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mercredi 11 avril 2012

De la théorie du complot

Salut à tous,

Ce soir a lieu, comme vous le savez, le match en retard entre Montpellier et Marseille, qui offre aux Héraultais une occasion unique de compter trois points capitaux d'avance dans la course au titre, par rapport au PSG - à sept journées de la fin, ce serait un énorme avantage, et aux Marseillais de gagner enfin un match après 11 échecs consécutifs dans ce domaine. Au classement, l'OM passerait à la 8e place, maigre consolation, mais gagnerait peut-être aussi un peu de confiance en vue d'un match encore plus important pour lui, celui qui l'opposera à Lyon ce week-end, en finale de la Coupe de la Ligue. Si tant est, bien sûr, qu'en dehors du gain d'un trophée que lui seul ne gagne dans cette décennie, le club olympien soit réellement intéressé par la Ligue Europa, qui coûte cher, rapporte peu, intéresse encore moins (du moins en France, et notamment à Marseille) et qui bouffe de l'énergie et du temps. On peut supposer que si Montpellier avait disputé une compétition européenne cette saison, il ne serait peut-être pas aussi bien classé, mais on ne le saura jamais.

On l'a vu, l'intérêt sportif de ce match en retard est relatif pour les club phocéen. Son intérêt symbolique est double et contradictoire : renouer avec la victoire contre un candidat désormais assumé au titre, ou perdre et ainsi mettre plus qu'un bâton, une buche, un tronc dans les roues parisiennes. Autant que le dépit né de cet enchaînement incroyable de défaites, la solidarité avec leurs voisins montpelliérains, même si les rencontres entre les deux clubs sont souvent heurtées et riches en expulsions, et la haine envers l'ennemi jacobin parlent lorsque certains supporters affirment souhaiter la défaite de leurs favoris, ce soir.

Effacer 1999

Il y a en plus un antécédent à solder, une vieille affaire à régler, un compte à rendre : le fameux titre de 1999, soit-disant offert aux Bordelais de Feindouno par les Parisiens. Une blessure marseillaise qui ne se fermera - peut-être - que si elle est compensée par ce genre de monnaie rendue : une défaite assumée face à un concurrent du PSG pour le titre. Mais revenons plutôt sur cet épisode que les plus jeunes doivent avoir du mal à remettre.

Mai 1999. Le Bordeaux d'Elie Baup et le Marseille de Roland Courbis sont à la lutte pour le titre, très loin devant le troisième, Lyon, qui finira à 9 points du champion girondin. Avant la 32e journée, qui voit Marseille se déplacer au Parc des Princes, l'OM a deux points d'avance sur Bordeaux, à trois journées de la fin (il y avait 18 clubs en Ligue 1 à l'époque). Le titre lui semble promis, surtout que le PSG n'est que l'ombre de celui qui, trois ans plutôt, avait remporté la Coupe des Coupes, et se traîne à la 10e place, à 29 points des Olympiens. Algérino, Rabésandratana, Carotti, Goma, Aliou Cissé, Yanovski, Madar ou Adailton, soutenus, quand même, par Lama, Okocha ou Simone, défient donc en tremblant Blanc, Gallas, Luccin, Pirès, Ravanelli, l'ancien parisien Maurice ou Dugarry. Effectivement, vu comme ça il n'y a pas photo. Ça va être une boucherie.

Et effectivement, il n'y a pas photo, du moins pendant une heure, à l'issue de laquelle l'OM mène au score grâce à un but de Maurice, évidemment. Et là, les probables futurs champions commencent à chambrer sur le terrain, ils tentent des râteaux, des talonnades, ils tricotent. Piqués au vif, les Parisiens, brouillons, maladroits, se réveillent soudain dans les dix dernières minutes, et se mettent même à bien jouer : au terme d'une belle action collective, Simone égalise d'une superbe frappe. Puis, après que Luccin - futur parisien - se soit fait chiper la balle après avoir tenté trois talonnades d'affilée, Madar, déjà passeur sur le premier but, envoie Bruno Rodriguez, entré en jeu à la 60e, dribbler Porato et offrir un succès inespéré aux Parisiens (2-1). Comme je l'ai dit dans un post précédent, ça faisait 4 ans et 5 matches que le PSG n'avait pas battu le géant provençal. Dans le même temps, Bordeaux a gagné à Lens (2-4) : changement de leader.

Le cas Adailton


Deux journées plus tard, Marseille ira gagner à Nantes grâce à Pirès (0-1), et Bordeaux, toujours leader avec le même point d'avance, se déplace lui aussi à Paris. Cette fois, ce sont Ramé, Benarbia, Laslandes ou Wiltord qui sont en face, ce n'est pas mal non plus. L'ambiance au Parc est étrange : une partie des supporters parisiens soutiendront les Girondins, les autres ne diront pas grand chose. Sur le terrain, certains spécialistes affirment plus que jamais que les joueurs parisiens n'ont pas mis le pied, et laissé faire. Francis Llacer, joueur mythique, entré en jeu à la 32e à la place de l'international allemand Christian Wörns, a récemment affirmé qu'il n'était pas le seul à avoir eu quelques "absences" durant ce match. Pourtant, le scenario du match semble infirmer cette analyse.

C'est vrai, le marquage et surtout l'alignement de la défense parisienne est étrange sur les deux buts de Wiltord, le meilleur buteur du championnat. C'est vrai, certains parisiens marchent au moment ou le jeune Feindouno part crucifier Lama à la 89e minute. Rappelons quand même que les Parisiens, neuvièmes, n'avaient plus rien à jouer, et c'était la fin de la saison. En sortant du vestiaire, ils étaient tous en vacances. Je n'excuse pas, j'explique. Je ne suis pas sûr que d'autres équipes dans la même situation sportive auraient eu la lucidité suffisante pour fournir une défense exceptionnelle face à la meilleure attaque du championnat (66 buts, 10 de plus que les Marseillais) à la dernière minute de leur saison. Mais passe encore, ok ils auraient du être meilleurs en défense.

Le problème, ce qui ne colle pas avec ce scenario idéal pour entériner la trahison parisienne, c'est qu'ils sont quand même revenus deux fois au score dans ce match, inscrivant deux buts à Ulrich Ramé par Rodriguez, sur un centre rageur d'Algérino, puis par l'improbable Adailton, servi par Leroy. Vincent Duluc, dans l'Equipe, affirmait hier que le pauvre attaquant brésilien, qui sera ensuite une star en D2 italienne et actuellement... en Roumanie, après avoir été comparé à Romario au début de sa carrière, n'était pas au courant qu'il fallait "laisser gagner Bordeaux". Sûr qu'au moment de fêter son deuxième but de la saison en Championnat (en 12 matches), il avait été accueilli très froidement par les supporters, qui ne pouvaient décemment pas fêter le titre marseillais qui s'annonçait. Mais qu'il y ait eu une véritable consigne au sein de l'équipe, je n'y crois pas beaucoup. Après tout, Adailton n'avait pas dribblé toute l'équipe bordelaise avant de marquer, ni frappé de 40 mètres, non, il avait profité du travail de l'équipe derrière lui, et notamment de Leroy. Et face à des Bordelais qui avaient absolument besoin d'une victoire, ce ne devait pas être chose aisée, surtout si vous avez des consignes pour laisser gagner l'adversaire...


PSG-Bordeaux 1998-1999 par marcotige

Et puis même, après ? A la vue de la saison des trois équipes, une victoire de Bordeaux au Parc des Princes était des plus logiques. Comme Marseille, les Girondins avaient le meilleur bilan à l'extérieur, avec 30 buts marqués en 17 déplacements (28 points chacun au total). A l'inverse, Paris terminera avec le 12e bilan (sur 18, donc) à domicile, avec seulement 7 succès pour 6 défaites, 20 buts marqués et 15 encaissés, une misère. Il n'y avait donc rien d'incroyable à voir la meilleure équipe de France - ou, à la rigueur, une des deux meilleures - s'imposer au Parc des Princes, où 5 autres équipes l'avaient précédée.

Deschamps joue-t-il le jeu ?

Ce qui était illogique, en revanche, c'était de voir Marseille, la bête noire du PSG, s'y incliner ! Il est là, le nœud du problème, finalement. Contre les deux équipes, à deux semaines d'écart, le duo Jorge-Bergeroo, qui dirigeait l'équipe, avait aligné à peu près la même formation - ce que ne va pas faire Deschamps ce soir, puisqu'on devrait voir quelques remplaçants comme Kaboré, Gignac, A.Ayew ou Brandao être titularisés contre Montpellier - à savoir leur équipe type, ce qui ne valait pas grand chose face à ces deux équipes pleines de confiance. Mais au contraire de Bordeaux, qui est allé au bout de son match et a respecté un adversaire qui n'était pas ordinaire, Marseille, face au PSG, a cru que sa tâche allait être aisée, a baissé sa garde et a été puni. C'est là qu'il a perdu le titre de 1999, en perdant à Paris, et pas dans le vestiaire parisien, avant PSG-Bordeaux. Si Marseille avait fait le job contre le PSG, le but de Feindouno n'aurait eu aucune incidence, il aurait été pour la gloire, et l'OM n'aurait pas attendu 11 années de plus pour gagner un titre.

C'est un peu la même chose aujourd'hui, pour le PSG. Si le club parisien n'avait pas récemment lâché des points à Nice (0-0) contre Bordeaux (1-1) ou à Nancy (2-1), trois matches largement à sa portée, il regarderait le match de ce soir qu'avec un intérêt tout relatif, puisqu'il compterait 5 ou 7 points d'avance sur Montpellier. Je n'imagine pas Didier Deschamps, ni aucun de ses joueurs, se dire qu'il faut perdre ce match, histoire de faire perdre le titre au PSG. Anigo, encore... mais pas Deschamps.

Mais le fait d'aligner une équipe B, c'est un peu la même chose quand même, c'est dire à tout le monde, et notamment aux joueurs, qu'au fond ce match, ils s'en fichent, que le championnat ne les intéresse plus. Combien d'équipes en France oseraient aligner volontairement des remplaçants face au leader, quel qu’il soit ? On peut dire que sur ce plan là, le championnat est faussé, et la Ligue, en acceptant ce report, y porte une grande responsabilité. Si Montpellier l'emporte face à ces joueurs sortis du banc, en manque de rythme et de confiance, et s'il remporte le titre d'un ou deux points, les supporters parisiens porteront en eux pour des années l'idée que Marseille a triché, et leur a piqué le titre. Même si, là encore, il y aura des choses à redire.

A plus tard ! Et n'hésitez pas à réagir !

lundi 9 avril 2012

Un Classique d'ennui

Salut !

Bon ça y est, ils sont allés se coucher chez Canal ? On peut parler d'autre chose ? Difficile de ne pas comprendre les amateurs de foot non concernés par le Clasico quand ce genre de couverture médiatique légèrement exagérée les énerve. Parler pendant des heures entières d'un match, et laisser à peu près une minute trente aux autres, c'est pousser un peu l'évènementiel Canal un peu loin. Surtout que, comme souvent, ce n'était pas vraiment le match de l'année. Trop physique, trop d'enjeu et pas beaucoup de jeu... c'est surtout en cela que ce match mérite son titre de Clasico au fond : on coupe rarement à ce cocktail amère.

Montpellier ne lâche rien

Malgré tout, Paris a renoué avec le succès, et reste au contact de Montpellier, qui continue son parcours exceptionnel, que personne, pas même eux, n'auraient pu prévoir. Enfin... au contact oui, sauf si Montpellier ramène quelque chose de Marseille cette semaine lors du stupide match en retard décidé par la Ligue, qui s'est d'ailleurs bizarrement tiré une balle dans le pied, puisqu'en voulant - en vain - avantager l'OM pour sa confrontation avec le Bayern, il le désavantage en vue de la finale de la Coupe de la Ligue, son autre vitrine. Oui parce que pendant que Marseille cherchera à glaner un premier succès en 11 matches face au leader du championnat, Lyon n'aura juste qu'une demi finale de Coupe de France contre le Gazélec Ajaccio à gérer, riche de ses six matches sans défaites (5 victoires), toutes compétitions confondues...

Toujours est-il que le MHSC peut creuser un écart peut-être définitif dès mercredi. Montpellier qui réussit un parcours exceptionnel à domicile, avec seulement 5 points de perdus sur sa pelouse, contre 12 pour le PSG, 10 pour Lyon et 16 pour Lille. En Europe, seuls Manchester City et Barcelone, qui n'ont perdu que deux points sur leurs pelouses, et Benfica (3), font mieux que les Héraultais. Ils sont également les meilleurs en 2012 avec 26 points en 11 matches, 3 de plus que le PSG et 5 de plus que... Nancy, qui ont joué un match supplémentaire. Lille est à 6 points, et Lyon à 8.

Lille décroche

La mauvaise affaire est évidemment lilloise. Le LOSC qui, en s'inclinant pour la troisième fois à l'extérieur cette saison, laisse le meilleur score dans ce domaine au PSG (2) mais aussi la première place au classement des équipes en déplacement au même club parisien, à la différence de buts, et se retrouve donc rejeté à 7 points des deux leaders. Tout n'est pas encore perdu, surtout que Lille doit encore recevoir le PSG à la fin du mois, mais il va falloir que le champion de France ne laisse plus de points en route. Surtout que, dans le même temps, Lyon, on l'a vu, carbure et n'est plus qu'à trois points derrière. De son côté, Brest, qui n'avait plus gagné depuis 5 matches, a remporté ses deux dernières rencontres contre Marseille et Lille, donc, ce qui n'est pas banal. Et, si Omar Daf a inscrit son premier but en pro à l'âge de 35 ans, Brest, toujours la plus mauvaise attaque de Ligue 1 (27), avait déjà marqué 3 buts en un match cette saison, c'était contre Lorient (3-1), le 29 octobre dernier...

Bordeaux, quant à lui, a réussi l'exploit de s'incliner chez la plus mauvaise équipe à domicile, Caen (1-0), qui compte désormais un point de plus que Sochaux dans ce domaine. Les Girondins qui n'ont gagné qu'une fois en 12 visites à Caen.

Maïga et Leroy brillent, Saint-Étienne s'éteint

Sur les 26 buts du week-end, un bon chiffre pour ces matches retours (2,47), on constate une grosse performance des buteurs étrangers (17, soit 65,4 %, contre 47,6 en temps normal) et notamment des Africains (12 !) et les Sud-Américains (4). Le seul but européen a été marqué par Erding (Rennes), à Evian. Les plus de 31 ans ont également brillé (4 buts), avec notamment le 6e but personnel d'Hadji (Rennes) et le 4e de Leroy (Evian), ainsi que les Bleus (Payet, Ménez et... Sinama Pongolle, et oui) et les tireurs de penalty (4 buts, dont deux pour Lisandro, tous du droit). Cette saison, moins d'un tiers des penaltys sont marqués du gauche.

L'Argentin de Lyon qui est désormais sur les talons de Giroud à la moyenne de buts par minutes (un but toutes les 143 minutes, contre 138 pour Giroud). A noter également la bonne performance de Modibo Maïga (183), qui devance Hazard (185), Nene (187), Gameiro (188) ou Rémy (191). Parmi les 10 meilleurs joueurs ayant joué au moins 1000 minutes et inscrit trois buts au moins, l'attaquant Sochalien est le seul à totaliser moins de 1300 minutes de jeu. Dommage pour Sochaux qu'il ait raté la première partie de sa saison pour cause de bouderies !

Revenons à Jérôme Leroy, qui est un véritable spécialiste des buts contre ses anciens clubs. Il faut dire qu'ils sont très nombreux (7, rien qu'en France, 4 cette saison en Ligue 1). Il a marqué ses 4 buts uniquement contre ses anciens employeurs, 1 contre le PSG, 2 contre Marseille et 1 contre Rennes, ce week-end. Seul Sochaux a échappé à ses foudres... Rennes qui est l'équipe qui a pris le plus de buts de ses anciens joueurs, comme Auxerre (5). A noter également les 3es but d'Erding et Samassa en sortant du banc, sur 5 et 4 buts au total. L'attaquant valenciennois qui a également marqué tous ses buts dans le dernier quart d'heure.

De son côté, Saint-Etienne, rejoint ce week-end par Ajaccio dans le dernier quart d'heure (1-1), vient d'y perdre 4 points en quatre journées. Leaders de ce classement au soir de la 27e journée, l'ASSE est désormais 6e, avec +4 points. Le PSG et Montpellier (+6) sont en tête, devant Rennes, qui a récupéré 2 points à ETG grâce à ses remplaçants Pitroipa et Erding (+5). Normal, puisque les Savoyards sont derniers, avec -7 points...

Voilà, sur ce je vous laisse avec mon équipe type décisive !



A plus tard !

dimanche 8 avril 2012

Le Clasico disséqué

Salut à tous,

Parlons un peu de ce Clasico qui s'annonce. Je sais, je ne suis pas vraiment le seul dans ce cas aujourd'hui et depuis plusieurs jours. Alors, plutôt que de parler de "Dramatico", des égos de certains joueurs ou des prises de bec des autres, contentons nous de nous pencher sur les antécédents de ce match.

D'abord, sur le plan sociologique et géographique, ça ressemble plutôt à Barcelone-Real qu'aux autres "Clasico" dans le monde, dans le sens où il n'y a pas d'honneur régional en jeu, ce n'est pas un derby, même de loin. C'est même justement le problème : deux villes éloignées de 1000 kilomètres, et d'un peu plus culturellement, la capitale contre une des plus grandes villes de France, un des symboles de la Province souhaitant s'émanciper le plus possible de la puissante cité parisienne, qui aurait tous les pouvoirs, paraît-il. Il n'empêche que hormis en Espagne ou en Allemagne, difficile de trouver un pays plus décentralisé que la France, même si évidemment son gouvernement et ses ministères se trouvent tous dans la capitale. Où est-ce le cas ailleurs ? Imagine-t-on un pays où les lieux de pouvoirs nationaux se situeraient ailleurs que dans la Capitale ? Il en faut bien une, de Capitale... enfin bref, passons.

Marseille nettement devant

D'une manière générale, il s'agit du 78e duel entre les deux clubs, toutes compétitions confondues, mais seulement le 66e en Ligue 1, ce qui veut dire qu'ils n'ont passé que 33 saisons ensemble. Normal, puisque le club parisien n'a que 40 ans... Il n'empêche, ce duel est presque autant un classique en Coupe de France (10 matches) qu'en Ligue 1. Je ne vous apprendrais rien si je vous disais que les Olympiens dominent les débats, avec six succès d'avance (32 à 26), un bilan encore plus avantageux en championnat (31 à 18 !). Ça veut dire qu'en Coupes, le PSG n'a perdu qu'une fois en 12 duels, pour 8 succès, ce qui confirme son statut historique d'équipe de coupes.

Dix-huit victoires, 16 nuls et 31 défaites, 72 buts à 91, c'est donc le bilan en championnat entre les deux équipes. Au Parc des Princes, le PSG domine de très peu : 13 succès à 9, 43 buts à 36. Si le club s'était imposé la saison dernière (2-1) il avait lourdement chuté l'année précédente (0-3) et l'année d'avant encore (1-3). D'ailleurs, le club phocéen n'a perdu qu'une seule fois lors de ses six dernières visites Porte d'Auteuil (3 nuls, 2 succès). Avant la victoire de novembre 2010, il fallait remonter à novembre 2004 pour retrouver un succès du PSG dans son antre (2-1). C'était alors sa quatrième d'affilée contre son meilleur ennemi, toutes compétitions confondues...

Chacun son tour

Ce duel est souvent une histoire de cycles. Ainsi, on l'a vu, les derniers duels ont surtout tourné en la faveur des Marseillais, qui n'a perdu que deux fois en 11 matches contre le PSG, tous terrains et compétitions confondues, et 3 fois en 15 matches de championnat. Il y a une petite dizaine d'années, la tendance s'était brièvement inversées, notamment lorsque Ronaldinho brillait à Paris : huit succès consécutifs entre le 26 octobre 2002 et le 10 novembre 2004, dont cinq en championnat. En revanche, lorsque le PSG avait battu Marseille le 4 mai 1999, privant du titre le club phocéen (2-1), il restait sur... neuf ans et 13 matches sans succès contre l'OM en championnat, si on excepte la demi-finale de la Coupe de France 1995 (2-0), contre des Marseillais alors en Ligue 2, et s'appuyant sur des cadors comme Didier Wacouboué, Joël Cantona ou Franco Vignola...

Ce qui est intéressant de constater, c'est l'influence qu'a eu la médiatisation "forcée", instaurée notamment par Canal Plus au début des années 90 histoire de vendre encore mieux son produit, de ce duel. Avant l'été 1990, le PSG recueillait 0,88 points par match contre Marseille (avec la victoire à deux points), contre 0,91 depuis. Sur ce plan là, c'est vrai que l'évolution est mince. Sauf qu'il faut considérer les années 70 comme les débuts du jeune PSG face à un mastodonte comme l'OM, qui, en 1972, venait de gagner deux titres de champion et faisait souvent jeu égal avec le grand Saint-Étienne. Résultat, dans les 70's, Paris n'a pris que 0,71 points par match contre ce qui n'était pas encore son grand rival.

En revanche, les années 80 ont vu l'avènement à un plus haut niveau du club parisien, champion en 1986 et vainqueur de deux Coupes de France, tandis que Marseille tentait de se relever de son passage à l'étage inférieur, entre 1980 et 1984. Résultat, de 1980 à 1990, ce sont les Parisiens qui mènent légèrement les débats (1,08 points par matches), face à un OM qui sera quand même champion deux fois, en 1989 et en 1990. Survient alors la médiatisation évoquée plus haut, la création artificielle de l'antagonisme entre deux clubs qui, jusque là, ne se calculaient pas plus que les autres. Et là, les chiffres s'inversent.

Alors que dans les années 90, Marseille connaîtra à nouveau une période en Ligue 2 (1994/1996) mais aussi deux autres titres de champion (1991, 1992, sans parler de 1993, qui lui avait été retiré suite à l'affaire VA-OM), le PSG, qui lui va être un de 10 meilleurs clubs européens de la décennie, avec une victoire en Coupe des Coupes, une finale l'année suivante ainsi que 5 demi-finales européennes consécutives, est dominé dans les duels (0,95), avec à la clé une seule saison à plus de deux points contre son adversaire, en 1998/1999 (3 points), alors que le club ne jouait que la 9e place... l'année de son deuxième titre, en 1993/1994, le PSG ne prendra qu'un point.

Alors que les résultats de Marseille ne sont pas forcément meilleurs que les siens depuis 20 ans, du moins sur le plan des titres (dans les années 2000, l'OM a pris en moyenne 3,6 points de plus que le PSG, qui en a pris 0,08 de plus durant la décennie précédente), Paris a semble-t-il récupéré un complexe d'infériorité particulièrement tenace face à un adversaire, contre qui il avait perdu ses premiers matches véritablement médiatisés, ce qui l'a manifestement marqué au fer rouge. Depuis, une victoire du PSG dans le Clasico semble presque un exploit pour ses supporters, qui vivent ces rares évènements comme des victoires européennes, ou presque. Chacun d'entre eux se souvient de chacune d'entre elles comme des victoires sur le destin, l'adversité. C'est sans doute aussi le cas pour leurs vis-à-vis sudistes, mais pour d'autres raisons que le seul enjeu sportif...

Pauleta dans son jardin

Autre particularité du Clasico : le PSG domine son adversaire sur un plan, celui du meilleur buteur depuis 1990, Pauleta (6 buts). Étonnant de voir que si les joueurs marseillais (hors csc) ont marqué 12 buts de plus que les Parisiens (55 à 43) sur cette période, leurs meilleurs buteurs se nomment Maurice, Boksic, Niang, Van Buyten et Battles, et émargent à trois buts. Ils devancent quelques joueurs inattendus, comme Boli, Cana ou Heinze (2 buts). Dans le même temps, l'Aigle des Açores domine trois joueurs à trois buts également, Leroy, Ronaldinho et Hoarau. Ce dernier fait partie des trois Parisiens actuels ayant déjà marqué lors d'un Clasico, avec Luyindula (2 buts) et Chantôme (1 but), pas spécialement des titulaires. Côté Olympiens, ils sont cinq, Ayew (2 buts), Amalfitano, Cheyrou, Rémy et Valbuena (1), qui eux jouent plus régulièrement... Ce qui sera sans doute un avantage, ce soir.

A noter également que plusieurs joueurs ont marqué contre leur ex ou futur club, comme les Parisiens Leroy, Fiorèse et Luyindula, qui ont chacun marqué 2 buts contre Marseille, ainsi que Weah, futur et éphémère joueur de l'OM en 2000/2001, et les Marseillais Maurice (3 buts contre le PSG), Cana (2), Fournier, Gravelaine et Pouget (1 but chacun). A noter que Gabriel Heinze, lui, a d'abord brillé contre Marseille (1 but) avant de rendre ses anciens supporters malades, une fois passé chez l'ennemi (2 buts)... C'est le seul dans ce cas.

Ce qui est bien avec les stats, c'est qu'elles auront très probablement évolué dans quelques heures ! A plus tard, donc ! Et n'hésitez pas à réagir !

samedi 17 mars 2012

Les jeunes et les autres

Salut à tous,

Bonne nouvelle pour les amateurs de chiffres, j'ai fait une nouvelle petite stat intéressante. Curieux de savoir sur quel genre de joueurs les différentes équipes du championnat se reposaient suivant leurs moyens et leurs ambitions, j'ai fait une petite pyramide des âges, d'abord générale, et ensuite en différenciant les joueurs appartenant aux dix premières équipes, puis à aux autres. Voici le résultat :



A première vue, il n'y pas de grandes différences. Effectivement, quelque soit le classement de chaque équipe, il semble y avoir en Ligue 1 une grande concentration de joueurs âgés de 21 à 27 ans, et notamment de 22 à 25. C'est assez jeune : cela montre que les équipes de Ligue 1 ont du mal à attirer, et surtout conserver, leurs joueurs dès qu'ils passent les 25-26 ans. C'est précisément l'âge qu'avaient Adil Rami ou Yohan Cabaye lorsqu'ils ont quitté Lille pour rejoindre l'Espagne et l'Angleterre. C'est le parcours le plus classique : formation, révélation puis confirmation en France, avant un départ pour l'étranger. Ce qui est dommage, c'est qu'il est souvent convenu que le meilleur âge d'un footballeur se situe justement entre 27 et 31 ans, période dont profitent en général les clubs étrangers. Quels joueurs appartenant à cette catégorie d'âge disposent d'un statut d'international actuel en Bleu, tout en évoluant en Ligue 1 ? Valbuena (27 ans), Alou Diarra (29), Hoarau (27) et Réveillère (31). Hormis le premier nommé, ces joueurs semblent assez loin de l'équipe-type actuellement.

Autre phénomène intéressant, qui confirme cette théorie : après un sérieux creux chez les 29-30 ans, les trentenaires "reviennent", en tous cas connaissent une hausse, sans qu'ils parviennent cependant à concurrencer leurs congénères les plus jeunes. Logique : une carrière professionnelle de footballeur durant en moyenne 7 ans, et la Ligue 1 étant avant tout un championnat formateur, il est normal que les joueurs de 20 ans et quelques soient plus nombreux que les trentenaires, qui restent cependant utiles et en nombre suffisamment important pour encadrer ces mêmes jeunes. C'est ainsi qu'on note que les joueurs de 20 ans sont un peu plus nombreux (23) que les joueurs de 30 ans (21). Mais ceux de 31 et 32 ans, eux, sont beaucoup plus nombreux, à hauteur des joueurs de 29 ans. Quant aux plus de 32 ans, après 33 ans ils deviennent quasiment des étrangetés (14 au total)...

Les différences entre les clubs du bas et du haut du tableau (à noter que ces pyramides ne seront sans doute plus tout à fait les mêmes lundi matin, le classement du ventre mou étant évidemment voué à bouger sensiblement à chaque journée, mais il s'agit de tendances, pas de vérités absolues) sont visibles sur deux points : les joueurs de 23 ans, et les trentenaires.

Avant cela, on constate à l’œil nu que les équipes du bas du tableau utilisent plus de joueurs, une impression confirmée par les chiffres : 244 contre 214, soit 1,5 joueur en plus par équipe. Vu comme ça, ça ne semble pas énorme, mais en tous cas ça montre un phénomène récurrent, c'est que quand ça va mal, on essaie beaucoup de choses, on fait tourner son équipe... Ainsi, Montpellier a utilisé 20 joueurs de champs, Lille 21, contre 27 à Brest ou Lorient, 25 à Dijon ou Nancy, 26 à Nice.

On fait aussi jouer des jeunes, pour cette raison mais aussi par manque de moyens, et ça se voit nettement sur les pyramides : les joueurs de 23 ans sont plus de deux fois plus nombreux dans le bas du tableau (28) que dans le haut, où il y a un véritable creux (13). Étrange d'ailleurs, dans la mesure où les joueurs de 22 ans, eux, sont les plus nombreux chez les cadors (24)... Les clubs cassés de 11 à 20 ont également pléthore de joueurs de 27 ans (24 à 13). Une explication possible : au moment du traditionnel départ hors de France évoqué plus haut, ceux qui n'ont peut-être pas assez de talent, où n'ont pas su le montrer, restent dans leurs clubs, ou partent dans des clubs français de niveau égal. Alors que pour les joueurs de 25-26 ans qui évoluent dans de plus gros clubs, il est plus facile, voire logique, de partir à l'étranger. Je reprends l'exemple de Rami et Cabaye : s'ils avaient évolué à Sochaux ou Brest, seraient-ils partis aussi facilement dans de grands championnats ? Vu que leur club était champion de France, la logique de leur progression les emmenait là-bas. En revanche, regardez Marvin Martin : à 24 ans, s'il était parti, il serait probablement allé dans un grand club français, Paris, Lyon ou Marseille, pas à l'étranger. Mais la prochaine étape de sa carrière, surtout si Sochaux descend, le mènera dans ces clubs... ou ailleurs, vu son statut d'international.

Enfin, le dernier phénomène concerne les "plus de 31 ans", comme j'aime à les appeler, et qui marquent un peu plus de 8% des buts en Ligue 1, soit à peine plus que les joueurs de moins de 21 ans (8%), alors qu'ils sont nettement plus nombreux (53 à 43). L'explication de ce décalage se situe peut-être dans le fait qu'ils évoluent majoritairement dans des clubs de la deuxième partie de tableau, qui marquent donc moins en moyenne. Si les 32 ans sont comparables, la différence se situe après : onze 33 ans à 2, quatre 34 ans à un dans l'autre sens mais trois 35 ans à zéro. En revanche, il y a trois 36 ans dans le haut du tableau à zéro, autant de 37 ans (1 chacun), et le seul joueur de 38 ans, Thierry Debès, évolue à Ajaccio. Mais attention, parce que le joueur de 37 appartenant au "haut du tableau" se nomme Jérôme Leroy, et est licencié à Evian-Thonon-Gaillard, 10e du classement... Il pourrait rapidement changer de pyramide.

La différence se situe donc surtout chez les joueurs de 33 ans. Pourquoi un tel écart, de un à cinq, alors qu'on constate souvent que ce sont ces mêmes joueurs qui font la loi dans les très clubs européens comme Milan, Chelsea voire Barcelone ? Parce qu'il ne s'agit pas des mêmes joueurs ! D'abord, les "gros" clubs français, hormis le PSG, n'ont pas vraiment les moyens d'avoir dans leurs rangs des grands joueurs du calibre de Lampard, Drogba, Xavi ou van Bommel. Et puis, il y a aussi un choix de ces clubs, qui sont avant tout Français : dans notre pays, et notamment pour les sportifs, passer l'âge de 31 ans équivaut à basculer dans la catégorie des décatis, des inutiles, des perdus d'avance, ce qui est loin d'être le cas en Italie ou en Angleterre. Pourquoi ? Parce que miser sur un joueur de cet âge équivaut à certainement perdre de l'argent sur une revente qui risque d'être nulle, ou très faible, alors que dans ces championnats, la notion d'économie et de budget équilibré est quasi nulle.

Dans ce domaine, seul le PSG, qui n'a plus peur de perdre de l'argent, a pris ce risque : en misant sur Lugano (31 ans, 3,5 millions d'euros), Motta (29 ans, 11,5), Alex (29 ans, 5) et Maxwell (30 ans, 3,5), il a privilégié l'expérience, au détriment de la sûreté économique. Pas sûr que le club parisien récupère beaucoup des 23,5 millions dépensés pour ces quatre joueurs lorsqu'ils partiront, à 32 ou 33 ans... s'ils restent aussi longtemps. Mais c'est comme ça aussi que ça se passe, à Milan ou ailleurs. Un exemple extrême : Pippo Inzaghi, est arrivé à Milan en 2001 pour la bagatelle de 41 millions d'euros, un de moins que Pastore. Plus de 10 ans plus tard, il repartira sûrement gratuitement de Lombardie, en retraite ou ailleurs. Lyon avait fait ça pour Anderson, acheté par Lyon 16,5 millions et parti pour zéro quatre ans plus tard. Mais personne n'avait dit à l'époque que c'était de l'argent perdu, vu tout ce que le Brésilien avait apporté au club lyonnais...

Bref, j'ai digressé. Toujours est-il qu'il s'agit d'une explication comme une autre pour expliquer l'absence de joueurs d'expérience dans les gros clubs, alors que les petits sont souvent un point de chute idéal pour des joueurs en fin de carrière, parfois de retour de l'étranger (Zebina, Brest). Chez nos fameux joueurs de 33 ans, on note aussi la présence de bons joueurs de clubs qui ont réalisé une carrière sans éclat mais très honorable, en Ligue 1 et en Ligue 2, comme Ducourtioux (Valenciennes), Maire (Ajaccio), Proment et Deroin (Caen), Audard et le Lan (Lorient), Grégorini (Nancy), et Edouard Cissé (Auxerre). Certains d'entre eux, on le voit, ont aussi un passé dans des clubs plus huppé, qui ont plus de mal à leur faire confiance après 31 ans, notamment les deux derniers nommés, qui sont passés par Marseille. En tous cas, quasiment tous ces joueurs, à la fois expérimentés mais encore assez jeunes pour être performants sur la durée, sont des titulaires indiscutables dans ces clubs pour qui une telle expérience est vitale. Le fait qu'il n'y en ait aucun à Sochaux, par exemple, est assez parlant, je trouve.

Dans le haut du tableau, qui sont les deux joueurs de 33 ans ? Dalmat, qui ne joue plus à Rennes d'un commun accord avec son club, et Souleymane Diawara (Marseille), qui lui est un cadre dans son club. C'est le seul de son âge dans un gros club français. Étonnant non ?

A plus tard, et n'hésitez pas à réagir à ce post !

mardi 17 janvier 2012

Têtes brûlées

Salut à tous,

Y a un adage, dans le foot, qui dit qu'il vaut mieux ne pas trop trahir le moule qui nous a produit, si on veut faire carrière dans ce métier. Je ne sais d'ailleurs pas pourquoi on le réserverait au football, je pense qu'il doit fonctionner un peu partout dans notre société. D'ailleurs, je pense même que c'est exactement ce qui régit notre société. Mais je dévie un peu.

Il y a des exemples de joueurs atypiques dans leur comportement, et qui s'en sont à peu près sortis, sans pour autant respecter à la lettre le guide de bonne conduite du bon footeux. Par exemple, on peut citer Éric Cantona, qui a bien failli ne pas être l'immense joueur qu'il a été en Angleterre, après avoir fait à peu près n'importe quoi en France, à Marseille ou à Bordeaux notamment, sans parler de son passage improbable à Nîmes, juste avant son départ pour Leeds. Entre ces deux derniers clubs, il avait carrément annoncé sa retraite sportive... pas besoin, ensuite, d'énoncer ses faits d'armes dans le nord de l'Angleterre. Malgré un kung fu et quelques déclarations rigolotes, il reste une idole à Manchester, où des joueurs comme Beckham, Scholes ou Ronaldo ne sont pas parvenus à le déloger dans le cœur des supporters.

Plus près de nous, il y a Vikash Dhorasoo, qui n'a jamais réussi à s'intégrer dans un effectif, notamment à Lyon où Coupet lui aurait volontiers fait une tête au carré, alors que ses qualités exceptionnelles de football auraient sans doute du lui permettre de faire beaucoup mieux. Pourquoi ? Sans doute parce qu'il n'est pas de droite, ce qui ne doit pas être fréquent dans ce milieu, parce qu'il lit des livres, et possède un recul et un humour sarcastique peu compatible avec celui, plus proche du sol, de ses congénères. Son film, tourné pendant qu'il cirait le banc lors du Mondial 2006, est le point culminant d'une carrière terminée en point d'interrogation, mais qui l'a quand même vu briller à Lyon, voire même à Milan et au PSG. Pas si mal.

Toujours dans la série "surdoués incompris", notons la présence de deux joueurs au profil assez similaire, Mickaël Pagis et Jérôme Leroy. Le premier, faux avant-centre mais véritable sosie de Brad Pitt, comme le second, milieu polyvalent formé au PSG et qui n'a jamais cessé de changer de clubs au gré de ses envies, n'ont jamais été mus par autre chose que le plaisir de jouer, le jeu, l'esprit. Nonchalants, coléreux, eux aussi auraient pu viser plus haut que le statut de bons joueurs de Ligue 1. Mais ils n'ont jamais accepté de faire les sacrifices nécessaires pour cela, à savoir écraser les autres, faire le beau avec la presse pour obtenir de bonnes notes, céder à la langue de bois, respecter un plan de carrière précis... Non, ils suivaient leur cœur, leur instinct, sur et en dehors du terrain. Au final, même s'ils n'ont pas respecté le code, ils finissent ou ont fini leurs carrières respectives avec la reconnaissance, peut-être pas celle du milieu mais sans doute du public : ils étaient des joueurs purs, des diamants bruts, et qui en plus faisaient lever les stades. Même la presse, qu'ils n'ont pourtant pas vraiment caressé dans le sens du poil, les encense aujourd'hui. Comme Cantona, qu'elle avait pourtant tenté d'écraser à chaque incartade auparavant.

Et puis, il y a des joueurs qui, une fois avoir côtoyé ce milieu si particulier, décident carrément de saborder des carrières prometteuses. Et là, le public, bien aidé par des médias narquois, ne comprend pas : ces mecs ont l'occasion de faire un des meilleurs métiers du monde, souvent rémunéré très au-delà du raisonnable, alors que la crise frappe le monde, et ils refusent de le faire malgré des aptitudes très au-dessus de la moyenne ? Des petits cons, voilà ce qu'ils sont, c'est sûr et certain. Un avis péremptoire et définitif, comme le foot peut en générer si souvent.

Ainsi, il y a quelques mois, Javi Poves, défenseur du Sporting Gijon, en Espagne, décidait d'arrêter sa carrière, à 25 ans. Raison invoquées ? Pas une rupture du troisième ligament interne croisé de la malléole gauche, non non. Je cite : "Le football pro c'est seulement argent et corruption. C'est du capitalisme, et le capitalisme c'est mort. (...) Ce que je sais, c'est que je ne veux pas vivre prostitué comme 99% des gens (...) Je ne veux pas être dans un système qui se base sur les profits qui se font sur la mort d'autres personnes en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie. A quoi ça va servir de gagner 1.000€ plutôt que 800€ ? (…) Ce qu'il faut faire c'est aller dans les banques et les brûler, couper des têtes".

Un avis comme un autre, un peu puéril et paradoxal, mais que l'on devrait quand même respecter au plus haut point, pas forcément sur le fond, mais sur la forme, l'esprit. Poves a une conscience, et il la met avant tout le reste, notamment sa réussite sociale et financière. Un geste noble, même s'il peut paraître aberrant au premier abord. Mais qui peut reprocher à un footballeur de ne pas vouloir gagner des centaines de milliers d'euros par an - ou par mois - alors qu'on leur reproche justement l'inverse à chaque heure qui passe ?

Et puis il y a Kevin Anin, 25 ans lui aussi. Un mystère, paraît-il. Un joueur surdoué, une force de la nature, un milieu à l'abattage énorme, capable à lui seul de permettre, l'an passé à Sochaux, à Marvin Martin, Ryad Boudebouz ou Modibo Maïga de jouer au foot comme ils l'aiment, c'est-à-dire en ne défendant pas trop, puisqu'il le faisait pour eux. Cette année il joue peu, et ça se sent. Au Havre, son club formateur, il jouait milieu offensif droit, vous imaginez... un destin à la Makelele en quelques sortes, mais en plus rapide. Peut-être un peu trop, même.

Manifestement, il ne veut plus rester à Sochaux. On le comprend, certes, même s'il a forcément des devoirs envers son employeur. Bouder, c'est moche, ne pas s'entraîner et disparaître, aussi. Le garçon veut partir, point barre. Un comportement énervant, puéril, qui donnerait envie de lui coller quelques mandales si le gamin ne frôlait pas les 1m90 pour 90 kilos de muscles.

Mais je me rappelle d'une interview de lui dans l’Équipe, il y a quelques temps, où il y évoquait son dégout de ce milieu, qu'il n'avait pas forcément envie d'y traîner ses guêtres trop longtemps. Que lui voulait juste jouer au football, sans se prendre la tête, et qu'il était capable de le quitter quand il le voulait. Un peu ce que disait Cantona, à une époque.

Effectivement, on sent qu'il n'est pas heureux. Malgré son talent indéniable, peut-être devrait-il arrêter sa carrière pro. Si c'est pour signer à Nice... difficile d'y voir une amélioration sportive. A-t-il encore envie de faire les efforts pour réussir dans un milieu qui ne lui plait manifestement pas ? Jusqu'où veut-il aller ? Veut-il une carrière à la Pagis ou à la Leroy ? Il en a les moyens, mais dans ce cas il doit jouer, et ne plus se cacher. S'il veut faire comme Cantona, il est sur la bonne voie, mais il n'a pas intérêt à se planter dans ses choix futurs. Car le King a certes quitté certains clubs en claquant la porte... mais il a en a ouvert d'autres, avec beaucoup plus de discernement qu'il n'en paraissait à l'époque.

A plus tard !