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jeudi 21 novembre 2013

La défaite des experts

Salut à tous,

Alors, on l'a fait ou pas ? Elle n'est pas là la qualification ? Félicitations à tous les croquemorts de l'Equipe de France, tous les Cassandres qui s'efforcent, depuis 36 heures, de retomber sur leurs pattes, en affirmant le plus sérieusement du monde que ce qu'ils ont dit tout le WE, et depuis plus de trois ans même, à propos de ces Bleus, était vérifié, qu'ils l'assumaient, mais qu'ils étaient heureux quand même. Que cette victoire pleine de volonté et de courage leur donnait raison, que c'était dans la tête des joueurs que ça se passait. Pendant plus de trois ans, ils ont poussé le peuple à détester leur équipe nationale, et aujourd'hui ils osent se présenter en amoureux de cette dernière ? Mais ils n'ont pas le droit de l'ouvrir. Ils devraient utiliser leur droit de silence, pour se faire oublier. Mais depuis mardi soir, on n'a jamais autant vu Pascal Praud à la télé. Comme quoi, que ce que vous disiez soit exact ou non, l'important c'est de dire quelque chose et de l'assumer, n'est-ce pas ? Admettre qu'on a eu tort, c'est quasiment signer son arrêt de mort médiatique. Et Praud aime trop passer à la télé pour ça.

Certains Français aiment leur équipe

Laissons ces tristes personnes dans leurs tours d'ivoire, voulez-vous. On a une qualification à savourer, une communion à faire fructifier. Dire que l’Équipe de France s'est réconciliée avec son public serait erroné : certes, les 80 000 spectateurs du Stade de France, dont votre serviteur, n'étaient pas là pour cracher leur haine, au contraire, ils étaient venus pour jouer
le rôle que tout spectateur de foot devrait avoir, celui de soutien, de 12e homme. Ils voulaient aller au Mondial, ils voulaient aussi montrer qu'ils ne faisaient pas partie des 80 % des gens qui souhaitaient - je dis bien souhaitaient - que la France n'aille pas au Brésil, qu'elle ne le méritait pas. Imaginez-vous un supporter de l'Angleterre souhaiter que son pays échoue ? En France, c'est possible. Non, ceux qui étaient là - et qui avaient acheté leur billet avant la match aller, il faut le reconnaître, et qui souhaitaient peut-être aussi que l'argent investi ne serve pas à rien - ont démontré qu'il restait encore des gens, en France, qui savent se comporter en supporter quand leur équipe en a besoin. C'est ça, un supporter. Ce n'est pas un consommateur, un opportuniste, qui lui tourne le dos dès que les vents deviennent contraires. Ce ne sont pas des Footix.
Ne soyons pas naïfs : à la première défaite, par exemple en mars contre les Pays-Bas, seul match amical programmé pour l'instant, les mêmes discours reviendront : la victoire contre l'Ukraine était chanceuse, cette équipe ne mérite pas d'aller au Brésil, on va être ridicule - si on tombe sur trois équipes du niveau des Pays-Bas, sûrement, mais ce ne sera pas le cas - et surtout, surtout, c'est la faute de Knysna. Dans 20 ans, on continuera de parler de Knysna sans savoir vraiment ce que ce terme étrange veut dire, mais ça fait vendre du papier, donc autant l'utiliser jusqu'à l'usure. Entretenir ce mythe, c'est garder sous le coude un argument comme quoi chaque défaite, chaque match moyen, est du à l'attitude des joueurs, leur manque d'envie, d'amour du maillot. Des arguments aux relents poujadistes et démagogiques,voire xénophobes, malgré le fait que la France ait été sauvée par des joueurs comme Sakho, Benzema, Pogba...

Sakho ce héros

Mais peu importe, au fond. Cette équipe a prouvé qu'elle avait de la qualité, même si rien n'est réglé. Une chose est sûre selon moi : il faudrait être aveugle pour penser qu'elle n'a pas trouvé une assise, un axe défensif extrêmement solide et performant, et je ne parle pas seulement de la charnière. Cette dernière est celle que j'ai trouvé la meilleure depuis très longtemps. Comment peut-on encore penser qu'un Koscielny vaut un Varane ? Ce dernier, qui n'était pas au top physiquement, a pourtant une nouvelle fois rendu une copie d'une très grande qualité, propre et sans la moindre erreur. Varane a-t-il seulement été mauvais une fois en Bleu ? Et combien de fois a-t-il été en difficulté au Real Madrid ? Avant ses blessures, il avait mis sur le banc des phénomènes comme Carvalho ou Pepe, excusez du peu. Et à gauche, comment a-t-on pu croire à la renaissance d'Abidal ? Pour qu'il y ait renaissance, il aurait fallu qu'il y ait naissance, mais le Monégasque n'a jamais été une référence au poste de défenseur central, notamment en Bleu. Alors à 34 ans, après deux ans d'absence pour maladie... ce qui rendait son retour en Bleu sympathique le dessert plus aujourd'hui qu'autre chose. Les belles histoires trouvent souvent leurs limites quand le niveau s'élève sérieusement.

A son poste, difficile de trouver mieux en France que Mamadou Sakho, je suis désolé. Et dire qu'il n'était plus apparu en Bleu depuis juin dernier, hormis sa mi-temps en octobre conte l'Australie... son statut de remplaçant au PSG - situation à la fois regrettable, au vu de son image de titi parisien formé au club, et logique, vue la concurrence - mais aussi, durant les premières semaines, à Liverpool, ont bien failli lui couter cher. Lui qui était titulaire indiscutable pour Deschamps avant cet été compliqué ne pouvait que reprendre sa place. L'avenir, c'est lui, on le savait depuis des années, durant lesquelles on avait tâtonné dans son secteur, même si Blanc avait tenté d'installer pendant deux ans la charnière Rami-Mexès. Mais quel défenseur, en France, rassemble autant de qualité de combattant, de puissance, de force ? Ce n'est pas un monstre technique, soit, même s'il ne me semble pas l'avoir vu rater une relance mardi soir, même les plus compliquées. Mais Desailly en était-il un ? Le grand Marcel aussi ne prenait pas de risque dans la relance, puisqu'il avait Blanc à ses côtés qui s'en chargeait. Mais c'était un monstre défensif qui ne laissait respirer aucun adversaire. Et Desailly s'est révélé plus tard au haut niveau que Sakho. Hormis le pied fort, ils ont beaucoup de points communs, selon moi.

Un trident redoutable

Il est également facile de bien défendre quand vous avez devant vous trois joueurs complémentaires, qui allient puissance défensive, pour deux d'entre eux, et potentiel offensif redoutable, pour les trois. L'abattage hallucinant de Matuidi, la puissance et la vista de Pogba, la technique et la science tactique de Cabaye forment presque le joueur parfait à eux trois. Comment a-t-on pu passer à côté de ce triumvirat ? Les autres joueurs de ce secteur reverront-ils un jour le ciel se découvrir pour eux, si ce n'est sur blessure ou suspension ?
Rappelons que ces trois là étaient suspendus pour le match en Géorgie... étrangement, Sissoko et Guilavogui n'avaient pas apporté la même stabilité, le même sens de la perforation. Ils y seraient peut-être parvenus s'ils avaient évolué avec un troisième joueur dans leur secteur, ce qui leur aurait permit de jouer plus haut et d'apporter des solutions offensives. Le 4-3-3 avait rarement marché avant mardi soir, mais désormais il apparaît comme le système idéal. Tout dépend aussi des joueurs qui l'animent...

C'est drôle parce que vendredi, avant le match, tous les "experts" étaient satisfaits de l'équipe alignée par Deschamps, avec Nasri devant Pogba et Matuidi, c'était pour eux un bon choix, puisque Valbuena était hors de forme, et surtout ça démontrait que Deschamps voulait attaquer, ne pas se contenter de défendre. Par la suite, la défaite venue, on a entendu les mêmes experts affirmer que Deschamps s'était planté dans les grandes largeurs, que cette défaite était la sienne... le jour où on verra un journaliste se dédire, là on pourra parler de véritable démocratie médiatique. La Presse n'a pas de contre-pouvoir pour la forcer à savoir se remettre en question quand elle s'est plantée, comme elle l'exige à propos des gens qu'elle ne cesse de juger, c'est le problème.

Benzema est enfin Benzema

Pour moi, le problème du milieu droit reste posé. J'ai vu toutes les notes positives que Valbuena a reçu, et elles ne sont pas imméritées. Mais elles auront quand même étonné beaucoup de spectateurs présents au stade, et qui ont râlé quand ils ont vu Valbuena continuellement se recentrer, dézonner, et ainsi ne pas offrir de solution à Debuchy, sur le plan offensif mais aussi défensif, puisque ce dernier a souvent du gérer Konoplyanka tout seul, ce qui lui a valu un carton et une sortie prématurée, pour éviter son expulsion. Sur ce match là, ça a marché, mais pas sûr que ça marchera à chaque fois, permettez moi d'en douter. Valbuena n'a pas réglé le problème du milieu droit parce qu'il n'a pas joué milieu droit. En revanche, quel excellent tireur de coups de pied arrêtés ! Il faut toujours un bon tireur dans une équipe, et avec lui et Ribéry, on est pas mal. Manque juste un gaucher... comme d'habitude.

Devant, Benzema a prouvé qu'il avait retrouvé la confiance qui le rend, selon moi, supérieur à un Olivier Giroud qui semble limité techniquement pour le haut niveau, selon moi, mais qui demeure une bonne solution de rechange en cours de match. Tant que Benzema, qui a des automatismes avec Ribéry, marque et se montre décisif, on ne peut pas le mettre sur le banc, même si ça ne fera pas plaisir aux amateurs de joueurs qui font joli - et Français de souche. De toutes façons, l’Équipe de France a besoin d'avoir des cadres qui assurent le job. Ribéry, qui est moins passé dans son couloir que d'habitude mais qui a fait expulser deux Ukrainiens, et a provoqué deux buts mardi soir, le fait régulièrement depuis deux ans. Si Benzema le fait aussi, on peut voir venir.

A plus tard !

mardi 19 novembre 2013

Battre l'Ukraine, mode d'emploi

Salut à tous,

Après ce match aller qui a mal tourné pour des Bleus pourtant plus présents dans le combat et l'envie que les médias veulent bien nous faire croire, mais qui ont craqué sur deux erreurs de défense et quelques détails, quelles sont leurs chances aujourd'hui, à quelques heures d'un match retour qui décidera de beaucoup de choses, que ce soit sportivement ou médiatiquement ? Si l'on s'en tient aux statistiques, aucunes : jamais une équipe menée de deux buts dans un barrage européen n'a réussi à remonter cet écart. Ça tombe bien, avant le traquenard de Kiev, jamais l'Ukraine n'avait battu la France... comme quoi, les trucs arrivent, parfois.

Des défenseurs qui doivent défendre

Quelles sont les solutions qui se présentent à elles, qui ne possède toujours pas de certitudes à une demi douzaine de postes ni sur le plan tactique ? La clé de tout, ce ne sera pas l'envie - qui était déjà là vendredi, et qui sera là ce soir, sinon on ne comprends plus rien - mais l'efficacité, et pas seulement dans les deux surfaces de réparation, même si c'est là que la France a failli vendredi, notamment dans la sienne. On savait que la charnière Koscielny-Abidal ne présentait pas toutes les garanties, on en a eu confirmation : le Gunner, qui n'est pas un défenseur né, a toujours du mal dès que le haut niveau se présente, et n'en est pas à son premier penalty provoqué, tandis qu'Abidal n'était déjà pas ce qui se faisait de mieux dans l'axe avant ses deux ans d'absence pour maladie, alors maintenant... sans parler de son âge. Même chose pour Debuchy, qui présente les lacunes classiques de l'ancien milieu
reconverti latéral, même si ça date maintenant : formidable centreur, il peine dans les duels, comme Evra. C'est le syndrome Van der Wiel, qui brille plus depuis que Paris a le ballon et qu'il peut quasiment évoluer ailier, tandis que Motta et les défenseurs font le boulot dans son dos. Debuchy et Evra n'ont pas cette chance, ils ont beaucoup plus de boulot défensif, surtout à l'extérieur, et ça se voit.

Si Sakho remplace Abidal et Varane, Koscielny, on peut penser que la France y gagnera dans le combat, au moins, même si on peut avoir des doutes sur le physique du Madrilène. On ne pourra pas suspecter Sakho de rechigner à la tâche défensive, il est en pleine forme avec Liverpool, et ça pourrait permettre à Evra de monter plus sereinement, et ainsi offrir plus de soutien à Ribéry, qui en a manqué à Kiev, puisque Evra devait s'occuper de Yarmolenko. Une chose est sûre, Deschamps va devoir se faire violence et prendre des risques, mais pas trop, sachant que les Ukrainiens n'attendront qu'une seule chose, comme à l'aller après l'ouverture du score : des espaces en contre, et on a vu qu'ils savaient y faire. Pas besoin de marquer très vite, du moment qu'on marque : si on en mets deux dans le premier quart d'heure, les Ukrainiens auront tout le temps pour mettre le but qui nous obligera à en mettre deux de plus... ce qu'il faut, c'est ne pas confondre audace avec témérité. Ne pas se jeter comme des dingues, à la fois tactiquement - ce qui offrirait des contres, donc - mais aussi dans l'engagement : il ne faudrait pas qu'on se retrouve prématurément à dix parce qu'un de nos joueurs aurait confondu le ballon avec la cheville d'un adversaire. Ne pas écouter la démagogie de Dugarry, qui souhaite voir des Bleus se jeter à la gorge des Ukrainiens : c'est une pratique interdite dans à peu près tous les sports, même de combat.

Un milieu qui se projette

Au milieu, la France n'a pas failli à Kiev, même si elle a semblé bousculée par l'engagement parfois excessif des hommes de Fomenko. On a compris pourquoi ces derniers prenaient tant de cartons... en cela, on nous a changé l'Ukraine romantique de Blokhine ou Shevchenko... Peut-être faudrait-il aligner trois milieux axiaux, comme le PSG, sans véritable meneur, avec Cabaye à la place de Nasri devant Pogba et Matuidi, de façon à ce que ces trois là puissent se projeter un peu plus, comme ils le font en club. A seulement deux défensifs, Pogba et Matuidi ne peuvent se permettre de prendre trop de risques sans que l'autre ne se retrouve isolé. Avec un joueur supplémentaire, Pogba et Matuidi, qui jouent relayeurs en club, ainsi que Cabaye, pourraient porter le surnombre dans la surface, ou au moins à ses abords, par la qualité de leurs frappes de balle. Après tout, c'est ce que font tous les milieux modernes : ils défendent, ils relancent, et ils marquent aussi, ils se projettent dans la surface. Comment voulez vous qu'un avant-centre, aussi doué soit-il, puisse s'en sortir seul dans une surface si personne vient le soutenir en phase offensive ?

Enfin, l'attaque. Ribéry a été parfaitement pris par deux, voire trois joueurs, vendredi. Il doit faire mieux, par exemple en se recentrant ou en permutant avec son partenaire évoluant à droite, mais il doit aussi avoir plus de soutien, de la part d'Evra, de Matuidi, de l'éventuel meneur, que sais-je. Le mouvement offensif ne doit pas être brouillon, mais il ne doit pas non plus être figé. A Paris, Cavani est ailier droit pour la forme, il ne cesse de revenir dans l'axe, tandis que Zlatan recule pour distribuer. A Barcelone, Messi joue-t-il vraiment
attaquant de pointe ? Bien sûr que non, il doit faire face au jeu pour briller, donc il part de loin, tandis que ses deux ailiers, Pedro, Sanchez ou Neymar, offrent des solutions dans l'axe ou étirent la défense en restant sur le côté. Ce qu'il faut, c'est semer la panique dans la lourde défense ukrainienne. Centrer ? Inutile, ils sont immenses et de toutes façons on ne sait pas centrer, malgré Debuchy. Il faut jouer au sol, redoubler de passes, écarter cette défense pour ensuite repasser par l'axe. Et être efficace devant le but.

Rater un Mondial, ça arrive

Ce qui pose problème, sur le plan mental, c'est que les Ukrainiens sont invaincus depuis 12 matches, et prennent très peu de buts. Hormis leurs deux ailiers ils manquent de génie, mais Zozulia, devant, a démontré qu'il ne fallait pas dénigrer sa vivacité. Et Edmar n'est pas un Brésilien de naissance par hasard. Bref, qualifier, comme l'Equipe ce matin, d'"humiliation" cette défaite de l'aller est définitivement la preuve que peu de gens s'y connaissent vraiment en football dans ce pays, y compris dans les rangs de ceux qui pensent tout savoir, à savoir les journalistes. Perdre contre la Chine, comme en 2010 avant le Mondial (0-1), oui c'est une humiliation, en Ukraine sur un coup de dé, non. Il s'agit des barrages, épreuve où normalement toutes les équipes se tiennent et ont brillé dans leurs qualifications, sinon elles ne seraient pas là. L'Ukraine qui a fourni à peu près tous ses grands joueurs à l'URSS, et qui possède des clubs qui, eux, gagnent des Coupes d'Europe. Croire que la France est suffisamment un pays de football pour regarder tous les autres de haut, hormis les très grands, c'est oublier les longues périodes de disette qui ont fait le lien entre les générations Kopa, Platini et Zidane.

Il faudra avoir la chance qu'on n'a pas eu vendredi, mais ça implique qu'on en ait pas et qu'on se fasse sortir. Rater une Coupe du Monde, c'est terrible, certains joueurs de l’Équipe de France n'ont même jamais vécu ça. Mais ça fait partie du jeu, de l'Histoire des Bleus, ça arrive. Et, même si je sais que je parle dans le vide, ça ne servira à rien de dresser un procès à ces joueurs qui n'auront eu qu'un tort : d'être tombé dans le groupe de l'Espagne, et de ne pas être une génération immense. Rien à voir avec les casques sur les oreilles, le manque de sourire, les coupes de cheveux moches ou leurs origines ethniques ou sociales. Ils ne sont pas mieux payés, plus méchants ou pédants ou détestables que ceux de 98, simplement ils gagnaient, eux. C'est le seul critère sur lequel ils doivent être jugés, tout en se disant que la défaite fait partie du jeu.

Allez je vous laisse, et allez les Bleus !

samedi 16 juin 2012

La France en deux éclairs

Bonjour à tous,

Je reviendrais dans un autre post sur la mort, très triste et surtout très brutale, de Thierry Roland. En attendant, revenons un peu sur cet Euro qui entame sa dernière ligne droite avant les quarts de finale, déjà. Et puis, comme il y a 4 jours, je reviendrais également sur le match très abouti des Bleus.

Une avalanche de buts

En quelques lignes...

- En 8 matches, et 26 buts (soit 3,25 buts par matches !) on est passé de 2,5 buts à 2,88, un record depuis 1976 ! Depuis le début de cet Euro, il n'y a pas eu de 0-0, deux 1-0 et cinq 1-1 (31,25 %), mais aussi trois 2-1 et deux 3-2. Il n'y a eu que quatre équipes qui n'ont pas réussi à marquer un but lors d'un de leurs matches : les Pays-Bas contre le Danemark (0-1), le Portugal contre l'Allemagne (0-1), l'Irlande contre l'Espagne (0-4) et l'Ukraine contre la France, hier (0-2). La moyenne risque forcément de baisser lors des matches à élimination direct, mais on a déjà pris pas mal d'avance pour battre les deux derniers Euros, qui émargeaient à 2,48. Il faudrait tourner à moins de 2 par matches sur le reste de la compétition pour qu'on n'y parvienne pas...

- On a trois meilleurs buteurs, là aussi c'est pas banal, avec Gomez, Mandzukic et Dzagoev (3 buts). On a eu droit à six doublés, autre record à ce stade de la compétition. Le nombre de buts de la tête est très important (14, soit plus de 31 %), au détriment des buts du gauche (9, soit 20 %), malgré les efforts des Français dans ce domaine hier. Même Van Persie a marqué du droit... Le club le plus représenté, grâce aux performances de Mandzukic, est étonnamment Wolfsburg (4 buts), devant le Bayern, le CSKA Moscou de Dzagoev et Manchester City (3). Arsenal, Barcelone ou Chelsea sont à deux, la Juve, Liverpool, Manchester United, Milan, le Real ou... le PSG, seul club français représenté grâce au but de Jérémy Ménez, à un. Par pays, l'Angleterre a récemment pris le large (14) devant l'Allemagne (9) et la Russie (5). L'Espagne, mal représentée pour l'instant par Barcelone et le Real (Benzema et Ronaldo à zéro but), puisque ses buteurs jouent tous en Angleterre, sauf Fabregas, suit avec 4 buts, devant l'Italie (3).

- On a également trois meilleurs passeurs, Schweinsteiger, Silva et Benzema (2). Le taux de buts sur passe dans le jeu reste de très bon niveau (60 %). Quatre équipes, l'Allemagne, la France, la République Tchèque et la Pologne, tournent à 100 % dans ce domaine.

- L'Allemagne est la seule équipe qui a remporté ses deux matches, et elle n'est pas qualifiée pour autant, ce qui montre à quel point le plateau est équilibré, hormis pour la Suède et l'Irlande, déjà éliminées avec deux défaites. Les Pays-Bas ont le même bilan mais ne sont pas éliminés, eux... six équipes comptent 4 points, et quatre, 3 points, ce qui veut dire qu'il y aura des surprises, et des déçus chez les équipes qui se croient bien placées. Comme la France, par exemple !

- Enfin, l'anomalie continue dans la répartition des buts par quarts d'heure. Le dernier d'entre eux, qui d'habitude concerne entre 22 et 25 % du total, est en berne : six buts seulement, soit 13 % seulement, le deuxième plus mauvais total devant le premier quart d'heure de la première mi-temps (5). Celui de la deuxième mi-temps est en revanche en pleine forme : 13 buts, soit 28 %, ont été marqués entre la 46e et la 60e minute, dont les deux de la France hier, ainsi que 2 des 5 buts d'Angleterre-Suède. Preuve que les équipes reviennent requinquées et motivées des vestiaires... sauf les défenseurs.

Des ailes françaises fortes

Pour la France, à présent... Elle a vraiment sorti un bon match. Si Jérémy Ménez ou Yohan Cabaye avaient connu un petit peu plus de réussite, elle aurait écrasé une équipe ukrainienne qui ne fut que deux ou trois fois dangereuse, notamment par Shevchenko, le seul à bouger devant, et habile à profiter de l'immobilisme d'Adil Rami, une nouvelle fois inquiétant hier, et pris le large à la différence de buts sur l'Angleterre. Cette dernière devra faire aussi bien contre l'Ukraine pour chiper la première place aux Bleus, si ces derniers battent la Suède. Et comme le deuxième de ce groupe risque fort de devoir affronter l'Espagne en quarts de finale... Il faudrait mieux assurer le coup, avec une victoire large par exemple.

Chez les satisfactions, on a Gaël Clichy, qui a montré qu'il était désormais un candidat sérieux à le succession de Patrck Evra. On peut dire ce qu'on veut, mais avoir en magasin les deux latéraux gauches titulaires des deux clubs de Manchester, larges leaders en Angleterre, ce n'est pas rien. Clichy convainc plus mais Evra est semble-t-il plus sûr... ne vous inquiétez pas, ne soyez pas impatients, le temps fera son œuvre...

Gros match également des milieux, à commencer par Diarra, qui a parfaitement profité de la blessure de M'Vila pour prendre une place qu'il aura du mal à céder. Puissant, bien placé et même bon relanceur, il protège bien la défense et oriente bien le jeu. On y croyait plus mais il est revenu... Cabaye, lui, confirme ses grosses qualités de combattant et de footballeur, avec ce but plein de sang-froid. Un futur patron.

Blanc a légèrement changé son système, et il m'a semble-t-il écouté - mais peu de chances qu'il lise ce blog, c'était sûrement de la télépathie -, en plaçant un joueur en soutien de Benzema. En fait, il a fait exactement ce que j'ai dit : enlever Malouda, mettre Nasri vraiment derrière l'attaquant madrilène et placer Ménez, Ben Arfa ou Valbuena côté droit, ce qui donne un 4-2-3-1 plus équilibré. Il a choisi le Parisien, et bien lui en a pris. S'il a raté une grosse occasion en première mi-temps et s'est vu refuser logiquement un but, il a surtout sorti un match énorme d'activité, avec beaucoup de dribbles réussis, des différences réalisées avec aisance, des kilomètres parcourus, et ce but plein de sang-froid comme il en a mis quelques uns cette saison avec le PSG. Revenir en France et acquérir un maximum de temps de jeu et de confiance lui a fait un bien fou : il est moins fouillis, plus efficace et toujours aussi spectaculaire. Comme il fait la gueule, même quand il marque, les gens ne l'aiment pas, mais c'était aussi le cas de Thierry Henry finalement... tant qu'il sera efficace, ça compensera un peu. Puisque les gens veulent vraiment juger les sportifs à leur propension à sourire plutôt qu'à gagner des matches ou des trophées...

Devant, Benzema, bien soutenu, a moins dézonné, même si ses deux passes décisives, dont la deuxième est remarquable quoiqu'un peu chanceuse, proviennent justement d'un dézonnage. C'était ça l'avantage de mettre un joueur de plus dans sa zone : quand il quittait cette dernière, celle-ci n'était plus vide, ce qui maintenait la pression sur la défense ukrainienne. Cabaye en a pleinement profité, tout comme Nasri, moins présent que ses compères mais utile quand même.

Et que dire de Ribéry ? Qu'attendait donc le Bavarois pour retrouver ses jambes, et redevenir cet ailier inarrêtable qu'il n'avait jamais cessé d'être outre Rhin, mais qui avait quasiment épuisé le contingent de ses rares défenseurs en Bleu ? Même moi, qui n'ai jamais cessé de le défendre quand ça allait mal pour lui, commençait à réclamer que Ménez lui succède dans son couloir ? Le fantôme qui a traversé plus de deux saisons en Bleu (aucun but, 1 passe, en 15 sélections en 2010 et 2011) était devenu un poids pour les Bleus, qui s'en est sorti sans lui. Mais depuis le début de la préparation, il est juste incroyable. Sur ces cinq matches, et hormis hier, paradoxalement, il a toujours été décisif, signant trois buts et deux passes décisives. Surtout, il a fait des différences dans son couloir que peu d'ailiers français ont du réussir dans l'histoire des Bleus. Bref, les deux latéraux ukrainiens ont dégusté.

C'est le problème de ces attaquants excentrés, qui tentent beaucoup de dribbles, qui sont critiqués quand ça rate mais qui sont adulés quand ça marche. Pour ma part, je considère que ces joueurs là sont indispensables à un collectif, parce que sur dix tentatives, si deux réussissent, ça peut faire but à chaque fois. Et même s'ils n'y arrivent pas sur un match, ça réussira peut-être sur le suivant. Il faut un collectif fort, et il faut des individualités fortes. Barcelone en est le parfait exemple : un collectif, et un génie du dribble et du but. Ménez et Ribéry resteront toujours loin de Messi, mais ils en sont quand même des cousins de jeu. Les deux sont en forme et passent plus souvent que d'habitude, pourquoi s'en priver ? Et même s'ils ne passent plus, il faut être patient avec eux, parce qu'on sait qu'ils ont le talent pour rebondir.

Voilà maintenant un seul nul suffit contre la Suède pour passer (ce qui nous qualifierait avec 5 points, alors qu'il pourrait y avoir un éliminé à 6 points dans le groupe de l'Allemagne !). Mais comme je l'ai dit, ce serait dommage d'abandonner la première place à l'Angleterre, et se fader l'Espagne en quarts de finale...

Allez, à plus tard !

vendredi 15 juin 2012

Les Bleus doivent passer une vitesse

Salut à tous,

Je sais pas si vous vous rendez-compte, mais ce soir on achève déjà les 2/3 du premier tour ! Ça passe à une vitesse... plus que quatre jours, et on connaîtra la teneur des quarts de finale alors qu'on a vraiment l'impression que cet Euro débute à peine.

En tous cas on se régale. Après deux jours à six buts ou plus, on en est désormais à 2,79 buts par matches, ce qui, si ça se confirmait, serait un record depuis 1976. Mais on le sait, les tours éliminatoires sont toujours moins riches en but, contrairement aux matches de poule, ce qui devrait raboter un peu cette bonne moyenne. Du coup, autant prendre de l'avance en attendant.

Le chantier des coups de pieds arrêtés

Passons un peu à nos Bleus, qui vont disputer leur deuxième match de poule ce soir. Après leur 1-1 contre l'Angleterre - un score qui a déjà été vu 5 fois depuis le début de l'Euro, soit plus du tiers - , les Français sont dans l'obligation de ne pas perdre, voire de s'imposer, s'ils veulent avoir leur destin en main au moment d'affronter la Suède, lors du dernier match. Oui parce qu'avec 2 points, ils auraient probablement des points de retard sur deux équipes, et ils pourraient donc être éliminés, même avec 5 points. Un succès ce soir ne serait pas décisif, mais il serait très utile, et surtout rassurant.

Par rapport au match contre les Anglais, et surtout face à des Ukrainiens qui évolueront devant leur public et avec une confiance folle - ils ont battu une Suède qui avait été autrement plus convaincante en qualifications que la France, notamment sur le plan offensif... - les Bleus vont avoir des progrès à faire, même s'ils n'ont pas fourni un mauvais premier match. D'abord, ils vont devoir une nouvelle fois s'améliorer sur les coups de pieds arrêtés, défensifs et offensifs. Mais ça fait 10 ans, voire 25, qu'on traîne cette tare, c'est pas en 3 jours qu'on l'aura réglé. Ce n'est pas seulement un problème de tireurs de qualité, on en a dans l'effectif (notamment Nasri ou Ribéry, et Valbuena et Martin chez les remplaçants), mais surtout d'état d'esprit, de sens du combat, du placement, et aussi le fait d'y croire. Mais bien défendre ou marquer sur corner, même à l’époque de Deschamps-Zidane, et même sous Platini, ça n'a jamais été notre point fort, ce n'est pas notre culture, c'est comme ça. Et si Platoche a marqué 12 coup-francs sous le maillot bleu, Zidane, étiqueté spécialiste du genre, en a mis... deux.

Une charnière bancale

Après, dans le jeu même, Rami ne m'a pas rassuré, mais ce n'est pas nouveau. Même quand Mexès était passé au travers durant les matches amicaux, je pensais qu'il serait au niveau lorsque la compétition pointerait son nez. Rami, en revanche... j'ai toujours trouvé que son absence de formation tactique est trop visible lorsque le niveau s'élève. Son physique est irréprochable, son enthousiasme et sa motivation aussi, mais il s'éparpille trop, il a des absences, et ses relances longues sont souvent peu efficaces. Bref, j'y ai jamais cru. Au final, on ne peut pas gagner une grande compétition sans une charnière de très haut niveau. Là, on en est loin.

Je n'ai à rien à dire sur les latéraux, qui ont fourni un gros matches contre les Anglais, même si il faudra peut-être qu'Evra fasse moins de fautes, face aux grands gabarits ukrainiens, ni sur le milieu, même s'il devra réussir à changer de rythme quand c'est utile, et aussi ne pas subir celui de l'adversaire. J'ai bien aimé Diarra, qui permet de bien protéger la défense, plus que M'Vila en tous cas. Même l'Espagne, connue pour la qualité de ses "petits", se repose sur un grand costaud au milieu, avec Busquets, il n'y a pas de honte à mettre un baryton au milieu des soprano pour équilibrer l'ensemble, l'enrichir. Sans déménageurs de pianos, pas de pianistes. Mais chaque sélectionneur a ses préférés, et M'Vila reviendra sans doute, espérons le pour apporter plus de vitesse au jeu de passes des Français.

Benzema au diapason de ses collègues ?

Devant, j'en ai déjà parlé, Benzema devra plus se comporter comme un numéro 9 que comme un 9 et demi. Dans cet Euro, on a déjà eu droit à six doublés, un record à cet instant de la compétition, dont 5 de la part d'attaquants. Gomez et Mandzukic ont marqué 3 fois, Bentner, Shevchenko et Torres, 2, et Di Natale, Van Persie, Ibrahimovic ou Lewandowski, les autres buteurs attendus, ont déjà ouvert leur compteur. Seul son coéquipier madrilène Ronaldo le suit dans la nullité offensive... Tous ces buts ont tous été marqués dans la surface, et souvent de près. On comprends l'envie de Benzema de toucher le ballon, d'essayer de partir de loin, mais les vrais buteurs, surtout ceux qui évoluent en 4-3-3, sont ceux qui demeurent dans la surface, qui pèsent sur la défense, et servent de point d'appuis pour leurs partenaires. Benzema qui descend aux 40 mètres pour toucher le ballon, tenter une frappe lointaine, ça ne sert à rien, sinon à gonfler artificiellement ses stats de frappes et de ballons touchés.

Je rajoute que ce 4-3-3 "à la Lyonnaise" (invention de l'OLphile Vincent Duluc, qui croit que Jean-Michel Aulas a inventé le concept, et non Guy Roux) est quasiment le seul à l’œuvre dans cet Euro, ou quasiment tout le monde joue en 4-2-3-1, hormis l'Italie et sa défense à 3, et l'Irlande et ses deux pointes, aussi utiles qu'Iker Casillas pour la Roja d'ailleurs. Je ne dis pas que Blanc doit faire comme tout le monde, être différent peut permettre de surprendre parfois, mais si les autres sélectionneurs adjoignent un soutien à  leur buteur, c'est qu'il y a sûrement une raison. Sans doute pour que ce dernier se sente moins seul... Pas sûr que Torres aurait mis un doublé, hier, sans le soutien énorme de Silva, par exemple. Avoir un soutien permettrait aussi à Benzema de revenir toucher des ballons sans que l'axe offensif soit complètement déplumé...

Nasri vraiment dans l'axe ?

Alors, qui serait ce soutien ? On pense évidemment à Nasri, qui a le profil et l'expérience, mais qui ne s'est jamais imposé à ce poste en Bleu, où il a déjà eu sa chance. Un Nasri pas en forme, c'est inutile, oui. Mais il a été bon contre l'Angleterre, et c'est finalement dans cette position axiale, qu'il recherche constamment même s'il évolue sur un côté, qu'il a marqué et brillé. Manifestement, la consigne de Blanc c'est : Nasri débute à droite mais revient vers l'intérieur, laissant le couloir à Debuchy, qui semble capable de l'animer tout seul. Ça aurait pu fonctionner si Benzema n'avait pas oublié d'occuper la pointe quand de bons centres auraient pu arriver, notamment venant de la machine à centrer lilloise...

Si on revenait à un 4-2-3-1 avec Nasri dans l'axe et Ribéry à gauche, derrière Benzema, pourquoi ne pas enlever Malouda, qui a semblé fatigué contre l'Angleterre, et mettre un Ménez, un Ben Arfa ou un Valbuena à droite ? On a un véritable excédent de talents dans ce secteur, pourquoi ne pas l'utiliser, au moins pour en faire souffler certains ? Le troisième match sera décisif, il va donc falloir que certains respirent à un moment ou à un autre. Surtout que l'éventuel quart de finale, contre l'Espagne, l'Italie ou la Croatie, arrivera vite après (4 ou 5 jours). Vu la qualité de ces trois équipes, on souhaite d'ailleurs bien du plaisir aux Bleus...

Bref, il va falloir faire mieux, comme toujours d'ailleurs, pour une équipe qui reste en reconstruction. On a déjà battu l'Ukraine en amical, chez elle, et de quelle manière (1-4). Mais on avait aussi battue l'Angleterre à Wembley (1-2), mais elle était affaiblie et ce n'était qu'un match amical. A Donetsk, déjà, on l'avait emporté sur des buts de Gameiro, Kaboul et un doublé de Martin... les deux premiers ne sont plus là, et le troisième débutera probablement sur le banc. Pas de quoi donc s'emballer à propos de ce match qui date d'un an, et face à une équipe qui a également bien évolué depuis. Bref, les compteurs sont à zéro. Espérons quand même que nous conserverons notre invincibilité face à cette équipe, qui court sur 6 matches...

Allez les Bleus, et à plus tard !

vendredi 4 mai 2012

Qui veut de l'Euro ?

Salut à tous,

Avant la fin de ce championnat si palpitant, notamment en tête, revenons un peu sur cet Euro qui se rapproche sérieusement. Mine de rien, le match d'ouverture, Pologne-Grèce, aura lieu dans pile cinq semaines maintenant, le 8 juin prochain.

L'Euro ne passionne pas

A l'image de son affiche inaugurale, la compétition organisée conjointement par la Pologne et l'Ukraine est loin de déchaîner les passions. En temps normal, six mois avant on est abreuvé de publicités pour inciter les européens de venir supporter leurs équipes favorites, et accessoirement de visiter les deux pays, si possible. Je ne veux pas manquer de respect à ces deux nations, mais l'idée de passer une partie du mois de juin là-bas ne doit pas faire rêver grand monde. Et pourtant, elles ont une histoire, une culture, sans doutes des traditions qui devraient attirer du monde. Mais rappelons que l'on parle de supporters de foot, là, pas d'habitants de Saint-Germain-des-Prés. Et puis, la comparaison avec les JOs de Londres et la prochaine Coupe du Monde au Brésil, en 2014 est pour le moins difficile. De toutes façons, ces nations n'ont même pas essayé d'attirer les gens, malgré quelques affiches récentes en faveur de la Pologne. Pour l'Ukraine, en revanche, nada. Difficile dans ces conditions d'imaginer un délire populaire durant ces trois semaines de compétition. Les stades seront-ils pleins ? Le contraire serait triste mais au fond, peu importe : ce qui compte, c'est la compétition. Et celle-ci est plus ouverte que prévu.

L'Espagne a gagné les deux dernières compétitions, ce n'est un secret pour personne. Ce n'est que la troisième fois dans l'histoire, après la France en 98 et 2000, et la RFA, en 1972 et 1974, qu'une nation gagne l'Euro et la Coupe du Monde à la suite, quel que soit l'ordre, depuis 52 ans que le championnat d'Europe existe. En revanche, trois fois, ce n'est jamais arrivé, et je n'imagine pas que ça arrive. Pas uniquement parce que l'histoire se répète souvent, mais simplement le fait que malgré le statut de favori que ces deux résultats lui confèrent, mais aussi parce que je pense qu'elle pourrait bien tomber sur un os cette année. Sans doute pas au premier tour, même si son groupe (Italie, Irlande, Croatie) sera sans doute plus ardu que prévu, mais probablement vers les demi-finales, même si son quart de finale, contre la France, l'Angleterre, l'Ukraine ou la sous-estimée Suède, ne sera pas gagné d'avance. Au niveau du dernier carré, soit la Pologne, soit l'Allemagne, le Portugal ou les Pays-Bas, suivant le classement du groupe "de la mort", le B, pourraient bien faire trébucher le tenant du titre. D'ailleurs, c'est sans doute parmi ces trois dernières équipes que je désignerais volontiers mon favori.

Aura-t-on droit à une surprise ?

On peut toujours avoir droit à une surprise. Le Danemark en 1992, la Grèce en 2004, ont été plus qu'inattendus, ils ont interloqué. Surtout que, comme souvent lorsque des surprises surviennent, quelle que soit la compétition, les résultats n'ont pas suivi ensuite. Les Danois ne se qualifièrent pas pour la Coupe du Monde 1994, avant un huitième de finale contre le Brésil, en 1998 (3-2), et un quart de finale à l'Euro 2004 contre les Tchèques (3-0). De leur côté, depuis leur exploit portugais, marqué par un jeu défensif à la limite de la caricature et d'une réussite hallucinante sur coups de pied arrêtés, les Grecs ont disputé deux grandes compétitions. Bilan : 1 succès, 5 défaites, et donc aucune sortie de poule victorieuse.

Les surprises restent donc possible, et par définition elles sont difficilement prévisibles. Je nommerais malgré tout la Pologne, qui évoluera à domicile, dans une poule pas insurmontable (Russie, République Tchèque et... Grèce), et qui pourra compter, pour une fois, sur des attaquants de grande qualité, notamment Blaszczykowski et Lewandowski (Dortmund). Je citerais aussi la Suède d'Ibrahimovic, ce qui ne serait pas une bonne nouvelle pour nous puisqu'elle évoluera dans notre groupe, sauf si c'est l'Angleterre qui saute, bien sûr... Troisième attaque des éliminatoires avec 31 buts, après les Pays-Bas (37) et l'Allemagne (34), la Suède a finit deuxième de son groupe en gagnant tous ses matches... sauf ceux contre les Néerlandais (2 défaites) ! Alors certes, la Hongrie, la Finlande, la Moldavie et saint-Marin n'était pas les meilleurs opposants qui soient, mais étaient-ils tellement moins forts que la Bosnie, la Roumanie, la Biélorussie, l'Albanie et le Luxembourg, nos adversaires, contre qui on a marqué 15 fois en 10 matches ? Reste que si Ibrahimovic est un génie du football, il semble un petit peu seul quand même, du moins médiatiquement.

Les Pays-Bas et l'Allemagne favoris

Pour moi, si on évite les surprises, les favoris de l'Euro sont les Pays-Bas et l'Allemagne. Ces deux pays progressent très régulièrement depuis plusieurs années, se reposent sur des jeunes de plus en plus expérimentés, notamment en Ligue des Champions, et sont passé tout près du bol de sangria lors des dernières compétitions : finale mondiale en 2010, trois demi-finales et deux quarts de finale lors des cinq derniers Euros pour les Oranges, trois demi-finales et une finale lors des trois derniers Mondiaux, et une finale européenne en 2008 pour les Allemands. En gros, en dehors du quart de finale des Néerlandais en 2008, les deux équipes n'ont plus quitté le dernier carré depuis 2006. Ça va forcément payer, à un moment ou à un autre, ou alors l'injustice serait sévère.

Ajoutons-y le Portugal de Cristiano Ronaldo. Ce dernier, comme Messi, est condamné à gagner au moins une grande compétition internationale dans sa carrière, voire deux ou trois, pour définitivement asseoir son statut de légende du football. Hormis Platini, qui n'a finalement gagné que l'Euro 84 avec la France, Cruyff (deux finales) ou le Hongrois Puskas, toutes les autres grandes légendes ont en gagné deux ou plus, que ce soit Maradona, Pelé ou Beckenbauer. C'était tout près en 2004, lorsque Ronaldo, 19 ans, n'avait pas réussi à offrir à son pays, qui évoluait à domicile et contre la Grèce, qui n'avait encore jamais gagné le moindre match dans un tournoi, le premier trophée de sa carrière, malgré ses deux buts, dont un en demi-finale contre les Pays-Bas (2-1). Deux ans plus tard, lors du Mondial allemand, l'aventure se terminait en demi-finales contre la France (1-0). D'une manière générale, l'attaquant du Real Madrid brille peu lors des grands tournois (19 matches, 5 buts), un peu comme son ennemi barcelonais. A 27 ans, il serait temps de mettre les choses au clair dans ce domaine. Mais au terme d'une saison une nouvelle fois harassante (60 matches, 64 buts), celui qui devrait normalement être la grande attraction du tournoi pourrait bien une nouvelle fois décevoir, et le Portugal avec. S'il se met enfin au niveau, en revanche, cela pourrait marcher pour les Lusitaniens.

Et l'Espagne ? Elle s'est qualifié aisément, mais semble moins forte que prévu. par exemple, ce sera son troisième choix, Llorente, qui évoluera au poste d'avant-centre, au lieu de Villa, blessé, et Torres, qui revient bien mais peut-être un peu tard. Iniesta et Xavi seront toujours là, mais ils risquent d'être éreintés, notamment le second, 32 ans, qui tire la langue, même s'il n'avait jamais autant marqué dans sa carrière (14 buts). Silva sera là également, mais il manque toujours un milieu droit à cette équipe, ce qui ne l'a pas empêchée de gagner les deux derniers tournois. La défense semble être encore plus le point faible de cette équipe qu'avant. Puyol semble un peu cramé, les latéraux sont quelconques et seul Casillas reste au top. Bref, l'Espagne est toujours un favori, mais un troisième succès de sa part serait, selon moi, une surprise.

Les Bleus sans pression

Et la France ? Soyons réaliste, malgré son bon résultat en Allemagne (1-2), elle reste, au mieux, un outsider, donc une surprise possible. Qui sait ? Si Benzema, comme Ronaldo, devient enfin aussi efficace en Bleu (un but toutes les quatre heures en 2011 !) qu'avec le Real, tout comme Ribéry (Bayern), si la charnière Rami-Mexès, qui n'a pas encore eu l'occasion d'être mise à l'épreuve du très haut niveau international, tient le choc, si un patron (Cabaye ?) se révèle au milieu et que Lloris tient la baraque, on pourrait bien renouer avec un quart de finale, contre l'Espagne ou l'Italie, voire une demi-finale, après deux échecs successifs au premier tour. Pour tout vous dire, cette équipe me fait un peu penser à celle qui avait atteint les demi-finales en 1996, une équipe en reconstruction après le traumatisme de France-Bulgarie 1993. Les résultats nous en diront plus.

Voilà, et si je tentais un premier pronostic sur les quatre groupes ? Groupe A : Russie, Pologne ; Groupe B : Pays-Bas, Allemagne (élimination portugaise...) ; Groupe C : Espagne et Irlande (l'Italie saute) ; Groupe D : Suède, France (Angleterre out). Ce qui nous donnerait des quarts de finale Russie-Allemagne, Espagne-Suède, Pays-Bas-Pologne et Irlande-France, ce qui serait cocasse ; après, pour les demi-finales, ça devient compliqué à prévoir. Mais vous l'avez vu, les pronostics sont assez casse-gueule, surtout quand c'est moi qui les fait !

Allez, à plus tard !