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jeudi 14 avril 2016

Le Barça et Paris au purgatoire

Salut à tous !

C'est un blogueur à la fois navré par la performance et l'élimination du PSG et pas peu fier d'avoir eu tout bon à ses pronostiques sur ces quarts de finale qui entame ce post.

Des quarts très serrés
Alors certes, il ne fallait pas être grand clerc pour prédire les qualifications du Bayern, face à Benfica, et surtout du Real face à Wolfsburg, même si elles ont été beaucoup plus ardues que prévues. Mais celle de l'Atletico, elle n'était pas forcément évidente, surtout face au Barça. L'Histoire ne se répète pas toujours, mais là elle a bien bégayé, et à deux niveaux : les hommes incroyablement vaillants de Diego Simeone ont réédité leur performance d'il y a deux ans, lorsqu'ils avaient déjà sorti le Barça au même stade de la compétition, et à peu près de la même manière (1-1, 1-0) ; et la malédiction du tenant du titre en C1 a encore frappé, comme c'est le cas depuis le doublé des Milanais d'Arigo Sacchi, en 1989. A cette époque, avant l'arrêt Bosman, les grands joueurs étaient beaucoup mieux répartis et, paradoxalement, il y avait souvent un club dominant, souvent dirigés par des entraîneurs de haut niveau, comme Sacchi ou, avant lui, Trappatoni avec la Juve, qui avaient beaucoup plus d'impact sur la performance de leur équipe, puisque les équipes étaient moins fortes. Il y avait aussi une densité moins importante de très gros clubs en C1 puisqu'il n'y avait qu'un représentant par pays, et non 4 Anglais, 4 Espagnols, 4 Allemands, 3 Italiens... il n'était pas rare de retrouver des clubs néerlandais, belges ou provenant de l'est de l'Europe dans les derniers tours. Du coup, conserver son titre était beaucoup moins ardu.

Désormais, les meilleurs clubs du monde sont tous extrêmement proches les uns des autres, se sont plus des sélections mondiales des plus grands joueurs actuels que des clubs à l'ancienne, et les matches se jouent donc sur des détails infimes, ce qui augmente très nettement la part de la réussite dans les résultats finaux. Le Barça est indiscutablement la meilleure équipe du monde, mais sur deux matches, face à des Matelassiers survoltés, il a sauté. Pour un but, un oubli sur Torres à l'aller. Un détail. Les quarts de finale d'avant l'arrêt Bosman étaient beaucoup moins équilibrés, aucun des quatre qualifiés n'a gagné ses deux matches, aucun ne semble au dessus du lot. Le Real passe sur un mur mal placé de Wolfsburg sur le coup-franc de Ronaldo. Paris a payé la blessure de Verratti dans les grandes largeurs. Des détails.

La Verratti dépendance
Oui, selon moi ça a tenu à ça, cette élimination qui fait hurler les médias comme si un enfant avait disparu. La blessure de Verratti, comme je l'avais dis lors de mon dernier post, a considérablement handicapé le PSG au Parc des Princes, puisqu'il devait faire le jeu et qu'il ne le fait jamais aussi bien qu'avec son génie italien. Sans lui, il perd 40 % de son pouvoir créatif, notamment dans l'avant-dernière passe, et Motta, son architecte tactique des dernières saisons, se retrouve livré à lui-même et à sa baisse physique du à son âge. Et il devait aussi faire le jeu au retour puisqu'il était éliminé au coup d'envoi, ce qui n'aurait pas été le cas s'il l'avait emporté à l'aller, comme contre Chelsea. Et comme Blanc, en recrutant Stambouli pour faire le nombre, s'est planté dans son plan B, il a été contraint d'improviser après la suspension de Matuidi. Trop affaibli au milieu, lui qui n'a jamais brillé par son génie tactique, notamment en cours de match, il nous a pondu un compo cataclysmique avec cette désormais fameuse défense à 5, qui a laissé l'initiative au milieu à City, et qui a encore plus isolé les deux attaquants. Un dispositif totalement inédit en quart de finale de C1, face à un adversaire malgré tout redoutable ? Une erreur de débutant, tout simplement, une erreur de jugement majeure, due à la panique. Le PSG jouait sa saison sur ce match, on le voit bien aux réactions délirantes des médias, malgré tous les records battus en championnat, Blanc le savait, et il a craqué sous la pression. Comme il l'avait fait à l'Euro 2012, lorsqu'il s'était s'agit d'affronter la grande Espagne en quart de finale, là aussi, et qu'il avait aligné Mathieu Debuchy au poste de milieu droit, devant Anthony Réveillère, pour contrer notamment les montées de Jordi Alba. Peine perdue, le futur latéral barcelonais avait offert le premier but à Xabi Alonso, auteur d'un doublé, suite à un débordement d'école dans son couloir, et la France, démunie offensivement, n'avait pas existé (0-2). On reproche souvent à Blanc de ne jamais rien tenter tactiquement, de trop tarder dans ses changements, mais c'est peut-être mieux ainsi : quand il improvise, c'est encore pire. Et je ne parle pas de la non titularisation de Lucas au profit d'un Cavani une nouvelle fois hors-sujet, alors que le Brésilien avait été si convaincant contre Chelsea... Là encore, incompréhensible.

Alors oui il y a une Verratti dépendance, mais n'y a-t-il pas une Messi dépendance au barça ? Et Ronaldo au Real ? Et Griezmann à l'Atletico ? Enlevez son meilleur joueur à chaque équipe, et vous verrez la différence.

Paris trop diminué
Analyser cette élimination n'est donc pas une tâche facile parce que si City a eu des absences, avec Sterling et Kompany, Paris, notamment au match retour, n'a pas pu jouer avec ce qui a constitué son point fort pendant quatre ans, à savoir son milieu de terrain. Je serais le premier à hurler avec les loups si le PSG avait été éliminé avec sur le terrain son trio majeur, Verratti-Motta-Matuidi. En deuxième mi-temps, il évoluait avec Rabiot, Marquinhos et Di Maria au milieu... pas de mauvais joueurs, évidemment, mais qui n'avaient jamais joué ensemble dans ce secteur. Comment peut-on donc affirmer que le PSG a disputé sa qualification en pleine possession de ses moyens ? L'an passé déjà, il avait déjà du affronter le Barça au Camp Nou avec Rabiot et Cabaye au milieu... le club parisien avait pourtant tout fait cette année pour être débarrassé du championnat et arriver aux quarts de finale frais et dispo, et surtout au complet. Sans succès. Pastore aurait pu également aider s'il avait pu jouer plus régulièrement ces dernières semaines... difficile de ne pas affirmer que les attaquants parisiens, ainsi que Di Maria, n'auraient pas profité d'un milieu d'une meilleure qualité pour plus briller.

Reste ces quatre quarts de finale d'affilée, performance inégalée par un club français, et qui place le PSG à la 6e place européenne sur la décennie actuelle au nombre de points pris, devant Arsenal, l'Atletico, la Juve... et loin devant City. Les perfs sur une saison après une série d'échecs c'est bien, la régularité sur quatre ans, c'est pas mal non plus, je crois.

L'Atletico favori ?
Quant à City, face à une adversité aussi faible, il n'a pas eu à forcer son talent, en marquant sur son seul tir cadré au retour. Dominé dans la possession et les occasions sur les deux matches, uniquement porté par un De Bruyne qui va peut-être enfin être reconnu à sa juste valeur, le club mancunien arrive presque par hasard en demi-finales. Ça ressemble fortement à la chance d'un futur vainqueur, un peu comme Chelsea il y a 4 ans. Malgré tout, s'il y a un club qui m'a impressionné lors de ces quarts, c'est l'Atletico. Le futur vainqueur se dévoile souvent en quarts de finale, je mettrais donc bien une pièce sur les partenaires d'Antoine Griezmann, enfin brillant face au Barça. Surtout face à ce City là, un Bayern aussi faible derrière et un Real aussi inconstant, capable de perdre à Wolfsburg après avoir gagné le Clasico...

Pour le tirage, on peut rêver d'une chose qui entraînera une autre : City rencontrerait le Bayern (ce qui obligerait Guardiola à éliminer son futur club...) et donc l'Atletico, le Real, pour un derby madrilène brûlant. Une chance sur trois, c'est pas mal.

Les Français toujours moyens
Pour finir, et comme souvent à cette période de l'année malheureusement, je vais revenir sur le bilan des clubs français en Coupe d'Europe cette saison. Pour la première fois depuis 2013, le bilan est légèrement positif (18 victoires, 17 défaites en 51 matches). Pas de quoi faire des bonds de cabri, mais c'est tout de même mieux que l'an dernier (14 v., 16 d. en 44 m.) et surtout qu'en 2014 (14 v., 21 d. en 40 m.). Reste que sur la décennie actuelle, le bilan est toujours mauvais (99 v., 105 d. en 277 m.). Cette saison, trois clubs sur six terminent avec un bilan positif (je ne compte pas les tours préliminaires avant barrages de C1 et C3) : Paris (6 v., 2 n., 2 d.), et les deux qualifiés pour les 16es en C3, Saint-Étienne (4 v., 4 n., 2 d.) et Marseille (4 v., 1 n., 3 d.). Monaco (2 v., 3 n., 3 d.) et surtout Lyon (1 v., 1 n., 4 d.) et Bordeaux (1 v., 4 n., 3 d.) plombent largement le bilan. Sur la décennie, à la victoire à 2 points of course, c'est le PSG qui est en tête à la moyenne de points (1,33). La nouveauté, c'est que pour la première fois de l'Histoire, le club parisien passe en tête au bilan général depuis le début des Coupes d'Europe, avec 240 points pris en 189 matches, devant Lyon (239 pts en 205 m.), Bordeaux (217/184), Marseille (208/190) et Monaco (178/163). Pas mal pour un club créé en 1970 et qui n'a commencé à fréquenter l'Europe qu'en 1982... à la moyenne de points, il n'est devancé que par Reims (1,29 contre 1,27), devant... Bastia (1,23), Bordeaux (1,18) et Strasbourg (1,17). Lyon suit avec 1,16, Marseille et Monaco sont 10e et 11e avec 1,09.

Chez les pays adverses, à noter la performance des Italiens sur les années 2010 : en 20 matches contre des clubs français, ils en ont gagné 14 et perdu seulement 1 ! Les Anglais, en 8 matches cette saison, ne se sont pas baladés contre nos clubs (3 victoires, 2 défaites), et les Espagnols non plus d'ailleurs (4 v., 2 n., 2 d.) même si au final ils l'emportent. Le plus inquiétant restent nos "performances" contre les Belges (2 n., 2 d.) et les Suisses (1 v., 1 n., 2 d.)... mais aussi les Russes (2 n., 2 d.) et les Portugais (1 v., 1 d.), nos adversaires directs au classement UEFA. Dommage là aussi que Paris ne soit pas allé plus loin, la précieuse 5e place s'éloigne encore une fois. Mais les points UEFA ne devraient pas reposer sur leurs uniques épaules, normalement... la force des Portugais, c'est de pouvoir compter sur trois, voire quatre clubs compétitifs sur le plan européen. La Ligue 1 est loin d'être dans ce cas.

A plus tard !

mardi 5 avril 2016

Quatre quarts

Salut à tous !

Nous y voici enfin, dans les derniers tours de Ligue des Champions. Après sept longs mois de compétition, de matches de poule parfois obscurs (vous vous souvenez du Astana-Galatasaray du 30 septembre dernier vous ? Moi non plus. Et après ça rigole sur la Ligue Europa...), plus des huitièmes plutôt déséquilibrés dans leur ensemble, et qui ont montré que la fracture entre les tous meilleurs clubs d'Europe et leurs poursuivants immédiats n'était pas près de se réduire, nous voici enfin dans les tours où sont réellement sensés s'affronter les meilleurs. Objectivement, hormis l'habituelle surprise, qui se nomme cette saison Wolfsburg, assez habile pour se faufiler dans un groupe homogène (PSV, Man U et CSKA) puis pour écarter en huitièmes un encore plus petit que lui, et de loin (la Gantoise), qui n'a pas sa place dans ce top huit européen ? Et surtout, qui manque-t-il à l'appel ? Arsenal, qui a eu la malchance de tomber sur le Barça en huitièmes, peut-être, ou la Juve, finaliste de la dernière édition écarté de justesse (2-2, 2-4 a.p.) par un Bayern chanceux au tour précédent. Surtout, le tirage très homogène de ces quarts de finale nous prive certes d'affiches véritablement tapageuses, hormis le duel des meilleurs ennemis du Real entre le Barça et l'Atletico, mais nous garantie presque à coup sûr des demi-finales de folie qui devraient opposer les trois présumés meilleurs clubs du monde, le Barça, le Real et le Bayern, au vainqueur de l'affiche entre les deux nouveaux riches du football européen, PSG-City. Sauf surprise, bien entendu, et elles ne sont pas rares à ce niveau de la compétition. Et si on se lançait dans quelques pronostiques ?

Commençons par les matches de ce soir...

FC Barcelone-Atletico Madrid
Pour le coup, l'examen du bilan entre les deux formations espagnoles n'est pas très intéressant, puisqu'il est gigantesque, et noyé dans l'Histoire. Les deux clubs s'affrontent quasiment sans discontinuer depuis mars 1929, et évidemment le Barça domine les débats, mais pas tant que ça : certes il s'est le plus imposé, mais s'est aussi beaucoup incliné (88

victoires, 61 défaites) et l'Atletico est devant sur sa pelouse (44 succès, 32 défaites). Malgré tout, les Catalans restent sur six victoires d'affilée et n'ont plus perdu contre les Matelassiers depuis 7 matches et... les quarts de finale de la C1 2014, marquée par une élimination des hommes de Tata Martino sur un but de Koke, après un nul (1-1) au Camp Nou à l'aller. Deux ans tout pile donc, qui pourraient donc donner à réfléchir au successeur du technicien argentin et actuel sélectionneur de l'Albiceleste. Surtout que, comme il y a deux ans, l'Atletico reçoit au retour. Le Barça reste sur trois victoires consécutives à Madrid mais attention tout de même...

Les hommes de Luis Enrique qui vont également devoir digérer un Clasico raté dans les grandes largeurs, alors que leur tendait les bras un succès presque aisé, à 11 contre 10, tandis que leur hôte de ce soir a récemment fait mordre la poussière aux hommes de Zidane (0-1), grâce à leur homme providentiel sur le plan offensif, Antoine Griezmann, 26 buts cette saison toutes compétitions confondues dont 24 avec son club, et 8 lors de ses 9 derniers matches. Seul bémol, il n'a plus marqué contre le Barça, qui le convoitait avant qu'il ne parte pour Madrid, depuis février 2014, et n'a marqué que 3 fois en 16 rencontres contre le géant catalan. Côté Barça, la MSN a semblé grippée ce week-end contre un Real survolté, mais totalise tout de même, toutes compétitions confondues, 107 buts, dont 43 pour Suarez et 37 pour Messi, sans parler de leurs 50 passes décisives... le meilleur trio offensif de l'Histoire, sans doute, mais qui ne peut exister complètement si le jeu du Barça est contré au milieu, on l'a vu ce week-end. Hors, le milieu de l'Atletico, constitué exclusivement de joueurs axiaux la plupart du temps (A.Fernandez, Gabi, Koke, Saul Niguez) est quasiment impassable cette saison. Aucun club n'a remporté la C1 deux fois de suite depuis le Milan AC, en 1989, soit avant la création de la Ligue des Champions. Et si cela se vérifiait encore cette semaine ? Mon avis : l'Atletico passe à 55 %.

Bayern Munich-Benfica Lisbonne

Sur le plan pur de l'Histoire du football, cette affiche fait rêver. Cinq Ligues des Champions, dont deux durant le présent siècle (2001, 2013), font face à deux trophées, qui ont malgré tout accumulé une épaisse couche de poussière (1961, 1962). Mais les Allemands totalisent 433 matches européens, dont 307 en C1, contre 392 et 226 pour les Portugais. Malgré cet impressionnant choc de pedigrees, le Bayern est largement favori de cette opposition. Même ses graves problèmes défensifs, dus à une avalanche de blessures en charnière centrale (Boateng, Badstuber, Benatia...) et qui ont bien failli lui couter la qualification contre la Juventus au tour précédent, pourraient bien ne pas peser dans la balance. Les bricolages de Guardiola dans l'axe (Kimmich, Alaba, Martinez...) devraient suffire face à une attaque lisboète certes en verve, Jonas comptant 32 buts cette saison toutes compétitions confondues, et son compère grec Mitroglou, 20. Mais ces deux derniers n'ont planté que deux buts chacun dans la compétition, contre le Galatasaray puis le Zenit pour le premier, contre Astana puis l'Atletico, tout de même, pour le second. Malgré leur forme actuelle (8 succès d'affilée toutes compétitions confondues, 52 buts inscrits en 18 matches en 2016), les leaders du championnat portugais vont avoir du mal à concurrencer un Bayern certes moins flamboyant depuis quelques semaines mais qui n'a perdu que trois fois cette saison, dont une seule fois en 2016, et qui a déjà marqué 102 buts en 41 matches ... même si la défense du Benfica se montre solide cette saison (32 buts en 41 matches, 9 en 8 matches en C1).

Malgré leur longue carrière respective dans les compétitions européennes, il s'agit d'une affiche assez rare : il s'agira seulement du 7e match entre les deux clubs, le dernier datant de décembre 1995, en Coupe UEFA. Au final, le Bayern n'a jamais perdu contre Benfica (4 succès, 2 nuls, 16 buts pour, 4 contre). Difficile d'imaginer que la première victoire portugaise se produise cette année. Mon avis : le Bayern passe à 70 %.

Paris-SG-Manchester City

Le match le plus symbolique de notre époque, qui n'aurait pas pu arriver il y a 15-20 ans, entre deux clubs qui subissaient les brimades de clubs plus malins et souvent plus équipés qu'eux sur le plan local et n'existait plus sur le plan européen avant que de gros investisseurs venus du Golfe Persique, les Emirats d'abord à City, en 2008, puis le Qatar au PSG, trois ans plus tard, ne changent la donne. Depuis, le deuxième club de Manchester est devenu le premier, avec deux titres de champion, deux places de vice champion, une Cup et deux League Cups, ainsi que 5 participations consécutives en C1, tandis que le PSG vient de remporter avec deux mois d'avance son quatrième titre d'affilée, lui qui n'en comptait que deux jusque là, détient jusqu'à présent tous les trophées nationaux, et n'a raté aucun des quatre derniers quarts de finale de C1, ce qu'aucun club français n'avait jamais réussit à faire. Deux projets différents dans la mesure ou les Qataris, qui n'ont changé que deux fois d'entraîneur en presque cinq ans, jouent plus sur la stabilité quand l'effectif anglais est souvent bouleversé, mais des résultats relativement similaires, même si City ne figure que pour la première fois à ce stade de la compétition.

Les deux clubs ne se sont affrontés qu'une fois, juste après l'arrivée des Emiratis dans le nord de l'Angleterre, durant la phase de poule de la Ligue Europa, et les Parisiens, futurs quarts de finaliste de l'épreuve contre Kiev (0-0, 0-3), après avoir éliminé Wolfsburg puis Braga, avaient ramené un bon nul de Manchester (0-0). City était encore loin de posséder un onze terrifiant (Ben Haïm, Ireland, Sturridge, Elano, Jô...) mais le PSG non plus (Bourillon, Sakho, Makelele, Pancrate, Rothen, Luyindula, Kezman, Giuly...). Aujourd'hui, le PSG est présenté comme le favori par les médias, mais l'absence de Pastore et surtout Verratti, et la méforme tenace de Motta, ainsi que les résultats en dents de scie depuis l'officialisation du titre, brouillent la vision qu'on pourrait avoir de la forme parisienne actuelle. Verratti avait véritablement porté le PSG contre Chelsea au Parc des Princes, et il manquera demain soir, et très sûrement mardi prochain... Rabiot avait donné le change au retour, mais c'était moins un match ou le PSG devait posséder le ballon et trouver des espaces dans des blocs renforcés, là ou Verratti est un des tous meilleurs au monde désormais. Son absence ne pourra pas ne pas être préjudiciable, et le club parisien devra trouver d'autres solutions, même si le bloc défensif mancunien n'est pas réputé infranchissable (53 buts en 48 matches, 9 en 8 matches en C1).

Surtout en l'absence de leur gardien, Joe Hart, et leur défenseur et capitaine, Vincent Kompany. Mais Otamendi n'est pas un perdreau de l'année, et dans ce genre de matches sa grinta sera précieuse aux côtés de Mangala. Au milieu, Yaya Touré manquera mais là encore, Pellegrini a des solutions avec Navas qui est redoutable en contre par sa vitesse, un Silva qui se recentre et un De Bruyne sous-côté. Enfin, que dire d'Agüero ? David Luiz, en grande difficulté depuis deux semaines, va passer un nouveau vrai test face à un cador européen à son poste, après son échec de l'an passé face à Neymar et Suarez. Je continue à dire qu'il n'est pas un vrai défenseur, et que lorsque le niveau s'élève vraiment, il a de vrai lacunes dans le duel et sur le plan tactique. Espérons qu'il me donnera tort face au meilleur buteur mancunien (22 buts en 34 matches). Mon avis : j'arrive pas à me décider. Tirs aux buts ?

Wolfsburg-Real Madrid

Que dire de ce match digne de la phase de poule ? Que le Real Madrid a rarement la main froide quand il s'agit des tirages au sort, après la Roma au tour précédent. Comment imaginer que le Real se plante dans ce duel ? Une preuve du déséquilibre entre le huitième de Bundesliga et le 3e de Liga, récent vainqueur du Clasico : il s'agit de la première confrontation entre les deux formations. Wolfsburg qui ne gagne plus depuis trois rencontres et la qualification contre la Gantoise, dont une défaite terrible à Leverkusen ce week-end (3-0), une autre à Hoffenheim, probable futur relégué (1-0), et un nul à domicile contre Darmstadt (1-1), face à un Real qui reste sur six succès consécutifs et 48 buts marqués en 16 matches en 2016... un Real dont le duo Benzema-Ronaldo, qui a offert le Clasico aux socios madrilènes, a marqué 67 buts et distribué 15 passes décisives, dont 12 pour le Portugais, par ailleurs meilleur buteur de la compétition cette saison (13 buts en 8 matches), comme en 2015 (10 buts, comme Messi et Neymar), 2014 (17 buts !), 2013 (12) et 2008 (8) et meilleur buteur de l'Histoire de la C1 (91 buts en 127 matches)...

Wolfsburg, qui vit une saison compliquée sur le plan national, ne compte aucun joueur à plus de 9 buts toutes compétitions confondues, mais 4 à au moins 8 buts, Draxler et Schürrle (8) et Dost et Kruse (9), ce dernier se chargeant souvent de la dernière passe (9). Mais la formation de Dieter Hecking, en bonne équipe allemande, prend vite l'eau derrière (50 buts en 39 matches, 8 en 8 rencontres en C1) et ça pourrait faire mal face à la BBC. Si Wolfsburg devait ne pas perdre ses deux matches, ce serait une des grosses surprises de ce tour. Mon avis : le Real passe à 85 %.

Vous n'êtes pas d'accord ? Vous voulez me mettre la misère dans les commentaires ? Allez-y, faites vous plaisir, ils sont là pour ça ! On en reparle dans une semaine !

vendredi 11 mars 2016

Paris a changé de triangle

Salut à tous !

Au surlendemain de la belle victoire parisienne à Stamford Bridge, qui lui garantit de disputer un quatrième quart de finale d'affilée en C1, un record pour un club français, revenons un peu sur ce match qui a confirmé que désormais, Paris boxait dans une nouvelle catégorie, même si ça ne lui garantit en aucune manière un chemin aisé pour la suite dans la compétition.

Un milieu en souffrance

Cette rencontre porte un sérieux paradoxe qui rend très difficile à analyser la performance des triples champions de France. Depuis bientôt quatre ans, les arrivées de Thiago Motta et Verratti et de l'explosion de Matuidi, avec Ancelotti puis surtout Blanc sur le banc, tout le monde a enregistré depuis longtemps la cause de la très grosse domination des Parisiens lorsqu'ils s'imposent : un milieu de terrain souverain. Certes, il y a les coups d'éclat réguliers d'Ibrahimovic, l'efficacité irrégulière, elle, de Cavani ou les coups de génie éparses de Pastore, mais ce qui porte les Parisiens depuis que ce fameux triangle a été instauré, ce qui étouffe et fait courir sans fin leurs adversaires, c'est ce fameux milieu de terrain. Subtil mélange d'expérience internationale de haut niveau, alliée à une technique fine, une roublardise hors du commun et un sens tactique aiguisé (Motta), un mélange
parfait de Pirlo, pour la technique inégalable, et de Gattuso, pour le côté chien sur le terrain (Verratti) et un "self made man" infatigable, à l'état d'esprit irréprochable, un gratteur de ballon et déclencheur de pressing comme il y en a peu, qui a su progresser de façon spectaculaire, notamment au contact d'Ancelotti, mais aussi de ses partenaires, pour devenir un des tous meilleurs "box to box" de la planète (Matuidi), ce triangle inversé, quand il est en forme, ne laisse que peu de chances à l'adversaire, depuis 2012, de s'organiser, élaborer son jeu, respirer, etc.

Mais à Londres ce mercredi, Paris s'est imposé en patron, tout en perdant clairement la bataille du milieu. Hiddink, en vieux roublard du football mondial qui en a vu d'autres - il remportait une Coupe des Champions en 1988 avec le PSV Eindhoven, à 42 ans, alors que Laurent Blanc était à 6 mois de débuter en Équipe de France... comme joueur - connaissait, comme les autres techniciens qui affrontent actuellement le club parisien, que le point fort du PSG version Qatari était son milieu de terrain, mais que ce dernier était loin d'être royal en ce moment si on lui appliquait un traitement de choc à cet endroit précis, à savoir un harcèlement total, un pressing tout terrain. Ça fait un moment que Blanc, aidé par la vingtaine de points qu'il compte d'avance en championnat sur Monaco, fait tourner son effectif, et n'hésite pas à régulièrement titulariser au milieu des joueurs comme Rabiot, Stambouli, Pastore, voire même Nkunku le week-end dernier contre Montpellier. Si le premier nommé peut se montrer convaincant par séquences, sans jamais pouvoir faire oublier Verratti sur le plan technique - qui pourrait ? - les deux suivants ne sont clairement pas au niveau pour rendre l'entrejeu parisien aussi souverain que d'ordinaire. Stambouli a surtout fréquenté le banc à Tottenham l'an passé et est plus un défenseur avancé qu'un véritable premier relanceur, et Nkunku est un sérieux espoir de la formation parisienne, mais il n'a que 18 ans. Quant à Pastore, qui aurait pour moi sa place dans le onze de départ parisien, en attaque à la place de Lucas, ses blessures ont rendu sa saison quasi blanche, et ses perspectives de titularisation dans les grands matches, problématiques.

Rabiot, titulaire bis, Motta en déclin

Ce turn over, mais aussi la blessure de Verratti depuis le début de l'année ont offert à Rabiot une exposition quasi inespérée, au point que le joueur formé au club compte, toutes compétitions confondues, plus de matches (32 matches, dont 19 en Ligue 1) que son concurrent italien (26/17). Même chose pour le temps de jeu : 2289 minutes pour le jeune parisien, dont 1260 en championnat, contre 1695 et 1031, soit l'équivalent de 11,5 matches entiers, pour le natif de Pescara ! Officiellement, Rabiot fait donc partie de l'équipe type du PSG cette saison... dans les faits il semble encore très loin de l'Italien, quoiqu'en pense sa génitrice, mais ça montre combien Laurent Blanc compte sur lui pour l'avenir et même le présent. Son gros match à Madrid, malgré la défaite (1-0), alors qu'il avait remplacé Verratti après un quart d'heure de jeu, mais aussi son plus gros impact offensif (4 buts désormais cette saison) placent Rabiot comme une alternative plus que valable à un des deux relayeurs du milieu.

Mercredi, le milieu parisien était bancal. Verratti, toujours blessé au pubis, probablement jusqu'aux quarts de finale d'ailleurs, manquait à l'appel, Matuidi, touché à la cuisse contre Montpellier, ne devait sa présence à Londres qu'à un miracle et au travail remarquable des kinés parisiens, et Motta n'est plus ce qu'il était ces dernières années. Jamais, depuis qu'il est arrivé à Paris, et malgré deux premières saisons très compliquées par les blessures, le joueur formé au Barça n'avait semblé aussi sensible au pressing adverse, voire même perfectible techniquement, un comble, que depuis quelques mois. Sans Verratti, son cadet de dix ans, pour le protéger par son abattage au milieu et sa sureté technique, l'international italien ressemble à une proie facile pour ses opposants du milieu de terrain, tant que ces derniers ne le lâchent pas dès qu'il touche le ballon. Avec un Matuidi sur une jambe, et que j'ai rarement vu faire autant de fautes dans un match en raison d'un retard certain au contact de l'adversaire, et un Rabiot certes talentueux mais perfectible dans la relance, notamment en première mi-temps, Motta s'est littéralement retrouvé livré à lui même, ce qui a provoqué plusieurs pertes de balles dommageables plein axe, dont une, certes suite à une passe trop forte et imprécise de Rabiot, a conduit à l'égalisation de Chelsea, signée Diego Costa (1-1, 27e).

Le Brésilien de naissance s'est heureusement rattrapé en deuxième mi-temps, notamment par sa passe exceptionnelle pour Di Maria sur le but de Zlatan (1-2, 67e). Un coup de génie qui rappelle à quel point il n'a pas encore tout perdu, quand le pressing adverse se relâche un peu... Mais si Motta confirme sa méforme, comment ne pas imaginer dans le futur un nouveau triangle, avec Verratti placé plus bas, et Matuidi associé à Rabiot ou Pastore en relayeurs ? C'est encore trop tôt pour le dire, et se priver de l'expérience de Motta est un pari risqué, mais n'insultons pas l'avenir en imaginant cette perspective impossible... et difficile d'imaginer le PSG ne pas chercher à remplacer ce dernier numériquement (Pjanic ? Busquets ?) si ce dernier devait partir... Rabiot va devoir encore cravacher pour convaincre complètement.

Une défense solide

Bref, sans Verratti pour colmater et fluidifier le milieu, sans un Matuidi en forme pour remporter les duels et porter le ballon vers l'avant, et avec un Motta moins souverain, le PSG, face à des cadors de la contre attaque et de la passe laser comme Fabregas et Willian, a logiquement souffert, notamment à partir du but londonien jusqu'à son deuxième but, qui a éteint tout suspense. Pourra-t-il s'en sortir face à un adversaire plus consistant encore ? Et comment s'en est-il sorti mercredi, privé de son principal point fort ? Surtout que sur le but de Costa, un autre de ses points forts, Thiago Silva, très solide par ailleurs, s'est troué dans son duel avec le buteur espagnol, qui s'est joué de lui comme d'un débutant. Alors sur quoi pouvait se reposer le groupe de Laurent Blanc ?

Certes, Trapp a fait le job, même s'il a mal repoussé un tir de Costa juste avant la pause, sur lequel il est sauvé devant Pedro par un retour opportuniste de Marquinhos, toujours présent quand il s'agit de sauver le PSG. Mais il s'est montré solide sur le peu d'arrêt qu'il a eu à effectuer, notamment cette double intervention face à Willian et Pedro, deux minutes avant le but d'Ibrahimovic (65e). Que Sirigu n'ait pas été capable des mêmes gestes à sa place reste sérieusement à prouver - il en avait fait quelques uns il y a exactement un an au même endroit - mais Trapp, dans ces matches là où il ne peut pas se déconcentrer et sortir de son match à cause du manque d'activité sur sa cage, comme en Ligue 1 tous les week-end, ce qui a conduit à la demi douzaine de boulettes qu'il a commis depuis le début de la saison, et hormis à Madrid où il provoque le but de Nacho, se montre pour l'instant impeccable. Les prochaines échéances européennes nous en diront plus sur sa capacité à se montrer solide dans ces matches cruciaux.

Les latéraux parisiens, quant à eux, ont eu un apport limité sur le plan offensif. Maxwell, logiquement, est un peu plus monté que Marquinhos, mais sans vraiment apporter un écot décisif sur ce plan. En revanche, défensivement, malgré une glissade en début de deuxième mi-temps, il est toujours irréprochable, malgré son âge et une probable retraite cet été. Quant à Marquinhos, il est un Thuram tout à fait potable, c'est-à-dire un axial pur qui fait le job côté droit, sans avoir le bagage technique pour apporter offensivement ce que pourrait apporter un véritable latéral droit, comme Van der Wiel, trop friable défensivement malheureusement, et surtout Aurier, mais avec lui le couloir est bouclé, et ce n'est pas un hasard si les Londoniens ont systématiquement cherché à passer dans l'axe. Mais s'ils ont su bien couvrir les errances de leur milieu de terrain, ce n'est pas sur eux que le PSG a véritablement pu compter pour remporter ce match sur le plan offensif.

Di Maria change tout

Non, pour une fois, le point fort du PSG ça n'a été ni sa défense centrale - David Luiz s'est montré solide, sans plus - ni ses latéraux, et évidemment pas son milieu, on l'a vu. S'il a pu faire la différence, c'est surtout grâce à son trio offensif, sublimé par un Di Maria qui a été recruté pour faire la différence dans les grands matches européens, et qui s'est montré à la hauteur de cette double confrontation face au champion d'Angleterre - avec la même équipe que mercredi soir, hormis Terry -, vainqueur de la C1 en 2012. Passeur décisif à l'aller pour le but de la victoire signé Cavani, l'Argentin s'est montré décisif sur les deux buts parisiens, d'abord par sa passe délicieuse pour Ibrahimovic, sur le but d'un Rabiot parfait dans le dépassement de fonction offensif, seul petit défaut d'un Verratti qui n'a pas encore marqué cette saison (0-1, 16e), ensuite sur ce centre parfait pour Ibra, après une mise en orbite impeccable de Motta, en une touche, sur le deuxième but parisien. Deux buts quasi identiques, joués à 200 à l'heure, qui ont percé la défense londonienne comme si c'était écrit d'avance, sur deux actions placées qui plus est. Pas de contre attaque à la Ancelotti, non : des recherches d'espace intelligentes, exploitées par une maîtrise technique parfaite. La défense londonienne, prise dans son dos, n'y pouvait rien.

Di Maria qui a su également soulager son milieu par son recentrage, comme Lucas, et le dézonnage d'Ibra. C'est ainsi qu'il a eu la vista pour décaler Ibrahimovic sur le but de Rabiot, et comme il avait su trouver Cavani pour son but à l'aller. Ca fait d'ailleurs plusieurs années que le PSG joue sans véritables ailiers, plutôt avec des attaquants de soutien qui repiquent dans l'axe dès que Zlatan dézonne, à la manière de la MSN du Barça. C'est sans doute à ce poste de faux ailier, vrai meneur, derrière les attaquants, que Di Maria risque de réussir sa première saison parisienne, si c'est le cas. On en saura plus au tour suivant... mais l'Argentin est sans doute le facteur qui a manqué au PSG l'an passé contre Chelsea pour faire la différence plus tôt...

Lucas, quant à lui, a démontré qu'il avait peut-être enfin réussi à prendre la place de Cavani en attaque. Parce qu'il est meilleur techniquement, ce qui n'est pas difficile vu les carences de l'Uruguayen dans ce domaine, qu'il progresse plus vite que ses détracteurs ne semblent le noter, et que c'est plus son poste que celui de l'ex buteur napolitain. Décalé à gauche, ses recentrages font des dégâts terribles dans les défenses quand il arrive à prendre de la vitesse, ce qui reste le plus difficile à ce niveau. Mais comme à l'aller, ou une de ses accélérations avait provoqué le coup-franc victorieux d'Ibrahimovic, et comme lors d'autres belles perfs parisiennes à l'extérieur, comme à Valence il y a quelques années (1-2), le Brésilien a encore montré qu'il pouvait faire de sacrées différences dans ce types de matches, notamment en déplacement. Reste à confirmer, ce qui a toujours été un problème pour lui.

Ibrahimovic reste le boss

De son côté, Ibrahimovic, buteur et passeur, son tarif habituel en Ligue 1 - rappelons qu'il est le meilleur buteur ET le meilleur passeur dans le jeu du championnat (23+10) - a su exporter ses talents au niveau européen. Si un passionné de football est passé à côté de l'info comme quoi il n'avait jamais marqué un but décisif lors d'un match retour en Coupe d'Europe, c'est qu'il ne lit jamais l’Équipe, vu que cette information figure tous les jours dans l'unique quotidien sportif français, ainsi que tous les soirs dans les débats de sa chaîne de télévision, sans parler des autres talk shows sportifs... les journalistes français, privés de ce si bon client qu'est Zlatan parce qu'il ne veut plus leur parler, lui font payer au quotidien cette anomalie qu fait de lui un des rares joueurs de ce calibre à n'avoir pas gagné la C1, malgré sa présence depuis 15 ans dans les effectifs des meilleurs clubs de la planète. Alors que Ryan Bertrand, vainqueur anecdotique de la Ligue des Champions avec Chelsea en 2012, et que tout le monde a oublié hormis sa famille et les supporters de Southampton, son club actuel, prouve surtout que c'est parfois une affaire d'opportunité, et qu'il n'y a pas que des joueurs d'exception qui gagnent ce trophée... et inversement. Ronaldo, le Brésilien, ne l'a pas gagné non plus, et ça ne fait pas de lui un joueur quelconque.

Rappelons que le Suédois a inscrit la bagatelle de 46 buts en C1, ce qui fait de lui le 8e buteur de l'histoire de la C1 moderne, à égalité avec Benzema, dont neuf lors des phases finales de la compétition, qui comptent par définition moins de matches. Alors oui sa moyenne baisse un peu, mais ce n'est pas illogique vu que le niveau s'élève forcément. Dire qu'il n'a jamais été décisif lors d'un match à élimination européen, alors qu'il a signé un doublé à Arsenal avec Barcelone en 2010 (2-2), ou un doublé à Leverkusen avec le PSG il y a deux ans (0-4), c'est de la malhonnêteté intellectuelle, nourrie par la rancune des médias français envers lui. C'est aussi oublier qu'il n'est pas le seul dans cette équipe, Cavani ou Lavezzi non plus n'ont jamais su porter le PSG au-dessus des quarts de finale depuis trois ans... pas plus que sa défense, défaillante contre le Barça l'an passé. Mais bizarrement on ne lit pas tous les jours dans l'Equipe que Thiago Silva est un monstre... "en Ligue 1".

Bref, il s'est montré largement à la hauteur ce mercredi, prouvant une nouvelle fois que son physique de déménageur - 1m95, 95 kgs - était doublé d'une technique exceptionnelle, notamment sur le but de Rabiot. Alors oui, le PSG a eu un passé avant le Qatar, et avant Zlatan. Mais des joueurs tels que lui, le PSG, et même le football français, n'en a peut-être jamais vu d'aussi fort sur son sol. Il y a eu de futurs grands joueurs qui ont joué en Ligue 1, mais ils ont souvent explosé une fois parti, comme Drogba par exemple. Mais qui ont su apporter le meilleur de leur talent à un club français au top de leur carrière, ça a été très rare. Alors goutons notre plaisir de pouvoir profiter de Zlatan et Di Maria tant qu'ils sont encore là...

A plus tard, au tour suivant !

mardi 16 février 2016

Saving private Aurier

Salut à tous,

Ça fait plus de 25 ans maintenant que je suis le foot de façon très régulière, voire intense, par le prisme notamment des statistiques. J'ai toujours été intéressé aussi par le fait de découvrir de jeunes joueurs, en essayant de leur prédire un grand avenir qu'ils ne traduisent malheureusement pas toujours complètement. Mais il arrive, parfois, que les faits me donnent raison. Honnêtement, quand un gamin devient titulaire à 17 ans au sein d'un club de Ligue 1, la marge d'erreur se réduit sérieusement, en général.

Trois gamins prometteurs

Depuis une dizaine d'années, je suis plusieurs joueurs depuis le début de leurs carrières, et notamment trois spécifiques. Leur point commun ? Ils ont tous les trois commencé très jeune (17-18 ans, et même moins) à fréquenter le monde professionnel, sont aujourd'hui internationaux pour leur pays et ont tous les trois fréquenté le PSG, mais ça c'est un hasard total, vu que lorsque je les ai "découvert", ils évoluaient en province, et à des années lumières de pouvoir un jour évoluer dans la Capitale.

Y en a deux que j'ai découvert lors de la même saison, il y a dix ans maintenant. Mevlut Erding était un jeune attaquant franco turc de 18 ans lorsque je l'ai vu faire sa première

apparition à 5 minutes de la fin d'une improbable panouille footballistique, Ajaccio-Sochaux, en novembre 2005, lors d'un de mes premiers lives à Sport24, et inscrire son premier but lors des arrêts de jeu, celui de la victoire (0-1). J'ai suivi son évolution, pas très rapide au début, au sein du club doubiste, avant son explosion puis son transfert en 2009 au PSG, où il signera une excellente première saison (15 buts) avant que ça se gâte pour lui. Depuis, que ce soit à Rennes, à Sainté, Hanovre ou maintenant Guingamp, il semble avoir perdu la confiance qui faisait de lui un excellent buteur de Ligue 1. Sur lui j'ai eu du nez, mais comme pour beaucoup de joueurs ayant rejoint le PSG d'avant le Qatar, le passage dans la capitale, la pression médiatique, etc, l'ont plus desservi qu'autre chose. Mais il a encore le temps de bien finir, il n'a que 28 ans.

La même année, à Troyes, débutait et s'imposait aisément un des piliers actuels du club parisien, à seulement 18 ans, Blaise Matuidi. Vous le savez, Blaise est un de mes chouchous. C'est un de ces joueurs qui ne sort pas d'un centre de formation prestigieux, même si celui de Troyes n'est pas non plus si nul que ça, et qui a su emprunter un chemin sage et régulier pour arriver au sommet : grand club européen, équipe nationale... qui aurait pu imaginer ça pour lui il y a quelques années ? A l'époque, Matuidi, qui n'avait joué que trois matches la saison précédente alors que son club évoluait en Ligue 2, s'était vite imposé au milieu du terrain du promu champenois, aux côtés de grognards comme Tourenne, Nivet et autres Amzine, grâce à des qualités de gratteur de ballon tout simplement hors du commun. Celui qu'on surnommera à Saint-Etienne "la pieuvre", en raison de l'élasticité de ses jambes qui lui permettaient de récupérer des ballons là ou personne ne semblait pouvoir le faire, ne possédait pas encore les qualités de percussion offensive qu'il a acquises ensuite au PSG, sous l'égide de Carlo Ancelotti. Mais s'il a disputé 31 matches cette année là en Ligue 1, dont 30 comme titulaire, et à seulement 18 ans, c'est parce qu'il était déjà un phénomène à son poste. Mais il ne brûlera pas les étapes comme beaucoup de jeunes le font depuis l'arrêt Bosman. Il n'ira dans le Forez qu'en 2007, puis à Paris, avec un statut de jeune international (3 sélections), qu'en 2011, juste avant la prise en main des Qataris. C'est d'ailleurs ce qui fait de lui un joueur à part : il s'agit du dernier représentant de l'effectif non formé au club à n'avoir pas été recruté par le Qatar. Mais il est indéboulonnable.

Un autre l'était devenu cette saison à Paris, après n'avoir lui non plus cédé aux nombreuses sirènes qui accompagnent sa carrière depuis une demi douzaine d'années, en ayant lui aussi emprunté un chemin stable. Mais qui voit aujourd'hui sa trajectoire peut-être brisée pour une énorme connerie. Vous me voyez venir, il s'agit de Serge Aurier. Un garçon que, comme ses deux compères, je suis depuis ses tous débuts, à Lens. Lui il fait encore plus fort question précocité puisque lorsqu'il a disputé son premier match, le 22 décembre 2009 au Stade Bollaert contre le Saint-Étienne de... Blaise Matuidi, il était à deux jours de fêter ses 17 ans. Et j'étais devant le match ce jour là, encore une fois chargé que j'étais de le commenter en ligne. Et j'ai été estomaqué par ce latéral droit puissant, culotté, costaud. Il n'a disputé que 7 matches cette saison là dans le club artésien, avant de s'y imposer dès la saison suivante comme un titulaire indiscutable, aux côté d'un autre phénomène de 17 ans formé à la Gaillette, Raphaël Varane, même si la descente sera au bout. Il entame la saison suivant en Ligue 2 avant de rejoindre Toulouse lors du mercato hivernal. Là-bas, il explose.

Aurier, l'ambivalent

Voyez-vous, les latéraux de haut niveau sont une denrée rares, parce qu'il s'agit d'un poste extrêmement ambivalent. Il faut à la fois réunir des qualités défensives, mais aussi offensives très spécifiques. Il y a des latéraux qui sont avant tout bons défensivement mais qui n'apportent pas grand chose devant, et vous avez l'inverse, des latéraux redoutables devant mais friables derrière, comme les Bréisliens, souvent. Le plus dur étant de trouver le latéral qui réunit les deux. C'est la cas de l'international ivoirien, né en Côte D'Ivoire avant de rejoindre la France à 11 ans mais qui, s'il avait choisit de jouer pour la France, comme il aurait pu le faire, aurait réglé le problème de savoir si on doit jouer avec Jallet, Sagna ou Debuchy à l'Euro... puis pour la prochaine décennie sans doute...

C'est d'ailleurs pour cette alchimie technico-tactique extrêmement difficile à trouver que nombre de latéraux modernes sont soit des centraux décentrés - le plus célèbre d'entre eux étant Lilian Thuram, titulaire dans l'axe en club mais latéral en sélection - , et qui apportent donc avant tout sur le plan défensif, soit des ailiers ayant reculé à un moment de leur carrière, et qui, pour leur part, apportent plus offensivement que défensivement, logiquement. En Ligue 1 vous avez une tripotée d'exemples dans ce cas, Tabanou, Pied, Bessat... au PSG, aujourd'hui, avec l'exclusion d'Aurier, Blanc a le choix entre Marquinhos (premier profil) et Van der Wiel (deuxième profil), même si le Néerlandais n'a jamais joué au milieu, et est un véritable spécialiste du poste. Blanc n'a plus les deux en un seul joueur, et si c'est gérable en Ligue 1, ce sera plus compliqué en Ligue des Champions.

Le choix de Blanc

A Toulouse, Aurier est devenu tellement fort qu'il évoluait même dans l'axe, tout en demeurant le meilleur joueur de son équipe avec Ben Yedder, au point, lors de sa dernière saison, d'aligner six buts et autant de passes décisives, ce qui faisait de lui le meilleur défenseur de Ligue 1 et le 18e joueur décisif du championnat. C'est lors de cette saison que je l'ai vu évoluer en vrai, et de très près, lors d'un Toulouse-PSG très intense (2-4). J'étais dans une latérale, dans les premiers rangs, et durant toute une mi-temps, à seulement quelques mètres de moi, je l'ai vu littéralement dévorer Maxwell dans son couloir, excusez du peu. Il lui a tout fait. Il l'a fait souffrir comme rarement un joueur avait du faire souffrir un des meilleurs latéraux gauches de la planète. C'était il y a pile deux ans, et à l'époque, alors que Blanc hésitait entre Jallet et Van der Wiel à droite, aucun d'entre eux ne prenant vraiment le dessus sur l'autre, je ne rêvais que d'une chose : que le PSG mise sur ce joueur incroyable, qui avait le potentiel pour devenir la référence mondiale à son poste.

Et Blanc allait le faire. Malgré les doutes de sa direction, qui ne rêve que de stars confirmées et de paillettes, le Cévenol, qui avait aussi du remarquer la performance d'Aurier ce jour là, va insister pour le faire venir à Paris, malgré le fair-play financier, qui allait obliger le club parisien à chercher un prêt avec option d'achat... la première année du défenseur ivoirien n'allait pourtant pas donner raison au technicien parisien, dans un premier temps. Approximatif, timide, il va rater sa première saison parisienne, et les gens vont vite lui préférer Marquinhos, pourtant vraiment pas un spécialiste du poste, pour suppléer Van der Wiel dans le couloir droit. Mais le gain de la CAN avec son pays, il y a un an, et une préparation estivale exceptionnel durant laquelle il va tout emporter, vont régler la question.

Oui, il s'agit bien du probable meilleur latéral droit du futur, et peut-être même actuel. La façon dont il occupe son couloir, le défend comme personne, l'anime avec une telle énergie, une telle conviction... la manière avec laquelle il avait dévoré Ronaldo à l'automne dernier, une de ses nombreuses victimes désormais... Dites moi qui aujourd'hui est meilleur que lui en Europe ? Sur qui le PSG va devoir miser pour le remplacer si, comme beaucoup le réclament et le subodorent, ils se séparent d'Aurier suite à sa vidéo infamante de samedi dernier ? Dani Alves, Lahm, Lischsteiner ? Pas vraiment des perdreaux de l'année... non, il n'y a personne meilleur que lui aujourd'hui à son poste. S'il devait partir, sur le plan sportif au moins, ce serait une énorme perte. Et à mon avis on le verra dès ce soir.

Une bombe sociale

Alors oui, il n'y a pas que le terrain. Sa place dans le vestiaire est désormais fortement compromise, sans parler de la confiance manifestement perdue d'un entraîneur qui avait pourtant pris des risques pour le faire venir. S'il veut restaurer sa place à Paris, il va devoir déployer des trésors de diplomatie, d'humilité et d'intelligence dont on ne le soupçonne pas vraiment depuis que la France entière l'a vu à l’œuvre dans cette vidéo pitoyable, qui donne le hoquet à chaque fois qu'on la voit. Homophobie ordinaire, bêtise, vulgarité... je suis tombé d'un mur très haut dimanche matin, en découvrant la vidéo puis l'"affaire".

C'est une vidéo privée, en tous cas filmée dans un cadre privée, même s'il est diffusée en ligne. Sûrement que nombre de ses congénères de son âge, et pas seulement dans le foot d'ailleurs, s'expriment de cette manière quand ils sont entre eux pour parler de collègues et de gens qu'ils côtoient... qui n'a pas critiqué son patron lors d'un diner, et dans un langag parfois fleuri ? Mais pour autant, comment peut-il imaginer qu'une telle vidéo, diffusée sur un réseau social, pourrait passer inaperçue ? Lui qui est un habitué de ce genre de médias, lui qui avait été suspendu trois matches par l'UEFA l'an passé, ce qui lui avait fait manquer les matches du printemps contre Chelsea et le Barça, après avoir insulté l'arbitre de PSG-Chelsea sur un autre réseau social, comment a-t-il pu être aussi stupide ? C'est difficilement concevable.

Les dégâts sont effroyables sur le plan médiatique, et peut-être même sur le plan sportif, on en saura plus dès ce soir quant à savoir si le vestiaire parisien, aussi expérimenté soit-il, aura pu digérer en si peu de temps une telle bombe. Ce sont des professionnels, mais ce ne sont pas des robots, ce sont des hommes, et l'affaire ne pouvait pas tomber plus mal. Paris joue sa saison ce soir, tout simplement. S'il se plante contre Chelsea, il pourra toujours terminer invaincu en championnat avec 100 points et les deux coupes dans la poche, il aura raté sa saison, ce n'est pas compliqué. Et tout ça à cause d'une affaire lamentable, pathétique.

Le sauver

Malgré tout ça, le PSG doit essayer de sauver le soldat Aurier. Pas parce que c'est un actif financier, comme j'ai pu l'entendre ici ou là. Ils vont perdre 20 millions dans la revente de Lavezzi, il s'annoncent prêts à en mettre 100 sur Ronaldo, qui vient de fêter ses 31 ans, et ils seraient chafouins de perdre les 30 qu'ils aurait pu ramasser sur la revente d'Aurier ? Fair-play financier ou pas, faut pas déconner. S'ils voulaient le virer, ils le feraient. Non, il faut le sauver parce que sportivement c'est un phénomène, irremplaçable, parce que mentalement et moralement, c'est un guerrier, quelqu'un sur qui on peut compter, et parce que c'est un jeune joueur de 23 ans, qui a fait une énorme connerie mais qui doit pouvoir être sauvé, qu'on ne doit pas détruire en un claquement de doigt, sur une décision prise sur le coup de l'émotion.

Le licencier, ce serait détruire sa carrière, au moins une partie. Si c'est pour le retrouver dans quelques années dépressif dans un club russe de seconde zone, à courir le cachet aux Emirats ou en Chine, alors allons-y, virons le, mettons le en prison comme le réclame Guy Roux. On ne parle pas là d'un joueur confirmé et très expérimenté qui ferait perdre une finale de Coupe du Monde à son pays en infligeant un coup de boule là, non. On parle d'un jeune joueur qui a dérapé, mais qui peut encore être sauvé. Qui doit l'être, absolument. Et si on ne peut pas, et bien... tant pis pour lui. Mais il faut lui laisser une dernière chance. Ce n'est pas possible qu'un talent pareil soit sacrifié sur l'autel de la tendance actuelle à la réaction, la sévérité, la tolérance zéro, notamment envers les footeux, surtout quand ils viennent de banlieue et qu'ils ne possèdent pas un langage de salon parisien.

Si Paris bat Chelsea dans un tel contexte, ce sera une sacrée perf, la preuve que ce groupe possède vraiment un mental hors du commun. Parce que le sport, ce ne sont pas que des muscles qui s'affrontent, ce sont surtout des cerveaux. Et ceux du PSG ne peuvent pas ne pas être perturbés.

A plus tard.

jeudi 12 mars 2015

Un match de légende

Salut à tous,

Alors vous avez passé une bonne soirée hier ? Moi non perso. Enfin pas avant cette tête hallucinante de puissance et de précision de David Luiz en lucarne, à la 86e minute. Voire même celle toute en finesse de Thiago Silva, à la 114e. Jusque là, ce match avait été une souffrance totale, une véritable plaie ouverte. Un long médicament très amer. Mais la guérison fut euphorique.

Chelsea domine l'entame

D'abord il y a eu cet entame, où les Blues parvenaient sans trop de peine, hormis lors de cette première minute durant laquelle Verratti trouvait quasiment Cavani seul dans les six mètres avant l'intervention de Terry, à contenir une équipe parisienne étouffée par le pressing londonien. Chelsea, comme à l'aller, tripotait bien le ballon, Hazard trouvait plus d'espaces face à Marquinhos que face à Van der Wiel à l'aller, mais au final ne se créait aucune occasion. Même si tout le monde affirme que cette équipe a trouvé son avant-centre avec Diego Costa - on reviendra plus tard sur cet individu qui ferait passer Luis Suarez pour
l'Abbé Pierre - et on parle souvent de l'absence d'Ibra dans les gros matches européens - deux buts contre le Barça avec Paris - mais l'Hispano-Brésilien a été tellement maladroit qu'il a presque fait passer Cavani pour un pianiste. Il a été dévoré par ses ex compatriotes de l'axe parisien et a donc souvent du dézonner à gauche pour pouvoir respirer un peu...

Après une demi-heure de domination stérile, tandis que Paris peinait à ressortir le ballon, je me faisais beaucoup de soucis : ça ne ressemblait en rien au match homérique que le club de la Capitale était sensé lancer pour espérer réaliser l'exploit d'une victoire ou d'un nul à buts à Stamford Bridge, cette citadelle si imperméable d'ordinaire. Et c'est durant cet instant de doute que le destin allait à la fois détruire quasiment tout espoir chez les supporters parisiens et transformer cette équipe en commando insubmersible. Pourtant, ce tacle de Zlatan Ibrahimovic était certes viril - on était en Angleterre oui ou zut ? - et spectaculaire, mais aussi effectué les pieds collés au sol, retenus même par le Suédois, qui ne cherchait évidemment pas à faire mal à Oscar, qui gambadait gaiement sur la pelouse - à défaut de bien jouer au football - vingt secondes plus tard, le temps que l'inopportun M. Kuipers ne l'expulse. Difficile de ne pas imaginer que cet arbitre pourtant extrêmement expérimenté n'a pas été influencé par les propos de la veille de José Mourinho sur la pseudo violence parisienne à l'aller (20 fautes de chaque côté pourtant) ni par les cris d'horreurs des joueurs en Bleu. Bref un fait de jeu qui allait changer la phase du match. En bien pour Paris, finalement, même si c'est vraiment passé de justesse, du moins dans le scenario.

Meilleur à dix qu'à onze

A partir de l'expulsion de son leader d'attaque, qu'on ne voyait pas trop mais qui est quand même précieux pour conserver le ballon le temps que le bloc remonte, Paris allait avoir la possession, 51-49. A 10 contre 11. A Stamford Bridge. Alors oui, c'était le PSG qui devait faire le jeu pour marquer et espérer passer ce tour, mais quand même... et pourtant il allait bel et bien dominer cette équipe de Chelsea finalement consternante dans le jeu durant cette double confrontation. Combien de fois Sirigu a du s'employer en 210 minutes face au probable futur champion d'Angleterre ? Face au co meilleur buteur (Costa, 17) et au meilleur passeur (Fabregas, 15 !) de Premier League ? Quasi jamais. Hormis sur le coup-franc de Willian et un tir excentré de Ramires, le gardien italien n'a pu se mesurer au colosse belge qui opérait dans les cages adverses, et pour cause : il n'a rien eu à faire. Sur les trois buts anglais, au total, il ne pouvait rien faire.

Le paradoxe c'est que jusqu'à l'expulsion d'Ibra, Verratti et Pastore était surveillés comme le lait sur le feu par le milieu londonien. Mourinho n'est pas fou, et en maître de la destruction de jeu qu'il est, il a bien vu que le véritable maître à jouer du PSG cette saison, c'est bien Verratti. Et le préposé à la déstabilisation de défenses, surtout en l'absence de Lucas, c'était Pastore. Il lui suffisait donc de neutraliser ces deux éléments, et l'attaque parisienne serait privée de ballons, malgré les efforts isolés de Matuidi. Et ça a marché pendant 30 minutes, et il n'y avait pas de raisons que ça ne dure pas. C'est finalement durant cette demi-heure que Fabregas a vraiment été utile durant ces deux matches un tiers : à contrarier l'axe Verratti-Pastore. Ensuite, l'Espagnol a disparu de la circulation.

Cahill éteint tout espoir

Chelsea, à 11 contre 10, s'est-il relâché ? Ça ne ressemble tellement pas à une équipe anglaise, encore moins quand elle est dirigée par Mourinho. Et pourtant, Paris a su trouver des espaces qu'il ne trouvait pas vraiment jusque là. Verratti et Pastore se sont enfin réveillés, et on pu par exemple créer cette occasion incroyable pour Cavani, à l'heure de jeu. Fidèle à lui-même cette saison, l'Uruguayen a douté et mal choisi : un attaquant sur de ses pieds et de son talent aurait enroulé autour de Courtois, vu qu'il avait eu le temps de se mettre sur son pied droit. Mais il a préféré utiliser ce dernier pour crocheter le Belge et ainsi s'excentrer exagérément. Ensuite, c'est son premier pied gauche - il en a deux je crois - qui a fait le reste, avec ce tir pas assez précis détourné par le poteau et qui filait devant le but vide, où un Zlatan encore présent aurait pu terminer le boulot, peut-être. A 10 contre 11, Paris venait de se créer la plus grosse occasion du match, mais venait de la gâcher, comme souvent cette saison. Et Cavani était impliqué, comme souvent.

Paris dominait par séquences, subissait par d'autres mais se montrait toujours plus menaçant que son adversaire, qui allait pourtant, comme à l'aller faire la différence sur quasiment sa seule occasion - si on peut appeler ça une occasion. Passeur décisif à l'aller d'une talonnade aérienne improbable, Gary Cahill profitait cette fois d'une volée complètement foirée de Diego Costa suite au corner obtenu suite à l'occasion de Ramires pour fusiller Sirigu d'une volée sublime et surpuissante. On est alors à la 81e minute, l'espoir, déjà mince, est désormais plus qu'infime, et on se dit alors que dix minutes plus tôt, le même Costa aurait du être expulsé par l'arbitre pour un attentat de boucher sur Thiago Silva, par derrière. Mais il n'avait obtenu qu'un jaune surréaliste. Alors oui y avait sûrement une faute de Cavani sur Costa en première mi-temps dans la surface, après le rouge de Zlatan, mais là on pouvait vraiment se dire que rien, mais vraiment rien, n'allait être épargné à cette courageuse équipe parisienne...

David Luiz, le surhomme

Et pourtant. Chelsea, qui avait bénéficié d'un but inscrit par un joueur né en région parisienne et supporter déclaré du PSG, Demba Ba, pour passer l'année dernière, allait cette fois se faire crucifier par... un de ses ex joueurs. Combien de fois est-ce arrivé à Mourinho ? Et combien de fois Chelsea s'est-il fait surprendre en C1 cette saison sur coup de pied arrêté ? Jamais jusqu'à hier soir. Mais là, sur cet amour de corner délivré par un Lavezzi qui venait de remplacer un Verratti déjà averti et nerveux, David Luiz, à la lutte avec Ivanovic, un des
meilleurs joueurs de tête de la planète et buteur à l'aller de cette façon, allait placer un des plus puissants coup de tête que j'ai jamais vu, en pleine lucarne d'un Courtois enfin humain, puisque impuissant sur ce coup de fusil. On jouait la 86e minute et une prolongation inespérée, presqu'une victoire compte-tenu du contexte, se présentait à l'horizon.

Encore une fois, à 10 contre 11, une prolongation est tout sauf un cadeau, surtout quand vous venez de jouer une heure en infériorité numérique et que votre entraîneur, Laurent Blanc, tarde à effectuer son troisième changement, qui surviendra à la... 118e minute (Pastore/Van der Wiel), lorsqu'il fallut conserver la qualification. Parce que oui, malgré le contexte négatif, l'extrême fatigue et ce penalty encore une fois généreux, puisque Thiago Silva, dans ce duel avec Zouma, ne touche quasiment pas le ballon, même s'il tend bizarrement le bras vers ce dernier, et transformé tranquillement par Hazard alors que beaucoup, dans sa situation, auraient allumé pour assurer le coup, Paris a encore su changer son destin, littéralement.

Prolongation dantesque

Pourtant, ils étaient cuits, durant la première prolongation du moins. Les Parisiens n'arrivaient plus à toucher le ballon, les Anglais le faisaient tourner et se créaient des situations, à défaut d'occasions. Ils reprenaient l'avantage, et ne semblaient cette fois plus capables de le perdre. Un deuxième but du PSG alors que ce dernier cherchait son souffle, subissant l'absence de Verratti pour ressortir proprement le ballon et les approximations de Lavezzi et Cavani devant, pour le conserver quand ils y parvenaient. Bref, comme dans un mauvais film, tout était contre le héros. Mais il allait s'en sortir quand même, miraculeusement, incroyablement.

Qui n'a pas réveillé son voisin hier soir, si celui-ci ne regardait pas le match évidemment, au moment où la parabole créée par cette tête somptueuse, sereine, chirurgicale, de Thiago Silva, lobait l'immense Thibault Courtois et qualifiait ces 10 incroyables bonshommes ? Qui n'est pas devenu fou à ce moment là ? Est-ce qu'un autre sport peut générer chez nous de telles émotions, un tel scenario ? Un match comme ça, c'est comme une pièce de Shakespeare, un épisode de Breaking Bad, une chanson de Gainsbourg. Un être tortueux, indécis, sublime de qualité et d'intelligence, et un dénouement souvent indétectable jusque là. Un match qu'on enregistrait du temps des magnétoscopes et qu'on gardait quelque part dans un carton ou sur étagère, pour le regarder les soirs pluvieux de ruptures. Une cassette vite usée jusqu'à la corde, mais qu'on chérissait quand même.

Ce n'était qu'un huitième de finale, on aurait aimé qu'ils fassent la même chose l'an passé à l'étage supérieur, histoire de voir les demi-finales. Mais il fallait peut-être cette élimination en 2014 pour générer cet esprit de revanche et ce refus de mourir chez ces mêmes joueurs, un an plus tard.

Un seul joueur a été heureux les deux fois, c'est David Luiz, qualifié l'an passé avec les Blues et cette année avec Paris. Même s'il a des manques tactiques, même si ce n'est pas le marqueur individuel le plus rigoureux qui soit, on l'a vu le week-end dernier contre Lens et lors du dernier Mondial, c'est ce qu'on appelle un gagneur. Un joueur dont l'âme de battant participe à compenser tout ces défauts qui font qu'au fond ce n'est pas vraiment un défenseur. Mais quel battant ! Quel joueur !

A plus tard !

vendredi 12 décembre 2014

Des poules fructueuses

Salut à tous,

Il est temps pour nous de faire un petit bilan de cette première phase de Ligue des Champions qui s'est achevée cette semaine.

Toujours les mêmes

D'abord, notons la bonne première phase des clubs français, qui réalisent un deux sur deux. La Ligue 1 n'avait plus eu deux représentants en huitièmes depuis 2011-12, à une époque pas si lointaine où c'était presque une formalité. Sauf que depuis, seul le PSG avait réussi à se qualifier, tandis que Montpellier et Lille, en 2012-13, puis Marseille, la saison passée, ne passaient pas le cut. En tous cas, grâce à cette bonne performance, le football français possède sur la décennie actuelle un meilleur taux de qualification (61,5 %) que sur toute son histoire en Ligue des Champions, depuis 1991 (58,8). Une paille, oui, mais une petite bonne nouvelle ne fait pas de mal de temps en temps. Mais nous restons quand même très loin depuis 2010 de l'Allemagne (88,2), l'Espagne (79), l'Italie (76,9) et l'Angleterre (75)... comme d'habitude, on est cinquième.

Les Allemands qui n'ont plus vu un de leur club éliminé en poules depuis trois ans... comme l'an passé ils signent un très impressionnant 4 sur 4, sachant qu'ils avaient également fait un 3 sur 3 en 2012-13, et que cette saison, hormis la France, aucun pays à plus d'un club n'a réalisé un sans faute. L'Espagne (Athletic Bilbao out) et l'Angleterre (Liverpool) ont fait 3 sur 4, et l'Italie (AS Rome) a fait un sur deux. Sans parler du Portugal, qui nous devance au classement UEFA depuis peu, et qui n'a qu'un qualifié sur trois (Porto, les deux clubs lisboètes restant à quai) et de la Russie, qui nous menace directement au même classement, et qui a fini avec deux éliminés sur deux (Zenith et CSKA Moscou). Deux autres bonnes nouvelles pour nos clubs... Chez les 11 pays représentés par un seul club, seuls l'Ukraine (Shakhtor) et la Suisse (FC Bâle) ont connu la réussite. C'est notamment le 4e échec sur 4 pour le Bélarus, le 6e sur 7 pour la Suède, le 22e sur 30 pour la Grèce, le 25e sur 34 pour les Pays-Bas, qui n'ont plus qualifié de clubs pour les huitièmes depuis 2006-07 (!), le 19e sur 25 pour la Turquie et le 19e sur... 20 pour la Belgique ! La nouvelle version de la C1 est décidément létale au possible pour les non représentants du fameux club des cinq "grands" championnats... Historiquement, seuls six pays tournent à plus de 50 % de réussite, les cinq cités plus haut plus la Pologne (1 sur 2, dans les années 90...)... Le Portugal tourne ainsi à 42,5 %, mais seulement 25 dans les années 2010...

Par club, Arsenal et le Real ont signé leur 12e qualification sur 12 depuis la mise en place de l'actuelle formule, en 2003, le Bayern et le Barça en sont eux à 11 sur 11, et le... Bayer Leverkusen à 4 sur 4 et Monaco à 3 sur 3. Chelsea en est désormais à 11 sur 12, tandis que le PSG, lui en est à 3 sur 4. Depuis l'instauration des poules en 1991, seul le Real (et une dizaine de clubs à une ou deux participations) a réalisé un 100 % (19 sur 19), le Bayern suivant avec 94,4 %, Chelsea à 92,3, Arsenal à 88,2 et le Barça à 85. Quand on parle d'une compétition d'habitués, on est dans le vrai.

Regardons par rapport à la saison passée. Onze clubs sur 16 (68,7 %) ont renouvelé leur ticket, dont les trois espagnols, les quatre allemands (!) et les trois Anglais, en plus du PSG ! On retrouve donc non seulement les mêmes pays en huitièmes, mais également les mêmes clubs... seul l'ambitieux club parisien parvient donc pour l'instant à se faire une petite place parmi ce qu'ont doit bien finir par appeler des sociétaires... sept clubs, soit près de la moitié, ont sont à leur troisième qualification d'affilée (Real, Bayern, Arsenal, Barcelone, PSG, Schalke et Dortmund) et quatre en sont à quatre (les quatre premiers nommés). Le taux de nouveauté en est donc réduit à sa portion congrue, et ce n'est pas fini.

Messi et Ronaldo seuls au monde

Pour l'instant la moyenne de buts est quasi la même que la saison passée (2,91 contre 2,9) mais elle baissera sûrement un peu avec les matches couperets, une tendance quasi immuable dans les grandes compétitions. Tout cela restant nettement au-dessus de la moyenne depuis 1991 (2,67), sachant qu'il faut remonter à 2009-10 pour trouver une moyenne annuelle inférieure (2,56). Les trois grands pays actuels (Allemagne, Espagne et Angleterre) tournent d'ailleurs à respectivement 1,91, 2,08 et 1,191 buts par matches cette saison, la France nettement moins (14 buts en 12 matches, merci Monaco)...

Chez les buteurs, on a assisté à l'inévitable dépassement de l'historique Raul, et ses 71 buts datant pour les derniers de 2010-11, par le duo Messi-Ronaldo, dont on savait qu'il porterait le futur record à des niveaux stratosphériques. L'Argentin (27 ans) a encore un peu de temps devant lui pour améliorer son score de 75 buts (pourquoi pas les 100 ?) tandis que son compère portugais, qui fêtera ses 30 ans dans moins de deux mois, en aura peut-être un peu moins. Mais les deux hommes, qui carburent à respectivement 9,1 et 8,6 buts sur les huit dernières saisons, ne sont à mon avis pas près de voir un jour leur score être menacé. Par Neymar peut-être ? Je ne vois pas d'autre jeune joueur actuel capable de dépasser les 80 buts en carrière dans la compétition. Mais il va devoir accélérer la cadence assez vite.

Cette saison, Messi a repris la main devant Ronaldo (8 buts contre 5), ce dernier ayant signé des chiffres hallucinants sur les deux dernières saisons (12 et surtout 17 buts l'an passé) quand l'Argentin gérait tant bien que mal son avance (deux fois huit buts). Tout cela faisant évidemment rêver les joueurs français, dont le meilleur représentant se nomme pour la quatrième année consécutive Benzema (5 buts), lui qui est le deuxième buteur tricolore de l'histoire de la compétition (41 buts) derrière Henry (50), qui est donc loin d'être à l'abri. Record pour un Français en C1 ? Trezeguet avec la Juve, en 2001-02 (8 buts). Encore un score que Benzema peut battre cette année, surtout avec ce Real Madrid... Toujours est-il que les joueurs français marquent encore très peu en C1 (5,5 % du total cette année, contre 7,7 depuis 1991). C'est un peu mieux que l'an passé (4,3) mais on ne passe plus les 6 % depuis trois ans, alors que ça n'était plus arrivé depuis 1999-00... sur les 14 buts marqués par les deux clubs français, un seul a été marqué par un français, Matuidi contre le Barça (3-2).

Mais les deux phénomènes du foot mondial sont pour l'instant devancés cette saison par Luiz Adriano, le buteur brésilien du Shakhtor qui a signé 8 de ses 9 buts lors de la double confrontation de son club contre le malheureux Bate Borisov... dont un historique quintuplé à l'aller (0-7), le deuxième seulement depuis 1991 après celui de Messi contre Leverkusen en mars 2012 (7-1). Une anomalie qui ne devrait pas perdurer... attention aux autres joueurs à cinq buts (Agüero, Cavani, Mandzukic, J.Martinez). Du beau monde. A noter les deux buts des anciens, Drogba et Ibrahimovic, qui en sont à 44 et 42 buts dans la compétition, tandis que Thomas Müller, déjà 24 buts (3 cette année) en C1 à 25 ans, est déjà bien placé.

Voilà, attendons maintenant de voir ce qui attends nos deux représentants en huitièmes... notons que Paris, qui signe un meilleur parcours (13 points) que Monaco (11) termine pourtant deuxième derrière un Barça qui a du s'employer sérieusement pour devancer les Parisiens, tandis que les Monégasques, qui n'étaient pas tête de série, profitent de l'absence d'un vrai gros dans son groupe et deux hold-up contre Leverkusen pour terminer premiers... les aléas des tirages au sort. Ca s'annonce vraiment très difficile désormais pour les double champions de France, qui vont forcément devoir sortir un exploit pour atteindre les quarts de finale pour la troisième fois consécutive...

A plus tard !

mercredi 3 septembre 2014

Ou va la Ligue 1 ?

Salut à tous,

Maintenant que la Coupe du Monde est loin derrière nous, et que la nouvelle saison est entamée, j'aimerais vous donner mon point de vue sur le football français actuel.

Je trouve que concrètement, le bon parcours des Bleus au Brésil cache particulièrement bien une forêt qu'on aura vu plus luxuriante. Je reviendrais plus tard sur l'équipe nationale, qui ne m'a pas encore prouvé qu'elle avait réellement réintégré le gotha des meilleures nations européennes. A ce titre, le nouveau France-Espagne qui se profile - le quatrième en 27 mois, quel est l'intérêt ? - nous donnera de bonnes clés pour mesurer réellement son niveau actuel. Mais pour le reste, c'est extrêmement inquiétant.

Des Danois pour remplacer les stars

Étrangement, ce que je vais vous dire devrait nous inciter à l'optimisme, puisque depuis l'arrêt Bosman, les Bleus ont toujours eu leurs meilleurs résultats quand la représentation de la Ligue 1 dans ses rangs était faible. Mais aujourd'hui, c'est carrément le désert. Hormis les deux Parisiens Cabaye et Matuidi, et à un degré moindre le Lyonnais Lacazette, tous les autres évoluent à l'étranger. Pourquoi ? Parce qu'ils sont tous partis. Cette saison, en quatre journées, seulement trois internationaux français ont marqué : Gignac et Payet (Marseille) et Lacazette. Ces trois là ont marqué 8,4 % du total des buts en Ligue 1, contre 10,4 l'an passé, 10,3 l'année d'avant, 13,4 en 2011-12 et 14,5 en 2010-11. Vous me direz, c'est aussi parce que les internationaux du PSG n'ont pas encore vraiment repris après le Mondial, soit. Mais Benzema a déjà marqué avec le Real, tout comme Giroud à Arsenal. La réalité, c'est que des internationaux français en Ligue 1, il y en a quasiment plus, ou alors des anciens.

Un autre phénomène peut inquiéter, c'est la qualité des joueurs étrangers qui arrivent en Ligue 1. A une époque, le Brésil remportait presque sans forcer le classement des buteurs par pays, et avec une grosse marge. Ça n'a déjà pas été le cas l'an dernier, avec la victoire des Ivoiriens. Et cette année, combien de buts brésiliens en Ligue 1, sur un total de 98 ? Un seul, signé du Parisien Lucas. Est-ce que la Ligue 1 n'a plus les moyens de recruter des Brésiliens, qui d'ordinaire apportent toujours quelque chose ? Ou est-ce le signe de la baisse général du niveau du football brésilien, constaté avec fracas cet été au Mondial ? Je pencherais plutôt
pour la première solution. Certes, ils ont été remplacés par des Uruguayens, en plus des Argentins qui ont toujours été là. Mais la Ligue 1, sans le sou et sans solution pour compenser les sempiternels départs, s'est tournée vers des ligues assez peu affriolantes.

Premier pays au classement actuel, sans surprise, la Suède de Ibrahimovic, mais aussi de Toivonen. Deuxième pays européen, derrière les voisins du Rio de la Plata ? Le Danemark de Wass, Braithwaite et Kjaer. Aujourd'hui, la Ligue 1 recrute un peu plus européen, ce qui n'est pas plus mal, parce que là encore le football français de clubs a connu ses meilleurs résultats dans les années 90 alors que les buteurs européens étaient majoritaires. Mais il s'agissait d'Italiens (Simone, ravanelli...) ou d'Allemands (Klinsmann, Völler...). Viser les championnats scandinaves, c'est un aveu de faiblesse terrible, avec tout le respect que je dois à mes ancêtres vikings. Quels sont les autres pays européens représentés au classement des buteurs ? Turquie (Erding), Bulgarie (Berbatov)... Il y a bien des Italiens à Paris et Monaco, mais ils ne sont pas vraiment dédiés au marquage de buts. Pas d'Espagnols, pas d'Allemands (pourquoi Paris n'a pas mis les 50 millions de David Luiz sur un phénomène tel que Marco Reus ou Tony Kroos ?), pas d'Anglais, peu de Portugais...

Un niveau élevé d'amateurisme

Et que dire de la Ligue de Football ? Comment peut-elle accepter qu'un club gangréné par les dettes tel que le RC Lens intègre la Ligue 1, sur la seule promesse qu'elle va peut-être recevoir les 4 millions d'euros que son propriétaire azéri, ce qui n'a évidemment pas été le cas, alors qu'elle refuse l'accès à la Ligue 2 à Luzenac, qui a trouvé un stade aux normes, ou sur le point de l'être - ça reste l'enceinte du meilleur club de rugby français de l'histoire, habitué aux visites fortement alcoolisées de supporters britanniques toute l'année... -, et alors que l'AC Ajaccio, il y a une petite dizaine d'années, avait intégré la Ligue 1 avec un stade pas aux normes du tout, ce qui lui coûtait 25 % de son budget en amendes ? Qu'est-ce qui a changé ? Il faut avoir la carte pour rentrer ? Les bonnes chaussures ? La Ligue se couvre de ridicule et de honte avec cette affaire, passe pour un médiocre club de riches exclusifs. Pourquoi n'avoir pas laissé sa chance à Luzenac, et repêché Châteauroux avant même d'avoir les conclusions du CNOSF ? Sur ce coup, je me demande qui est le plus amateur des deux...

Et que dire du cas de Lens, encore, et de Caen, qui n'évoluent pas dans leur stade ? Dans quel pays cela arrive-t-il ? Pourquoi le Racing doit-il jouer son maintien cette saison dans un stade deux fois plus petit et situé à 70 kilomètres (122 par la route) pour cause de travaux à Bollaert, alors que Saint-Étienne, Marseille ou Toulouse, eux, n'ont eu aucun problème pour évoluer dans leurs propres enceintes durant les travaux de leurs stades ? Les grues ne sont pas munies de roues à Lens ? Les gravats sont stockés sur la pelouse ? Et Caen, qui doit évoluer en ce début de saison au Mans, située à 137 kilomètres (!) de Michel d'Ornano, pour cause de... Mondial équestre organisé dans la cité normande ? Non mais où a-t-on déjà vu ça ? Il n'y avait aucun autre endroit pour organiser cet évènement ? Je ne sais pas moi, un hippodrome par exemple ? N'importe quoi, sauf le seul stade professionnel manifestement disponible pour permettre à un des autres clubs promus de pouvoir jouer son maintien dans de bonnes conditions ! Et si un jour la Mairie de Marseille veut organiser le Mondial de pétanque au Vélodrome, ça se passe comment ? Sérieusement, comment peut-on tolérer un tel niveau d'amateurisme dans un des soit-disant cinq grands championnats d'Europe ?

Dans le top sept

Justement, parlons-en. Tout cela explique sans problème la sévère chute que notre football de club subit actuellement sur le plan européen. Il va être vite temps d'arrêter de compter la Ligue 1 dans la liste des "cinq grands championnats". Le cinquième grand championnat, c'est l'Italie, et le quatrième, c'est le Portugal. Et nous, on est sixième ? Ah non, la Russie vient de nous passer devant. Si on n'effectue pas une meilleure saison que les Russes, on perdra notre troisième place en C1, et un seul de nos représentants sera directement qualifié pour les phases de poule. Et vous savez quoi ? C'est complètement mérité. Si le classement FIFA est une escroquerie, le coefficient UEFA, lui, est clair et objectif : le nombre de points pris par un pays divisé par le nombre de clubs alignés. Limpide, et implacable.

Hormis le PSG, qui évolue sur une autre planète, aucun club français ne s'est qualifié pour les huitièmes de finale de la C1 depuis 2012, où Marseille et Lyon avaient quitté la compétition à ce niveau précisément, éliminés par l'Inter et... l'APOEL Nicosie, prochain adversaire du PSG en poules cette année. Depuis, combien de points ont pris Montpellier et Lille, l'année suivante, et Marseille, l'an passé ? Deux, trois et zéro, et une victoire acquise en 18 matches. Et après, on voudrait encore avoir trois représentants en C1 ? Mais sur quel argument sportif objectif ? On n'a clairement plus les moyens d'avoir un troisième club, qui de toutes façons, depuis deux saisons, ne passe plus les barrages, un autre signe que la marche est devenue clairement trop élevée pour les clubs français. Mais même le deuxième strapontin est franchement sujet à caution. Certes, Marseille avait eu un groupe ardu, mais quand même, zéro point ? Sérieusement ? Arsenal, Naples, Dortmund, c'est difficile, mais ce n'était pas non plus le Real, la Juve et le Bayern ! Il y avait de quoi prendre une poignée de points quand même, pour un des meilleurs clubs français, non ? C'était Marseille là, pas Valenciennes !

Les terreurs roumaines ou danoises

Le problème c'est qu'aujourd'hui, on l'a vu ces deux dernières années en Ligue Europa, on peut trembler contre la moitié des pays du continent. Les Verts affrontent l'an passé en barrages Esbjerg, qui venait de vendre son meilleur buteur Braithwaite au TFC ? Éliminé. Dans le même temps, Nice affronte l'Apollon Limassol, autre terreur du championnat chypriote ? Éliminé aussi. Bordeaux se retrouve dans sa poule avec le Maccabi Tel Aviv et l'Apoel Nicosie, encore eux. Bilan contre ces deux équipes, en plus des deux défaites contre Francfort, futur 13e de Bundesliga ? Un succès, trois défaites. Cette année, retour des Verts en barrages de la C3, on leur propose le bizut  et repêché Karabukspor, septième du dernier championnat turc. Bilan ? Une qualification arrachée aux forceps, aux tirs aux buts après une défaite à l'aller (1-0), et des démonstrations de joie quelque peu... indécentes,
compte-tenu de la performance très relative des hommes de Galtier face à un adversaire de cinquième zone. Et ce n'était qu'une qualif pour les poules ! Quant à l'élimination de Lyon, face aux terribles roumains d'Astra Giurgiu... comment dire... sans commentaires.

Voilà où en est le football de clubs en France, à trembler face aux Roumains, aux Danois, aux Chypriotes... et si le PSG se plantait cette année, et ne se qualifiait pas ? Ça peut arriver à tout le monde, c'est bien le cas de City depuis des années... qui va prendre la relève ? Si encore ces "accidents" restaient des accidents, c'est-à-dire rares, isolés... mais c'est devenu la règle depuis deux ans. La saison passée, les clubs français ont cumulé 14 succès européens, contre... 21 défaites. Avec 0,8 points par matches (à la victoire à deux points), c'est le pire bilan de la Ligue 1 depuis 1988-89. Dans les années 2010, on tournait à 0,97 points par matches, contre 1,13 dans les années 2000, pourtant pas vraiment un bon cru, et 1,24 dans les années 90, la meilleure décennie pour les Français, juste derrière les années 50, où il n'y avait que la C1 (1,25). Cette année, alors qu'on n'a disputé que des matches de barrage, on en est déjà à deux succès pour quatre défaites, et on s'apprête à envoyer Guingamp affronter la Fiorentina, Minsk et Salonique. Vous la sentez la catastrophe arriver ou pas ?

La Ligue 1 en Ligue 2

Dans ces conditions de décrépitude extrême, où des clubs comme Lyon sont contraints de faire jouer des joueurs qui ont à peine le niveau présumé de la Ligue 1 (Tolisso, Koné, Ghezzal...), où seul Marseille semble ne pas s'être vraiment affaibli malgré la perte d'un international en titre, Valbuena, comment s'étonner de notre chute sur le plan européen ? Valbuena, tient, comme ceux qui partent au Portugal (Aboubakar), par exemple... des destinations qui n'en étaient pas auparavant. Mais ces championnats sont devant nous à présent, et il va être temps d'arrêter de se pincer le nez quand il s'agit de parler de championnats performants sur le plan européen. Regardez l'effectif du Dinamo Moscou, et vous rigolerez moins. Que des internationaux russes (Zhirkov, Denisov, Kokorin, buteur au Mondial...), Kevin Kuranyi, un Brésilien, un international équatorien (Noboa) et maintenant un Français, sans parler de l'excellent ailier hongrois Dzsudzsak. Je peux vous dire que si ça ne fait pas autant rêver qu'un bon club espagnol ou Anglais, ça reste mieux que Marseille, aujourd'hui, désolé. C'est plus riche ? Mais Marseille et Rennes n'ont pas des milliardaires à leurs têtes depuis dix ans ?

Tout cela expliquant aisément le faible nombre de joueurs de Ligue 1 évoluant en Bleu aujourd'hui, et je dirais heureusement pour les Bleus. Mais là encore, l'honnête parcours de notre équipe au Brésil ne nous garantit pas pour autant un avenir proche radieux. D'abord, il va falloir se priver des rares joueurs de haut niveau qui ont pris leur retraite cet été. Si Nasri n'a, il est vrai, jamais vraiment pesé en Bleu, ce n'est pas le cas de Franck Ribéry, homme de base de la qualification pour ce Mondial, meilleur buteur ET passeur des Bleus en 2012 et 2013, et qui, je trouve, a manqué aux Bleus au Brésil. Il faut vraiment être de mauvaise foi pour considérer que Griezmann (0 but, 0 passe) a remplacé efficacement le Bavarois à ce poste de milieu gauche, quand ce n'était pas Benzema qui l'occupait. Le nouveau joueur de l'Atletico représente un des plus sérieux joueur d'avenir, mais en dehors de buts contre la Jamaïque et le Paraguay en amical, il n'a pas encore fait assez pour être considéré comme indispensable... enfin selon moi. Si en défense on a ce qu'il faut pour voir venir, je trouve qu'offensivement, malgré la démonstration contre la Suisse, on est un peu juste, notamment au niveau du nombre. Nos solutions de rechanges à Valbuena et Griezmann ? Lacazette, Rémy, Payet... pas vraiment des pointures mondiales à leur poste. Du moins, pas encore, pour le premier, qui sait. Ce que je veux dire, c'est qu'on est encore loin des tous meilleurs, je trouve. On en est pas loin, mais pas encore. Reste que c'est la seule satisfaction française actuelle, donc...

Reste à espérer de bons résultats en C1 de Paris et d'un Monaco qui n'a plus rien à voir avec la machine de l'an passé après les départs de Rodriguez et Falcao, et de Lille, Sainté et Guingamp en C3. On croise les doigts... et on en reparle en fin de saison. Ou nettement avant...

A plus tard !