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lundi 2 juillet 2012

Une finale tronquée

Salut à tous,

La gueule de bois doit être partagée ce matin, de chaque côté du Golfe du Lion. En Espagne, la fête a du être terrible, et le réveil, difficile : mettre 4 buts d'écart à un adversaire en finale, ça n'avait jamais été fait ; et rentrer dans l'Histoire pour longtemps, ça n'arrive pas souvent. En Italie en revanche, c'est surtout l'ampleur très exagéré de la défaite qui a du faire le plus mal. Avec le fait de n'avoir pas pu défendre ses chances jusqu'au bout, à cause d'une règle qui, comme d'autres, à l'image de ce qu'il se fait dans le rugby, mériterait d'être quelque peu dépoussiérée.

L'Espagne définitivement mythique

Le bonheur espagnol est parfaitement légitime. Remporter trois tournois consécutifs, conserver son Euro, ne prendre aucun but en 990 minutes durant les matches éliminatoires, c'est carrément dément. Surtout lorsque l'on sait à quel point cette Roja a parfois ennuyé durant cet Euro, et même été bousculée, par l'Italie et la Croatie, en phase de poule, puis par le Portugal en demi-finales. Jusque là, seules l'Irlande et la France avaient laissé le futur double tenant développer tranquillement son jeu, sans qu'elle ne déploie jamais le jeu flamboyant qu'elle a montré hier soir... du moins pendant une heure.

L'Espagne fait mieux que les deux équipes qui avaient réussi un doublé en deux ans, la RFA entre 72 et 76, qui avait échoué cette année là en finale de l'Euro, et la France entre 98 et 2000, qui s'était complètement ramassée en 2002. Trois grands tournois, avec dans ses rangs la bagatelle de 9 joueurs (Casillas, Ramos, Arbeloa, Iniesta, Xabi Alonso, Xavi, Fabregas, Silva et Torres) qui ont participé à ces trois conquêtes. Et Puyol et Villa étaient blessés... de quoi faire une équipe entière ! Ça signifie une génération exceptionnelle, ça veut aussi dire que la relève ne sera pas jugée comme toutes les relèves. Le remplacement, dans les prochaines années, des trentenaires tels que Casillas, Xavi ou Xabi Alonso, ne sera pas aisé. On le sait bien, en France, comme ailleurs : les mythes ne se succèdent pas entre eux.

Des débats équilibrés

Pourtant, même si dans le jeu elle semblait supérieure, la Roja n'a pas dominé du tout la première heure de la finale, contrairement à ce que le tableau d'affichage annonçait alors. Elle avait deux buts d'avance mais n'avait ni la possession (52 % pour l'Italie) ni le nombre de tirs (12 à 11) en sa faveur. La Squadra avait même raté quelques grosses occasions très nettes, notamment le pauvre Di Natale, rentré à la pause à la place de Cassano, et qui se créait deux opportunités énormes, une tête juste au-dessus sur un coup-franc puis un duel avec Casillas, dans lequel il envoyait directement le ballon sur le portier espagnol, qui n'en demandait pas tant. Ce dernier a par ailleurs sorti un très grand match, ce qui montre, contrairement à ce que certaines blagues circulant sur le net tendraient à faire croire, que la Roja, après avoir gagné l'Euro sans attaquant, pourra gagner le prochain sans gardien. Elle a souffert sur les attaques placées italiennes, et surtout sur les coups de pied arrêté. Et malgré les critiques répétées et consternantes des commentateurs de TF1, Mario Balotelli a fait ce qu'il a pu, il a pesé, mais n'était pas toujours été bien soutenu.

Mais, malgré le côté équilibré des débats, l'Espagne menait déjà largement à la pause, grâce à deux buts sublimes, enfin. Deux buts qui nous ont rappelé que, quand cette équipe essayait de faire autre chose que faire tourner le ballon et attendre que l'adversaire se fatigue, elle pouvait sortir des actions collectives magiques, qu'elle seule est capable de fournir au niveau international. Le but de Silva, sur un centre de près de Fabregas, et celui de Jordi Alba, parfaitement lancé par un Xavi retrouvé, ont illuminé une première mi-temps équilibrée, on l'a dit, mais aussi plaisante à regarder et très rythmée. La suite...

La finale volée

Après un quart d'heure où Di Natale aura définitivement mangé la feuille, il y eut la blessure du Parisien Thiago Motta, entré 5 minutes plutôt, et qui allait laisser ses coéquipiers à 10 pendant une demi heure, une première dans l'histoire des grandes finales. A 10 contre 11 Espagnols en pleine confiance, pendant un tiers de match, que pouvaient espérer les Italiens, aussi courageux soient-ils ? Ils ont retardé l'échéance pendant 20 minutes, avant de logiquement craquer durant les 10 dernières. On est content pour Torres, qui termine co meilleur buteur en n'ayant joué que durant l'équivalent de deux matches (189 minutes), et Mata, qui a profité de ses seules (!) 5 minutes de jeu durant cet Euro pour marquer, mais pas sûr qu'ils auraient si aisément trompé Buffon en fin de match si les deux équipes avaient terminé à 11. Que ce serait-il passé si l'Italie avait eu l'autorisation d'effectuer un autre changement ? Pas sûr qu'elle eut pu inverser la tendance, même si elle en avait les moyens, puisqu'elle continuait de se créer des occasions avant cela. Mais on aurait eu droit à une dernière demi-heure beaucoup plus rythmée et équilibrée, sans nul doute. Bref, si le vainqueur n'a sans doute pas changé à cause de cette circonstance, les spectateurs que nous sommes, qui nous régalions de voir les deux meilleures équipes européennes, les derniers champions du monde, s'affronter, peuvent se sentir spoliés. Cette finale a été faussée, et son résultat avantageusement grossi, sans doute. Il n'y avait pas 4 buts entre les deux équipes, hier soir.

En rugby, ce sport traditionnel, enraciné dans les cultures des terroirs britanniques, du sud de la France ou de l'hémisphère sud, si ancré dans les villages, les régions, qui ne succombe que partiellement au business que le professionnalisme colporte partout où il va, on peut consulter la vidéo lorsqu'une décision arbitrale pose problème. On peut aussi remplacer un joueur quand il est blessé, même quand les remplacements ont tous été effectués. Bref, le rugby nous donne encore une fois une leçon de modernisme. De cette manière, les matches ne sont jamais faussés par des coups du sort. Cesare Prandelli a du changer son latéral gauche après 20 minutes, déjà sur blessure. Il a donné du peps à son attaque à la pause, en faisant rentrer Di Natale, deuxième changement. Peut-être celui de Montolivo par Motta, avant l'heure de jeu, était prématuré, après coup. Comment le savoir ? Si on se dit qu'on prends un risque en changeant trop vite ses joueurs, on fait comme Laurent Blanc, on fait des changements à la 85e minute, quand c'est trop tard. Prandelli, lui, est un tacticien hors pair, et ses changements, notamment celui de Di Natale, ont bien failli porter ses fruits. Et la blessure de Motta n'est pas une erreur de sa part, juste un coup du sort. Il a essayé d'équilibrer son milieu pour avoir une meilleure maîtrise et en contrant mieux l'Espagne. Mais il n'y a plus eu de match, ensuite.

Cruel pour l'Italie

Rendant hommage à ces joueurs espagnols, dont plus de la moitié des titulaires ont remporté trois tournois majeurs, ce que personne en Europe n'avait jamais fait. Nous serons tous très vieux, voire morts, le jour où tous ces records seront battus. Une équipe qui gagne quatre trophées d'affilée ? Difficile à imaginer. Et ils nous ont régalé hier. Mais je ne peux m'empêcher d'être triste pour ces Italiens qui, après des décennies à encaisser des critiques sur le jeu et leur calcul, ont essayé - et réussi - de jouer, on fourni du jeu, et se sont rendus sympathiques aux yeux du monde entier, et même des Français, mais qui ont payé trop cher cette révolution stylistique et tactique. Beaucoup, dans la botte, feront remarquer que, peut-être, s'ils avaient plus calculé, moins laissé d'espace en attaquant, ils auraient plus gêné cette Roja qui, comme toutes les équipes qui aiment avoir le ballon, n'attendent qu'une chose, que leur adversaire prenne des risques. Mais les Italiens ne doivent pas abandonner cette idée. Ils ont et ont toujours eu les joueurs pour mieux jouer qu'ils ne le faisaient avant, et voir enfin cette équipe se libérer et offrir autre chose que de la sueur et du bloc équipe, c'est vraiment réjouissant. Et en plus ça marche, souvent. On ne rencontre pas tous les jours l'Espagne, et on ne finit pas toujours à 10 contre elle.

Allez, on se revoit plus tard pour un bilan détaillé de cet Euro !

dimanche 1 juillet 2012

Un duel de Champions

Salut à tous,

Nous y voilà... 30 matches, 72 buts, deux prolongations et autant de tirs aux buts, peu de surprises, hormis les trois défaites des Pays-Bas et la place de l'Italie en finale... et nous voilà au matin de la finale de l'Euro, la 14e du genre. Avec, au programme, un choc 100 % latin, le troisième en quatre Euros (après France-Italie en 2000 et Portugal-Grèce en 2004). C'est aussi un affrontement entre les deux derniers champions du monde, excusez du peu ! Le tenant espagnol est évidemment le grand favori de ce match, mais certains aspects pourraient bien arrondir les angles de cette certitude. Passons en revue les armes, les forces et les faiblesses de chaque équipe.

Une Roja solide, mais peu percutante

Honneur au tenant. Sa force, c'est d'abord son expérience. Personne ne peut se prévaloir d'un tel palmarès. Iker Casillas est le gardien qui a disputé le plus de matches en tournoi (28). A lui seul, Xavi rend jaloux tout le reste du plateau européen, avec ses 6 championnats, ses 3 Ligues de Champions, ses deux Coupes du Monde des Clubs, et bien sûr son Euro et son Mondial... La Roja qui n'a pas pris de but en match éliminatoire d'un grand tournoi depuis la Coupe du Monde... 2006, et le huitième de finale perdu contre la France (1-3). Depuis le but de Zidane dans les arrêts de jeu à Hanovre, l'Espagne vient de signer 900 minutes sans prendre de but. Dans le même temps, elle en a marqué 10, soit exactement un toutes les 90 minutes... le minimum du minimum syndical.

Et puis bien sûr, elle a son jeu, implacable. Elle n'a plus perdu la possession du ballon depuis la finale de l'Euro 2008, contre l'Allemagne (1-0). Andrea Pirlo, un des maîtres de la passe, serait sixième au nombre de passes s'il était Espagnol durant cet Euro, derrière notamment Busquets ou Ramos ! La Roja fait tourner le ballon, fait courir son adversaire pendant des palanquées de minutes, quitte à ennuyer même ses propres supporters, et aucune équipe passée à cette moulinette ne peut tenir très longtemps. Le Portugal y est parvenu mais a failli craquer en prolongation. Une défense solide, un milieu infernal... reste l'attaque.

C'est une des failles majeures de l'Espagne. Durant les tournois précédents, elle pouvait compter sur David Villa, voire Fernando Torres, pour rendre concret au tableau d'affichage l'énorme domination ibérique. Avec la blessure de l'ancien valencian, meilleur buteur des deux derniers grands tournois avec 4 puis 5 buts, et la méforme de Torres, malgré de gros progrès dernièrement, l'Espagne est comme une œuvre inachevée. Torres a signé un doublé, mais c'était "que" contre l'Irlande, contre qui la Roja a inscrit la moitié de ses buts dans ce tournoi (4 sur 8). Fabregas a marqué deux fois, lui aussi contre l'Irlande mais aussi, avant cela, contre l'Italie, un but égalisateur qui s'est avéré essentiel dans la qualification. Iniesta manquant de réussite (11 tirs cadrés, 0 but, record historique du tournoi) et Silva se contentant des passes décisives, l'Espagne a du se reposer sur un doublé improbable de Xabi Alonso contre les Bleus (2-0) et sur les tirs aux buts contre le Portugal. le dernier attaquant espagnol à avoir marqué lors d'un match éliminatoire se nomme Villa, en quart de finale du dernier Mondial, contre le Paraguay (1-0). Depuis, Puyol, Iniesta et Xabi Alonso (2) lui ont succédé, en 4 matches.

Et puis, y a cette fatigue, cette lassitude, presque. Contre la France, qui n'a malheureusement jamais cherché à la bousculer, contrairement au Portugal, elle a semblé absente, comme peu concernée. Elle a géré les timides petites flèches tricolores, et s'en est sortie au métier contre des Portugais beaucoup plus incisifs. La sortie de Xavi à la 87e minute, alors que tout restait à faire, a interloqué. Il faut dire que ce soir, le milieu de 32 ans disputera son 65e match de la saison, soit son exacte moyenne depuis six ans. Son compère Busquets, lui, le devancera de deux unités. Les Madrilènes Casillas (69), Sergio Ramos (67) et Xabi Alonso (68) font autant, voire pire. Les autres se situent entre 50 et 60 matches chacun, ce qui fait, pour tous, plus d'un match par semaine en moyenne. Normal pour des internationaux, titulaires dans des clubs qui auront brillé dans toutes les compétitions. Mais il est logique que, pour certains trentenaires n'ayant jamais pu ou voulu souffler ces dernières années, la route commence à sembler longue.

Et enfin y a l'Histoire, implacable. Se qualifier pour trois finales consécutives de grande compétition, en en gagnant 2, a déjà été fait une fois, par la RFA entre 1972 et 1976. Conserver son titre européen et gagner trois tournois consécutivement, en revanche, ça n'a jamais été fait. L’Espagne est favorite, mais la RFA aussi l'était avant d'être piégée aux tirs aux buts par la Tchécoslovaquie de Panenka, il y a 36 ans. Toutes les séries ont une fin, et les records sont faits pour être battus. Mais quand même, quel exploit ce serait !

Mais l'Italie semble avoir les clés pour contrer cette machine de guerre implacable.

La Squadra l'a déjà fait

D'abord, c'est la seule à avoir marqué un but à cette Roja, lors du premier match (1-1). Un contre assassin façon italienne, conclu par Di Natale, qui ne reflèta pas vraiment le style de cette Squadra qui n'avait pas fait que défendre contre le tenant des titres. Elle l'avait bousculé, et lui avait infligé autant de tirs cadrés en un match (6) que les trois autres adversaires des Espagnols par la suite. Défensivement, elle n'avait cédé que sur un éclair de génie de Silva, trouvant d'une passe laser un mini espace dans le mur italien pour trouver un Fabregas terriblement habile (1-1).

Avant d'analyser son jeu, disons également que l'Italie, certes éliminée aux tirs aux buts par la Roja à l'Euro 2008, n'a jamais perdu contre cette dernière en tournoi majeur, en 7 confrontations (3 succès, 4 nuls). Sous la magistrature Prandelli, elle reste également sur deux matches sans défaites (1 succès en amical, 2-1, et le nul lors du groupe C). Elle est également la seule équipe à n'avoir jamais été menée durant la compétition.

Dans le jeu, certains disent qu'elle est la preuve qu'on peut gagner avec deux pointes, sous-entendant par là que la France aurait pu le faire en faisant jouer Giroud, la grande marotte française de ce mois de juin. Regardez les matches italiens, et revenez m'affirmer que Cassano joue en pointe. La plupart du temps il joue en soutien de Balotelli, et le plus souvent sur le côté gauche, ou De Rossi, le milieu gauche du trident du milieu italien, qui peut dépanner en défense centrale, aura toutes les peines du monde à se muer en ailier gauche. C'est de cette aile, notamment, que l'attaquant du Milan aura servi celui de City contre l'Allemagne (2-1), ne marquant qu'un seul but, sur corner contre l'Irlande (2-0). En 5 matches, il n'a frappé que 13 fois au but, cadrant 7 fois. Balotelli en est à 24, pour 14 cadrés ! Ce dernier est LA pointe de l'Italie, qu'il n'est d'ailleurs pas toujours à City. Cassano, lui, n'en a jamais été une. Il n'a marqué que 13 buts en 18 mois, en 54 matches. De bonnes stats, mais pas les stats d'un buteur.

Ce duo offensif est extrêmement intéressant, car très complémentaire. Il associe deux joueurs très techniques, un qui balaie tout le flan offensif, on l'a vu, et l'autre très puissant, rapide, qui ne doute de rien, et qui pèse terriblement sur les défenses centrales. Balotelli a passé son Euro à gâcher des occasions (seul Ronaldo et le Russe Kerzhakov ont plus frappé à côté que lui), sauf contre l'Allemagne, où il a moins frappé mais beaucoup mieux. L'attaquant formé à l'Inter est le premier italien a marquer plus de deux buts lors d'un Euro. Guère embêtée par Benzema ou Hugo Almeida, à peine plus par Ronaldo, la défense espagnole devra gérer ce phénomène, qui est capable de flamber comme personne ou complètement disparaître, c'est selon. En tous cas il avait particulièrement raté son premier match contre l'Espagne, pas dans le jeu, où il avait toujours été dangereux, ce qui lui garantie, à mon avis, sa place de titulaire, mais dans l'efficacité.

Évidemment, il y a Pirlo, sans qui la Squadra ne serait pas là, tout simplement. Un des seuls champions du monde 2006 présent (avec Buffon, Barzagli, Chiellini et De Rossi) a porté cette équipe comme peu de joueurs l'ont fait. A 33 ans, il a été impeccable défensivement, et génial dans le jeu. Il fait toujours le bon choix, ajuste parfaitement ses passes, dirige le jeu comme personne. Il a d'ors et déjà assuré sa place dans le onze type du tournoi, et sans doute dans les 5 premiers du prochain Ballon d'Or. Surtout en cas de victoire... La défense, elle, a concédé trois buts, notamment contre la Croatie, mais aussi contre l'Espagne et l'Allemagne, sur penalty, excusez du peu. D'une manière générale, Barzagli a prouvé qu'il était un des tous meilleurs défenseurs du monde, tout comme le méconnu Bonucci. Et que dire de Buffon... au-delà du grand gardien qu'il est depuis plus d'une décennie, il est peut-être le meilleur capitaine du tournoi, un meneur d'homme exceptionnel. Un de ceux qui ont manqué, par exemple, aux Pays-Bas, à l'Allemagne, et bien sûr à la France, on ne peut plus logiquement.

Une tactique incertaine, un banc peu fourni

Les défauts maintenant. Dans tous ses matches, l'Italie a gâché, et s'est compliqué la vie. Même face aux meilleurs, l'Espagne et l'Allemagne, elle a raté des occasions qui auraient pu lui assurer des succès plus larges, ou des succès tout court. Son match contre la Croatie en est l'exemple parfait (1-1). Après deux matches de poule et avec 2 points, elle était à deux doigts d'être éliminée à cause de ce manque d'efficacité. Preuve, s'il en est, qu'elle n'a plus rien à voir avec l'image d'Epinal qui la poursuivra encore longtemps, celle d'une équipe froide, calculatrice, et qui n'a pas besoin de beaucoup d'occasions pour s'imposer. C'est tout l'inverse, même, et face à des Espagnols qui concèdent vraiment très peu de tirs en temps normal, il faudra être efficace, enfin. Balotelli est l'inverse absolu de Rossi ou Inzaghi. Très présent, mais pas forcément efficace.

Lors de son match contre l'Espagne, elle avait aussi gêné le tenant grâce à une défense à 5, qui avait noyé le jeu de la Roja, tout en lui permettant d'être performante offensivement grâce à un milieu fourni et des couloirs bien animés. Mais depuis le match contre la Croatie, Prandelli a abandonné cette tactique destinée surtout à rassurer une équipe fragilisée par les affaires de corruption et des matches amicaux catastrophiques, De Rossi est revenu au milieu, ce qui lui a offert un visage encore plus séduisant. Alors, que va décider l'ancien coach de la Fiorentina ? Va-t-il utiliser le système qui avait mis en échec l'Espagne ? Ou continuer de s'appuyer sur celui qui lui a réussi depuis, quitte à moins gêner la Roja ? Pas facile, le job de sélectionneur...

En tous cas ce match sera très différent du premier. Pourtant, dans les 3 autres cas où deux équipes se retrouvent en finale après s'être affronté durant le premier tour, seul le double affrontement entre les Pays-Bas et l'URSS, en 1988, différa selon que les deux équipes s'affrontaient en phase de poule (1-0 pour les Soviétiques) ou en finale (2-0 pour les Oranges). En revanche, entre Allemands et Tchèques, en 1996, il y eut le même résultat (2-0 puis 2-1 a.p.), mais pas vraiment selon le même scenario, puisque l'Allemagne fut menée jusqu'au dernier quart d'heure... En revanche ce fut quasiment identique entre Grecs et Portugais, en 2004 (2-1 puis 1-0). La série va-t-elle se poursuivre ? A noter que dans ces cas là, il n'y eut pas de nul... jusqu'à cette année. Aucune des deux équipes n'a donc pris l'ascendant !

Dernier point faible italien, son banc. Derrière le 11 qui s'est dessiné dernièrement, seul Diamanti, habituel remplaçant, a à peu près donné satisfaction. Le Parisien Motta a perdu sa place de titulaire, tout comme le latéral droit napolitain Maggio, au profit même d'un gaucher (Balzaretti) ! Di Natale a bien remplacé Balotelli lors du premier match, avec un but à la clé, mais n'a plus brillé depuis, gâchant même une grosse occasion contre l'Allemagne. Bref, pas sûr que si l'Italie était menée pour la première fois du tournoi, elle ait les moyens de retourner la tendance, vu qu'on ne l'a pas encore vue dans cette situation.

Voilà, j'espère vous avoir donné un maximum de clés ! Bon match, on en reparlera cette semaine !

samedi 23 juin 2012

Estoquer le Toque

Bonjour à tous,

Vous la ressentez, cette tension ? Cette attente, cette excitation, cette impression d'avoir hâte d'y être, que tout soit terminé pour enfin savoir, quitte presque à zapper le match lui-même pour simplement connaître le résultat, parce que c'est trop dur d'attendre. C'est trop cruel. Et en même temps, cette appréhension : affronter la meilleure équipe du monde, ça peut souvent très mal se passer. Si cette dernière est à son top, si elle retrouve la réussite qui lui échappe un peu dans cet Euro, ça pourrait faire très mal.

Ça va, ça vient

Il n'y a que le sport, et en particulier les sports collectifs, et notamment le foot, et surtout ces grands tournois internationaux, qui peuvent nous faire ressentir ça. Cette tension continuelle, palpable, cet enchaînement de sentiments divers et variés qui nous font prendre le Grand Huit des émotions et des impressions. Mexès avait été très satisfaisant contre l'Angleterre et l'Ukraine ? Impression disparue en un seul match, durant lequel il fut nettement moins protégé par son milieu. Nasri enfin décisif et utile collectivement ? Fini, terminé. Ben Arfa, possible hit de l'été, après des années passées à apprendre à jouer simple au lieu de tricoter inutilement ? A la poubelle. La France, possible vainqueur de l'Euro ? Soyons sérieux... Tout ça, en un seul match. Même chose lors des matches de préparation : plus bas que terre après la bouillie pourtant victorieuse et marquée d'un bon état d'esprit contre l'Islande (3-2), elle est devenue après les deux autres matches une machine de jeu emballante et qui allait enfin réconcilier cette équipe avec son public. Comme si un public devait normalement avoir besoin de se réconcilier avec son équipe nationale... cas unique dans le monde... sauf en Espagne, peut-être.

C'est la dure loi de l'analyse sportive. Aucune analyse sur le long terme, seule la dernière impression compte, elle masque tout ce qui a eu lieu avant. En particulier pour Mexès, encensé à chaque bon match en Bleu, mais ces derniers semblent disparaître à chaque fois qu'il est un peu moins bien. Dur métier.

Un seul joueur, ressuscité après le premier match contre l'Islande et son but sorti du banc, a traversé sans changer de statut ces six matches, c'est Ribéry, avec Cabaye. Lui, le changement a eu lieu au début, mais depuis il aligne les performances de haut niveau, même contre la Suède, ce qui embête prodigieusement ses nombreux détracteurs, dont l'opinion sur l'ailier du Bayern repose en grande partie sur des thèmes qui n'ont pas grand rapport avec le sport - il va aux putes, il parle très mal français, c'est une racaille, il s'est converti à l'Islam. Mais ne vous inquiétez pas, s'il se rate sur un match, ce sera pareil que pour Mexès : tout sera instantanément oublié.

Petit aparté : je me fiche complètement des problèmes extra sportifs des joueurs. Et pas seulement parce que ce blog n'est consacré qu'au foot, rien qu'au foot. Tout comme les analyses des journalistes "généralistes" sur le sport sont souvent d'une platitude et d'un niveau extrêmement faible, celles des journalistes sportifs - qui se démarquent souvent à peine de leurs collègues sur leurs analyses sportives, d'ailleurs... - sur des sujets généralistes, sur le mental des joueurs, leurs attitudes, leur argent, leurs habitudes sexuelles ou familiales, leur langage, voire leur religion, est toujours d'un niveau pathétique. Je me fiche royalement de savoir si Nasri est un petit con ou un puits d'intelligence. Cruyff, Maradona, Schuster ou Ibrahimovic et Ronaldo aujourd'hui sont ou ont manifestement été - mais pour cela il faudrait faire complètement confiance à la presse sportive de toutes sortes et toutes origines, ce qui n'est pas mon cas - des têtes de con de première, des indécrottables individualistes doublés de personnages aux relations parfois très douteuses. Mais c'étaient et ce sont des footballeurs exceptionnels, et c'est là que je m'y intéresse. Si Nasri est bon, il peut rester, s'il est nul, moins. La haine intégrale exprimée - je veut dire vomie - par Larqué contre la Suède envers le joueur de City était symbolique. Il n'a pas été plus nul que les autres, simplement il paie son image extra-sportive : il pique le siège des anciens dans le bus, il est égocentrique... la belle affaire ! Même chose pour ces histoires d'"insultes" dans les vestiaires. Y a-t-il réellement un intérêt à suivre ces âneries ? A part pour renouveler son record d'audience d'il y a deux ans, il n'y avait aucune raison pour que l’Équipe face un dossier spécial sur le sujet... le langage fleuri dans les vestiaires, c'est aussi vieux que les engueulades dans les rédactions de tous les pays. Dans ces dernières, les journalistes se démontent plus dans le dos qu'en face, c'est tout.

Répéter 1986, 2006

Revenons au football. Quelles sont nos chances ? Historiquement, la France n'est jamais aussi forte que lorsqu'elle n'a aucune chance. Ce fut le cas avant 58 - les Bleus ne gagnaient plus depuis quelques semaines, et certains se demandaient s'il ne fallait pas déclarer forfait... - avant 82 - lire l'Equipe Mag de la semaine dernière, et sa rétrospective 30 ans plus tôt - avant 98 - là, vous deviez être nés - et avant 2006. Nous n'étions pas forcément favoris avant de battre l'Italie championne du monde et le Brésil, meilleure équipe du monde à l'époque, en 1986. Nous ne l'étions pas non plus avant le finale de 1998, toujours contre le Brésil. Et nous ne l'étions pas en 2006, avant d'affronter les mêmes Brésiliens, battus à la régulière (1-0) après avoir affronté et donc éliminé l'Espagne (3-1), qui n'avait pas encore son statut d'aujourd'hui mais qui s'apprêtait à l'avoir, et qui avait gagné ses trois matches de poule en marquant 8 buts, dont 4 contre l'Ukraine, future quart de finaliste. A chaque fois que nous avions dû escalader ces montagnes, le paysage avait été somptueux au sommet.

Bien sûr, à d'autres époques moins glorieuses, la France avait chuté dans l'ascension. En 78, l'Italie et l'Argentine nous avait dominé dans notre poule. Même chose pour l'Angleterre et l'Uruguay, en 1966, ou l'Autriche, à l'époque surnommée la Wunderteam, en 1938 (1-3). On ne peut pas faire de miracles à chaque fois, c'est même le principe d'un miracle, sinon ça n'en serait plus un.

On ne peut pas savoir ce que cette équipe a vraiment dans le ventre avant qu'elle ait du jouer ces matches. La France de 1982 était devenue légendaire après avoir résisté, voire mangé les Allemands en demi-finales de 1982. Pas avant, parce que son parcours jusque là - fessée par l'Angleterre (3-1), elle avait ensuite battu le Koweit (4-1) avant de tenir en échec la Tchécoslovaquie (1-1), avant de dominer en deuxième phase de poule les "terrifiantes" équipes d'Autriche (1-0) et d'Irlande du Nord (4-1)... - n'a rien d'exceptionnel. Elle avait confirmé son statut de grand en éliminant le Brésil en 1986, au terme d'un des plus beaux matches de l'Histoire. Elle avait atteint le nirvana des équipes mythique en humiliant le Brésil, encore, en final du Mondial 1998 (3-0). Elle était redevenue une grande équipe en 2006, en éliminant l'Espagne et le Brésil au terme de matches de très haut niveau. Avant cela, elle n'était pas grand chose en général. Ribéry, Platini, Zidane ou d'autres étaient sortis métamorphosés de ces matches couperets contre des équipes qui ne s'attendaient pas à perdre, en général.

Contrer l'Espagne par le jeu, est-ce possible ?

Comment jouer contre des équipes comme celles-ci, supérieures techniquement, collectivement, et au top moralement, après six années de succès quasi consécutifs ? C'était comme affronter la France il y a 10 ans, il valait mieux numéroter tes abatis avant. Quelques soient les hommes alignés, il faudra une parfaite cohésion entre eux, et je ne parle pas seulement humainement, tactiquement aussi. Il faudra qu'ils jouent chacun l'un pour l'autre. Le meilleur exemple c'est 2006 : la France, vieillissante et sortie très difficilement de son groupe (nuls contre la Corée et la Suisse, succès contre le Togo...), affrontait une équipe espagnole parfaitement huilée et déjà présentée comme un ogre. Mais les Bleus avaient sorti un match défensif et collectif parfait, et placé deux contres assassins et victorieux. Mais l'Histoire, si elle se répète souvent, ne le fait jamais quand on s'y attends, c'est tout son charme. Ce match sera différent, forcément.

Il faudra défendre comme des chiens, mais pas forcément en défense, au milieu surtout, là où tout se fait côté espagnol. Les empêcher de jouer, mais pas seulement. Il faudra jouer aussi, parce que le football ce n'est pas Chelsea ni la Grèce. Il faudra défendre haut, bloquer les passes de Xabi Alonso et Xavi, et surtout priver Iniesta et Silva de ballons. Ces deux là, s'ils sont servis, vous êtes morts, ce n'est pas dur. Ça ressemble au supplice se Sisyphe, sauf que là ça s'arrêtera normalement après 90 minutes, voire 120.

Le grand débat actuel se situe sur la composition du milieu français, la défense et l'attaque, malgré la demande déraisonnée des gens pour Giroud - on a personne à la place de Benzema et Giroud, on fait rentrer qui si l'un des deux est fatigué ou blessé ? Et qui au plus haut niveau joue avec deux pointes, franchement ? - étant déjà connus. En défense, Koscielny est face au grand défi de sa jeune carrière. Il a le potentiel, manque l'expérience. Mais il peu s'en sortir si le milieu fait son job. En attaque, Ménez, le seul attaquant avec Ribéry à avoir donné satisfaction, devrait épauler Benzema et le Bavarois. A moins que le côté un peu perso du Parisien ne convienne pas à Blanc... mais la France aura surtout des occasions en contre, et Ménez doit pouvoir les mener.

Au milieu, Diarra a fourni un gros premier tour, mais a semblé fatigué contre la Suède. On le sait, il n'a pas le physique pour jouer aussi souvent, et un Diarra inutile est un poids mort. Surtout que son jeu de tête, face à la Roja, ne sera pas forcément très utile, vu que le ballon ne quittera pas le sol. Je suggère donc de faire plutôt jouer M'Vila. De toutes façons, pour contrer les Espagnols, il ne faut pas de grands costauds facilement contournables par la vitesse des joueurs ou du ballon, il faut des joueurs mobiles, rapides et bons relanceurs. M'Vila est de ceux là. Cabaye, lui, fera son retour et au vu de son niveau affiché en Bleu cette année, il n'est pas discutable. Quid du troisième ?

Plus personne ne veut de Nasri, et en premier lieu Laurent Blanc, ça se sent dans ses déclarations. Reste un choix cornélien : soit essayer de jouer le jeu en alignant Valbuena ou Martin, les plus espagnols des joueurs français, mais on s'expose alors à laisser plus d'espace, moins d'impact au milieu ; soit on aligne un défensif du genre Matuidi, qui manque de compétition mais qui est frais, qui est une teigne, qui ne lâche rien, qui récupère des ballons impossibles et qui, en plus, possède une relance très propre. Mais là, on perd quand même un peu en technicité et en vitesse. Mais est-ce là-dessus qu'on peut rêver faire jeu égal avec l'Espagne ?

Il ne faut pas blinder, parce que, on l'a vu hier entre l'Allemagne et la Grèce, ne faire que défendre contre de telles équipes, à partir d'un certain niveau, et malgré le contre exemple miraculeux de Chelsea, ça peut surtout se payer très cher. Bafouer le jeu, le nier, n'est pas une solution, et on le paie toujours. Le FC Barcelone a des moments sans, mais depuis 20 ans et sur la durée, il n'a pas à se plaindre de son choix de jeu, qui lui a offert les plus grands trophées. Mais aussi et surtout le cœur des amoureux du football, qui n'est pas facile à conquérir.

C'est à Blanc de décider, ça ne sert à rien de réclamer ou de râler lorsqu'on découvrira son équipe. C'est le résultat qui décidera a posteriori. Et si ça se passe mal, là les Yodas de l'analyse footballistique pourront dire "raison j'avais, il fallait faire jouer tartempion". La critique est facile, l'art est difficile... je le disais pour Domenech, je le dis pour Blanc, même s'il est infiniment plus protégé que son prédécesseur. Ça aide d'avoir tous ses amis aux postes de chroniqueurs (Dugarry, Lizarazu, Ménes...). A Knysna, la grève, c'était la faute de Domenech, certains croyant même encore aujourd'hui qu'il en faisait parti. A Kirsha, c'est que la faute des joueurs. Limpide !

Allez, je vous laisse, on reparle de tout ça demain. Quand on saura, enfin !