lille et Newcastle. Le PSG est le sixième club le plus représenté de l'histoire des Bleus (433), toujours dominée par Marseille (707). A noter que si Lloris n'avait pas quitté Lyon cet été, l'OL aurait une nouvelle fois dominé tout le monde, comme c'était le cas depuis 2005 sans discontinuer. Bordeaux (Trémoulinas) et Barcelone (Abidal) ne comptent qu'un sélectionné, le plus mauvais chiffre des deux clubs depuis 2007 et 2003. A noter les très bons scores de Lille (15), son record depuis 1952 (18), Montpellier (10, son deuxième meilleur chiffre après 1990, 11) ou de Newcastle, qui n'avait jamais été aussi représenté (15).

Les années passant, le taux de présence des joueurs de Ligue 1 augmente, lentement mais sûrement. Depuis les 10,1 % de 2002, un record, il n'a quasiment jamais cessé d'augmenter. Il est passé à 35 % en 2004, 44 en 2008, 50,5 en 2010, 51,6 en 2011 et 53,1 cette saison. Il s'agit de son meilleur chiffre depuis 1996 (30 %), soit le début de l'arrêt Bosman. Depuis le début de la décennie, la Ligue 1 est légèrement majoritaire (48,2 %). Le pays étranger ayant le plus souffert de cette invention de tendance est sans doute l'Italie qui, sans les 7 sélections de Philippe Mexès, n'aurait au aucun sélectionné en Bleu cette saison. Cela fait six ans que le Calcio n'a plus compté plus de 10 sélectionnés français dans ses rangs. En revanche, la Premier League est toujours aussi puissante (58). Ce n'est pas par hasard si, depuis l'arrêt Bosman, deux des trois clubs les plus représentés en Bleu sont Arsenal (406) et Chelsea (294), qui entourent Lyon (360). La Liga, elle, vivote avec 21 sélectionnés, devant la Bundesliga (14), uniquement représentée par Ribéry (Bayern).

Je vous laisse !

mardi 6 mars 2012

La Ligue des presque Champions

Salut à tous,

La Ligue des Champions reprend cette semaine, et dès ce soir nous connaîtrons les premiers pour les quarts de finale, déjà. Benfica ou Zenit St-Petersburg ? Arsenal ou Milan ? Dors et déjà, la première affiche citée prouve une chose : contrairement à ce que l'on dit, la Ligue des Champions n'est pas forcément réservée aux mêmes clubs, qui s'affronteraient en vase clos, excluant le reste de leurs congénères, contraints et forcés de se mesurer à l'étage d'en dessous, en Ligue Europa. Pour preuve, cette année les grands favoris de cette dernière viennent tous deux de Manchester, City et United.

Contrairement à beaucoup, je ne suis pas vraiment nostalgique de l'ancienne mouture de la C1. Certes, je ne suis pas spécialement pour le fait de qualifier des clubs qui ne sont pas champions de leurs pays, où alors il serait bon de changer le nom de la compétition. En Basket on parle d'Euroligue, c'est parfait, ça ne parle pas de champions, ça suggère simplement un championnat des meilleurs clubs européens. Mais la Ligue des Champions qui ne regroupe pas que des champions, ça m'intrigue presque autant que le Dakar qui passe par le Chili, vous voyez. A moins qu'à propos de ces "champions", on élargit sa signification à l'idée qu'ils sont des champions parce qu'ils sont très très forts. Il n'empêche, le troisième ou le quatrième de certains championnats, voire le deuxième, n'ont rien à faire dans cette compétition, à part écarter les petits pays du gâteau.

Bref, en revanche la phase de poule me plait bien. Ça sélectionne beaucoup plus efficacement, ça donne plus de matches intéressants, mais ça n'empêche pas certaines surprises quand même. Demandez aux Lyonnais ce que ça fait de devoir affronter des Chypriotes à ce stade de la compétition... pour perturber, ça doit bien perturber. Ressentir la même sensation que si on recevait Luzenac en Coupe de France, alors qu'on devrait plutôt flipper de se prendre sa traditionnelle fessée du mois de mars contre un grand club, ça change pas mal la donne au moment de se mettre dans les meilleures conditions mentales. mais ça risque fort de changer au prochain tour.

Avant d'aller plus loin, et sachant que je vais parler chiffres pour illustrer un peu l'histoire de cette compétition, je vous informe que depuis toujours, en statistiques, j'utilise la victoire à deux points. Cette dernière est beaucoup plus équilibrée que sa cousine à trois points, qui en lâche dans la nature dès qu'il y a match nul, et qui permet à une équipe comptant un succès et deux défaites d'avoir autant de points qu'une équipe ayant signé trois nuls. Elle permet surtout de récompenser trois fois plus une équipe qui gagne petitement 1-0 que celle ayant cherché à attaquer et gagner, et qui signe un 4-4, par exemple. Je ne vois pas où est la justice là-dedans. Enfin, la victoire à trois points n'a absolument pas influé sur le taux de buts par matches, au contraire : le pullulement des 1-0 a été accentué dans le foot. Ça a conforté la dictature de la victoire, quitte à gagner sur un coup de pied arrêté avant de fermer boutique, au détriment du spectacle. Bref, elle a fait de Pablo Correa ou d'Alain Casanova des stars.

La Ligue des Champions à poules existe depuis 1991, et est donc sur le point d'achever sa 21e saison. Il y a eu trois phases : la première ne comportait que des champions, qui ressortaient de deux tours préliminaires (fatals à Marseille en 1991, contre Sion...) pour se voir repartir en deux poules, qui qualifiaient soit pour la finale, soit pour des demi-finales. Puis il y a eu la période boursouflée, avec deux tours de poule, à l'image de la Coupe du Monde entre 1974 et 1982. Aujourd'hui il faut 15 matches pour gagner la C1, il en fallait 19 à l'époque, soit l'équivalent d'un demi championnat... et enfin celle que l'on connait aujourd'hui, beaucoup plus équilibrée. Inutile de dire que les clubs ayant brillé durant la seconde période sont avantagés, même si elle fut assez brève, aux alentours de l'an 2000.

Hors tours préliminaires, et en comptant cette saison, les deux clubs ayant pris le plus de points depuis 1991 se nomment Barcelone et Manchester United (244) et le Real Madrid (224). United ayant été sorti prématurément à l'automne dernier par le FC Bâle (!), Barcelone, vainqueur à Leverkusen à l'aller (1-3), s'est emparé de la première place à la différence de buts (+172 contre +146) et devrait creuser un écart important durant les prochains tours... suivent le Bayern (195), Milan (181) et Arsenal (160). Et le premier Français, me direz vous ? Non, il n'est pas 145e, comme on pourrait le croire si on considère la Ligue 1 comme l'équivalent de la L2 Bulgare. Il s'agit de Lyon, qui est dixième (125 points), tout simplement, coincé entre Porto (140) et Chelsea (138), d'un côté, et l'Inter (122), Liverpool (101) et le FC Valence (100) de l'autre. Pas mal non ? Douze saisons d'affilée de Ligue des Champions,  et neuf huitièmes de finale consécutifs, même sans victoire, même avec une seule demi-finale dans l'affaire, ça paie plus qu'une victoire et pas grand chose derrière, n'est-ce pas amis marseillais, dont le club favori est certes le deuxième français le mieux classé (25e avec 55 points), mais qui côtoie Galatasaray, Rosenborg, Benfica ou le Spartak Moscou. Suivent le PSG (35e) et Bordeaux (36e), puis Nantes et Lille (49e et 50e). Il faut ensuite descendre à la 60e place pour trouver Auxerre et ses 15 points, entre Sturm Graz et Boavista...

Dans le même temps, les Espagnols, on l'a vu, sont deux dans les trois premiers, mais derrière Valence, 13e, il faut descendre 31 places plus bas pour trouver le 4e espagnol, l'Atletico Madrid. Ce n'est pas nouveau, la Ligue 1 est le championnat le plus compact et le plus indécis d'Europe. Les Italiens sont quatre dans les 20 premiers, les Anglais trois et l'Allemagne, un seul.

Par pays, sans surprise l'Espagne est en tête (728 points) devant l'Angleterre (696) et l'Italie (620). L'Allemagne (449) est devant la France, cinquième (375), qui elle-même devance le Portugal (239), les Pays-Bas (212) puis, loin derrière, la Grèce (153). Vous vous dites que le nombre de clubs qualifiés fausse ce classement, mais c'est le même à la moyenne de points par matches, donc... à part l'Ukraine, qui passe devant la Grèce. Cette saison confirme par ailleurs la chute de l'Angleterre, qui a déjà perdu 7 de ses 26 matches, contre 11 succès, quand l'Espagne en a certes perdu 8 (merci Villarreal et ses six défaites en poule...) mais qui en a gagné 14. Pour l'instant, la France est conforme à ses chiffres habituels, avec une légère avance (8 succès, 6 défaites). Mais évidemment, ça se gâtera quand Lyon et Marseille tomberont... s'ils tombent.

Enfin, chez les buteurs, Raul est toujours en tête avec ses 71 buts, et peut voir venir puisque ses poursuivants, van Nistelrooy (56), Henry (50), Shevchenko (48) et même Inzaghi, pourtant toujours Milanais (47) sont très loin et plus vraiment concernés par cette compétition. Le buteur espagnol a toujours marqué au moins deux buts par saison en Ligue des Champions entre 1997 et 2011, avec une pointe à 9 en 2003 et à 10 en 2000... Du coup, Lionel Messi, déjà sixième (à 24 ans !) avec 43 buts, peut espérer rapidement s'installer dans les cinq premiers. Le buteur catalan, qui dispute sa septième saison dans l'élite européenne, tourne à plus de six buts par saison en moyenne, et en est déjà à sept cette année... si on enlève ses deux premières saisons, où il n'avait marqué qu'une fois à chaque fois, on monte à 8,2 buts en moyenne. Et celle-ci n'est pas terminée...

Chez les Français, derrière Henry, le meilleur est Trezeguet (13e, 29 buts). Suivent ensuite Benzema (25e, 23 buts), Anelka (29e, 20 buts), puis... Papin (46e). Ce dernier fut le premier meilleur buteur historique de la compétition, puisque ses 16 buts se répartissent en quatre saisons, les quatre premières... Chez les joueurs français susceptibles de briller encore en C1, on note les bons chiffres de Bafé Gomis et Ribéry (9 buts chacun), Malouda (8), Gourcuff (6) ou Nasri (5).

Bref, l'avantage des chiffres, c'est qu'ils bougent tout le temps ! On pourra faire un vrai bilan à la fin de la saison. Mais mettons une petite pièce sur le Real et le Milan pour la victoire finale, sachant que personne ne fait de doublés en Ligue des Champions.

A plus tard !

mardi 28 février 2012

Un petit creux

Salut à tous !

Après la Ligue 1, la Coupe de France, la Coupe de la Ligue, la Ligue des Champions et la chasse gratuite aux arbitres, c'est au tour de l’Équipe de France de reprendre en cette année 2012, demain à Brême, contre l'Allemagne. Il y a mieux pour se mettre en confiance avant un Euro qui s'annonce particulièrement coton pour les Bleus, même s'ils ne sont pas tombés dans une poule insurmontable, surtout par un sociétaire du quatrième chapeau... en même temps, ce genre de match est à double tranchant : si on le perd très logiquement, comme celui face à l'Espagne il y a deux ans (0-2), ça nous enfoncera dans les grandes largeurs, et cela validera les gros doutes qui persistent sur cette équipe qui ne semble pas vraiment avoir progressé sous la magistrature Blanc. En revanche, si exploit il y a, ça peut être tout bénèfs pour une génération en manque de match repère, que n'ont finalement pas été les succès en Bosnie (0-2), en Angleterre (1-2) ou contre le Brésil (1-0). Cette fois, il y a peu de chance que Joachim Low aligne une équipe B, comme le fit un Fabio Capello accablé par les blessures, ou que son équipe se retrouve à dix au bout de 40 minutes. Ou alors, toute cette chance que l'on aura eu en match amical aura été un bien beau gâchis !

Malgré le statut de quasi saint dont le sélectionneur aura pu bénéficier depuis sa nomination, et sous l’œil bienveillant de ses amis commentateurs du foot (Dugarry, Lizarazu, Ménez...), pour l'instant les progrès annoncés ici ou là sont difficilement observables à l’œil nu. A l'heure actuelle, et sur le plus pur plan des résultats, Blanc a fait aussi bien que Domenech : il a qualifié les Bleus dans un poule à sa portée avec une très grande difficulté, empruntant le traditionnel trou de souris que seul Jacques Santini et Michel Platini, depuis 20 ans, ont su éviter, en 2003 et 1991. La France ne se qualifie quasiment jamais facilement, même celle d'il y a dix ans, qui trônait au sommet du monde, mais à qui il fallut un but à la dernière seconde contre l'Islande (3-2) ainsi qu'une cagade d'un gardien russe dans un autre match pour qu'elle se qualifie pour l'Euro 2000, qu'elle allait remporter... ça vaut bien une petite mimine durant une prolongation face à l'Irlande ou un penalty à un quart d'heure de la fin contre la Bosnie (1-1)...

Je ne suis pas là pour accabler Blanc, qui fait ce qu'il peut avec ce qu'il a, comme son prédécesseur, qui, lui, ne parait pourtant pas autorisé à utiliser cette excuse, en raison, surtout, d'une communication mal maîtrisée, crime suprême. Il y a simplement de nombreux indicateurs qui prouvent que la France traverse depuis cinq ans un de ses traditionnels creux générationnels dont les sélectionneurs sont rarement responsables, qui la privaient, d'ordinaire, des grandes compétitions, et qui faisaient passer le temps entre quelques grandes équipes. Il y eu ainsi les années 60, qui succédaient à la belle période de la fin des années 50, marquée par une troisième place au Mondial 1958. Durant cette décennie dramatique, la France ne disputa qu'un seul tournoi, la World Cup 66, qu'elle quitta au premier tour (dans un groupe qui comptait tout de même le pays organisateur et futur vainqueur anglais, le Mexique et l'Uruguay), et ne remporta que 19 matches, contre 34 défaites ! Les joueurs marquants de l'époque ? Combin, Herbin, Gondet... des méga stars.

Puis vint la fin des années 70, marquée par la génération Platini, qui remporta un Euro (1984), disputa deux demi-finales de Mundial (1982, 1986) mais rata par ailleurs l'Euro 1980 et ne passa pas le premier tour en 1978 (toujours dans un groupe ardu, avec encore le pays organisateur et futur vainqueur, l'Argentine, la Hongrie et l’Italie !). Place ensuite au deuxième gros creux générationnel de notre histoire, de 1987 à 1993, ou des joueurs comme Ferreri, Passi ou Vercruysse tentèrent en vain d'endosser le costume du patron, ce qui priva des joueurs comme Stopyra, Micciche, Fargeon, Touré et les jeunes Papin et Cantona de bons ballons. Durant ces six ans, la France remporta 28 rencontres pour 12 défaites "seulement"... mais rata les Coupes du Monde 1990 et 1994, et l'Euro 1988. Seule éclaircie dans ce grand brassage de joueurs tous plus improbables les uns que les autres (dans le désordre et en en oubliant pas mal, Kastendeuch, Rohr, Poullain, Zénier, Pardo, Dib, Xuereb...), la qualif pour l'Euro 92, obtenue avec Platini aux commandes et Papin et Canto aux avant-postes, et après un parcours sans faute, puisque les Bleus battaient deux fois l'Espagne et la Tchécoslovaquie... mais échouaient en Suède, avec deux nuls et une défaite contre le Danemark... autre futur vainqueur. Décidément, il fait bon éliminer la France durant un premier tour. Avis aux amateurs !

Et puis voilà Jacquet, Zidane ou Djorkaeff, qui rejoignaient avec succès Deschamps, Blanc ou Petit, déjà présents lors du fameux France-Bulgarie de novembre 1993. Inutile de rappeler les états de service de ces joueurs, mais depuis leur départ, il n'est pas illogique de constater une baisse de niveau quasi mécanique. Mais la France semble être arrivée tout près du niveau d'autres grands pays de football qui, même durant leurs creux, sont quand même là dans les tournois internationaux. Là est réellement le progrès. Rappelons que ces dernières années, l'Italie a raté l'Euro 1984, tout comme les Pays-Bas, qui ont également manqué le Mondial 2002, et l'Angleterre l'Euro 2008 et la Coupe du Monde 1994. Seuls la France, l'Espagne, l'Italie et l'Allemagne n'ont rien manqué depuis 1996. Par ailleurs, depuis 20 ans, la France a connu plusieurs grandes périodes d'invincibilité, notamment celles de Jacquet (30 matches entre 1994 et 1996), de Santini (21 entre 2003 et 2004), de Domenech, oui oui (17 entre 2004 et 2005) et l'actuelle, d'également 17 rencontres, qui dure depuis l'Afrique du Sud. Choses assez rares avant 1980, il faut bien l'avouer.

Sur ces dernières années, marquées, est-ce vraiment un hasard, par une forte hausse des joueurs provenant de la Ligue 1, ce qu'on constate tout de même c'est que la dernière fois qu'un joueur français a inscrit plus de cinq buts durant une année en Bleu, c'était Thierry Henry en 2006 (8), et qu'on reste sur deux années avec un meilleur buteur rachitique (3 buts pour Benzema en 2010, et Rémy en 2011) ; que si elle a été invaincue en 2011, elle a perdu plus de matches (16) entre 2006 et 2010 qu'entre 1993 et 2005 (15) ; et que la France n'a plus dépassé les 1,5 buts par matches depuis cette même année 2006 (durant laquelle on a atteint la finale mondiale, rappelons le). Surtout, elle a perdu ses invincibilités contre l'Italie (qui durait depuis 1978) et la Norvège (1968) et connu ses premières défaites contre la Chine, le Mexique, l’Afrique du Sud ou le Belarus...

On va voir si cette équipe, limitée selon moi dans l'axe, malgré le retour de Mexès, quelconque sur les côtés de sa défense, sans idées au milieu et inefficace en attaque, surtout en l'absence de Rémy et Benzema, ses deux derniers meilleurs buteurs, est capable de soutenir la comparaison avec une Allemagne redevenue redoutable après avoir connu son propre creux générationnel entre 1996 et 2002 (elle n'a d'ailleurs plus rien gagné depuis l'Euro anglais, il y a 16 ans, et qui possède une jeunesse dont on peut être envieux (Götze, Reus, Müller, Özil...). A double tranchant, je vous ai dit...

On en reparle après le match ! A plus !

jeudi 9 février 2012

Pointes Bleues


Salut à tous,

Longtemps, on a pu considérer que le Talon d'Achille des Bleus était le poste d'avant-centre. Et ce, contrairement à ceux de gardien, pour lequel on a très rarement été démuni en excellent éléments, ou de défenseur central, une spécialité locale. Aujourd'hui, on est à la fois loin et assez proche de ce schéma classique.

C'est vrai, on possède encore une fois un duo de gardien exceptionnel, qui nous protège de certaines mésaventures arrivées lorsque nous tâtonnions entre Barthez, Coupet et Frey, il y a quelques années, par exemple. Avec Mandanda et surtout Lloris, sans parler de Carrasso, on est paré, comme aux plus grandes heures de Barthez (première époque), Bernard Lama, Joel Bats, Jean-Paul Bertrand-Demasnes ou Alex Thépot, dans les années 30 (je vous en toucherais peut-être un bout un de ces quatre).

En revanche, au niveau défenseurs centraux, on est loin de l'époque ou des joueurs comme N'Gotty, par exemple, se voyaient privés d'une honnête carrière internationale par la présence du duo Blanc-Desailly, le meilleur du monde durant les années 90, et de loin. Aujourd'hui, on s'en sort avec un stoppeur impressionnant physiquement mais un peu limité techniquement, et assez désordonné tactiquement, du fait d'une formation primaire dans ce domaine puisqu'il n'a pas fréquenté de centre de formation (Rami) et un ancien surdoué, patron de toutes les équipes de jeune dans les années 90, très vite comparé à Blanc dès ses débuts professionnels, à Auxerre, mais qui a raté dans les grandes largeurs l'essentiel de sa carrière internationale, notamment sous Domenech, avant de trouver enfin la grâce, à 28/29 ans, sous Blanc (Mexès). Une des rares véritables réussites de ce dernier, au passage. Problème, il n'a plus joué en Bleu depuis presque un an à cause de sa blessure au genou au printemps dernier, et ses remplaçants, Abidal, plutôt destiné au couloir gauche mais qui convainc quand même dans l'axe, Kaboul et Sakho se sont montrés intéressants, sans plus. On est encore loin, pour l'instant, des critères du très haut niveau (Vidic, Thiago Silva, Terry...) dans ce domaine. Mais Sakho, notamment, est jeune, et il y a Yanga-Mbiwa qui pousse derrière.

Mais je suis là pour parler des attaquants.

La spécialité française, dans ce domaine, n'est pas le buteur ordinaire, qu'on voit partout dans le monde et notamment en Italie ou en Allemagne, l’égoïste, ultra efficace mais qui peut disparaître parfois d'un match, parfois limité techniquement... mais quand tu regardes sa carrière, il a rarement marqué moins de 20 buts par saison. On a eu Fontaine, Papin, mais aussi Trezeguet, qui a plus souvent été remplaçant que titulaire en Bleu, tout en marquant 34 buts, un toutes les 121 minutes ! Celui qui l'a relégué sur le banc alors qu'ils ont été formé ensemble à Monaco, Thierry Henry, en a planté 51, soit un toutes les 177 minutes ! Regardez Benzema, notre avant-centre titulaire en Bleu : il est également titulaire au Real, où ses stats sont honnêtes pour la pointe de cet immense club qui a possédé les plus grands attaquants de la Terre. Sauf qu'au classement des buteurs, Messi et Ronaldo sont suivis par... Higuain, son remplaçant (14 buts, contre 10 pour Benzema). Toutes compétitions confondues, l'Argentin marque toutes les 92 minutes, 113 pour Benzema. Mais ce dernier est plus présent dans le jeu, plus passeur aussi. C'est classique : en France (et chez Mourinho aussi, apparemment), on préfère avoir un avant-centre un peu moins efficace, mais plus impliqué dans le jeu, plus passeur. C'est ce qui nous a permis de passer pour des loseurs pendant des décennies, privés que nous étions de Hrubesch, de Völler, de Rossi... nous, on avait Rocheteau, on avait Lacombe (buteur en club, remiseur en sélection...), on avait Stopyra... des attaquants actifs, romantiques, mais inefficaces, du moins en sélection.

Malgré tout, on a connu deux de nos trois grandes époques sans attaquant de très haut niveau : si on avait Fontaine en 58, on n'avait personne dans les années 80 (Platini se chargeait de tout, et Papin débutait à peine) et des phénomènes encore tendres dans les années 90 (Trezeguet, Henry), un buteur éteint (Guivarc'h), un avant-centre qui n'en était pas un, sauf pour Jacquet (Dugarry), et un Papin trop vieux. Comme quoi, on peut tout de même gagner de grandes compétitions sans buteur véritable, regardez l'Italie en 2006. Mais l'Espagne, qui a souvent eu un peu le même problème que nous (elle a quand même eu Raul ou Butragueno, qui n'étaient cependant pas des pointes classiques), s'est mise à gagner des titres à partir du moment où elle a possédé des avant-centres efficaces (Villa, Torres), qui concrétisaient enfin son jeu qui a toujours été limpide et technique.

Qu'est-ce qu'on a, aujourd'hui ? On a donc Benzema, enfin titulaire au Real mais qui, en 2011, n'a marqué que deux fois en Bleu, soit un but tous les quatre matches... le meilleur buteur en sélection a été Rémy (3), pas encore vraiment titulaire, mais pas loin quand même. Ce qui a motivé ce post, c'est que hormis le Madrilène, nos trois candidats au poste d'avant-centre (un devrait rester sur le carreau pour l'Euro) évoluent en France, et possède des caractéristiques complètement différentes.

Loïc Rémy, donc, ressemble beaucoup à un autre attaquant antillais, qui possède un double prénom, qui est habilité à jouer sur un côté (le gauche, pour sa part) et qui lui ressemble physiquement, Thierry Henry. Très rapide, il diffère de "Titi" sur un point, le jeu de tête, qu'il a excellent : cette saison, il a marqué 9 de ses 20 buts de la sorte, dont les six premiers ! Étonnant pour une flèche, évoluant souvent côté droit... Pour moi il serait parfait sur cette aile, en concurrence avec Jérémy Ménez (qui peu jouer à gauche), dans un système en 4-2-3-1.

Passons à Kevin Gameiro, qui réalise son meilleur début de saison (11 buts en championnat), mais qui est moins efficace depuis trois mois. Le Parisien semblait avoir plusieurs longueurs d'avance sur la concurrence, derrière Benzema, mais ses difficultés à marquer au Parc des Princes (3 buts) et en Coupe d'Europe (1 but en 232 minutes, à Differdange...) font douter de ses capacités à passer le cap du niveau international. Comme on pouvait le craindre, ses aptitudes, notamment la vitesse, sont plus adaptées à des équipes évoluant en bloc et en contre, comme l'était Lorient la saison dernière, qu'à celles ayant la possession de balle, comme Paris ou l’Équipe de France. Malgré tout, ses stats parlent pour lui (deux fois meilleur buteur français ces deux dernières saisons, 17 et 22 buts...).

Même chose pour Olivier Giroud, qui lui fait plus penser à Guillaume Hoarau, qui lui a laissé passer sa chance en Bleu, malheureusement. Le Montpelliérain est grand, puissant, efficace (15 buts), mais à l'inverse de Rémy, il marque peu de la tête (1 seul but) et pas mal du droit pour un gaucher (4). Mais, selon moi, il y a encore un doute à son propos. On disait la même chose d'Hoarau durant sa première saison, qui avait été très efficace (17 buts) : on l'avait comparé à Crouch, à Ibrahimovic... des avant-centres grands, mais pas dégueux avec leurs pieds. Puis il a été blessé, a baissé de rythme, et ne joue plus aujourd'hui à Paris. Ce qui est étonnant, c'est le crédit que l'on donne à Giroud depuis un an et demi, crédit qu'on n'a pas donné à un attaquant comme Moussa Sow, par exemple. Mais s'il semble plus fort techniquement que Hoarau, lors de ses deux bouts de sélection, Giroud a surtout montré qu'il pouvait être aussi pataud et lent que l'avait été le Parisien. A voir, donc !

Bref, on a le choix. Benzema, par son statut au Real plus que par ses stats en Bleu, 13 buts en 42 sélections, un but toutes les 183 minutes, reste intouchable. Derrière, on peut considérer que Rémy l'est aussi, et Giroud a pris de l'avance sur Gameiro, notamment par son profil de buteur/remiseur. Mais ça reste friable et inexpérimenté, puisque seul le Marseillais connaît la Ligue des Champions, et aucun des trois n'a encore évolué à l'étranger. Hors, depuis l'arrêt Bosman, plus l'Equipe de France est riche en joueurs à l'étranger, plus elle est forte, et inversement. Ça risque donc d'être un peu juste pour l'Euro, surtout qu'on ne semble pas avoir de Platini au milieu pour compenser... souhaitons que je me trompe !

A plus tard !