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vendredi 23 mars 2012

Maës, le premier d'entre eux

Salut à tous,

Pour l'ouverture de la page Facebook de ce blog - ici, n'hésitez pas à y aller, commenter et partager -, voici un petit post rétro, comme celui sur le Red Star qui l'avait inauguré, en janvier dernier. D'ailleurs, le lien est double puisque je vais évoquer un des anciens joueurs du club audonien, très ancien même : Eugène Maës.

Pour cela, il faut remonter à l'avant-guerre. Pas la dernière, non, celle d'avant, celle qui retourna la campagne ardennaise par ses tranchées et ses bombes, pas toutes déterrées paraît-il, que la France, alliée aux Anglais puis aux Américains, avait à peu près gagnée avant d'en profiter pour écraser l'Allemagne lors d'un traité de Versailles qui se révèlera encore plus meurtrier dans ses conséquences. Mais c'est une autre histoire.

Avant tout cela, il y avait déjà du foot, même en France figurez-vous. Pas de championnat professionnel avant 1932, pas de Coupe de France avant 1917, mais déjà des matches un peu partout. A l'instant de la mobilisation générale de 1914, l’Équipe de France, elle, avait dix ans, 9 victoires et 22 défaites au compteur, ainsi que... 163 buts encaissés, soit 4,53 par match. Une moyenne presque banale à une époque où le concept de bloc équipe était aussi d'actualité que les coques d'iPhone. Mais les Bleus ont du attendre le début de la deuxième décennie du siècle pour se découvrir un véritable buteur, régulier, efficace, et pas seulement contre le Luxembourg.

Eugène Maës, lorsqu'il est appelé en Bleu pour la première fois, pour un match face à la Hongrie, joué à Maisons-Alfort le... 1er janvier 1911, évolue au Red Star, après avoir appris à jouer au football au Jardin du Luxembourg, avant d'évoluer sous les couleurs du Patronage Olier, un club parisien de la Rue d'Assas, avec qui il remportera le fameux titre de "champion de France de la FGSPF" (Fédération gymnastique et sportive des patronages de France) en 1908, et le Trophée de France en 1908 (contre Puteaux) et en 1910 (contre le CA Vitry). Âgé de 20 ans, il empile déjà les buts, et est engagé en 1910 par le futur grand club parisien des trente premières années du siècle, le Red Star. Doué de la tête, il attendra sa troisième sélection pour marquer, et pas lors de n'importe quel match. Il signe un doublé de renard contre l'Italie, à l'affut sur deux tirs repoussés, dans son stade de Saint-Ouen, et la France, qui n'a plus gagné depuis 12 matches (12 défaites), obtient un nul méritoire (2-2). Mais le Parisien de naissance fera encore mieux.

Le 17 mars 1912, le militaire d'alors a obtenu une permission pour rejoindre à cinq heures du matin l’Équipe de France, qui affronte de nouveau l'Italie, cette fois au stade Campo de Turin. Contrairement au précédent duel entre les deux nations, les Bleus sont invaincus depuis trois rencontres, quand l'Italie n'a plus gagné depuis cinq rencontres, mais reste largement favorite de ce match. Pourtant, c'est Maës, pourtant fatigué par son voyage, qui ouvre le score dès la 10e minute (0-1). Rampini ne tarde pas à égaliser (1-1, 24e) mais l'attaquant audonien, qui avait marqué à chacun des quatre matches qu'il avait disputé depuis le France-Italie précédent, redonne l'avantage aux Bleus, de la tête sur un nouveau service de Louis Mesnier, l'attaquant du CA Paris (1-2, 38e), un des rares rescapés du premier match des Bleus contre la Belgique, en 1904 (3-3).

Ceverini égalise à son tour, juste après la pause (2-2, 47e), mais Mesnier se mue en buteur et marque le troisième but tricolore (2-3, 52e). Devinez quoi ? L'Italie égalise encore grâce au doublé personnel de Rampini, l'attaquant de Pro Vercelli (3-3, 58e). Et c'est Eugène Maës, en "chargeant" le gardien qui avait pourtant le ballon dans les mains, ce qui se faisait impunément à l'époque, qui marque le dernier but de ce match historique pour les Bleus (3-4, 66e). Historique, car il s'agit du premier succès des Bleus contre l'Italie - un autre suivra dès le début de l'année suivante, à Saint-Ouen, sur un but de... Maës - et le premier triplé d'un international français.

En 1913, Maës inscrira également un quintuplé contre le Luxembourg (8-0), performance que seul Thadée Cisowski parviendra égaliser, 43 ans plus tard, contre la Belgique (6-3). Il s'agira de la dernière sélection du joueur du Red Star, auteur au final de 15 buts en 11 sélections. Parmi tous les meilleurs buteurs de la sélection, il est le seul, avec Just Fontaine (30 buts en 21 sélections) à compter plus de buts que de matches.

Comme beaucoup de jeunes joueurs français, il ne ressortira pas indemne de la Grande Guerre. Blessé au combat, il ne pourra retrouver le niveau professionnel, à seulement 24 ans. Comme Fontaine, heureusement blessé de façon moins dramatique à 27 ans, il aurait sans doute battu tous les records s'il avait pu disputer une carrière entière en Équipe de France. Après la Guerre, il rejoint tout de même le tout jeune Stade Malherbe de Caen, ou il sera attaquant, capitaine et entraîneur, jusqu'en 1935, tout en menant une carrière de professeur de... natation.

Après avoir perdu ses chances de gloire internationale lors de la Première Guerre Mondiale, il perdra la vie lors de la Seconde. Dénoncé en juin 1943 pour propos anti-Allemand à une époque ou la délation était le sport national d'alors, il meurt à 54 ans en déportation au camp de
Mittelbau-Dora, en Allemagne, le 30 mars 1945, alors que la France était libérée depuis plusieurs semaines.

Une époque quoi, un destin presque banal, bien que dramatique. Plutôt que faire des biopics sur Cloclo (réussi par ailleurs, ce n'est pas la question), j'imagine qu'on pourrait faire des films sur la vie de ce genre de joueurs, Maës ou Villaplane, attaquant et capitaine français lors du Mondial 1930 avant d'être fusillé en 1944, et dont la vie est racontée dans l'Equipe Mag depuis quelques semaines, ces amateurs qui devaient s'arracher à la vie quotidienne pour disputer des matches qui ne faisaient que quelques entrefilets dans les journaux, mais qui ont fait l'Histoire des Bleus sans le savoir vraiment, et qui n'ont finalement pas échappé aux évènements de leur époque. Un peu ce que l'on reproche aux footeux d'aujourd'hui, ces joueurs gâtés qui semblent vivre dans une bulle surréaliste, quasiment à l'abri des aléas de l'actualité.

A plus tard ! Et n’hésitez pas à réagir dans les commentaires !

samedi 7 janvier 2012

Rouge Etoile

Salut !


Alors voyons, comment inaugurer ce nouveau blog tout neuf qu'il est beau de sa belle peinture fraîche... J'ai l'ambition pas si originale que ça, compte tenu de la profusion de blogs sur le sujet, d'apporter un regard incisif et anti langue de bois sur le foot, sport aussi médiatisé qu'il est dénigré. Le genre de spectacle qu'il est de bon ton de critiquer en société, et pas seulement depuis Knysna, mais qui n'a jamais autant fait parler et qui, malgré des audiences en baisse, continue de mobiliser des millions de gens à travers la planète. C'est dire s'il y a à en dire...


Déjà, première performance en soit, je ne vais pas parler du PSG. Du moins, pas d'entrée. D'abord parce que vu qu'il mobilise les trois quarts des pages foot avec son recrutement aussi clinquant sur le papier qu'inexistant, du moins cet hiver, dans la réalité, ensuite parce qu'il n'y a pas le feu... vous inquiétez pas, je cèderais à la tentation plus souvent qu'espéré, par vous comme par moi.


Non, parlons plutôt de ce Red Star-OM qui se profile aujourd'hui, au Stade de France, en 32es de finale de la Coupe de France. Non, je ne parlerais pas non plus du club phocéen, même si il y en aura beaucoup à dire en temps voulu, ne vous inquiétez pas. Non pas que je veuille faire de l'audience, même si cette dernière est souhaitée, forcément, mais ne pas parler de clubs qui mobilisent à eux deux une bonne moitié des supporters de l'hexagone, on frôlerait le délit de rétention d'information...


Parlons plutôt du Red Star, ce club résident à Saint-Ouen, portant un nom qui trahit l'influence qu'a eu le Parti Communiste dans ces banlieues du nord de la Région Parisienne, et évoluant dans une enceinte, le Stade Bauer, fleurant bon les années 50 et protégeant tant bien que mal de son toit en bois les deux ou trois centaines de supporters acharnés qui le suivent coûte que coûte, quel que soit le niveau dans lequel il évolue. Sur un côté de Bauer, un immeuble en forme de triangle achève la vision surréaliste du téméraire qui serait venu taquiner un samedi après-midi l'extrémité nord de la ligne 13 du métro.


En France, on a un système de grands clubs unique au monde : en général, leurs périodes de domination n'excèdent pas les 25-30 ans, quand le Real et Barcelone écrasent tout en Espagne depuis un siècle, et que le Bayern, Manchester ou la Juventus sont au top dans leurs pays respectifs depuis des décennies.


Ici, Reims, étincelante vitrine de la France renaissante dans les années 50, chutera durant la décennie suivante, après avoir commis deux finales de Coupe des Champions. Le Stade est le seul club à moins de 30 saisons à encore figurer dans le classement des meilleurs clubs tricolores de l'Histoire... Nantes et Saint-Étienne lui succédèrent, les deux "ennemis" écrasant la concurrence, au point qu'il est difficile de nommer un troisième club de cette époque, hormis le Marseille de Josip Skoblar, au début des années 70, jusqu'au milieu des années 80, les Verts s'écroulant complètement suite à l'affaire de la caisse noire, en 1982. Nantes continuera à engranger quelques titres, mais beaucoup plus irrégulièrement. Aujourd'hui, les Canaris ont bien du mal à s'extirper de la cage de la Ligue 2...


Les affaires, c'est d'ailleurs une des raisons principales d’effondrement des grands clubs français. Les belles années 80 de Bordeaux, ainsi que celle, prolongée au début des 90's, de Marseille, s'achevèrent à chaque fois par une rétrogradation administrative, soit pour problèmes financiers, soit pour achat de match prohibé. Les deux clubs mirent entre moins d'une décennie et une quinzaine d'années pour se remettre de ces coups d'arrêts, ce dont profita Lyon, qui ne laissa que des miettes à ses adversaires dans les années 2000, avant de baisser de pied à son tour, tout en restant tranquillement dans le peloton de tête. Il est encore un peu tôt pour annoncer le déclin lyonnais...


Si le Red Star n'est pas immédiatement cité lorsqu'on demande aux gens, même spécialistes de foot, de nommer des grands clubs français, c'est parce que sa grande période à lui se situa entre les deux guerres, notamment à l'époque où la seule compétition officielle pour les équipes françaises se nommait la Coupe de France, que le club audonien a remporté cinq fois entre 1921 et 1942. De nombreux internationaux, qui ne sont pourtant pas forcément restés dans la tête des supporters des Bleus en raison d'une trop grande ancienneté et aussi parce que bon, faut être réaliste, perdre 13-1 en Hongrie en 1927, ça ne fait pas rêver grand monde, ont parcouru la pelouse déjà ancienne du Stade Bauer, à l'image de l'immense gardien Pierre Chayriguès, de ses successeurs Alex Thépot ou Julien Darui, d'Aston, Maës, Langiller, Penverne, Nicolas, sans parler du futur très grand entraîneur Helenio Herrera ou de Guillermo Stabile, meilleur buteur de la première Coupe du Monde, en 1930 avec l'Argentine. Plus tard il y eu aussi Nestor Combin, Lucien Leduc, Fleury Di Nallo...


Lorsque j'ai commencé à m'intéresser au foot, il y a une vingtaine d'années, le Red Star était un perpétuel candidat à la montée en Division 1. Safet Susic y terminait sa carrière, tout comme Tony Cascarino ou Sylvain Kastendeuch un peu plus tard, quand Samuel Michel, remarquable buteur régulier de Ligue 2, ou Steve Marlet, quasiment 38 ans, qui y termine sa carrière et qui affrontera son ancien club marseillais aujourd'hui même, après un passage en CFA2 avec Aubervilliers, débutaient la leur. A Saint-Ouen, la formation tournait déjà très bien, et des joueurs comme Abou Diaby, Charles Itandje et Abdoulaye Meïté y ont porté leurs premiers crampons, avant de sillonner l'Europe de leur talent.


Cet été, à la faveur des habituelles rétrogradations administratives qui assaisonnent régulièrement le quotidien du foot amateur français, le Red Star est miraculeusement monté en National, le troisième échelon français, qu'il n'avait plus fréquenté depuis 2001. Il y survit tant bien que mal, après un recrutement forcément mal contrôlé, fleurtant un peu trop avec la ligne de flottaison de la relégation en CFA. Mais c'est bon, parfois, d'avoir des nouvelles de clubs qui ont servi la cause du football français, à leur manière, à l'image de Reims, actuellement en position de monter en Ligue 1 après des années d'échec, et de les voir tout doucement remonter la pente. Le Stade de France et ses 80 000 places vont donner l'occasion au public francilien de rendre hommage au vieux Red Star, club atypique, à l'image de St-Pauli en Allemagne ou de Millwall en Angleterre : des clubs populaires jusqu'à l'os, et qu'on n'aimerait pas voir changer, quitte à regretter, de temps en temps, de les voir descendre d'une ou deux divisions. Mais c'est la vie des grands clubs français, ballotés par l'Histoire et le temps.


A très vite !