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dimanche 10 juillet 2016

La finale des outsiders

Salut à tous,

Alors, ça fait du bien non, cette finale qui se présente à nous ce soir ? Ce n’est pas parce que je vous ai oublié ces derniers jours que je ne vais pas me fendre d'un article pour parler un peu de ce match excitant, et qui pourrait sacrer championne d'Europe la génération la plus improbable de l'histoire de l'équipe de France... et aussi du Portugal.

La défense en chantier


En effet, on a l'impression qu'on s'apprête à assister à une finale entre deux outsiders de la compétition. Alors certes, on parlait de la France comme d'un possible vainqueur, mais surtout par rapport à sa bonne Coupe du Monde 2014 et à ses résultats amicaux plutôt emballants cette année, et surtout parce qu'elle allait évoluer à domicile, ce qui n'est pas un avantage négligeable, même si aucun pays organisateur n'a remporté son Euro depuis... 1984. Depuis, la RFA en 88, la Suède en 92, l'Angleterre en 96, les Pays-Bas en 2000 et le Portugal en 2004 avaient tous atteint au moins le dernier carré, voire la finale pour les partenaires de Luis Figo et du jeune Ronaldo. Si ce n'est pas une garantie absolue de victoire, c'est en tous cas un beau marche pied pour réussir un bon tournoi. Surtout quand le calendrier est particulièrement favorable (un troisième de groupe en huitièmes, puis forcément un deuxième en quart, une semaine de repos avant les huitièmes puis les quarts...).

En revanche, on pouvait douter de sa capacité à priver l'Espagne, tenant du titre, ou l'Allemagne, championne du monde, d'un nouveau triomphe, en raison des nombreuses absences qui ont marqué les dernières semaines de sa préparation. En effet, en plus de s'être privée de son meilleur attaquant (Benzema), elle a du enregistrer les forfaits de Debuchy, Varane, Zouma et Mathieu, ainsi que de la suspension préventive - à tort, une injustice flagrante pour ce garçon qui ne méritait pas un tel sort au vu des services rendus - de Sakho. Et ça, ce n'était qu'en défense, puisqu'il manque également au milieu Lassana Diarra, qui avait mis tout le monde d'accord au poste de sentinelle... qui de toutes façons n'existe apparemment plus dans cette équipe, désormais organisée dans un 4-2-3-1 dont plus personne ne voulait entendre parler il y a seulement quelques jours.

Les Bleus sont donc partis avec un système défensif ravagé, après avoir finalement appelé en renforts Umtiti, qui était réserviste, et Rami, qui lui était en vacances, et qui a finalement entamé la compétition comme... titulaire, histoire de laisser Koscielny évoluer de son côté favori, le gauche. Et après des performances extrêmement inquiétantes sur le plan défensif, bizarrement rehaussées par une passe décisive contre l'Albanie (2-0) et une relance elle aussi décisive sur le deuxième but de Griezmann contre l'Irlande (2-1), il a du laisser sa place pour suspension en défense centrale. A qui ? A l'expérimenté Mangala, fort de ses 7 sélections, ses 30 matches de Ligue des Champions et ses 48 matches de Premier League, logiquement ? Ah non tiens, Deschamps fera finalement confiance à Umtiti, zéro sélections et 7 matches de C1 pour toute expérience internationale. Avec en plus le désavantage de faire changer Koscielny de côté. Côté pari risqué, ça se posait là.

Et pourtant, après un premier match marqué par une timidité extrême, et pas seulement dans les relances, dans les duels aussi, le futur Barcelonais, que j'imaginais mal détrôner Mascherano dans la défense de Luis Enrique, a plus qu'assuré face à l'Allemagne, il a impressionné. Intraitable dans les duels, il a surtout brillé par ses montés et la qualité de ses relances. Bref, ce total bizut du haut niveau a sorti un match exactement comme il le fallait, et même plus. Complètement improbable.

Du 4-3-3 au 4-2-3-1

D'une manière générale, la performance générale des Bleus est complètement illisible. Pendant trois ans et demi, à partir du fameux France-Ukraine de novembre 2013 (3-0), elle a évolué dans un système qui donnait satisfaction à tout le monde, du sélectionneur aux médias en passant par les joueurs, le 4-3-3. Face à l'Albanie, pour faire tourner et mettre Payet au cœur du jeu tout en faisant souffler Griezmann, Deschamps tente le 4-2-3-1 qui avait pourtant déjà échoué face à l'Albanie, un an plus tôt (0-1). Face au nouvel échec qui s'annonce, le sélectionneur repasse en 4-3-3 à la pause, la France joue mieux et fini par s'imposer (2-0). Oublié le 4-2-3-1 ? Que nenni. Face à l'Irlande, les Bleus piétinent face à une Irlande bien en place et qui mène à la pause (0-1). La Dèche repasse en 4-2-3-1 avec l'entrée de Coman, les Irlandais, qui ont eu trois jours de moins de récupération, se désagrègent défensivement, exactement comme ils l'avaient fait contre la Belgique en poule (0-3), et tout d'un coup tout le monde trouve le 4-2-3-1 génial. Allez comprendre.

Du coup, Deschamps change encore de système de départ en conservant le 4-2-3-1 de la fin du match face aux Verts, mais avec Sissoko à la place de Coman. Je ne sais pas qui a trouvé que Sissoko, avec sa technique de terrassier, ferait un bon ailier, mais apparemment il a convaincu tout le monde. En fait d'ailier, il s'agit surtout d'un second latéral qui sécurise le couloir de Sagna, qui n'était pourtant pas le plus poreux des deux... je ne sais pas si vous me suivez, même moi j'ai du mal. Rassurez vous, c'est là que les essais se terminent. Mais avouez tout de même que cette multitude changements ne respire pas la maturité tactique ni la sérénité. Mais c'est passé. A chaque fois de façon ric-rac, hormis contre l'Islande, mais il n'y a que le résultat qui compte, parait-il.

La chance tourne

C'est le point commun que la France partage avec son hôte de ce soir. Le Portugal, qui s'appuie peut-être sur sa plus faible génération sur le plan des individualités depuis 20 ans - suffit de revisionner ses matches des Euros 96, 2000 et 2004 pour s'en rendre compte -, qui s'est qualifié dans le groupe le moins difficile qui soit - Albanie, Danemark, Serbie, Arménie - et qui a franchit sa redoutable poule - Autriche, Hongrie, Islande - au prix de trois nuls et d'une troisième place miraculeuse, a bataillé ensuite pour éliminer des Croates pourtant favoris, après le pire match du tournoi sans doute (1-0 a.p.), puis une Pologne qui avait pourtant ouvert le score (1-1, 5-3 tab) et enfin des Gallois privés de leur passeur Ramsey (2-0). Un parcours du combattant qui forge un groupe, le rendant mentalement fort et presque invincible...

La Selecao qui a eu deux phases dans cet Euro. Durant les trois matches de sa poule, elle a largement dominé ses adversaires, frappant 69 fois face à l'Islande (1-1), l'Autriche (0-0 et un penalty raté par Ronaldo) et la Hongrie, qui a mené à trois reprises sur trois tirs lointains, dont deux déviés, tandis que le Portugal égalisait à chaque fois sur trois buts superbes, dont un doublé de sa star (3-3). Bref, au premier tour, le Portugal était maudit, mais il a bien appris sa leçon. A partir des huitièmes, il s'est refermé sur lui-même. Carvalho écarté en défense, au profit de Fonte puis Alves, avec la blessure de Pepe, Moutinho mis sur le banc au profit du plus obscur Adrien Silva, il ne domine plus outrageusement - et vainement - et attend patiemment la première erreur de son adversaire, avec succès à chaque fois. Bref un profil cynique, bien dans l'heure du temps, à l'époque des Mourinho et autre Simeone, et surtout qui a permit de faire tourner la chance dans le bon sens. Depuis, le Portugal n'impressionne plus personne mais se qualifie à chaque fois, en donnant l'impression que rien ne peut lui arriver.

Deux blocs soudés

Bref, deux équipes improbables, qui n'ont impressionné aucun observateur neutre, si l'on excepte la démonstration française face à l'Islande. Objectivement, hormis Griezmann et Ronaldo, et éventuellement Pogba ou Pepe, combien de joueurs de ces équipes pourraient se targuer d'être le meilleur d'Europe à son poste ? Il s'agit certes de collectifs soudés, à l'état d'esprit pour l'heure exemplaire, forgé dans la difficulté. Mais ce sont aussi deux équipes dont les défauts sautent aux yeux, la défense côté français, l'animation et l'efficacité offensive côté lusitanien, du moins jusque là (ne nous portons pas trop malheur non plus...). Deux équipes qui ont battu des équipes qui leur était indiscutablement supérieures sur le papier (l'Allemagne, qui a dominé la France tactiquement et techniquement, sans être aidée par la réussite ni les évènements, ou la Croatie pour le Portugal). Deux équipes qui ont signé des matches aux scenarii serrés et à la conclusion souvent tardive, dans un Euro il est vrai avare en scores larges.

Un match plus indécis qu'il n'y paraît. La certitude qui semble habiter à la fois les médias et l'opinion que la finale est gagnée d'avance me fait très peur, parce que c'est exactement ce qu'espèrent les Portugais : que leur hôte les sous-estime. Ronaldo, pour qui c'est peut-être la dernière chance de remporter un trophée avec son pays, ne vise rien d'autre que la victoire, et il a pris l'habitude de réaliser ses objectifs durant sa longue carrière. Cette équipe va se laisser dominer, et à mon avis il ne faudra pas beaucoup d'occasions à son buteur pour crucifier des Bleus trop confiants.

Espérons que cette jeune équipe, insouciante, un peu folle et si imprévisible, qui a eu la possession durant tout le tournoi avant de signer un match d'équipe de CFA 2 en Coupe de France face à un club pro, en demi-finale face à l'Allemagne, saura garder ses nerfs pour imposer son jeu et pourra compter, croisons les doigts, sur un nouveau grand match de sa nouvelle star, Antoine Griezmann. Ce serait le titre le plus improbable de notre histoire, encore une fois. Mais ça ne nous empêchera pas de le célébrer, s'il survient.

Allez les Bleus ! Et à lundi !


jeudi 23 juin 2016

Place aux huitièmes !

Salut à tous,

Voilà le premier tour s'est terminé hier soir, en nous donnant enfin quelques émotions, du moins dans le groupe F, avec notamment la qualification surprise de l'Islande et le match fou - et riche en but, enfin ! - entre la Hongrie et le Portugal. Avant le début des huitièmes de finale, samedi, on va faire un petit bilan de ces 36 premiers matches. Il n'en reste plus que 15, déjà...

Un désert de buts

D'abord, revenons rapidement sur ce qui, selon moi, caractérise vraiment cette 15e édition de l'Euro : le nombre absolument lamentable de buts. On en est à 69 buts en 36, soit 1,92 par rencontre, un but toutes les 46 minutes environ. Moins d'un but par mi-temps ! Vous allez me dire que c'est ma marotte et que ça reste un détail, mais pas du tout : parmi les 14 anciennes éditions, seuls les Euros 1968 (1,4), 1980 (1,93) - les deux se déroulant en Italie, étrangement - et 1996 (2,06) s'étaient approchés de nos chiffres actuels (1,92). Mais le premier ne comportait que 4 matches, le deuxième, 14, et le troisième, 31, des diviseurs moins représentatifs. Là, on est déjà à 36 matches, et hormis hier à Lyon, donc, on n'a pas eu droit à un seul match échevelé entre deux équipes offensives, qui osent mettre un peu de côté l'obsession du bloc équipe et de la défense à outrance. Ça a sûrement choqué les adeptes d'Aimé Jacquet et de Mourinho, c'est peut-être logique que ce genre d'évènements se raréfient à l'approche des sommets, mais ça fait du bien quand même. Parce que le foot, ça reste les buts et non l'absence de buts, désolé. Personne ne va au stade en rêvant d'un duel tactique entre deux équipes bien en place.

Lors de ces troisièmes matches de poule, on a ainsi une nouvelle fois touché le fond, avec 22 buts (1,83), comme lors de la première journée. Hier soir, pour la conclusion du trépidant groupe E (10 buts en 6 matches, seul le groupe C, celui de l'Allemagne, fait pire, avec 7 buts), on a failli avoir droit à deux 0-0 pour conclure. Les 0-0 qui sont finalement assez nombreux (4, soit 11,1 %) mais qui sont devancés par les 1-1 (5), les 2-1 et les 2-0 (6) et surtout les 1-0, évidemment (10, soit 27,8 %). 69 % de matches à deux buts ou moins... on s'est régalé, avouez le. Résultat, la moitié des équipes engagées ont marqué moins de 3 buts, trois d'entre elles - toutes éliminées, dieu merci - n'ont marqué qu'une fois, et l'Ukraine, elle, n'y est jamais parvenu. Qualifiée de justesse lors des barrages, elle restera l'anonyme de cet Euro.

Les buts qui ont du mal à survenir avant la 30e minute (15,9 %), plutôt lors des quarts d'heure avant et après la pause (39,1 %) et évidemment en fin de match (28,9 %). Il vaut donc mieux être patient dans cet Euro...

Les Britanniques en force

Ils étaient déjà nombreux - 4, sur 5 au total - et les pays des iles Britanniques, dont certains étaient pourtant peu habitués à ce genre d'évènements, ont justifié leur présence en masse en se qualifiant toutes pour les huitièmes de finale. Au point que deux d'entre elles, qui disputent pourtant leur premier Euro, à savoir l'Irlande du Nord et le Pays de Galles, s'affronteront samedi au Parc des Princes pour une place en quart de finale ! Les Nord-Irlandais qui se qualifient d'extrême justesse, puisque ce sont les seuls des 16 qualifiés à passer ce tour avec 2 défaites au compteur... et les seuls, avec le Portugal, à n'avoir récolté que 3 points lors de ce premier tour. Merci au merveilleux et si lumineux système des 4 meilleurs 3es... vivement le prochain Euro.

Si ce passage à 24 équipes a permis, logiquement, d'ouvrir la porte à de nombreuses nouvelles nations, qui se sont d'ailleurs toutes bien comportées, si ce n'est au niveau du jeu, puisqu'elles ont quasiment toutes passé leur temps dans les 16 mètres à défendre en attente d'un contre, au moins au niveau des résultats, 3 des 4 bizuts ayant passé le cut (Irlande du Nord, Pays de Galles et Islande, seule l'Albanie restant à quai), il aura surtout permis aux grosses équipes d'éviter une élimination précoce. Le passage à six poules leur a évité de s'affronter prématurément, déjà, et la qualification de 16 équipes sur 24 leur a évité de trop suer pour passer au tour suivant, notamment le Portugal, troisième de sa poule derrière les terribles Hongrois et Islandais (!) et sans gagner le moindre match... du coup, tous les gros sont là.

Je dirais même plus : hormis ces mêmes lusitaniens, qui sont récompensés de leur "splendide" parcours en se retrouvant dans la partie de tableau la plus favorable, et de loin, avec pour seuls écueils leur prochain adversaire croate - la meilleure équipe de ce premier tour, selon moi, ce qui ne lui garantie rien - peut-être les Gallois de Bale en quart et éventuellement la Belgique, en demi-finale, tous les gros se retrouvent du m^me côté. La France, l'Espagne et l'Italie, qui elles se sont qualifiées avant même leur troisième match, se retrouve coincées ensemble dans le même tableau, en compagnie de l'Allemagne et de l'Angleterre... le charme des tableaux pré établis. On aura donc un finaliste surprise, face à un survivant, probablement un très gros mais qui aura du batailler pour arriver au Stade de France.

Le Real Madrid bien représenté, pas la Ligue 1

On l'a vu, on a peu de buts mais on a quand même des buteurs en forme, avec déjà deux joueurs à 3 buts - Bale et Morata - suivis de 7 joueurs à 2 buts - Lukaku, Perisic, Payet, Dzsudzsak, Ronaldo, Nani et Stancu. Par clubs, le champion d'Europe, dont la victoire en C1, aidée par un parcours clément et une victoire heureuse aux tirs aux buts, justifie pourtant pleinement son rang, puisque ses pensionnaires ont déjà inscrit 7 buts, sachant qu'il manque Benzema dans le lot. Suivent trois équipes à 3 buts, l'Inter Milan et... deux équipes turques, le Fenerbahce et Bursaspor, 11e de son championnat ! Le premier profite des deux buts du Portugais Nani, et l'autre de ceux du Hongrois Dzsudzsak et de celui du Tchèque Necid. La Toto Super Lig qui se comporte particulièrement bien, puisqu'elle se classe 4e des championnats les plus représentés, avec 9 buts, soit plus que l'Allemagne (6) et derrière l'Angleterre (17), l'Espagne (12) et l'Italie (10) !

Et le championnat de France me direz vous ? Rien, nada. Malgré 22 représentants - dont 5 gardiens -, soit le 8e contingent du lot, aucun d'entre eux n'a réussi à marquer. Ibrahimovic et Sigthorsson, malgré un temps de jeu conséquent, sont resté muets, tandis que Grosicki, Eder et surtout Batshuayi ont très peu joué... le seul joueur de Ligue 1 ayant brillé, finalement, c'est Subasic, le gardien croate, qui a stoppé le penalty de Ramos contre l'Espagne... malgré tout tout n'est pas perdu, ils sont encore 18 qualifiés pour les 8es, dont 5 gardiens, encore. A noter que dans le même temps, les championnats russes (3), suisses (2), écossais, hongrois, néerlandais, tchèques, suédois, et même chinois et qataris sont représentés dans le classement... il serait temps de rapidement réparer cette anomalie. Si c'en est bien une...

Bonne nouvelle, on a également deux passeurs à 2 unités, Hazard (Belgique) et Ramsey (Galles). L'Euro est pauvre en buts, mais le taux de buts sur passes décisives dans le jeu est très élevé (71,6 %), ce qui est un gage de qualité de jeu. Si on cumule buts et passes, Bale et Morata sont rejoints en tête des joueurs les plus décisifs par Payet, Perisic, Ronaldo (2+1) et Ramsey (1+2). Par équipe, la Croatie, l'Espagne (5+4) et le Pays de Galles (6+3) sont les équipes qui se comportent le mieux, devant la Belgique, la France et le Portugal (4+4).

Voilà, espérons que les matches à éliminations directes se montreront plus ébouriffants, mais ce n'est pas la tendance des derniers grands tournois (2,2 buts en 2014, 2,14 à l'Euro 2012...). En tous cas sur le papier ils sont alléchants. A plus tard !

lundi 6 juin 2016

A l'heure de l'Euro

Salut à tous,

A quatre jours du début de l'Euro, et si on se lançait dans un petit briefing de ce qui nous attends en ce mois de juin lumineux et apaisé ?

Le nivellement par le bas

Tout d'abord, on peut constater que grâce à Michel Platini, qui a permit à quasiment un pays européen sur deux de se qualifier sur l'Euro (24 sur 54...), on va pouvoir savourer quelques belles affiches qui ne nous auraient, d'ordinaire, pas vraiment mobilisé pour les regarder à la base : Albanie-Roumanie, Slovaquie-Pays de Galles, Irlande du Nord-Pologne, Islande-Hongrie... des "affiches" entre troisièmes couteaux européens qui vont certes pouvoir prendre un peu d'expérience, mais dont la présence me fait sérieusement douter du niveau général de cet Euro. Le championnat d'Europe qu'on prétend souvent de meilleur niveau que la Coupe du Monde, à tort à mon avis, ben là c'est sûr, ça va vraiment être moins bien.

Ce genre d'affiches, d'ailleurs, vont plus souvent se répéter que ce qu'on pourrait appeler des "chocs" : à part Belgique-Italie dans le groupe E, je n'en vois aucun. Et encore, l'émergence de la Belgique est très récente, puisqu'elle n'avait plus participé à l'Euro depuis
qu'elle l'avait organisé avec les Pays-bas en 2000... en revanche, je me rappelle qu'on s'était un peu plus régalé en termes de gros matches au premier tour en 2012 : Allemagne, Portugal et Pays-Bas dans le groupe B, Espagne-Italie dans le C, Angleterre-France dans le D... ça avait une autre tronche. Merci Platoche, et bonne retraite.

Le pire, c'est que ce vaste élargissement va certes permettre à 4 pays de disputer leur 1er Euro (Galles, Irlande du Nord, Albanie et Islande), et même pour les deux derniers leur tout premier  tournoi, mais ça n'a même pas garanti à la compétition de pouvoir compter sur tous ses habitués, dont des anciens vainqueurs, les Pays-bas, le Danemark ou la Grèce, mais aussi la Serbie, l’Écosse, seule équipe des iles britanniques à ne pas avoir passé le cut... Bref, le résultat de cette réforme a certes grandement aidé Platini à se faire élire et réélire à la tête de l'UEFA grâce aux votes des petites pays, mais pas vraiment à nous promettre un mois de football de haute volée.

Et je ne vous parle pas de la conséquence directe de cet agrandissement de 16 à 24 : les 4 meilleurs troisièmes se qualifieront - ce qui permettra à des équipes ayant perdu deux fois de se qualifier avec un seul succès... - et seront versés en huitièmes selon une méthode complètement incompréhensible, quand avant les deux premiers se qualifiaient, point. Attention aux migraines, prévoyez de l'aspirine.

En même temps on risque fort de voire des buts, ce qui reste l'essentiel en football. Mais le nombre de buts ne mesure pas le niveau d'une compétition : le championnat européen le plus riche en buts est le Luxembourg (3,32), devant Malte (3,19).

La France faussement à l'abri

Commençons par le groupe A, celui de la France, et qui ne nous fait tellement pas rêver qu'il nous donne l'impression d'une formalité. Roumanie, Albanie, Suisse... ça ressemble à un groupe de qualifications - c'est le cas de toutes les poules - mais non, c'est bien une poule d'Euro. Il sera donc apparemment facile de battre à Saint-Denis la Roumanie, qui n'a encaissé que 2 buts en 10 matches éliminatoires, soit le meilleur chiffre tous groupes confondus. Alors certes, face aux terribles attaquants de l'Irlande du Nord, vainqueur du groupe, de la Hongrie, de la Finlande, des Iles Féroé et de la Grèce, bonne dernière (!), c'est une performance à relativiser, surtout qu'en trois matches préparatoires elle en a déjà encaissé 6 en 3 rencontres, dont 4 contre l'Ukraine (3-4). Mais vu qu' elle en marqué 9 dans le même temps... au final, cette équipe, menée par le jeune milieu offensif du Steaua Stanciu (23 ans, 5 sélections, 4 buts) ou l'ancien Nantais Keserü ne paie pas de mine mais les hommes de Deschamps auraient torts de se croire à l'abri.

Même chose pour l'Albanie, totalement bizut à ce niveau, et qui ne compte pour ainsi dire aucun joueur véritablement marquant. Son capitaine Lorik Cana, bientôt 33 ans, pourrait être celui là mais il sort d'une saison compliquée à Nantes. Attention tout de même à Armando Sadiku, auteur de 12 buts avec le FC Zürich et Vaduz en championnat de Suisse... plus sérieusement, les Bleus faisaient moins les malins il y a un an, lorsqu'ils concédaient une défaite assez honteuse à Elbasan (1-0), la seule de leur Histoire face à cet adversaire, qui les avait déjà tenu en échec à l'aller, en novembre 2014 à Rennes (1-1)... une chose est sure, il faudra faire mieux.

Enfin, notre plus sérieux adversaire, à priori, se nomme la Suisse. Un adversaire que nous avions certes éparpillé façon puzzle au dernier Mondial (5-2), un évènement qui se répète souvent puisque depuis juin 2004 et un premier duel déjà en notre faveur (3-1), les deux équipes se sont affrontées deux fois en Coupe du Monde (2006 et 2014) ainsi que lors des éliminatoires pour le Mondial allemand. Hormis ces deux succès déjà évoqués, les Helvètes nous ont souvent tenu en échec, deux fois lors de ces fameux éliminatoires, mais aussi en Allemagne, en 2006 (0-0). Alors certes, la Suisse ne nous a plus battu depuis un match amical en 1992 (2-1) mais elle s'est aisément qualifiée pour cet Euro, deuxième derrière une Angleterre impériale mais avec une nette avance sur la Slovénie et avec 24 buts inscrits en 10 matches, seuls les Polonais (33) et les Anglais (31) ont fait mieux. Alors attention à cette jeune équipe, emmenée par quelques talents comme Dzemaili, Xhaka, Shaqiri, Mehmedi ou Embolo...

Je ne dis pas que dans un système où vous avez deux chances sur 3 de vous qualifier la France est en danger, mais ne pas finir premier de cette poule pourrait lui poser des problèmes ensuite...

Les Gallois défient l'Angleterre

Le groupe B n'est certes pas d'un chic fo, mais paraît être un des plus relevés. L'Angleterre, meilleure équipe des éliminatoires avec un 10 sur 10 et 31 buts marqués pour seulement 3 encaissés, font figures de favoris. Alors oui, comme souvent depuis l'arrêt Bosman, rares sont ses éléments étant titulaires dans les meilleurs clubs du pays (Hart à City, Cahill à Cheslea, Carrick et Rooney à Manchester, Wilshere à Arsenal...), mais plutôt chez des "seconds couteaux" (Alli et Kane à Tottenham, Clyne, Lallana, Milner, Sturridge et Barkley à Liverpool, Vardy et Drinkwater à Leicester...). Mais sur le papier le talent est là, et le duel, samedi à Marseille avec la Russie, deuxième dans son groupe derrière l'Autriche mais devant la Suède) s'annonce être le seul écueil sur leur route pour les huitièmes. Les deux équipes qui ne se sont affrontées que deux fois, lors des éliminatoires de l'Euro 2008, avec à la clé une victoire chacun... mais les Russes peuvent compter sur une grosse génération qui brille souvent en Ligue des Champions, notamment Shatov et le buteur Dzyuba (27 ans, 1m94, 88 kilos), auteur de 30 buts cette saisons dont 6 en C1 et 7 en sélection. Un poète.

Derrière ce beau monde, deux outsiders à ne pas négliger. La Slovaquie n'est désormais plus le parent pauvre de l'ancienne Tchécoslovaquie, elle a prouvé, avec son 8e de finale lors du Mondial 2010, ainsi que lors des éliminatoires, où elle n'a terminé qu'à 5 points du leader espagnol et devant l'Ukraine, qu'elle était désormais plus que compétitive, au moins autant que les Tchèques. Son milieu offensif, Valdimir Weiss, a ainsi terminé deuxième passeur des éliminatoires, avec 6 unités. Peu de grands noms, si ce n'est Skrtel (Liverpool) mais un groupe solide. Enfin, que dire du Pays de Galles ? Qualifié directement derrière la Belgique et devant la Bosnie, il est une des grandes surprises du plateau. Hormis Gareth Bale, aucun joueur de renom, si ce n'est Ramsey (Arsenal) et Williams (Swansea)... composée de beaucoup de joueurs évoluant dans les divisions inférieures en Angleterre, l'équipe de Chris Coleman jouera son gros match - et pourquoi pas sa qualification - contre le grand ennemi anglais, le 16 à Lens. Le Pays de Galles n'a plus battu son voisin depuis 1984, et a concédé contre celui-ci 66 défaites pour 14 succès en 101 matches...

L'Allemagne grande favorite

Au sein du groupe C, derrière l'Allemagne championne du monde, qu'on imagine mal trébucher, on retrouve les deux co organisateurs du dernier Euro, la Pologne et l'Ukraine. Là encore, chez ces deux équipes, rien de génial mais du solide. Mais elles ne sont pas dénuées de talent : Lewandowski sera certes moins bien entouré qu'au Bayern, mais tous les espoirs de son pays reposeront sur lui qui a marqué 44 fois cette saison, dont 9 en C1, et qui a terminé en tête des buteurs lors des éliminatoires avec 13 buts en 10 matches ! La question est, est-ce que Grosicki, Wszolek ou Milik vont réussir à le mettre dans de bonnes conditions... chez les Ukrainiens, c'est un peu l'inverse. Particulièrement bien outillés sur les côtés, avec le duo Yarmolenko-Konoplyanka pour marquer mais aussi pour servir, les hommes de Fomenko le sont beaucoup moins en pointe, avec aucun joueur de calibre international. Troisième de son groupe de qualification derrière l'Espagne et la Slovaquie, elle a du s'arracher pour sortir la Slovénie lors des barrages (2-0, 1-1).

Pour l'Allemagne en revanche, même si l'absence de Marco Reus, comme au Brésil, posera un problème, le talent est partout. En défense (Neuer, Hummels, Boateng...), au milieu (Götze, Kroos, Özil...) et bien sûr en attaque, avec Müller ou Gomez. Alors oui, la Mannschaft n'a pas brillé depuis son sacre brésilien : qualification pas si aisée malgré la première place devant la Pologne, déjà, avec 2 défaites à la clé, en Pologne (2-0) et en Irlande (1-0), qui l'avait tenue en échec à l'aller (1-1) mais aussi une récente face à la Slovaquie, en amical (1-3). Pour se qualifier ça devrait le faire, ensuite...

Dernier membre du quatuor, l'Irlande du Nord risque fort de compter les points et d'arbitrer tout ça. Elle qui joue son premier Euro et qui n'avait plus disputé de grand tournoi depuis sa troisième et dernière Coupe du Monde, en 1986, l'Ulster ne compte, on peut le dire, sur aucun joueur connu dans son effectif, si ce n'est Jonny Evans (WBA) ou Steven Davis (Southampton). Une équipe évidemment riche en joueurs évoluant en Angleterre, dans différentes divisions, ou en Écosse, pour le buteur Josh Magennis (10 buts avec Kilmarnock). Alors oui, cette formation a terminé devant la Roumanie et la Hongrie en éliminatoires... mais c'est une des plus grosses cotes du tournoi. Et une garantie de belle ambiance dans les stades.

L'Espagne tient à son double titre

Comme l'Allemagne, la Roja, double tenante du titre, semble à l'abri de toute mésaventure dans le groupe D. Alors c'est vrai que la Croatie, la Turquie et la République Tchèque ne manquent pas de talent. Mais les premiers ne l'ont battue qu'une fois en 5 confrontations, la première, en 1994, même chose pour les Turcs dont l'unique succès face à l'Espagne remonte à 1954, quand les Tchèques, leur premier adversaire le 13 à Toulouse, n'ont encore jamais réussi cet exploit, en 4 duels... les hommes de Del Bosque qui restent certes sur un très gros échec au Brésil, mais qui n'ont pas tremblé en qualifications, avec 9 succès et un nul, et 3 buts encaissés, et comptent dans leurs rangs des éléments expérimentés (Casillas, Piqué, Ramos, Busquets, Fabregas, Iniesta, Silva...) mais aussi une nouvelle génération enthousiasmante, à l'image d'Isco, Koke, Morata ou Nolito, qui ont mis dehors le mythique Fernando Torres, buteur lors des deux dernières finales de l'Euro. Le seul point faible de cette équipe semble son gardien, si Casillas est conservé comme titulaire après sa saison médiocre avec Porto.

Les trois autres membres de ce groupe C semblent en revanche assez proches. La Croatie parait malgré tout au dessous, si l'on observe son effectif classieux : Subasic, Kovacic, Modric, Rakitic, Perisic, Kalinic, Mandzukic... de quoi pratiquer un football très chic. Seule la défense paraît en dessous chez cette équipe qui s'est qualifiée de justesse, derrière l'Italie et avec un petit point d'avance sur la Norvège. Les Turcs et les Tchèques, eux, se connaissent très bien, puisqu'ils figuraient dans le même groupe. Les seconds l'avaient emporté, devant l'Islande, tandis que la Turquie s'était qualifiée en tant que meilleur troisième grâce à un but in extremis de Selcuk Inan contre l'Islande (1-0). Lors de leurs deux confrontations, les deux équipes s'étaient toutes deux imposées à l'extérieur (1-2 en Turquie, 0-2 en République Tchèque un an plus tard). Les retrouvailles, le 21 à Lens, devraient être intéressantes. Les Slaves qui pourront compter sur un effectif expérimenté, voire vieillissant (Kadlec, Hubnik, Sivok, Plasil, Rosicky, Lafata...), malgré quelques belles promesses, notamment Krejci (23 ans), le passeur du Sparta Prague. Chez les Turcs, qui se sont privés de Erding, le plus grand talent se nomme Calhanoglu, le tireur de coup-francs de Leverkusen. Il faudra aussi surveiller l'ancien buteur de Galatasaray, désormais exilé en Chine, Burak Yilmaz, et aussi plusieurs joueurs de grande valeur comme Can (Liverpool).

Le duel belgo-italien

Si les derniers matches - peut-être - disputés par Zlatan Ibrahimovic sur le seul français, avec sa sélection de Suède, seront très certainement scrutés à la loupe, le sel du groupe E sera également dans le duel entre deux nations majeures du football européen, la Belgique et l'Italie. Certes, la Belgique, quart de finaliste du dernier mondial, ne s'était plus qualifiée sur le terrain pour un Euro depuis 1984, organisé en France également, et l'Italie est privée de plusieurs joueurs d'importance, notamment Verratti ou Montolivo, mais il s'agira tout de même d'un duel entre le 1er et le 7e pays européen au classement FIFA, qui restent sur deux victoires chacune lors de leurs quatre derniers affrontements. Finaliste de la dernière édition, l'Italie, qui reste également sur un échec au 1er tour au Brésil, est diminuée, et devra jouer un grand tournoi sans Pirlo pour la première fois depuis le Mondial 2002, mais c'est généralement dans cette position de relative faiblesse, quand on ne l'attend pas, qu'elle est la plus efficace. Et si elle manque encore d'un buteur implacable comme elle en a eu souvent dans sa riche histoire, la Squadra Azzura n'est pas pour autant démunie : El Shaarawy, Immobile, Pellé ou Zaza savent marquer des buts. Et Chiellini, Barzagli et Bonucci, devant Buffon (38 ans), savent particulièrement bien défendre.

Et que dire de la Belgique, riche d'une génération comme elle en a peut-être jamais connue ? Finaliste en 1980 en Italie contre la RFA (1-2), elle semble peut-être un peu lourde derrière, avec Alderweireld ou Vertonghen, et en l'absence de son capitaine, Kompany, mais son milieu et son attaque sont peut-être sans équivalents sur le plateau. Benteke, Lukaku ou Batshuayi, ce n'est pas mal pour choisir une pointe, qui se régalera peut-être des accélérations et des offrandes de Ferreira Carrasco, Hazard, Mertens, De Bruyne... sans parler de la présence physique de Fellaini et Witsel à la récupération et dans les deux surfaces ! Bref, si elle n'a pas brillé lors de ses matches amicaux, elle n'a pas tremblé dans son groupe de qualifications, qu'elle a remporté devant les Gallois et les Bosniens sans coups férir. Elle fait aujourd'hui partie des vrais favoris d'un tournoi qui se déroule à ses portes.

Ces deux équipes devront cependant se défaire de deux équipes piégeuses, et c'est peut-être ce qui fait de ce groupe le plus relevé, peut-être. La Suède d'Ibra bien sûr, le grand Zlatan semble seul dans cette équipe, qualifiée péniblement lors des barrages face au voisin danois (2-1, 2-2), après avoir terminé derrière l'Autriche et la Russie, mais c'est relativement trompeur : Guidetti, Larsson, Kujovic ou Ekdal sont moins connus que le désormais ex Parisien, mais il ne manquent pas de ballon. Quant aux Irlandais, troisièmes de leur groupe derrière l'Allemagne et la Pologne et devant l’Écosse, et également passés par les barrages contre la Bosnie (1-1, 2-0), elle ne compte elle aussi qu'une seule star, le vieillissant Robbie Keane (35 ans), toujours redoutable avec les Los Angeles Galaxy. Mais le latéral droit Coleman ou les ailiers McClean et McGeady seront à surveiller.

Le Portugal devra gérer l'Autriche-Hongrie

Encore une équipe dont le porte étendard semble éclipser le reste de son équipe. Le Portugal sans Ronaldo serait-il à cet Euro ? Et si oui, en serait-il un des favoris ? Très peu probable. Si Pepe, Moutinho ou Quaresma ne sont pas des inconnus, cette équipe, assez jeune, semble aussi en retrait sur le plan des individualités que prometteuse. Qualifiée devant l'Albanie, le Danemark et la Serbie, avec 7 succès et une défaite, la sélection lusitanienne s'est inclinée deux fois lors de ses duels avec la France (2-1, 1-0), et n'a marqué que 11 fois en 8 matches, dont 5 pour le buteur madrilène. Si ce dernier, comme souvent lors des grands tournois, ne brille pas et ne porte pas son équipe, elle aura du mal à exister. Même si l'opposition dans ce groupe F semble peu encline à lui barrer la route.

Que ce soit l'Autriche, la Hongrie ou l'Islande, aucune de ces 3 nations n'a jamais passé un 1er tour lors d'un Euro avec poules. Ce sera donc une première pour une ou deux de ces équipes... les deux premières, au passé commun riche et mouvementé, se sont très souvent affrontées, avec un net avantage pour les seconds, grâce à leur génération fabuleuse des années 50 (66 succès contre 40). Et l'Autriche n'a plus battu sa voisine depuis 1996, en trois matches. Elles ne se sont d'ailleurs plus rencontrées depuis 2006... la Mannschaft, aisément qualifiée devant la Russie et la Suède, qui peut compter sur de bonnes sélections de jeunes depuis plusieurs années, et quelques joueurs remarquables comme Alaba, Fuchs, champion d'Angleterre avec Leicester, Harnik, Arnautovic ou Janko. La Hongrie semble plus en retrait niveau individualités, elle qu'on n'a plus vu lors d'un Euro depuis 1972 et lors d'un Mondial depuis 30 ans. Dominée par l'Irlande du Nord et la Roumanie dans son groupe, elle a d'ailleurs du écarter la Norvège en la battant deux fois (1-0, 2-1) pour rejoindre la France. On a beau chercher dans son effectif, difficile de trouver un joueur notable pour porter son équipe plus haut, mais qui sait ?

Ce n'est cependant pas le cas de l'Islande, quatrième larron de ce groupe et évidemment bizut dans un grand tournoi. Dotée de la meilleure génération de son Histoire depuis plusieurs années maintenant, elle peut compter sur plusieurs joueurs évoluant notamment en Angleterre (Sigurdsson), en Suisse (Bjarnason), en France (Sigthorsson), en Allemagne (Finnbogason)... et pas forcément pour cirer le banc. Deuxième de son groupe derrière la République Tchèque et devant la Turquie et les Pays-bas, excusez du peu, la formation scandinave a notamment battu deux fois les Bataves (2-0, 1-0), troisièmes du dernier Mondial. Si on cherche une surprise possible dans cet Euro, mettons une petite pièce sur ces Islandais qui n'auront rien à perdre et tout à gagner.

Voilà, sur ce à plus tard !

lundi 26 novembre 2012

Les buts étrangers en Europe


Salut à tous,

Comme vous le savez, j'apprécie particulièrement de découper le football en tranches grâce aux chiffres, le seul moyen totalement objectif, a priori, pour décortiquer quelque chose, et notamment un sport. Un chiffre n'a pas de club préféré, pas d'a priori, pas de fatigue oculaire, pas d'"impression visuelle"... le chiffre ne dit pas tout, mais il ne peut pas se tromper. C'est mathématique. Seul celui qui les manipule peut le faire.

Ce soir, je voudrais revenir sur la saison dernière, à travers un prisme qui, selon moi, en dis beaucoup sur le niveau, la culture et le visage de chacun des cinq grands championnats : le nombre et la nature des buts marqués par les étrangers dans leur compétition respective. Vous allez voir, c'est extrêmement parlant.

L'Afrique reine en France, ignorée en Italie

Parlons d'abord de la Ligue 1, qui se démarque par rapport à celui de ses voisins sur un point sur lequel je reviens souvent ici : l'importance des buts africains qui le caractérise, phénomène qui est complètement absent dans les quatre autres championnats. L'Afrique est
devancée par l'Europe en Allemagne et en Angleterre, et par l'Amérique du Sud et l'Europe dans les pays latins, l'Espagne et l'Italie. L'Amérique du Sud, deuxième en France, est troisième dans les pays anglo-saxons cités plus haut, et première chez les latins. Ceci présenté, on assiste déjà à la singularité de la Ligue 1 : l'an passé, il y avait 11 pays africains dans les 15 pays les plus représentés dans son classement des buteurs, contre 3 sur 17 en Allemagne, 4 sur 15 en Angleterre et en Espagne, et un seul dans les 23 premiers en Italie. En revanche, s'il n'y avait qu'un seul européen dans les 12 premiers en Ligue 1, il y en avait 11 sur 17 en Allemagne et 13 sur 20 en Angleterre. Il y avait également deux sud-américains dans les 20 premiers en France, 2 sur 19 en Allemagne, 1 sur 18 en Angleterre, contre 7 sur 12 en Espagne et 5 sur 7 en Italie !

Un petit crochet sur le taux de buts étrangers dans ces 5 pays : la France fermait la marche avec 47,8 %, derrière les deux latins, l'Espagne (50,6) et l'Italie (51,5), quand l'Allemagne (58,6) et l'Angleterre (64,9) voient une nette majorité de buteurs étrangers briller sur leurs pelouses. Difficile d'expliquer ce phénomène, une meilleure santé financière peut-être, mais c'est comme ça. En tous cas là encore, on note une fracture entre les meilleurs championnats du nord et ceux du sud, la France, malgré son originalité et ses racines latines, semblant plutôt emprunter le chemin de ceux du nord pour l'instant.

L'Argentine, évidemment

Si on additionne les buts étrangers de ces cinq grands championnats, l'Argentine l'emporte très largement : 363 buts, contre 199 pour le Brésil, son dauphin, qui devance les Pays-Bas (112) et... la France (103). Cette dernière réussit donc l'exploit d'être extrêmement bien classée alors qu'elle n'est logiquement pas représentée dans son propre championnat, comme l'Espagne, 11e avec 59 buts, l'Allemagne, 34e avec 23 buts, l'Italie, 38e avec 22 buts, et l'Angleterre, 70e avec... 4 buts, tous inscrits par le Lillois Joe Cole en Ligue 1 ! La France qui est 14e en Allemagne (13 buts), 7e en Angleterre (38), 4e en Espagne (38 également) et 9e en Italie (14). Dans le même temps, les Argentins sont 2e en France (45), comme cette saison d'ailleurs, seulement 45e en Allemagne avec 1 petit but, 2e en Angleterre (47) et largement première dans les deux championnats latins, avec 122 en Espagne (Messi oblige...) et... 148 en Italie ! La filiation entre l'Italie et l'Argentine, qui parle déjà dans les patronymes argentins, est très forte depuis un petit moment. Tout comme avec l'Uruguay.

Dans ce classement général, on notera que le Sénégal fait mieux contre le Portugal de
Ronaldo (90 contre 89 buts), les Lions étant très présents en France (28) mais aussi en Angleterre (33), alors que le Portugal ne brille quasiment qu'en Espagne (69). On note aussi les contre-performances de pays habituellement habitués à être pillés par les grands championnats, la Serbie (35), la République Tchèque (26), la Roumanie (21), la Bulgarie (16) ou la Russie qui, avec 10 petits buts, est coincée entre le Kenya (11) et la Slovénie (9). En revanche, belles performances de pays moins attendus comme l'Autriche, très présente en Allemagne évidemment (36 sur 41), le Japon, également brillante outre Rhin (24 sur 30), le Mexique (29) ou Israel (24), nouvelles cibles des recruteurs européens.

L'Allemagne européenne, l'Italie argentine

Allons par pays à présent. On a vu la Ligue 1, passons à l'Allemagne. Quatre pays européens monopolisent les quatre premières places (Pays-Bas, 51, Pologne, 38, Autriche, 36, Croatie, 35). Soit un recrutement très local, a priori. Les Européens avaient d'ailleurs marqué 330 des 513 buts européens, soit plus de 64 %, le plus gros taux des cinq championnats, devant l'Angleterre (62). La Bundesliga qui n'hésite pas à s'ouvrir pourtant au football asiatique, avec le Japon, 7e pays le plus représenté (24), la Corée du Sud (18e avec 10 buts) et l'Iran (3 buts). Si le Brésil est en difficulté à la 8e place (il est 21e en Angleterre, mais premier en France, 3e en Espagne et en Italie), l'Argentine, je l'ai dit, est quasi inexistante (1 but). En revanche, le Pérou de Pizarro, lui, est très bien placé (5e avec 28 buts), une autre tradition allemande.

Du côté anglais, là aussi les Européens sont très présents, mais doivent quand même laisser la 2e place à l'Argentine (47, comme les Pays-Bas) et au Nigeria, 5e (41). La surprise provient du vainqueur en Angleterre : l'Irlande (52 buts), qui est totalement absente des quatre autres championnats ! C'est d'ailleurs une autre caractéristique du football anglais, qui ne date d'ailleurs pas d'hier et qui a bien résisté à la folle mondialisation qui a frappé l'Angleterre, comme ses voisins : les quatre autres sujets du Royaume y marquent leurs seuls buts, à l'image de l'Irlande, donc, mais aussi l’Écosse (4e avec 46 buts), le Pays de Galles (5e avec 41) et l'Irlande du Nord (5). Ces quatre pays n'ont marqué qu'en Angleterre, un cas quasi unique, avec les 16 buts de l'Islande, également en Angleterre, ou les 22 buts gabonais et les 18 Burkinabé en Ligue 1 A noter également que les Italiens y signent leur meilleur total (13 sur 22), tout comme les Espagnols (35 sur 59) et même la France (38 sur 103, comme en Espagne). Signe que la Premier League est peut-être au-dessus des autres, c'est la seule où les ressortissants des quatre autres grands championnats y brillent, hormis l'Allemagne (3).

Passons à l'Espagne. Logiquement, les chiffres stratosphérique de Messi (50) et Ronaldo (46), uniques en Europe, influent sur le classement des pays, dominés par l'Argentine (122) et le Portugal (69). La France de Benzema y signe son meilleur classement (4e avec 38 buts), derrière le Brésil (55). Parmi les 5 pays sud-américains présents dans les 7 premiers, notons l'étonnante 6e place du Venezuela, qui marque autant que la Colombie de Falcao (26) ! Les Mexicains y sont également très présents (17 buts). Enfin, la Liga est le championnat où le moins de pays étrangers sont représentés : 30 l'an dernier, contre 38 en France, 39 en Angleterre, 52 en Allemagne et 53 en Angleterre. Les 531 buts étrangers marqués en Liga sont donc concentrés chez les trois premiers (246, soit 46,3 %, contre 31 en Ligue 1, 24,4 en Allemagne, 21 en Angleterre et... 49 en Italie).

La Serie A qui ressemble donc pas mal à la Liga, avec cependant une plus grande importance des buts argentins, on l'a vu (148), qui domine nettement son dauphin et voisin, l'Uruguay (50), et le Brésil (47). Un trio sud-américain, donc, qui ne laissait que 30 buts au quatrième, la Suède d'Ibrahimovic, qui brillait au Milan AC l'an dernier (28 buts). Le Chili (25 buts, 5e) et la Colombie (18 buts, 7e) complètent le quintet des 5 sud-américains dans les 7 premiers, comme en Espagne. Bon classement également du Monténégro (22 buts, 6e). Le niveau très très faible des buts africains choque un peu (19 buts, dont 11 pour le Ghana. On sait que les supporters racistes y ont une grande influence, notamment à la Lazio, ceci explique peut-être cela.

Voilà, j'espère vous avoir un peu éclairé ! Dites moi ce que vous en pensez !

A plus tard !

vendredi 29 juin 2012

Des demies contrastées

Salut à tous,

On a eu droit à deux demi-finales extrêmement contrastées, qui débouchera donc forcément sur une finale du même acabit, une véritable opposition de style. Moi perso j'ai vraiment hâte de voir ça !

L'ennui puis le plaisir

Les deux matches promettaient beaucoup : des Espagnols toujours intouchables techniquement et dans la maîtrise, face à des Portugais très convaincants et pouvant enfin compter sur un Ronaldo au niveau, dans un derby ibérique forcément très chaud, d'un côté ; un grand classique du football, qui a toujours réservé de grands moments, entre une Allemagne qui avait fait la meilleure impression dans ce tournoi (4 succès) et des Italiens solides et enfin joueurs, portés par leur invincibilité face aux Allemands en matches officiels. Les deux matches ont été aussi différents que possible.

Le premier promettait d'être un sommet de technique, voire un festival de buts - c'était mal connaître ces deux défenses, peut-être les meilleures du tournoi -, on a eu droit à une deuxième montagne d'ennui consécutive après Angleterre-Italie... voire une troisième avec Espagne-France. Au final et comme prévu, on a eu droit à 12 petits buts lors des six matches à élimination directe. Merci à l'Allemagne-Grèce (4-2) qui gonfle un peu les statistiques... sinon on tourne à 6 buts en 5 matches, dont 3 hier !

D'un côté, l'Espagne a conservé sa fantastique faculté à faire tourner n'importe qui en bourrique par sa possession de balle, son rythme et sa technique sans faille, même si le Portugal, par son agressivité et son pressing, a réussi à lui chiper le ballon pour une des premières fois depuis des lustres (54 % !). De l'autre, une Seleçao solide, mais qui n'a pas réussi à suffisamment perforer le mur espagnol, se créant donc un minimum d'occasions, même si elles furent plus nombreuses. Ronaldo a été tenu à la limite du légal parfois par Ramos et Arbeloa, ses partenaires au Real (ce match ressemblait à un match d'entraînement à Madrid, ils étaient trois côté portugais et quatre côté espagnol !) mais il s'est créé les deux meilleures occasions lusitaniennes. De leur côté, les tenants des titres n'en ont eu qu'une seule véritable, par Iniesta en prolongation, une occasion quasiment inratable. Après, les montants du but ont choisi l'Espagne, sans doute plus par respect de l'institution que par justice. Objectivement, les Portugais auraient un peu plus mérité de passer. Mais ce sport est trop aléatoire pour que les critères de justice et de mérite soient vraiment décisifs, surtout quand les débats sont aussi équilibrés.

Malgré tout, on a tout de même constaté - ou constaté de nouveau - que les Espagnols, dont certains dépassent les 30 printemps, ont d'abord nettement perdu en percussion devant - Villa n'est pas là, et Torres plus vraiment, qu'il joue ou pas - ce qui nuit à la fois à leur efficacité et au spectacle, qui était merveilleux en 2008 mais déjà beaucoup moins en 2010, et plus du tout en 2012 ; mais surtout que physiquement, ils étaient un peu en souffrance. Voir Xavi quitter la pelouse à la 87e minute est un évènement presque aussi important qu'aurait été une élimination de son équipe. Lui, ce marathonien aux 130 ballons touchés par matches, aux 90 % de passes réussies, qui joue tous les matches depuis 10 ans et ne sors jamais, aura manqué de souffle sur ce match où les Portugais, qui bénéficiaient certes de deux jours de repos supplémentaires, les auront presque plus fait courir que l'inverse. Au fond, le boulet n'est vraiment pas passé loin pour le tenant, qui devra retrouver un peu de souffle en finale. Pour l'instant sur cet Euro, Pirlo est infiniment plus impressionnant que son futur vis à vis catalan.

On a donc bien dormi devant ce match qu'on se faisait pourtant une joie de déguster. Quel gâchis ! Mais tout cela était prévisible. Les deux équipes se connaissent sur le bout des ongles. Je l'ai dit, 7 des 22 acteurs au coup d'envoi et à la fin du match évoluaient au Real Madrid. Les Portugais du champion d'Espagne connaissaient également parfaitement leurs adversaires, qui évoluaient tous en Liga, à l'exception de Silva (City), qui vient de rater ses deux derniers matches après un début de tournoi époustouflant, et notamment les Catalans Piqué, Xavi, Iniesta, puis Fabregas et Pedro, entrés en jeu. Bref, c'était un affrontement Karpov-Kasparov, long, tendu, fermé, extrêmement tactique, entre deux adversaires se connaissant par cœur. Comment pouvait-on les imaginer se déchirer, faire une erreur ? Ramos, ou Arbeloa, lâcher Ronaldo, qu'ils côtoient tous les jours depuis trois ans ?

Et puis il y eut également la tension entre deux voisins à l'Histoire longue comme l'Humanité. Neuf cartons jaunes, record du tournoi. Difficile de faire du jeu entre les crampons volants. Le seul Pepe, rasséréné par ce match fleurant bon le Clasico, a fait plus de fautes en un match que lors des quatre précédents !

Bref, tout l'inverse du match d'hier.

Balotelli crève l'écran... et les filets

Vingt-cinq tirs au total, dont 15 pour les Allemands, 13 cadrés (8 pour la Mannschaft). Quatorze corners à zéro pour les hommes de Löw, et 45 centres à... 4 (dont les corners). 54 % de possession germanique. Seulement 30 fautes en 90 minutes (52 en 120 pour l'autre demi-finale), dont 18 pour l'Allemagne. Bref, cette dernière a dominé, c'était attendu vu que c'est son jeu, surtout qu'elle a été menée au bout de 20 minutes, l'obligeant à accentuer sa domination pour revenir au score. Mais si l'Italie a concédé des tirs, ces derniers furent finalement rarement dangereux car souvent lointains, et elle a maîtrisé son sujet, ne se contentant pas de défendre comme à ses plus belles heures. Si son deuxième but, sublime dans sa conclusion mais résultant d'une erreur de débutant de Lahm, est le fruit d'une contre-attaque suite à un corner allemand, le premier est la conclusion d'une véritable possession italienne, face à une défense teutonne en place. Enfin, d'apparence... Cassano a ridiculisé Boateng et Hummels sur son côté gauche, et Balotelli, enfin efficace face au but, ce qui valide son jeu fait de prises de risque et de puissance, a profité du marquage façon Rami de Badstuber pour fusiller le pauvre Neuer à bout portant. En gros, les quatre défenseurs allemands, déjà à la peine face à la terrible Grèce (4-2), ont complètement failli sur ce match, et auraient pu être plus sévèrement sanctionnés sur les contres italiens en deuxième mi-temps. Tu as beau jouer très bien, si t'as défense ne fonctionne pas, tu ne peux pas gagner de tournoi, quel qu'il soit.

Ça fait quatre fois de suite que l'Allemagne, tellement séduisante dans le jeu, souvent la plus impressionnante des équipes, se retrouve piégée en demi-finales ou en finale par une équipe un peu moins flamboyante, mais un peu plus équilibrée. Bref, l'Allemagne est devenue la France d'avant les années 90, celle qui jouait le mieux mais ne gagnait rien, à cause d'une défense en gruyère. En 2014 ou en 2016, elle pourrait bien avoir des joueurs dans son effectif qui n'étaient pas nés lors de la dernière victoire allemande lors d'un grand tournoi, en 1996... ce qui n'était encore jamais arrivé dans son Histoire ! Des Espagnols qui gagnent, des Italiens offensifs, des Allemands glorieux perdants... vraiment, le foot, c'est plus ce que c'était. Par contre, le Portugal avec de bons ailiers mais sans avant-centre, ça n'a pas changé.

En tous cas, Balotelli a démontré pas mal de choses hier. Je ne sais pas ce qui s'est passé entre les quarts et la demie, mais cette fois il n'a quasiment rien raté. Si Pranbdelli le gardait, c'était surtout grâce à sa grande capacité à se créer facilement des occasions, par sa technique ou sa puissance, quitte à ce qu'il gâche un peu devant le but. Son deuxième but, dans la même position que son remplaçant Di Natale en deuxième période, où il propulse une frappe instantanée en pleine lucarne, là où en général les tentatives des attaquants sont trop croisées ou trop enlevées, est un chef-d’œuvre de maîtrise technique, digne d'un très grand buteur. Ça peut aussi s'appeler la réussite... Ronaldo s'était essayé au même geste contre l'Espagne, mais pied gauche, avec à l'arrivée quelques pigeons décimés. Un but de renard, un autre de buteur, s'il parvient à conserver ces bonnes vibrations, il peut nous sortir une très bonne saison à City l'année prochaine !

A noter que lors de la finale, il sera le seul buteur à trois buts, en position donc d'être sacré seul meilleur buteur, Gomez, Mandzukic, Ronaldo ou Dzagoev étant déjà éliminés. Donc à moins d'un doublé de Fabregas, Torres ou Xabi Alonso... ou alors on aura 5 meilleurs buteurs ou plus, une première pour un grand tournoi. Et avec un score aussi faible, on n'aura jamais vu ça depuis le passage à 16 équipes, en 1996...

Bref je reviendrais un peu plus tard pour préparer cette finale avec vous ! A plus tard !

lundi 25 juin 2012

Les meilleurs entre eux

Salut à tous,

Dans la rivière de haine médiatique et populaire qui accompagne désormais systématiquement chaque défaite des Bleus depuis 1998 - le triptyque habituel petits cons-trop payés-qu'ils dégagent tous, constructif et réfléchi, bien entendu - je vais essayer de parler de football, plutôt qu'analyser sociologiquement un truc qui reste quand même un sport, un jeu. Où la défaite, notamment contre un adversaire supérieur, reste un éventualité non seulement acceptable, honorable, mais surtout inévitable. Tout le monde perds, comme tout le monde meurt. Et peu importe la façon de le faire.

Trois matches, mais quels matches !

De football, il ne nous en reste d'ailleurs plus beaucoup à déguster, avant ce mois de juillet qui, pour la plupart des autres sports, est souvent synonyme d'activité, de grandes compétitions, de récompenses... mais qui pour nous ne signifie qu'une attente, de la prospection sur la valeur présumée des équipes suivant leur mercato, les départs, les arrivées... prédictions tellement aléatoires qu'elles seront presque toujours fausses, un ans plus tard. Mais ça occupe, pendant qu'on somnole devant une étape Limoges-Bordeaux du Tour de France ou devant une compétition de kayak aux JOs. Quand on est accro au football, on s'accroche à ce qu'on peut tandis que nos "idoles" se préparent en vue des prochaines échéances. La reprise de la Ligue 1 c'est le 10 août, déjà.

Trois matches, c'est tout ce qu'il nous reste avant la trêve, qui va nous frustrer de football pendant 5 semaines... à moins que ce soit une bouffée d'oxygène après 11 mois de football quasi ininterrompu, c'est selon la sensibilité de chacun. Trois matches, mais avec presque autant de football attendu dedans que durant trois journées de Ligue 1. Deux demi-finales et une finale d'Euros, si tout se passe bien, on va se régaler. Mais le football n'aime pas être prévisible, et marche parfois sur la tête.

Comment expliquer qu'il y ait eu deux buts lors des 90 minutes d'Espagne-France (13 tirs au total, dont 6 cadrés, 70 attaques) et aucun lors des 120 d'Italie-Angleterre (44 tirs dont 35 pour nos voisins du sud, 24 cadrés dont 20 pour l'Italie, et 90 attaques) ? Comme certains avaient envie, même après la bataille, de continuer à enfoncer les Bleus, ils ont fait la comparaison, mais on ne peut pas comparer deux matches : chaque équipe a son style, l'adversaire est différent et les scenarii, aussi. Si Johnson avait marqué d'entrée contre Buffon, comme l'Espagne a marqué sur sa première occasion, le match aurait pu être complètement différent. Le match d'hier fut plaisant, mais il fut loin d'atteindre le niveau d'un Angleterre-Suède, d'un Portugal-Pays-Bas ou même d'Allemagne-Grèce, plaisant mais déséquilibré. A partir de l'heure de jeu l'ennui s'installa, et on ne peut quand même considérer un 0-0 se terminant aux tirs aux buts comme un bon match. Le but d'un match de football est de fournir un vainqueur, certes, mais surtout des buts, c'est ça la finalité de ce sport. L'objectif était donc raté, hier.

Il n'empêche, Mario Balotelli, si critiqué pour son attitude mais aussi ses ratés, a quand même pris ses responsabilités et inscrit son penalty, face à son coéquipier de club, Joe Hart, le premier de la série en plus. Bad boy ou pas, sur ce plan là il a fait aussi bien que Henry et Trezeguet contre ces mêmes Italiens, en 1998. Ils avaient 20 ans et n'avaient pas tremblé, eux non plus.

Au passage, les prolongations, et même les tirs aux buts, durant les grands tournois, ce n'est plus une exception, c'est carrément devenu une règle : depuis 1980, plus de 35 % des matches à élimination directe dans les grands tournois ont eu droit à une prolongation, et 22 % à une séance de tirs aux buts. Il y a eu une pointe à 71,4 % lors de l'Euro 96 (5 prolongations en 7 matches, et 4 séances de tirs aux buts). En 2008 et en 2004 on était à près de 43 % de prolongations (3 à chaque fois, plus deux séances de tirs aux buts). D'ailleurs, on a beaucoup plus de prolongations en championnat d'Europe (44,2 %, 30,2 % de tab) qu'en Coupes du Monde (31,9 %, 19 % de tab). A noter que dans plus de 62 % des cas, les prolongations se terminent par des tirs aux buts. Pour l'instant les années 2010 sont relativement épargnées (25 %, 15 % de tirs aux buts), par rapport aux deux décennies précédentes (près de 38 % à chaque fois). Pourvu que ça dure ! Toutes les prolongations ne sont pas des France-Allemagne à Séville, en général on s'ennuie ferme.

Bref, avant ces trois derniers matches particulièrement indécis - le Portugal semble plus percutant offensivement que l'Espagne, puisqu'il a un buteur, lui, et a surtout deux jours de plus de récupération face à une Roja vieillissante, tandis que l'Allemagne, favori logique contre l'Italie, n'a jamais battu cette dernière dans une grande compétition... et les Italiens ne sont jamais aussi forts que lorsqu'on ne les attends pas - faisons un point statistique sur ce tournoi, qui est d'ors et déjà une réussite sur le plan du jeu, malgré quelques inévitables purges.

Le Real prends le pouvoir

Grâce au 0-0 d'hier, le premier du tournoi, on est retombé à 2,46 buts par match, soit un poil moins que lors des deux derniers Euros (2,48) et que la moyenne générale depuis 1960 (2,47). Comme prévu, et hormis l'Allemagne-Grèce (4-2), qui joue le rôle de l'arbre cachant la forêt, ces matches à élimination directe se révèlent très chiches en buts. Neuf buts en 4 matches, dont 6 lors du match précédent évoqué... ça n'annonce rien de bon pour les demi-finales. On pourrait être optimiste pour l'alléchant Espagne-Portugal mais l'Espagne nous a montré lors de cet Euro et la Coupe du Monde 2010 que gagner un match par le plus petit des écarts lui suffisait largement, et qu'elle avait bien compris que l'essentiel était d'assurer la victoire et de durer, donc de ne pas dépenser toutes ses forces en attaquant immodérément. Pas sûr donc que ce derby ibérique se révèle une avalanche de buts.

Chez les buteurs, on en est désormais à quatre en tête, avec le troisième but de Ronaldo. Ce dernière fait figure de favori pour le titre de meilleur buteur, même si Gomez, le seul des trois autres à encore être qualifié, peut lui voler la vedette. L'histoire nous montre que ce sont souvent des seconds couteaux, ou des représentants des seconds couteaux, qui sont sacrés meilleurs buteurs (Baros en 2004, Milosevic en 2000 avec Kluivert...). Gomez est une star, mais ce n'est pas Ronaldo. Surtout, hormis Villa en 2008, Larsen en 1992, Van Basten en 1988, Platini en 1984 et Allofs en 1980, sur les Euros à 8 équipes ou plus, ce n'est pas toujours le buteur du vainqueur qui est sacré. En tous cas pas sur les derniers Euros, à part le dernier.

Comme prévu, le niveau s'est élevé et les gros clubs se sont réveillés chez les buteurs. Un, surtout : le Real, grâce aux buts de Ronaldo, Khedira et Xabi Alonso (2), mais pas à ceux de Benzema ou Özil, a plus que doublé son total lors de ces quarts de finale (7), et dépassé Wolfsburg, qui ne compte plus de représentants en demi-finale (5). Contrairement au Bayern et à Manchester City, qui sont juste derrière (4). Le Milan (3) mais surtout Arsenal et Barcelone (2), eux, déçoivent, tout comme Chelsea ou Manchester United (2), le FC Porto, la Juve, Liverpool ou le PSG (1), unique représentant d'une Ligue 1 décimée, et qui aura été écartée des débats dans cet Euro, comme le précédent d'ailleurs (1 seul but, celui du Suédois de Rennes, Hansson, contre la Grèce...). Il ne reste plus que les deux Italiens du club parisien, Sirigu et Motta, pour faire briller le championnat de France... le premier aura du mal, mais le second aussi. C'est l'Angleterre qui domine toujours (18 buts) devant l'Allemagne (14) mais l'Espagne se rapproche (11), contrairement à l'Italie (6). La Grèce, elle (4), fait mieux que l’Écosse, la France ou le Portugal (1 chacun). Ça, ça fait mal aussi.

Chez les meilleurs passeurs, que des stars, voire des spécialistes du genre : Schweinsteiger, Özil, Gerrard, Silva, Benzema et Nani, tous à deux. Iniesta et Pirlo sont à une passe, et peuvent encore rejoindre ou dépasser les leaders...

A noter également que Ronaldo, avec 6 buts en trois Euros, peut sérieusement espérer rejoindre le deuxième meilleur buteur de l'histoire de la compétition, Shearer (7 en deux fois), voire même le meilleur, Platini (9 en une fois !). Lors de cet Euro... ou durant le prochain, en France, ce qui serait un joli symbole. Après tout il n'aura que 31 ans, et marquer lors de quatre Euros différents n'a encore jamais été réalisé. Pourquoi pas ?

Allez, à plus tard !

jeudi 21 juin 2012

Place aux quarts !

Bonjour,

Retour donc sur ce premier tour plein de suspense, et assez contrasté. Pour une fois, malgré les deux succès inauguraux de l'Allemagne, aucune équipe n'étaient qualifiée avant le troisième match, ce qui nous a réservé des dernières rencontres à suspense.

Les buts en berne

C'est peut-être pour ça que, l'enjeu grandissant et les tactiques soudainement se crispant, la moyenne de buts a pris un sacré coup dans la tronche : après les 26 buts des deuxièmes matches (3,25), on a eu droit à quatre 1-0 et deux 2-0, et au total 14 misérables buts, soit 1,75 par match ! Ah ça, quand les sélectionneurs débarquent à l'Euro, ils sont remplis de bons sentiments offensifs. Mais dès que la guillotine se rapproche de trop près... on ferme, terminé ! Du coup, en 8 matches, on a perdu l'avance que les 8 premiers jours de compétitions avaient permis d'accumuler, et après être passé de 2,5 à 2,88 lors des deuxièmes matches, nous voici de retour à 2,5. J'avais dit que pour avoir une différence de buts comparable à celles des deux derniers Euros (2,48 à chaque fois), il fallait que la moyenne n'excède plus les 2 par matches jusqu'au terme du tournoi. A ce rythme, on risque fort de faire moins bien, surtout avec le début des matches à élimination directe, en général plus avares en buts... Il nous faut 17 buts lors des 7 derniers matches (2,43) pour ne pas faire moins bien, ça parait compliqué au vu des derniers matches, mais qui sait...

Il n'empêche que pour l'instant, on évite les 0-0, mais en une session de matches, le 1-0, qui n'avait été signé que 2 fois jusque là, est passé à 6 unités et a donc pris la tête des scores, ce qui est assez symbolique, devant les 1-1 et les 2-1. Un peu comme en Ligue 1, en somme.

Si les matches sont devenus plus ennuyeux, les quelques buts qui ont échappé au béton sont toujours de bonne qualité : 61,67 % d'entre eux ont eu lieu sur passe décisive dans le jeu (51 % en Ligue 1). L’Allemagne (5/5), la République Tchèque (4/4), la France (3/3) et la Pologne (2/2) ont fait le plein dans ce domaine, juste devant le Portugal (5/4), et la Croatie et le Danemark (4/3). En revanche, l'Italie (4/1) et bien sûr la Grèce, qui semble ne savoir que marquer sur des ballons relâchés par des gardiens ou des défenseurs (3/0), parmi les équipes qualifiées, font moins dans le collectif, même si le but de Balotelli, sur corner, est magnifique.

Les gauchers sont contrariés

Chez les joueurs, on compte les mêmes meilleurs buteurs qu'avant les troisièmes matches (Gomez, Mandzukic, Dzagoev). On notera quand même les deuxièmes buts de l'étonnant Krohn-Dehli (29 ans, Brondby après un début de carrière raté à l'Ajax), Jiracek et bien sûr Ibrahimovic, qu'on regrettera dans cet Euro, et le doublé de Ronaldo, qui laisse son coéquipier Benzema dans le rôle du dernier attaquant star de cet Euro à ne pas avoir marqué. Il n'a fallu qu'un match à Rooney pour se mettre dans le bain dans ce domaine... et son but opportuniste montre à quel point un avant-centre bien placé dans la surface, qui sent bien les coups, peut être utile au haut niveau.

A noter que sur les 60 buts (moins 1 csc), moins de 10 ont été marqué du gauche (17 %) contre 17 de la tête (29 %), des chiffres qui, d'ordinaire, sont inversés. Les gauchers, si habiles d'habitudes, semblent éteints dans cet Euro. Deux seulement d'entre eux figurent dans les joueurs ayant marqué au moins deux buts, les Tchèques Pilar et Jiracek. Mais ils ont marqué chacun un but du droit sur leurs deux buts... Il faut dire que les "pattes inversées", cette mode qui consiste à mettre des ailiers gauchers à droite, et inversement, n'arrangent pas les tirs croisés, surtout qu'ils sont en général assez exclusivement gauchers, plus que les droitiers. Ils peuvent repiquer dans l'axe, certes mais ça nous offre un festival de frappes lointaines peu efficaces, comme celles de Ben Arfa contre la Suède...

Chez les clubs, l'étonnant Wolfsburg de Mandzukic et Jiracek reste en tête avec 5 buts, mais les gros sont en embuscade derrière : Manchester City (4), le Bayern, Milan et le Real (3), Arsenal, Barcelone, Dortmund, Chelsea ou Manchester United (2), n'attendent peut-être qu'une chose pour prendre le pouvoir, que le niveau s'élève. Mais il faudra marquer des buts pour ça, les gars... En attendant, la Premier League n'a pas attendu pour prendre le large dans ce domaine (18 buts), déjà loin devant la Bundesliga (12), et très loin devant la Liga (7) et la Serie A et le championnat russe (5). La France et le Portugal, eux, restent bloqués à un but, les Pays-Bas à zéro.

Chez les passeurs, ils sont déjà cinq à postuler pour le titre : Schweinsteiger, Gerrard, Silva, Benzema et Nani ont déjà offert deux buts à leurs coéquipiers. Quatre milieux et un attaquant, je vous laisse deviner celui qui s'est trompé de rôle... s'il avait marqué à côté, ce serait super, mais on attends toujours. A noter la passe décisive de Gomez pour son compère Podolski contre le Danemark, qui lui offre la première place des joueurs décisifs, avec ses 3 buts. Voilà un attaquant moderne, buteur et pivot, qui ne peut faire que du bien à une équipe...

Enfin, sur les quarts d'heure, avec la hausse des enjeux, le dernier d'entre eux a repris du poil de la bête : sur les 14 buts inscrits lors des 8 derniers matches, 4 d'entre eux l'ont été en fin de match, contre 6 lors des 16 précédents, sur 46 buts. Mais le champion des quarts d'heure reste le quatrième, celui après la mi-temps, avec 15 buts, dont encore deux sur les derniers matches, ceux de Rooney et Ibrahimovic. Des buts qui font assez mal, on l'a vu, puisqu'ils se sont avérés décisifs.

L’Allemagne invaincue contre la Grèce

Voici maintenant les quarts de finale qui se profilent, avec Portugal-République Tchèque dès ce soir. Un duel qui semble déséquilibré, mais les deux équipes ne se sont affrontées que deux fois dans leur histoire, à chaque fois durant un Euro, et les deux équipes l'ont emporté une fois chacune. En 2008 c'était le Portugal qui l'emportait lors du groupe A (3-1) avec notamment un but de Ronaldo à la clé, mais en 1996 c'étaient les Tchèques qui remportaient leur quart de finale, disputé à Birmingham (1-0), sur un exploit personnel de Poborsky. Attention donc au bloc tchèque, qui risque de plus donner mal au crâne aux Portugais que celui, plus poreux, des Pays-Bas... n'excluons surtout pas la victoire finale d'une équipe défensive et bien regroupée, ça semble être la mode cette année...

On aura droit aussi à un étonnant - et savoureux, sur le plan politique - Allemagne-Grèce. En 8 rencontres, jamais la Grèce n'a encore battue l'Allemagne, ce qui est rare à ce niveau de la compétition. Mais en 2004, la Grèce était également vierge de toute victoire contre la France, qu'elle avait pourtant "dominée" (1-0). Attention donc à la surprise désagréable... du moins pour les amoureux du football, dont je fais partie. Qui ne rêve pas d'une demi-finale Espagne-Allemagne, franchement ? Bon on aimerait bien la France, aussi...

Les deux autres quarts sont nettement plus classiques, avec un France-Espagne qui s'est déjà produit trois fois en grande compétition, avec 2 succès et un nul en faveur des Bleus ! Espérons que cette série ne s'arrêtera pas, comme celle que nous avions depuis 43 ans envers les Suédois... l'Espagne, qu'on retrouvera dans notre groupe qualificatif pour le Mondial brésilien, reste tout de même sur deux succès en amical contre la France. Enfin, Angleterre-Italie est un classique, mais les équipes ne se sont affrontées que deux fois lors d'un grand tournoi, lors du premier tour de l'Euro 1980 (1-0 pour l'Italie) et lors de la petite finale mondiale de 1990 (2-1 pour l'Italie, encore). Les Anglais vont-ils enfin prendre le dessus ? Malgré un premier tour contrasté, je les en crois capables.

Allez, à plus tard, et bons matches !

lundi 11 juin 2012

Enfin le Crunch !

Bonjour à tous,

A peine le temps de se rendre compte que l'Euro a commencé que déjà, le premier tour du premier tour se termine ! Douze des seize équipes en compétitions ont déjà entamé leur tournoi, avec des fortunes forcément diverses. Tout le monde ne peut pas commencer par un 1-1 à la fois rassurant et qui n'engage rien quant à vos chances de se qualifier pour les quarts de finale.

Un match fermé ?

On fera un premier bilan demain, après que toutes les équipes aient joué, mais on peut noter que l'honnête différence de buts (2,5) est trompeuse : elle repose surtout sur les deux gros scores qui ont déjà marqué ce début de tournoi, celui de la Russie contre la République Tchèque (4-1) et celui de la Croatie, hier, contre une Irlande particulièrement faible, mais aussi malchanceuse (3-1). Neuf buts sur 15 ont été marqué dans ces deux matches, ce qui veut dire qu'on ne dépasse pas les 1,5 sur les 4 autres... la Russie et la Croatie sont d'ailleurs les seules à avoir réussi à marquer plus d'un but lors de leur match. On va attendre un peu pour voir si cette tendance est lourde ou pas.

Penchons nous plutôt sur ce match qui nous intéresse tous. C'est une authentique affiche, comme on a déjà eu Espagne-Italie hier (1-1) ou Allemagne-Portugal avant-hier (1-0). Des matches fermés, mais au niveau techniques divers. Le premier fut un véritable régal pour les yeux, avec des champions d'Europe et du Monde rivalisant d'intelligence pour tenter de se frayer, parfois à la limite de la caricature, un chemin dans la défense italienne à coups de petites passes répétées parfois géniales, comme celle de Silva pour Fabregas sur le but, quitte à donner l'impression de vouloir rentrer dans le but avec le ballon, mais aussi des Italiens généreux, et n'hésitant pas à se porter vers l'avant dès la récupération du ballon, souvent avec intelligence. L'autre match, en revanche, fut beaucoup plus brouillon, malgré la qualité des joueurs présents sur le terrain. Il y avait quand même 4 joueurs du Real Madrid au coup d'envoi, 2 de chaque côté, pour un match qui ne concernait pas l'Espagne !

Les portes pourraient donc bien être fermées, ce soir à 18h à Donetsk, sauf si les défenses, qu'on pressent affaiblies par les absences, prennent l'eau. Encore faudrait-il que les deux équipes tentent de les mettre à la faute, ce qui n'est pas gagné d'avance. Blanc a déjà annoncé que la France jouerait le jeu vu lors des matches amicaux, c'est-à-dire avec des prises de risques offensives que seule l'Islande a réussit à exploiter (3-2), mais qui auraient pu être plus compliquées à gérer face à des attaquants plus habiles. Contre l'Estonie, c'est un miracle si Lloris, bien mal protégé par Rami et Mexès, n'encaisse pas de but en début de match (4-0). En revanche, on sait déjà que le onze de la Rose se contentera de sortir ses épines défensives, et d'évoluer en contre, quant elle le pourra.

La défense en question

La France est invaincue depuis 15 ans et 5 matches contre l'Angleterre, et ce but de Shearer à Montpellier lors du Tournoi de France (0-1), elle n'a plus perdu depuis l'ouverture des éliminatoires contre la Biélorussie (0-1), soit 21 matches, mais si elle offre à Welbeck ou Ashley Young les mêmes espaces qu'à Sigthorsson ou Ojamaa, ça pourrait faire mal. Sauf bien sûr si la charnière centrale tricolore se ressaisit à l'approche de la compétition, comme elle a pu le faire lors des matches amicaux de prestige qui l'ont opposé depuis deux ans à l'Angleterre, déjà (1-2), le Brésil (1-0) et l'Allemagne (1-2). Des matches amicaux qui ressemblaient beaucoup à des matches officiels. A chaque fois, la défense française s'était montrée beaucoup plus convaincante et concentrée que contre des équipes moins réputées.

Et puis n'oublions pas que, contrairement à l'attaque, qui ne s'est montrée à son avantage que durant ce mois de mai après avoir très sérieusement tâtonné depuis deux ans, la défense a toujours été pour Blanc un des rares motifs de satisfaction (0,52 buts encaissés par match, troisième score pour un sélectionneur français derrière Santini, 0,46, et Jacquet, 0,51). Lors des éliminatoires, elle n'a encaissé que 4 buts en 8 matches, et jamais plus d'un à la fois, il est vrai dans une poule pas très terrifiante non plus, mais quand même. Avoir quasiment la moyenne de buts encaissés qu'Aimé Jacquet, un maître du genre, il fallait le faire. Surtout que lui pouvait compter sur les meilleurs défenseurs de l'époque...

L'Angleterre manque de réserve

Maintenant évidemment, il s'agit d'affronter des équipes qui ont brillé lors des éliminatoires. L'Angleterre n'a pas tremblé, et la Suède, troisième attaque et meilleur deuxième de cette phase, non plus, contrairement à la France. Mais si elle a des blessés, notamment en défense mais pas que (Abidal, Sagna, Diaby, Gourcuff, Rémy...) elle semble moins affectée par cette rubrique que l'Angleterre, qui montre une nouvelle fois la limite de son réservoir de joueurs, avec les blessures de Cahill et Lampard, remplacés par Kelly et Henderson, et dont le troisième gardien, Jack Butland, 18 ans, évoluait cette saison à Cheltenham, en 4e division, après un prêt de Birmingham City ! Depuis Barthez, qui évoluait en Ligue 2 à Marseille dans les années 90, difficile d'imaginer un gardien international français évoluer en dessous de l'élite... De même, derrière Rooney, qui est un génie à ce poste malgré des contours mal dégrossis et trompeurs, et qui sera suspendu, c'est un peu le désert : Welbeck, non titulaire à Manchester United, a marqué 12 buts toutes compétitions confondues, et Andy Carroll, 9, dont 5 en Cup... seul Defoe a (encore) été efficace cette saison (16 buts) mais ne paraît pas être un titulaire aux yeux d'Hogdson... Là encore sur ce plan là, on n'a pas à se plaindre, nos deux attaquants ont marqué plus de 20 buts cette saison... ce qui n'est pas une assurance tout risque, mais bon, qu'est-ce qui est sûr en football ? Pas grand chose.

Bref, on sait que l'Angleterre, comme l'Italie, sait se sublimer à l'approche de la compétition et surtout lorsqu'elle est en difficulté. Il ne faudra donc pas la sous-estimer. Mais n'oublions pas non plus une chose : une première défaite n'est pas éliminatoire, loin de là même. L'Espagne, en 2010, mais aussi la France, battue en ouverture de son Mundial par... l'Angleterre (1-3), avant d'aller en demi-finales, peuvent en témoigner. Mais ce sera probablement un groupe serré, alors autant essayer de ne pas prendre du retard trop vite.

Allez, à plus tard !