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jeudi 13 décembre 2012

Le Messi en chiffres

Salut,


Ce matin, offrons nous un petit post stats sur le record de Lionel Messi, et ses 88 buts sur une année civile... on repassera sur l'éventuelle "polémique" à propos de ce joueur zambien qui en aurait marqué 107 en 1972. Je dois avoir un grand-oncle qui en a marqué 157 en championnat du dimanche matin du Nord-Pas-de-Calais en 1923, ma lettre à la FIFA est déjà postée.

Des records à la pelle
Ce week-end, Lionel Messi a dépassé Gerd Müller, le mythique avant-centre du Bayern Munich. Le petit Argentin a évolué cette année dans deux équipes qui marquaient beaucoup : 3,5 buts par matches pour le Barça, 3,25 pour l'Argentine. Contrairement à ce qui se dit souvent, Messi n'est donc pas l'unique arme offensive de ces équipes, puisqu'il a marqué 45,8 % des buts catalans, et 46 % des buts Argentins. L'Argentin a d'ailleurs distribué 18 passes décisives sur l'année civile, rien qu'en club...

Titulaire de trois Ballons d'Or, et sans doute bientôt d'un quatrième, Messi est également devenu le meilleur buteur de l'Histoire du Barça, avec 285 buts en 353 matches, toutes compétitions confondues mais aussi en Liga (192/229) et en Ligue des Champions (56/74), dont il est le deuxième meilleur scoreur de l'Histoire. Il est le joueur ayant marqué le plus de buts lors des Clasicos contre le Real Madrid (17/20), et le Catalan ayant inscrit le plus de triplés (21, dont 15 en Liga), avec notamment deux d'affilée contre Valence puis Saragosse en 2009/2010). Il est également déjà le quatrième buteur de la sélection argentine, derrière Batistuta (56), Crespo (35) et Maradona (34), qui ne le devance que de trois buts.

Une irrésistible progression
Avec 88 buts en 67 matches officiels, Messi boucle sa première année civile à plus d'un but par match. En 2011, il tournait à 0,84 et à 0,94 en 2010. En revanche, c'est la deuxième saison où il tourne à plus d'un but par match, puisqu'il avait inscrit 82 buts en 69 rencontres en 2011/12. Müller, lui, a réussi cinq fois cette performance en 14 saisons au Bayern Munich. C'est en revanche la deuxième année civile où Messi marque plus de buts qu'il ne joue de match en championnat (56 en 36 rencontres!) après... 2010 (42/36), après une année 2011 plus « faible » (31/35). En Ligue des Champions, il en est à trois années consécutives à au moins un but par match (12/12 en 2010 et 2011, 13/12 en 2012). Il est d'ailleurs le quadruple meilleur buteur de la compétition, un autre record.

Sa compétition favorite depuis le début de sa carrière en terme de moyenne de buts est le championnat (0,84) devant la Ligue des Champions (0,76), si l'on excepte la Super Coupe d'Espagne (10 buts en 9 matches) et la Coupe du Monde des Clubs (4/4). En revanche, il ne semble pas passionné par la Copa del Rey (34 matches, 22 buts), mais il n'est pas le seul. En sélection, il est également loin de ses canons habituels (76 sélections, 31 buts), mais a nettement haussé le rythme en 2012 (12 buts en 9 matches), après plusieurs années à tourner à 0,28.

Il est intéressant de constater sa hausse quasi continue de buts depuis ses débuts. Après une première année blanche, en 2004 (7 matches, 0 but), il ne marque que 3 buts en 21 rencontres en 2005. Il passe à 0,36 en 2006, puis à 0,56 en 2007. Après un fléchissement en 2008 (0,46), il remonte en 2009, année du premier de ses quatre Ballons d'Or consécutif (0,64). On l'a vu, c'est vraiment en 2010 qu'il explose (0,94), il gère en 2011 (0,84) avant de franchir un nouveau palier en 2012 (1,31). Une progression qui laisse présager une suite de carrière phénoménale, lui qui n'a que 25 ans...

Ajoutons enfin qu'en 2012/2013, Messi tourne à un but toutes les 56 minutes, un toutes les 70, toutes compétitions confondues !

Un buteur par rafales
Passons en détail ces 88 buts historiques. La première partie de l'année a été un peu plus prolifique (1,37) que la seconde (1,23). Les meilleurs mois de l'Argentin ont été mai et juin, durant lesquels il a tourné à deux buts par match (8/4 puis 4/2), devant mars (1,86). Les rares mois où il n'a pas réussi à marquer un but par match ont été janvier (0,875) et septembre (0,71). Au final, et si on enlève les 9 semaines de trêve estivale (du 9 juin au 15 août) et les 2,5 qui nous séparent de la fin de l'année, il a donc marqué 88 buts en 40,5 semaines, soit une moyenne de 2,17, plus de 0,3 par jour. Il a pourtant passé 22 matches sans marquer, soit quasiment un tiers du total ! Mais dans le même temps, Messi a signé 20 doublés, 7 triplés, 2 quadruplés et un quintuplé, le 7 mars dernier contre Leverkusen, en 8es de finale de la Ligue des Champions (7-1). Lors des 45 matches où il a marqué au moins une fois, il ne s'est pas arrêté là dans deux cas sur trois (30, soit 67 %) !

Notre gaucher s'est montré plus polyvalent que le grand Pelé, quelque peu jaloux de la place prise à ses côtés au panthéon des plus grands joueurs du monde, veut le reconnaître. Certes, la « pulga » (1m69) n'a marqué que trois fois de la tête, une gageure vue sa taille. En revanche, il a marqué 8 buts du droit, 9 % du total, mais un chiffre des plus honorables. Mais il faut dire que Messi a inscrit la bagatelle de 13 penaltys et surtout 7 coup-francs, évidemment marqués de son meilleur pied, soit 22,7 %. La meilleure preuve que Messi est un joueur complet, c'est son statut, puisqu'il n'est pas une pure pointe...

lundi 26 novembre 2012

Les buts étrangers en Europe


Salut à tous,

Comme vous le savez, j'apprécie particulièrement de découper le football en tranches grâce aux chiffres, le seul moyen totalement objectif, a priori, pour décortiquer quelque chose, et notamment un sport. Un chiffre n'a pas de club préféré, pas d'a priori, pas de fatigue oculaire, pas d'"impression visuelle"... le chiffre ne dit pas tout, mais il ne peut pas se tromper. C'est mathématique. Seul celui qui les manipule peut le faire.

Ce soir, je voudrais revenir sur la saison dernière, à travers un prisme qui, selon moi, en dis beaucoup sur le niveau, la culture et le visage de chacun des cinq grands championnats : le nombre et la nature des buts marqués par les étrangers dans leur compétition respective. Vous allez voir, c'est extrêmement parlant.

L'Afrique reine en France, ignorée en Italie

Parlons d'abord de la Ligue 1, qui se démarque par rapport à celui de ses voisins sur un point sur lequel je reviens souvent ici : l'importance des buts africains qui le caractérise, phénomène qui est complètement absent dans les quatre autres championnats. L'Afrique est
devancée par l'Europe en Allemagne et en Angleterre, et par l'Amérique du Sud et l'Europe dans les pays latins, l'Espagne et l'Italie. L'Amérique du Sud, deuxième en France, est troisième dans les pays anglo-saxons cités plus haut, et première chez les latins. Ceci présenté, on assiste déjà à la singularité de la Ligue 1 : l'an passé, il y avait 11 pays africains dans les 15 pays les plus représentés dans son classement des buteurs, contre 3 sur 17 en Allemagne, 4 sur 15 en Angleterre et en Espagne, et un seul dans les 23 premiers en Italie. En revanche, s'il n'y avait qu'un seul européen dans les 12 premiers en Ligue 1, il y en avait 11 sur 17 en Allemagne et 13 sur 20 en Angleterre. Il y avait également deux sud-américains dans les 20 premiers en France, 2 sur 19 en Allemagne, 1 sur 18 en Angleterre, contre 7 sur 12 en Espagne et 5 sur 7 en Italie !

Un petit crochet sur le taux de buts étrangers dans ces 5 pays : la France fermait la marche avec 47,8 %, derrière les deux latins, l'Espagne (50,6) et l'Italie (51,5), quand l'Allemagne (58,6) et l'Angleterre (64,9) voient une nette majorité de buteurs étrangers briller sur leurs pelouses. Difficile d'expliquer ce phénomène, une meilleure santé financière peut-être, mais c'est comme ça. En tous cas là encore, on note une fracture entre les meilleurs championnats du nord et ceux du sud, la France, malgré son originalité et ses racines latines, semblant plutôt emprunter le chemin de ceux du nord pour l'instant.

L'Argentine, évidemment

Si on additionne les buts étrangers de ces cinq grands championnats, l'Argentine l'emporte très largement : 363 buts, contre 199 pour le Brésil, son dauphin, qui devance les Pays-Bas (112) et... la France (103). Cette dernière réussit donc l'exploit d'être extrêmement bien classée alors qu'elle n'est logiquement pas représentée dans son propre championnat, comme l'Espagne, 11e avec 59 buts, l'Allemagne, 34e avec 23 buts, l'Italie, 38e avec 22 buts, et l'Angleterre, 70e avec... 4 buts, tous inscrits par le Lillois Joe Cole en Ligue 1 ! La France qui est 14e en Allemagne (13 buts), 7e en Angleterre (38), 4e en Espagne (38 également) et 9e en Italie (14). Dans le même temps, les Argentins sont 2e en France (45), comme cette saison d'ailleurs, seulement 45e en Allemagne avec 1 petit but, 2e en Angleterre (47) et largement première dans les deux championnats latins, avec 122 en Espagne (Messi oblige...) et... 148 en Italie ! La filiation entre l'Italie et l'Argentine, qui parle déjà dans les patronymes argentins, est très forte depuis un petit moment. Tout comme avec l'Uruguay.

Dans ce classement général, on notera que le Sénégal fait mieux contre le Portugal de
Ronaldo (90 contre 89 buts), les Lions étant très présents en France (28) mais aussi en Angleterre (33), alors que le Portugal ne brille quasiment qu'en Espagne (69). On note aussi les contre-performances de pays habituellement habitués à être pillés par les grands championnats, la Serbie (35), la République Tchèque (26), la Roumanie (21), la Bulgarie (16) ou la Russie qui, avec 10 petits buts, est coincée entre le Kenya (11) et la Slovénie (9). En revanche, belles performances de pays moins attendus comme l'Autriche, très présente en Allemagne évidemment (36 sur 41), le Japon, également brillante outre Rhin (24 sur 30), le Mexique (29) ou Israel (24), nouvelles cibles des recruteurs européens.

L'Allemagne européenne, l'Italie argentine

Allons par pays à présent. On a vu la Ligue 1, passons à l'Allemagne. Quatre pays européens monopolisent les quatre premières places (Pays-Bas, 51, Pologne, 38, Autriche, 36, Croatie, 35). Soit un recrutement très local, a priori. Les Européens avaient d'ailleurs marqué 330 des 513 buts européens, soit plus de 64 %, le plus gros taux des cinq championnats, devant l'Angleterre (62). La Bundesliga qui n'hésite pas à s'ouvrir pourtant au football asiatique, avec le Japon, 7e pays le plus représenté (24), la Corée du Sud (18e avec 10 buts) et l'Iran (3 buts). Si le Brésil est en difficulté à la 8e place (il est 21e en Angleterre, mais premier en France, 3e en Espagne et en Italie), l'Argentine, je l'ai dit, est quasi inexistante (1 but). En revanche, le Pérou de Pizarro, lui, est très bien placé (5e avec 28 buts), une autre tradition allemande.

Du côté anglais, là aussi les Européens sont très présents, mais doivent quand même laisser la 2e place à l'Argentine (47, comme les Pays-Bas) et au Nigeria, 5e (41). La surprise provient du vainqueur en Angleterre : l'Irlande (52 buts), qui est totalement absente des quatre autres championnats ! C'est d'ailleurs une autre caractéristique du football anglais, qui ne date d'ailleurs pas d'hier et qui a bien résisté à la folle mondialisation qui a frappé l'Angleterre, comme ses voisins : les quatre autres sujets du Royaume y marquent leurs seuls buts, à l'image de l'Irlande, donc, mais aussi l’Écosse (4e avec 46 buts), le Pays de Galles (5e avec 41) et l'Irlande du Nord (5). Ces quatre pays n'ont marqué qu'en Angleterre, un cas quasi unique, avec les 16 buts de l'Islande, également en Angleterre, ou les 22 buts gabonais et les 18 Burkinabé en Ligue 1 A noter également que les Italiens y signent leur meilleur total (13 sur 22), tout comme les Espagnols (35 sur 59) et même la France (38 sur 103, comme en Espagne). Signe que la Premier League est peut-être au-dessus des autres, c'est la seule où les ressortissants des quatre autres grands championnats y brillent, hormis l'Allemagne (3).

Passons à l'Espagne. Logiquement, les chiffres stratosphérique de Messi (50) et Ronaldo (46), uniques en Europe, influent sur le classement des pays, dominés par l'Argentine (122) et le Portugal (69). La France de Benzema y signe son meilleur classement (4e avec 38 buts), derrière le Brésil (55). Parmi les 5 pays sud-américains présents dans les 7 premiers, notons l'étonnante 6e place du Venezuela, qui marque autant que la Colombie de Falcao (26) ! Les Mexicains y sont également très présents (17 buts). Enfin, la Liga est le championnat où le moins de pays étrangers sont représentés : 30 l'an dernier, contre 38 en France, 39 en Angleterre, 52 en Allemagne et 53 en Angleterre. Les 531 buts étrangers marqués en Liga sont donc concentrés chez les trois premiers (246, soit 46,3 %, contre 31 en Ligue 1, 24,4 en Allemagne, 21 en Angleterre et... 49 en Italie).

La Serie A qui ressemble donc pas mal à la Liga, avec cependant une plus grande importance des buts argentins, on l'a vu (148), qui domine nettement son dauphin et voisin, l'Uruguay (50), et le Brésil (47). Un trio sud-américain, donc, qui ne laissait que 30 buts au quatrième, la Suède d'Ibrahimovic, qui brillait au Milan AC l'an dernier (28 buts). Le Chili (25 buts, 5e) et la Colombie (18 buts, 7e) complètent le quintet des 5 sud-américains dans les 7 premiers, comme en Espagne. Bon classement également du Monténégro (22 buts, 6e). Le niveau très très faible des buts africains choque un peu (19 buts, dont 11 pour le Ghana. On sait que les supporters racistes y ont une grande influence, notamment à la Lazio, ceci explique peut-être cela.

Voilà, j'espère vous avoir un peu éclairé ! Dites moi ce que vous en pensez !

A plus tard !

vendredi 25 mai 2012

La victoire des Gauchos

Bonjour à tous,

Penchons nous un peu sur un aspect du football français : son aptitude à attirer des footballeurs venus de tous les horizons, de tous les continents, et comment ces derniers se sont comportés sur les terrains de l'élite nationale. Il y en a pas mal à dire.

Depuis 1950, les joueurs étrangers ont marqué 18 499 buts, soit 31 % du total. Au vu des canons d'aujourd'hui (entre 46 et 60 % depuis 10 ans), ça paraît peu, mais il ne faut pas oublier que jusqu'en 1996 et l'arrêt Bosman, l'obligation était de ne pas posséder dans son effectif plus de trois étrangers, quelque soit leur provenance. Aujourd'hui, cette règle ne concerne plus que les joueurs non européens. Et un nombre conséquent des joueurs africains qui brillent en Ligue 1 aujourd'hui ont la double nationalité, ce qui les exclu de ce compte. Mais l'augmentation qu'on constate aujourd'hui a mis quelques années pour se mettre en place, c'était une nouvelle culture à intégrer, ainsi que des départs et des arrivées, aussi : en 1999-2000, on en était encore à 36 %. En 2006, on atteignait 60 %, un record, avant de retomber à 48 % aujourd'hui.

Autre constat, qui comptera dans l'analyse du tableau qui va suivre, on marque beaucoup moins de buts qu'avant. Jusque dans les années 70-80, on marquait allègrement 3 buts par matches, et parfois plus de 3,4. On a donc perdu quasiment un but par matches en 50 ans, ce qui influe sur les scores des différents joueurs et autres pays. Du coup, les buteurs étrangers de l'époque sont avantagés, même s'ils marquaient moins en proportion...

L'Argentine, très loin devant

A présent, regardons le classement final ci contre, qui concerne donc les saisons 1950-2012. Première surprise, la gagnant. je m'attendais à un pays européen, africain ou même au Brésil, leader incontesté des deux dernières saisons, mais pas à l'Argentine. Je me disais que, certes, les meilleurs attaquants de l'histoire du championnat de France, en tous cas les plus prolifiques, avaient été Onnis et Bianchi, qui avaient quasiment battu tous les records dans les années 70, mais qu'ils allaient être un peu seuls. Après tout, dans ce cas, pourquoi pas la Croatie de Skoblar ou le Mali de Salif Keita, auteurs de 44 et 42 buts en 1971, record de France ? Mais pour gagner ce classement, il ne fallait pas seulement avoir ponctuellement de grands buteurs, il en fallait surtout des moyens, et tout le temps. C'est ce qu'ont fait les Gauchos.

Il n'y eut donc pas que des buteurs argentins ultra réalistes, il y en a eu plein d'autres presqu'aussi réalistes mais moins connus, comme Angel Ramos par exemple. En 1976, les quatre premiers buteurs étrangers sont argentins : Bianchi, Onnis et le Messin Curioni trustent les trois premières places, un cas unique dans l'histoire, suivi à la 6e place du Marseillais Yazalde. Qui connait les deux derniers ? A eux quatre, ils ont marqué 110 buts, l'Argentine en comptabilisant 143 cette année, un record là aussi. Seule l'Argentine a d'ailleurs réussi à marquer 100 buts ou plus en une année, en 1976 donc, mais aussi en 1974 (118), 1975 (113) et 1978 (115). On le voit les années 1970 n'y ont vu que du blanc et bleu. D'ailleurs, les Argentins y ont inscrit838 buts, soit près de 38 % de leur total.

La victoire des Argentins, c'est donc avant tout celle de la régularité, puisqu'il n'existe que deux saisons où aucun joueur de ce pays n'a réussi à marquer en France, en 1971 et en 1994 et 1995. Durant les 4 années suivantes, on ne compta que 13 buts argentins, avant que les 5 dernières années ne rétablirent la tradition des bons buteurs argentins, avec notamment Lisandro (185 entre 2007 et 2012).

Le Brésil, maître depuis 20 ans

Pourtant, je l'ai dit, le Brésil domine les débats depuis 20 ans. Les Brésiliens ont dominé les années 1990 (257) et surtout les années 2000 (705) avec une facilité déconcertante. Ses dauphins, d'abord l'Algérie (147) puis le Sénégal (365) n'ont rien pu y faire. Et la jeune décennie que nous vivons semble confirmer cette tendance (115, contre 82 à l'Argentine), même s'il en faudra encore d'autre pour voir les deux géants sud-américains se retrouver à nouveau au coude à coude. Plus de 800 buts, c'est un écart énorme.

Le problème du Brésil, c'est qu'avant les années 90, il n'existe quasiment pas en France, malgré quelques piges d'inconnus dont je vous épargnerais le nom. Dans les années 80, l'Argentine était déjà devant (389) devant la Bosnie d'Halilhodzic, entre autres (303) et l'Allemagne d'Allofs (233). A noter le bon score anglais durant cette décennie (99), notamment en 1999, où elle ne trouva pas de concurrent à sa mesure (50) ! Hoddle, Waddle, Hateley ou Allen sévissaient en France à cette époque. Dans le même temps, le Brésil  n'était encore qu'un aimable pays peu connu en France, sinon pour ses exploits en Coupe du Monde, mais dont les ressortissants rechignaient manifestement à rejoindre ces pays si froids l'hiver, comme l'Angleterre ou la France. Un manque de moyen, peut-être aussi. Ainsi, durant cette décennie, seulement 34 brésiliens furent inscrits, soit  moins que la Slovénie (52) ou le Danemark (85). Un peu plus de trois buts par saison, contre plus de 25 durant la décennie suivante, ça fait un choc.

Le Brésil de Paulo Cesar ou du Nîmois Luizinho se portait un peu mieux dans les années 70 (102), mais pas de quoi concurrencer la toute puissance argentine, la Serbie (354), la Croatie (178) et le Mali et l'Algérie (156 et 155). A noter le très bon score du Luxembourg de Nico Braun (123), qui n'était déjà pas une grande équipe, mais un peu plus forte quand même qu'aujourd'hui, où elle a du mal à placer ne serait-ce qu'un joueur valable dans un championnat européen honnête...

Même chose dans les années 60, où le Brésil est encore anonyme (64). Dixième, il est devancé par l'Argentine, on l'a vu, l'Algérie (287), le Cameroun (179), la Serbie (159 et même la Suisse (75). Rebelote dans les années 50, avec 105 buts. Cette décennie est particulière, puisque c'est la seule dominée par un pays européen, et même deux : la Suède de Gunnar Andersson (408) et les Pays-Bas de Rijvers (326). L'Argentine suit quand même (285). Le fait que certaines colonies françaises ne soient pas encore indépendantes joue forcément dans les fait que les pays africains sont moins à la fête durant cette décennie, puisqu'ils sont comptés dans les buts français...

L'Europe en tête, mais...

Étudions maintenant ces chiffres par continent. Depuis 62 ans, l'Europe est en tête (7570 buts) devant l'Afrique (6623) et l'Amsud (4134), les trois autres continents se partageant 172 buts... Mais depuis 1996, soit la promulgation de l'arrêt Bosman, et hormis en 1998, les Africains dominent leurs concurrents. La courte avance du début (10 en 2001) s'est très vite transformée en écart gigantesque : 89 l'année suivante, 149 en 2005, 145 l'année dernière, 127 cette année... mais surtout, le dauphin a changé d'identité. Il était européen jusqu'en 2001, il est sud-américain depuis 2004. L'Europe, qui ne laissait que des miettes en 1951 (178 buts, contre 18 à l'Amsud et 7 à l'Afrique !) jusqu'en 1957, puis sans discontinuer de 1968 à 1995, n'est aujourd'hui que le troisième continent représenté en Ligue 1. Quelles sont les conséquences de l'arrêt Bosman ? Les championnats les plus riches, l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne, voire l'Allemagne, rassemblent les meilleurs joueurs de la planètes, notamment les meilleurs néerlandais, Portugais, etc, et gardent leurs ressortissants. On l'a vu, les Anglais brillaient en France à la fin des années 80. L'arrivée de Joe Cole à Lille, cette année, fut présentée comme un évènement l'été dernier, alors que ça aurait été presque banal il y a 25 ans. Surtout, ses 4 buts furent les premiers buts anglais en Ligue 1 depuis... 1992.

Même chose pour les Allemands, 13e du classement général, mais qui n'ont plus marqué en France depuis les 4 buts de Bierhoff en 2002, et après la grande époque Völler-Klinsmann, au début des années 90 ; les Italiens, eux, nous ont envoyé Di Vaio et Vieri dans les années 2000, mais surtout Padovano, Simone et Ravanelli dans les années 90. Mais depuis 10 ans, les Italiens tournent à 1,5 buts par année en Ligue 1, notamment les 2 buts de Thiago Motta pour le PSG cette saison, qui faisaient suite au but de Fabio Grosso, il y a 4 ans. Enfin, l'Espagne, 24e du classement général, n'a jamais vu aucun de ses buteurs briller en Ligue 1, hormis les 10 buts de Morientes avec Monaco, en 2004. Mais on ne compte que 4 buts espagnols depuis 7 saisons en France, et 12 entre 1993 et 2003. Le Portugal, lui, a surtout bénéficié des 141 buts de Pauleta dans les années 2000, soit plus de la moitié du total lusitanien (242) !

Les Pays-Bas sont dans le même cas, même s'ils ont particulièrement brillé dans les années 50, on l'a vu. Deuxième pays européen au classement, la Hollande n'a cependant marqué que 15 buts depuis 1998, soit à peine 1 par an ! Une véritable misère. Finalement, seuls les pays provenant de l'ancienne Yougoslavie se sont montrés réguliers, et pas qu'un peu : si on additionnait tous leurs buts, il seraient deuxièmes avec 1949 buts ! Un division qui n'empêche pas la Serbie d'être le premier pays européen, même si elle ne tourne qu'à 6 buts par an depuis 11 ans. Même chose pour la Croatie, célèbre pour ses grands buteurs, qui n'a marqué que 14 fois en 8 ans... Dans les années 2000, seule la Belgique de Hazard s'en sort (29), derrière les deux Sud-Américains et 7 pays africains ! En deux ans, les anciens Yougoslaves n'ont marqué que 24 buts, soit autant que la Pologne ou le Burkina Faso. Dans les années 2000, leurs 165 buts ne les auraient porté qu'au 7e rang, derrière le Brésil, l'Argentine, le Portugal et 4 pays africains. Rassemblés dans les années 80, ils dominaient les débats (549 buts). Dans les années 70 ils auraient juste été dominé par l'Argentine (671), et par l'Argentine et l'Algérie dans les années 60.

Bref, la domination est européenne est une idée lointaine. A ce rythme, l'Afrique pourrait être devant dans 8 à 10 ans. Ce ne serait pas forcément un mal, ça montre aussi la progression du foot africain. Mais ça démontre surtout l'incapacité du football français à attirer de bons footballeurs européens, et les meilleurs sud-américains. Tant que ça durera, les succès européens de nos clubs resteront un doux rêves.

Voilà, je crois que je vous ai fait une belle tartine... je vous laisse !