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jeudi 23 juin 2016

Place aux huitièmes !

Salut à tous,

Voilà le premier tour s'est terminé hier soir, en nous donnant enfin quelques émotions, du moins dans le groupe F, avec notamment la qualification surprise de l'Islande et le match fou - et riche en but, enfin ! - entre la Hongrie et le Portugal. Avant le début des huitièmes de finale, samedi, on va faire un petit bilan de ces 36 premiers matches. Il n'en reste plus que 15, déjà...

Un désert de buts

D'abord, revenons rapidement sur ce qui, selon moi, caractérise vraiment cette 15e édition de l'Euro : le nombre absolument lamentable de buts. On en est à 69 buts en 36, soit 1,92 par rencontre, un but toutes les 46 minutes environ. Moins d'un but par mi-temps ! Vous allez me dire que c'est ma marotte et que ça reste un détail, mais pas du tout : parmi les 14 anciennes éditions, seuls les Euros 1968 (1,4), 1980 (1,93) - les deux se déroulant en Italie, étrangement - et 1996 (2,06) s'étaient approchés de nos chiffres actuels (1,92). Mais le premier ne comportait que 4 matches, le deuxième, 14, et le troisième, 31, des diviseurs moins représentatifs. Là, on est déjà à 36 matches, et hormis hier à Lyon, donc, on n'a pas eu droit à un seul match échevelé entre deux équipes offensives, qui osent mettre un peu de côté l'obsession du bloc équipe et de la défense à outrance. Ça a sûrement choqué les adeptes d'Aimé Jacquet et de Mourinho, c'est peut-être logique que ce genre d'évènements se raréfient à l'approche des sommets, mais ça fait du bien quand même. Parce que le foot, ça reste les buts et non l'absence de buts, désolé. Personne ne va au stade en rêvant d'un duel tactique entre deux équipes bien en place.

Lors de ces troisièmes matches de poule, on a ainsi une nouvelle fois touché le fond, avec 22 buts (1,83), comme lors de la première journée. Hier soir, pour la conclusion du trépidant groupe E (10 buts en 6 matches, seul le groupe C, celui de l'Allemagne, fait pire, avec 7 buts), on a failli avoir droit à deux 0-0 pour conclure. Les 0-0 qui sont finalement assez nombreux (4, soit 11,1 %) mais qui sont devancés par les 1-1 (5), les 2-1 et les 2-0 (6) et surtout les 1-0, évidemment (10, soit 27,8 %). 69 % de matches à deux buts ou moins... on s'est régalé, avouez le. Résultat, la moitié des équipes engagées ont marqué moins de 3 buts, trois d'entre elles - toutes éliminées, dieu merci - n'ont marqué qu'une fois, et l'Ukraine, elle, n'y est jamais parvenu. Qualifiée de justesse lors des barrages, elle restera l'anonyme de cet Euro.

Les buts qui ont du mal à survenir avant la 30e minute (15,9 %), plutôt lors des quarts d'heure avant et après la pause (39,1 %) et évidemment en fin de match (28,9 %). Il vaut donc mieux être patient dans cet Euro...

Les Britanniques en force

Ils étaient déjà nombreux - 4, sur 5 au total - et les pays des iles Britanniques, dont certains étaient pourtant peu habitués à ce genre d'évènements, ont justifié leur présence en masse en se qualifiant toutes pour les huitièmes de finale. Au point que deux d'entre elles, qui disputent pourtant leur premier Euro, à savoir l'Irlande du Nord et le Pays de Galles, s'affronteront samedi au Parc des Princes pour une place en quart de finale ! Les Nord-Irlandais qui se qualifient d'extrême justesse, puisque ce sont les seuls des 16 qualifiés à passer ce tour avec 2 défaites au compteur... et les seuls, avec le Portugal, à n'avoir récolté que 3 points lors de ce premier tour. Merci au merveilleux et si lumineux système des 4 meilleurs 3es... vivement le prochain Euro.

Si ce passage à 24 équipes a permis, logiquement, d'ouvrir la porte à de nombreuses nouvelles nations, qui se sont d'ailleurs toutes bien comportées, si ce n'est au niveau du jeu, puisqu'elles ont quasiment toutes passé leur temps dans les 16 mètres à défendre en attente d'un contre, au moins au niveau des résultats, 3 des 4 bizuts ayant passé le cut (Irlande du Nord, Pays de Galles et Islande, seule l'Albanie restant à quai), il aura surtout permis aux grosses équipes d'éviter une élimination précoce. Le passage à six poules leur a évité de s'affronter prématurément, déjà, et la qualification de 16 équipes sur 24 leur a évité de trop suer pour passer au tour suivant, notamment le Portugal, troisième de sa poule derrière les terribles Hongrois et Islandais (!) et sans gagner le moindre match... du coup, tous les gros sont là.

Je dirais même plus : hormis ces mêmes lusitaniens, qui sont récompensés de leur "splendide" parcours en se retrouvant dans la partie de tableau la plus favorable, et de loin, avec pour seuls écueils leur prochain adversaire croate - la meilleure équipe de ce premier tour, selon moi, ce qui ne lui garantie rien - peut-être les Gallois de Bale en quart et éventuellement la Belgique, en demi-finale, tous les gros se retrouvent du m^me côté. La France, l'Espagne et l'Italie, qui elles se sont qualifiées avant même leur troisième match, se retrouve coincées ensemble dans le même tableau, en compagnie de l'Allemagne et de l'Angleterre... le charme des tableaux pré établis. On aura donc un finaliste surprise, face à un survivant, probablement un très gros mais qui aura du batailler pour arriver au Stade de France.

Le Real Madrid bien représenté, pas la Ligue 1

On l'a vu, on a peu de buts mais on a quand même des buteurs en forme, avec déjà deux joueurs à 3 buts - Bale et Morata - suivis de 7 joueurs à 2 buts - Lukaku, Perisic, Payet, Dzsudzsak, Ronaldo, Nani et Stancu. Par clubs, le champion d'Europe, dont la victoire en C1, aidée par un parcours clément et une victoire heureuse aux tirs aux buts, justifie pourtant pleinement son rang, puisque ses pensionnaires ont déjà inscrit 7 buts, sachant qu'il manque Benzema dans le lot. Suivent trois équipes à 3 buts, l'Inter Milan et... deux équipes turques, le Fenerbahce et Bursaspor, 11e de son championnat ! Le premier profite des deux buts du Portugais Nani, et l'autre de ceux du Hongrois Dzsudzsak et de celui du Tchèque Necid. La Toto Super Lig qui se comporte particulièrement bien, puisqu'elle se classe 4e des championnats les plus représentés, avec 9 buts, soit plus que l'Allemagne (6) et derrière l'Angleterre (17), l'Espagne (12) et l'Italie (10) !

Et le championnat de France me direz vous ? Rien, nada. Malgré 22 représentants - dont 5 gardiens -, soit le 8e contingent du lot, aucun d'entre eux n'a réussi à marquer. Ibrahimovic et Sigthorsson, malgré un temps de jeu conséquent, sont resté muets, tandis que Grosicki, Eder et surtout Batshuayi ont très peu joué... le seul joueur de Ligue 1 ayant brillé, finalement, c'est Subasic, le gardien croate, qui a stoppé le penalty de Ramos contre l'Espagne... malgré tout tout n'est pas perdu, ils sont encore 18 qualifiés pour les 8es, dont 5 gardiens, encore. A noter que dans le même temps, les championnats russes (3), suisses (2), écossais, hongrois, néerlandais, tchèques, suédois, et même chinois et qataris sont représentés dans le classement... il serait temps de rapidement réparer cette anomalie. Si c'en est bien une...

Bonne nouvelle, on a également deux passeurs à 2 unités, Hazard (Belgique) et Ramsey (Galles). L'Euro est pauvre en buts, mais le taux de buts sur passes décisives dans le jeu est très élevé (71,6 %), ce qui est un gage de qualité de jeu. Si on cumule buts et passes, Bale et Morata sont rejoints en tête des joueurs les plus décisifs par Payet, Perisic, Ronaldo (2+1) et Ramsey (1+2). Par équipe, la Croatie, l'Espagne (5+4) et le Pays de Galles (6+3) sont les équipes qui se comportent le mieux, devant la Belgique, la France et le Portugal (4+4).

Voilà, espérons que les matches à éliminations directes se montreront plus ébouriffants, mais ce n'est pas la tendance des derniers grands tournois (2,2 buts en 2014, 2,14 à l'Euro 2012...). En tous cas sur le papier ils sont alléchants. A plus tard !

lundi 6 juin 2016

A l'heure de l'Euro

Salut à tous,

A quatre jours du début de l'Euro, et si on se lançait dans un petit briefing de ce qui nous attends en ce mois de juin lumineux et apaisé ?

Le nivellement par le bas

Tout d'abord, on peut constater que grâce à Michel Platini, qui a permit à quasiment un pays européen sur deux de se qualifier sur l'Euro (24 sur 54...), on va pouvoir savourer quelques belles affiches qui ne nous auraient, d'ordinaire, pas vraiment mobilisé pour les regarder à la base : Albanie-Roumanie, Slovaquie-Pays de Galles, Irlande du Nord-Pologne, Islande-Hongrie... des "affiches" entre troisièmes couteaux européens qui vont certes pouvoir prendre un peu d'expérience, mais dont la présence me fait sérieusement douter du niveau général de cet Euro. Le championnat d'Europe qu'on prétend souvent de meilleur niveau que la Coupe du Monde, à tort à mon avis, ben là c'est sûr, ça va vraiment être moins bien.

Ce genre d'affiches, d'ailleurs, vont plus souvent se répéter que ce qu'on pourrait appeler des "chocs" : à part Belgique-Italie dans le groupe E, je n'en vois aucun. Et encore, l'émergence de la Belgique est très récente, puisqu'elle n'avait plus participé à l'Euro depuis
qu'elle l'avait organisé avec les Pays-bas en 2000... en revanche, je me rappelle qu'on s'était un peu plus régalé en termes de gros matches au premier tour en 2012 : Allemagne, Portugal et Pays-Bas dans le groupe B, Espagne-Italie dans le C, Angleterre-France dans le D... ça avait une autre tronche. Merci Platoche, et bonne retraite.

Le pire, c'est que ce vaste élargissement va certes permettre à 4 pays de disputer leur 1er Euro (Galles, Irlande du Nord, Albanie et Islande), et même pour les deux derniers leur tout premier  tournoi, mais ça n'a même pas garanti à la compétition de pouvoir compter sur tous ses habitués, dont des anciens vainqueurs, les Pays-bas, le Danemark ou la Grèce, mais aussi la Serbie, l’Écosse, seule équipe des iles britanniques à ne pas avoir passé le cut... Bref, le résultat de cette réforme a certes grandement aidé Platini à se faire élire et réélire à la tête de l'UEFA grâce aux votes des petites pays, mais pas vraiment à nous promettre un mois de football de haute volée.

Et je ne vous parle pas de la conséquence directe de cet agrandissement de 16 à 24 : les 4 meilleurs troisièmes se qualifieront - ce qui permettra à des équipes ayant perdu deux fois de se qualifier avec un seul succès... - et seront versés en huitièmes selon une méthode complètement incompréhensible, quand avant les deux premiers se qualifiaient, point. Attention aux migraines, prévoyez de l'aspirine.

En même temps on risque fort de voire des buts, ce qui reste l'essentiel en football. Mais le nombre de buts ne mesure pas le niveau d'une compétition : le championnat européen le plus riche en buts est le Luxembourg (3,32), devant Malte (3,19).

La France faussement à l'abri

Commençons par le groupe A, celui de la France, et qui ne nous fait tellement pas rêver qu'il nous donne l'impression d'une formalité. Roumanie, Albanie, Suisse... ça ressemble à un groupe de qualifications - c'est le cas de toutes les poules - mais non, c'est bien une poule d'Euro. Il sera donc apparemment facile de battre à Saint-Denis la Roumanie, qui n'a encaissé que 2 buts en 10 matches éliminatoires, soit le meilleur chiffre tous groupes confondus. Alors certes, face aux terribles attaquants de l'Irlande du Nord, vainqueur du groupe, de la Hongrie, de la Finlande, des Iles Féroé et de la Grèce, bonne dernière (!), c'est une performance à relativiser, surtout qu'en trois matches préparatoires elle en a déjà encaissé 6 en 3 rencontres, dont 4 contre l'Ukraine (3-4). Mais vu qu' elle en marqué 9 dans le même temps... au final, cette équipe, menée par le jeune milieu offensif du Steaua Stanciu (23 ans, 5 sélections, 4 buts) ou l'ancien Nantais Keserü ne paie pas de mine mais les hommes de Deschamps auraient torts de se croire à l'abri.

Même chose pour l'Albanie, totalement bizut à ce niveau, et qui ne compte pour ainsi dire aucun joueur véritablement marquant. Son capitaine Lorik Cana, bientôt 33 ans, pourrait être celui là mais il sort d'une saison compliquée à Nantes. Attention tout de même à Armando Sadiku, auteur de 12 buts avec le FC Zürich et Vaduz en championnat de Suisse... plus sérieusement, les Bleus faisaient moins les malins il y a un an, lorsqu'ils concédaient une défaite assez honteuse à Elbasan (1-0), la seule de leur Histoire face à cet adversaire, qui les avait déjà tenu en échec à l'aller, en novembre 2014 à Rennes (1-1)... une chose est sure, il faudra faire mieux.

Enfin, notre plus sérieux adversaire, à priori, se nomme la Suisse. Un adversaire que nous avions certes éparpillé façon puzzle au dernier Mondial (5-2), un évènement qui se répète souvent puisque depuis juin 2004 et un premier duel déjà en notre faveur (3-1), les deux équipes se sont affrontées deux fois en Coupe du Monde (2006 et 2014) ainsi que lors des éliminatoires pour le Mondial allemand. Hormis ces deux succès déjà évoqués, les Helvètes nous ont souvent tenu en échec, deux fois lors de ces fameux éliminatoires, mais aussi en Allemagne, en 2006 (0-0). Alors certes, la Suisse ne nous a plus battu depuis un match amical en 1992 (2-1) mais elle s'est aisément qualifiée pour cet Euro, deuxième derrière une Angleterre impériale mais avec une nette avance sur la Slovénie et avec 24 buts inscrits en 10 matches, seuls les Polonais (33) et les Anglais (31) ont fait mieux. Alors attention à cette jeune équipe, emmenée par quelques talents comme Dzemaili, Xhaka, Shaqiri, Mehmedi ou Embolo...

Je ne dis pas que dans un système où vous avez deux chances sur 3 de vous qualifier la France est en danger, mais ne pas finir premier de cette poule pourrait lui poser des problèmes ensuite...

Les Gallois défient l'Angleterre

Le groupe B n'est certes pas d'un chic fo, mais paraît être un des plus relevés. L'Angleterre, meilleure équipe des éliminatoires avec un 10 sur 10 et 31 buts marqués pour seulement 3 encaissés, font figures de favoris. Alors oui, comme souvent depuis l'arrêt Bosman, rares sont ses éléments étant titulaires dans les meilleurs clubs du pays (Hart à City, Cahill à Cheslea, Carrick et Rooney à Manchester, Wilshere à Arsenal...), mais plutôt chez des "seconds couteaux" (Alli et Kane à Tottenham, Clyne, Lallana, Milner, Sturridge et Barkley à Liverpool, Vardy et Drinkwater à Leicester...). Mais sur le papier le talent est là, et le duel, samedi à Marseille avec la Russie, deuxième dans son groupe derrière l'Autriche mais devant la Suède) s'annonce être le seul écueil sur leur route pour les huitièmes. Les deux équipes qui ne se sont affrontées que deux fois, lors des éliminatoires de l'Euro 2008, avec à la clé une victoire chacun... mais les Russes peuvent compter sur une grosse génération qui brille souvent en Ligue des Champions, notamment Shatov et le buteur Dzyuba (27 ans, 1m94, 88 kilos), auteur de 30 buts cette saisons dont 6 en C1 et 7 en sélection. Un poète.

Derrière ce beau monde, deux outsiders à ne pas négliger. La Slovaquie n'est désormais plus le parent pauvre de l'ancienne Tchécoslovaquie, elle a prouvé, avec son 8e de finale lors du Mondial 2010, ainsi que lors des éliminatoires, où elle n'a terminé qu'à 5 points du leader espagnol et devant l'Ukraine, qu'elle était désormais plus que compétitive, au moins autant que les Tchèques. Son milieu offensif, Valdimir Weiss, a ainsi terminé deuxième passeur des éliminatoires, avec 6 unités. Peu de grands noms, si ce n'est Skrtel (Liverpool) mais un groupe solide. Enfin, que dire du Pays de Galles ? Qualifié directement derrière la Belgique et devant la Bosnie, il est une des grandes surprises du plateau. Hormis Gareth Bale, aucun joueur de renom, si ce n'est Ramsey (Arsenal) et Williams (Swansea)... composée de beaucoup de joueurs évoluant dans les divisions inférieures en Angleterre, l'équipe de Chris Coleman jouera son gros match - et pourquoi pas sa qualification - contre le grand ennemi anglais, le 16 à Lens. Le Pays de Galles n'a plus battu son voisin depuis 1984, et a concédé contre celui-ci 66 défaites pour 14 succès en 101 matches...

L'Allemagne grande favorite

Au sein du groupe C, derrière l'Allemagne championne du monde, qu'on imagine mal trébucher, on retrouve les deux co organisateurs du dernier Euro, la Pologne et l'Ukraine. Là encore, chez ces deux équipes, rien de génial mais du solide. Mais elles ne sont pas dénuées de talent : Lewandowski sera certes moins bien entouré qu'au Bayern, mais tous les espoirs de son pays reposeront sur lui qui a marqué 44 fois cette saison, dont 9 en C1, et qui a terminé en tête des buteurs lors des éliminatoires avec 13 buts en 10 matches ! La question est, est-ce que Grosicki, Wszolek ou Milik vont réussir à le mettre dans de bonnes conditions... chez les Ukrainiens, c'est un peu l'inverse. Particulièrement bien outillés sur les côtés, avec le duo Yarmolenko-Konoplyanka pour marquer mais aussi pour servir, les hommes de Fomenko le sont beaucoup moins en pointe, avec aucun joueur de calibre international. Troisième de son groupe de qualification derrière l'Espagne et la Slovaquie, elle a du s'arracher pour sortir la Slovénie lors des barrages (2-0, 1-1).

Pour l'Allemagne en revanche, même si l'absence de Marco Reus, comme au Brésil, posera un problème, le talent est partout. En défense (Neuer, Hummels, Boateng...), au milieu (Götze, Kroos, Özil...) et bien sûr en attaque, avec Müller ou Gomez. Alors oui, la Mannschaft n'a pas brillé depuis son sacre brésilien : qualification pas si aisée malgré la première place devant la Pologne, déjà, avec 2 défaites à la clé, en Pologne (2-0) et en Irlande (1-0), qui l'avait tenue en échec à l'aller (1-1) mais aussi une récente face à la Slovaquie, en amical (1-3). Pour se qualifier ça devrait le faire, ensuite...

Dernier membre du quatuor, l'Irlande du Nord risque fort de compter les points et d'arbitrer tout ça. Elle qui joue son premier Euro et qui n'avait plus disputé de grand tournoi depuis sa troisième et dernière Coupe du Monde, en 1986, l'Ulster ne compte, on peut le dire, sur aucun joueur connu dans son effectif, si ce n'est Jonny Evans (WBA) ou Steven Davis (Southampton). Une équipe évidemment riche en joueurs évoluant en Angleterre, dans différentes divisions, ou en Écosse, pour le buteur Josh Magennis (10 buts avec Kilmarnock). Alors oui, cette formation a terminé devant la Roumanie et la Hongrie en éliminatoires... mais c'est une des plus grosses cotes du tournoi. Et une garantie de belle ambiance dans les stades.

L'Espagne tient à son double titre

Comme l'Allemagne, la Roja, double tenante du titre, semble à l'abri de toute mésaventure dans le groupe D. Alors c'est vrai que la Croatie, la Turquie et la République Tchèque ne manquent pas de talent. Mais les premiers ne l'ont battue qu'une fois en 5 confrontations, la première, en 1994, même chose pour les Turcs dont l'unique succès face à l'Espagne remonte à 1954, quand les Tchèques, leur premier adversaire le 13 à Toulouse, n'ont encore jamais réussi cet exploit, en 4 duels... les hommes de Del Bosque qui restent certes sur un très gros échec au Brésil, mais qui n'ont pas tremblé en qualifications, avec 9 succès et un nul, et 3 buts encaissés, et comptent dans leurs rangs des éléments expérimentés (Casillas, Piqué, Ramos, Busquets, Fabregas, Iniesta, Silva...) mais aussi une nouvelle génération enthousiasmante, à l'image d'Isco, Koke, Morata ou Nolito, qui ont mis dehors le mythique Fernando Torres, buteur lors des deux dernières finales de l'Euro. Le seul point faible de cette équipe semble son gardien, si Casillas est conservé comme titulaire après sa saison médiocre avec Porto.

Les trois autres membres de ce groupe C semblent en revanche assez proches. La Croatie parait malgré tout au dessous, si l'on observe son effectif classieux : Subasic, Kovacic, Modric, Rakitic, Perisic, Kalinic, Mandzukic... de quoi pratiquer un football très chic. Seule la défense paraît en dessous chez cette équipe qui s'est qualifiée de justesse, derrière l'Italie et avec un petit point d'avance sur la Norvège. Les Turcs et les Tchèques, eux, se connaissent très bien, puisqu'ils figuraient dans le même groupe. Les seconds l'avaient emporté, devant l'Islande, tandis que la Turquie s'était qualifiée en tant que meilleur troisième grâce à un but in extremis de Selcuk Inan contre l'Islande (1-0). Lors de leurs deux confrontations, les deux équipes s'étaient toutes deux imposées à l'extérieur (1-2 en Turquie, 0-2 en République Tchèque un an plus tard). Les retrouvailles, le 21 à Lens, devraient être intéressantes. Les Slaves qui pourront compter sur un effectif expérimenté, voire vieillissant (Kadlec, Hubnik, Sivok, Plasil, Rosicky, Lafata...), malgré quelques belles promesses, notamment Krejci (23 ans), le passeur du Sparta Prague. Chez les Turcs, qui se sont privés de Erding, le plus grand talent se nomme Calhanoglu, le tireur de coup-francs de Leverkusen. Il faudra aussi surveiller l'ancien buteur de Galatasaray, désormais exilé en Chine, Burak Yilmaz, et aussi plusieurs joueurs de grande valeur comme Can (Liverpool).

Le duel belgo-italien

Si les derniers matches - peut-être - disputés par Zlatan Ibrahimovic sur le seul français, avec sa sélection de Suède, seront très certainement scrutés à la loupe, le sel du groupe E sera également dans le duel entre deux nations majeures du football européen, la Belgique et l'Italie. Certes, la Belgique, quart de finaliste du dernier mondial, ne s'était plus qualifiée sur le terrain pour un Euro depuis 1984, organisé en France également, et l'Italie est privée de plusieurs joueurs d'importance, notamment Verratti ou Montolivo, mais il s'agira tout de même d'un duel entre le 1er et le 7e pays européen au classement FIFA, qui restent sur deux victoires chacune lors de leurs quatre derniers affrontements. Finaliste de la dernière édition, l'Italie, qui reste également sur un échec au 1er tour au Brésil, est diminuée, et devra jouer un grand tournoi sans Pirlo pour la première fois depuis le Mondial 2002, mais c'est généralement dans cette position de relative faiblesse, quand on ne l'attend pas, qu'elle est la plus efficace. Et si elle manque encore d'un buteur implacable comme elle en a eu souvent dans sa riche histoire, la Squadra Azzura n'est pas pour autant démunie : El Shaarawy, Immobile, Pellé ou Zaza savent marquer des buts. Et Chiellini, Barzagli et Bonucci, devant Buffon (38 ans), savent particulièrement bien défendre.

Et que dire de la Belgique, riche d'une génération comme elle en a peut-être jamais connue ? Finaliste en 1980 en Italie contre la RFA (1-2), elle semble peut-être un peu lourde derrière, avec Alderweireld ou Vertonghen, et en l'absence de son capitaine, Kompany, mais son milieu et son attaque sont peut-être sans équivalents sur le plateau. Benteke, Lukaku ou Batshuayi, ce n'est pas mal pour choisir une pointe, qui se régalera peut-être des accélérations et des offrandes de Ferreira Carrasco, Hazard, Mertens, De Bruyne... sans parler de la présence physique de Fellaini et Witsel à la récupération et dans les deux surfaces ! Bref, si elle n'a pas brillé lors de ses matches amicaux, elle n'a pas tremblé dans son groupe de qualifications, qu'elle a remporté devant les Gallois et les Bosniens sans coups férir. Elle fait aujourd'hui partie des vrais favoris d'un tournoi qui se déroule à ses portes.

Ces deux équipes devront cependant se défaire de deux équipes piégeuses, et c'est peut-être ce qui fait de ce groupe le plus relevé, peut-être. La Suède d'Ibra bien sûr, le grand Zlatan semble seul dans cette équipe, qualifiée péniblement lors des barrages face au voisin danois (2-1, 2-2), après avoir terminé derrière l'Autriche et la Russie, mais c'est relativement trompeur : Guidetti, Larsson, Kujovic ou Ekdal sont moins connus que le désormais ex Parisien, mais il ne manquent pas de ballon. Quant aux Irlandais, troisièmes de leur groupe derrière l'Allemagne et la Pologne et devant l’Écosse, et également passés par les barrages contre la Bosnie (1-1, 2-0), elle ne compte elle aussi qu'une seule star, le vieillissant Robbie Keane (35 ans), toujours redoutable avec les Los Angeles Galaxy. Mais le latéral droit Coleman ou les ailiers McClean et McGeady seront à surveiller.

Le Portugal devra gérer l'Autriche-Hongrie

Encore une équipe dont le porte étendard semble éclipser le reste de son équipe. Le Portugal sans Ronaldo serait-il à cet Euro ? Et si oui, en serait-il un des favoris ? Très peu probable. Si Pepe, Moutinho ou Quaresma ne sont pas des inconnus, cette équipe, assez jeune, semble aussi en retrait sur le plan des individualités que prometteuse. Qualifiée devant l'Albanie, le Danemark et la Serbie, avec 7 succès et une défaite, la sélection lusitanienne s'est inclinée deux fois lors de ses duels avec la France (2-1, 1-0), et n'a marqué que 11 fois en 8 matches, dont 5 pour le buteur madrilène. Si ce dernier, comme souvent lors des grands tournois, ne brille pas et ne porte pas son équipe, elle aura du mal à exister. Même si l'opposition dans ce groupe F semble peu encline à lui barrer la route.

Que ce soit l'Autriche, la Hongrie ou l'Islande, aucune de ces 3 nations n'a jamais passé un 1er tour lors d'un Euro avec poules. Ce sera donc une première pour une ou deux de ces équipes... les deux premières, au passé commun riche et mouvementé, se sont très souvent affrontées, avec un net avantage pour les seconds, grâce à leur génération fabuleuse des années 50 (66 succès contre 40). Et l'Autriche n'a plus battu sa voisine depuis 1996, en trois matches. Elles ne se sont d'ailleurs plus rencontrées depuis 2006... la Mannschaft, aisément qualifiée devant la Russie et la Suède, qui peut compter sur de bonnes sélections de jeunes depuis plusieurs années, et quelques joueurs remarquables comme Alaba, Fuchs, champion d'Angleterre avec Leicester, Harnik, Arnautovic ou Janko. La Hongrie semble plus en retrait niveau individualités, elle qu'on n'a plus vu lors d'un Euro depuis 1972 et lors d'un Mondial depuis 30 ans. Dominée par l'Irlande du Nord et la Roumanie dans son groupe, elle a d'ailleurs du écarter la Norvège en la battant deux fois (1-0, 2-1) pour rejoindre la France. On a beau chercher dans son effectif, difficile de trouver un joueur notable pour porter son équipe plus haut, mais qui sait ?

Ce n'est cependant pas le cas de l'Islande, quatrième larron de ce groupe et évidemment bizut dans un grand tournoi. Dotée de la meilleure génération de son Histoire depuis plusieurs années maintenant, elle peut compter sur plusieurs joueurs évoluant notamment en Angleterre (Sigurdsson), en Suisse (Bjarnason), en France (Sigthorsson), en Allemagne (Finnbogason)... et pas forcément pour cirer le banc. Deuxième de son groupe derrière la République Tchèque et devant la Turquie et les Pays-bas, excusez du peu, la formation scandinave a notamment battu deux fois les Bataves (2-0, 1-0), troisièmes du dernier Mondial. Si on cherche une surprise possible dans cet Euro, mettons une petite pièce sur ces Islandais qui n'auront rien à perdre et tout à gagner.

Voilà, sur ce à plus tard !

vendredi 20 novembre 2015

Le bilan des Bleus 2015

Salut à tous !

Je sais que la mode ces derniers jours, suite aux terribles évènements de Paris de vendredi dernier, c'est de dire que les résultats de foot sont pas très importants, et c'est vrai que c'est dérisoire. Mais le dérisoire nous est souvent indispensable. Parlons un peu de foot, histoire de parler d'autre chose.

Une saison courte et mitigée

Ce mardi s'est donc terminée, dans une étrange mais réjouissante ambiance de fraternité entre deux vieux ennemis historiques que sont la France et l'Angleterre, la saison 2015 des Bleus. Leur saison la plus "courte" en terme de matches joués (10) depuis 1997 (8). C'est vrai que c'est une habitude de jouer moins de matches durant les années impaires, dépourvues de tournois estivaux auxquels notre sélection est abonnée sans discontinuer depuis le ratage de France-Bulgarie en 1993. Mais ils en ont quand même moins fait qu'en 2013 (12), 2011 (13), etc.

Une saison ramassée, donc, mais également dépourvue de matches nuls, pour la première fois depuis 2003. Sauf qu'il y a 12 ans, la bande de Thierry Henry, 11 fois buteur à l'époque, et un an seulement après le désastre asiatique, avait gagné 13 fois pour une seule défaite...
cette année, le bilan est nettement moins bon, alors que la France a signé sa meilleure série de victoires sous la magistrature Deschamps (5). Avec 6 succès pour 4 défaites, les Bleus obtiennent une moyenne très... moyenne, puisque depuis 1904 ils en sont à 1,1675 points par matches... mais sur les 25 dernières années, où là la moyenne est de 1,44, il s'agit malgré tout de sa 5e plus mauvaise moyenne. Ça confirme surtout à quel point les matches amicaux ne réussissent pas à Didier Deschamps : sur les 28 matches amicaux qu'il a dirigé, il n'a rapporté que 1,25 points, contre 1,4 sur ses 15 matches de compétitions. Vivement que la compétition commence, donc...

Didier Deschamps qui, à la moyenne de points par matches (victoire à deux points, of course), dans la galerie des sélectionneurs depuis 1964, figure toujours en milieu de tableau, à la huitième place, juste derrière Michel Hidalgo (1,307 contre 1,302) et nettement devant Gérard Houiller (1,25). Il est évidemment loin du leader sans doute éternel, Jacques Santini (1,71...), mais aussi Aimé Jacquet (1,58), son prédécesseur Laurent Blanc (1,44), et même le prédécesseur de ce dernier, le si haïs Raymond Domenech (1,34). Blanc a pourtant du travailler dans les mêmes conditions, même si lui n'a pas eu à tenter de motiver ses joueurs pour des matches amicaux, et sans l'aide d'une génération Varane-Pogba-Griezmann si prometteuse. Et Domenech, on se le rappelle même si personne ne lui donne ce crédit, a du assumer une des tâches les plus difficiles possibles, c'est-à-dire gérer la fin de la génération Thuram-Zidane, rien que ça. Mais étrangement, Deschamps passe entre les gouttes médiatiques. Espérons que le retour des matches à enjeu révèlent réellement le niveau de son équipe.

Une défense qui inquiète, Giroud prend la relève

Questions buts marqués, la France a certes fait beaucoup moins bien que l'excellente saison passée (2,27), mais, avec 1,7 buts par match, reste dans les eaux hautes de la moyenne sur les dix saisons précédentes (1,53). Elle n'a d'ailleurs terminé que deux matches sans marquer, en Albanie et en Angleterre. Question buts encaissés, en revanche, c'est la douche froide : avec 1,2 buts par matches, elle fait presque deux fois moins bien que depuis 2005 (0,69) ! L'an passé, la France n'avait encaissé que 7 buts en 15 matches (0,47)... elle n'a signé que 4 "clean sheets", et encaissé trois buts contre le Brésil et quatre contre son voisin belge... la faute notamment à des ailes défensives pas encore sécurisées, et une charnière souvent changée à cause des blessures, puisque Raphaël Varane, qui a joué les dix matches, a été associé à Koscielny (5 fois), Sakho (3) et Mangala (2). Pour l'instant, aucun ne semble indispensable.

Question buteurs, Olivier Giroud (4 buts) réussit l'exploit de terminer meilleur buteur des Bleus... malgré son statut de remplaçant de Karim Benzema, qui lui n'a pas confirmé son excellente année 2014 (7 buts), en marquant 2 buts seulement... mais en 4 matches, contre 10 pour son concurrent londonien (5 titularisations). Au final, ce dernier l'emporte légèrement au temps (1 but toutes les 118 minutes pour Giroud, 136 pour Benzema). Matuidi et Valbuena ont également marqué deux fois, Varane, Cabaye, Payet, Lacazette, Griezmann, Fekir et Gignac, une fois. Chez les passeurs, Anthony Martial, s'il n'a pas encore réussi à marquer en Bleu, réussit une entrée spectaculaire en Équipe de France puisqu'il remporte haut la main le titre de meilleur passeur grâce à ses trois offrandes, la première pour Benzema contre l'Arménie (4-0), et les deux autres pour Giroud, face au Danemark (1-2) et l'Allemagne (2-0). Et ce en seulement six sélections, dont trois titularisations...

Au nombre de matches, trois joueurs ont disputé les 10 rencontres françaises en 2015, Giroud, Griezmann et Varane, mais seul ce dernier les a débutées ET disputées dans leur intégralité. Le Gunner, pour sa part, a été 5 fois remplaçant, et le Madrilène, deux fois. Derrière, Matuidi et Sagna sont à 9 matches, Schneiderlin et Valbuena à 8, Lloris et Sissoko à 7... Deschamps a fait débuter 5 joueurs en Bleu, Martial se taillant la part du lion (6), devant Fekir (5), Coman, Ntep et Zouma (2). L'an passé, avec 5 matches de plus, il en avait fait débuter autant, Griezmann (14) en tête. Notons quand même les incroyables retours de Lassana Diarra, cinq ans après son dernier match en Bleu, de Hatem Ben Arfa, qui lui a attendu un peu plus de trois ans, et enfin d'André-Pierre Gignac, qui lui avait quasiment signé la fin de sa carrière internationale en allant signer dans le méconnu et sous-coté championnat mexicain durant l'été... faire du neuf avec du vieux, c'est de l'expérience en plus, et ça ne peut pas faire de mal à cette équipe encore en devenir, et pour qui l'Euro risque d'arriver un peu trop tôt.

Lyon, et la Premier League

Par ailleurs, la nette domination des clubs étrangers représentés en Bleu se poursuit, ce qui ne doit pas plaire à Frédéric Thiriez, qui avait pour objectif il y a quelques années de placer 50 % de joueurs de Ligue 1 en Équipe de France. Ce qui était d'ailleurs le cas au début de la décennie d'ailleurs, en 2010 (51 %), 2011 (52) et 2012 (54). Mais dès la saison suivante, les chiffres de la Ligue 1 ont nettement chuté (33 %), une tendance qui s'est confirmée depuis deux ans (30 % en 2014 et 2015). Mauvais signe pour le championnat de France, certes, mais très bon pour notre sélection qui, rappelons le, a gagné une Coupe du Monde une année ou seulement 31,3 % de ses joueurs évoluaient en France, un chiffre qui n'a cessé de baisser jusqu'à frôler les 20 % en 2001 et 2002, avant de remonter aux alentours de 50 % à la fin de la dernière décennie... tandis que ses résultats baissaient furieusement. L'expérience que nos joueurs acquièrent à l'étranger, dans des championnats de bien meilleur niveau et où la pression est toute autre, est indispensable à la qualité de notre sélection, il faut s'y faire : la Ligue 1 est en deuxième division européenne. Par pays, la Premier League est largement en tête (65), devant l'Espagne (25). Depuis l'arrêt Bosman, en 1995, 30,5 % des joueurs sélectionnés évoluaient en Angleterre, contre 39 pour la Ligue 1...

Et pourtant, c'est bien un club français qui l'emporte, Lyon (18). Le dauphin du PSG, qui lui a vu sa fréquentation en Bleu nettement baisser (10 contre 33 en 2014, meilleur total), après les départs de Cabaye et Digne, Kurzawa disparaissant des listes, et se résumer à la seule présence de Blaise Matuidi, a ainsi vu quasiment tous ses titulaires français fréquenter Clairefontaine en 2015 : Valbuena (8, dont 4 pour Lyon), Fekir et Lacazette (5), Jallet (3) et même Gonalons (1). Suivent six clubs étrangers, l’inoxydable Arsenal (16), le Real (14), Manchester United (12), juste devant son voisin citizen (11), et enfin l'Atletico et la Juve, accompagnés par le PSG, donc (10). Marseille, pour sa part, est à 9. A noter les premiers sélectionnés pour le Crystal Palace de Cabaye (5), le retour du Nice de Ben Arfa en Bleu, 5 ans après la sélection de Loïc Rémy, et les débuts étranges dans ce classement du premier club non européen de l'Histoire de l’Équipe de France, les Mexicains des Tigres UANL, représentés par Gignac.

2015 a également vu la série des Bleus contre les Anglais (4 succès deux nuls), entamée en 1999 avec le fameux doublé d'Anelka à Wembley (0-2), se terminer dans le même lieu... ou presque. Plus grave, ils ont subit leur première défaite contre l'Albanie (1-0), après 4 succès et un nul. En revanche, ils on mis fin à la série de 5 matches sans succès contre l'Espagne (1-0), après un nul et quatre défaites. Par ailleurs, ils n'ont plus perdu contre le Portugal depuis 1975, soit dix succès consécutifs...

Vivement l'Euro à présent. Souhaitons qu'il se déroule dans des conditions parfaites, sportivement et surtout sécuritairement. Et si on pouvait le gagner, ça ferait une belle cerise sur le gâteau.

A plus tard !

lundi 26 novembre 2012

Les buts étrangers en Europe


Salut à tous,

Comme vous le savez, j'apprécie particulièrement de découper le football en tranches grâce aux chiffres, le seul moyen totalement objectif, a priori, pour décortiquer quelque chose, et notamment un sport. Un chiffre n'a pas de club préféré, pas d'a priori, pas de fatigue oculaire, pas d'"impression visuelle"... le chiffre ne dit pas tout, mais il ne peut pas se tromper. C'est mathématique. Seul celui qui les manipule peut le faire.

Ce soir, je voudrais revenir sur la saison dernière, à travers un prisme qui, selon moi, en dis beaucoup sur le niveau, la culture et le visage de chacun des cinq grands championnats : le nombre et la nature des buts marqués par les étrangers dans leur compétition respective. Vous allez voir, c'est extrêmement parlant.

L'Afrique reine en France, ignorée en Italie

Parlons d'abord de la Ligue 1, qui se démarque par rapport à celui de ses voisins sur un point sur lequel je reviens souvent ici : l'importance des buts africains qui le caractérise, phénomène qui est complètement absent dans les quatre autres championnats. L'Afrique est
devancée par l'Europe en Allemagne et en Angleterre, et par l'Amérique du Sud et l'Europe dans les pays latins, l'Espagne et l'Italie. L'Amérique du Sud, deuxième en France, est troisième dans les pays anglo-saxons cités plus haut, et première chez les latins. Ceci présenté, on assiste déjà à la singularité de la Ligue 1 : l'an passé, il y avait 11 pays africains dans les 15 pays les plus représentés dans son classement des buteurs, contre 3 sur 17 en Allemagne, 4 sur 15 en Angleterre et en Espagne, et un seul dans les 23 premiers en Italie. En revanche, s'il n'y avait qu'un seul européen dans les 12 premiers en Ligue 1, il y en avait 11 sur 17 en Allemagne et 13 sur 20 en Angleterre. Il y avait également deux sud-américains dans les 20 premiers en France, 2 sur 19 en Allemagne, 1 sur 18 en Angleterre, contre 7 sur 12 en Espagne et 5 sur 7 en Italie !

Un petit crochet sur le taux de buts étrangers dans ces 5 pays : la France fermait la marche avec 47,8 %, derrière les deux latins, l'Espagne (50,6) et l'Italie (51,5), quand l'Allemagne (58,6) et l'Angleterre (64,9) voient une nette majorité de buteurs étrangers briller sur leurs pelouses. Difficile d'expliquer ce phénomène, une meilleure santé financière peut-être, mais c'est comme ça. En tous cas là encore, on note une fracture entre les meilleurs championnats du nord et ceux du sud, la France, malgré son originalité et ses racines latines, semblant plutôt emprunter le chemin de ceux du nord pour l'instant.

L'Argentine, évidemment

Si on additionne les buts étrangers de ces cinq grands championnats, l'Argentine l'emporte très largement : 363 buts, contre 199 pour le Brésil, son dauphin, qui devance les Pays-Bas (112) et... la France (103). Cette dernière réussit donc l'exploit d'être extrêmement bien classée alors qu'elle n'est logiquement pas représentée dans son propre championnat, comme l'Espagne, 11e avec 59 buts, l'Allemagne, 34e avec 23 buts, l'Italie, 38e avec 22 buts, et l'Angleterre, 70e avec... 4 buts, tous inscrits par le Lillois Joe Cole en Ligue 1 ! La France qui est 14e en Allemagne (13 buts), 7e en Angleterre (38), 4e en Espagne (38 également) et 9e en Italie (14). Dans le même temps, les Argentins sont 2e en France (45), comme cette saison d'ailleurs, seulement 45e en Allemagne avec 1 petit but, 2e en Angleterre (47) et largement première dans les deux championnats latins, avec 122 en Espagne (Messi oblige...) et... 148 en Italie ! La filiation entre l'Italie et l'Argentine, qui parle déjà dans les patronymes argentins, est très forte depuis un petit moment. Tout comme avec l'Uruguay.

Dans ce classement général, on notera que le Sénégal fait mieux contre le Portugal de
Ronaldo (90 contre 89 buts), les Lions étant très présents en France (28) mais aussi en Angleterre (33), alors que le Portugal ne brille quasiment qu'en Espagne (69). On note aussi les contre-performances de pays habituellement habitués à être pillés par les grands championnats, la Serbie (35), la République Tchèque (26), la Roumanie (21), la Bulgarie (16) ou la Russie qui, avec 10 petits buts, est coincée entre le Kenya (11) et la Slovénie (9). En revanche, belles performances de pays moins attendus comme l'Autriche, très présente en Allemagne évidemment (36 sur 41), le Japon, également brillante outre Rhin (24 sur 30), le Mexique (29) ou Israel (24), nouvelles cibles des recruteurs européens.

L'Allemagne européenne, l'Italie argentine

Allons par pays à présent. On a vu la Ligue 1, passons à l'Allemagne. Quatre pays européens monopolisent les quatre premières places (Pays-Bas, 51, Pologne, 38, Autriche, 36, Croatie, 35). Soit un recrutement très local, a priori. Les Européens avaient d'ailleurs marqué 330 des 513 buts européens, soit plus de 64 %, le plus gros taux des cinq championnats, devant l'Angleterre (62). La Bundesliga qui n'hésite pas à s'ouvrir pourtant au football asiatique, avec le Japon, 7e pays le plus représenté (24), la Corée du Sud (18e avec 10 buts) et l'Iran (3 buts). Si le Brésil est en difficulté à la 8e place (il est 21e en Angleterre, mais premier en France, 3e en Espagne et en Italie), l'Argentine, je l'ai dit, est quasi inexistante (1 but). En revanche, le Pérou de Pizarro, lui, est très bien placé (5e avec 28 buts), une autre tradition allemande.

Du côté anglais, là aussi les Européens sont très présents, mais doivent quand même laisser la 2e place à l'Argentine (47, comme les Pays-Bas) et au Nigeria, 5e (41). La surprise provient du vainqueur en Angleterre : l'Irlande (52 buts), qui est totalement absente des quatre autres championnats ! C'est d'ailleurs une autre caractéristique du football anglais, qui ne date d'ailleurs pas d'hier et qui a bien résisté à la folle mondialisation qui a frappé l'Angleterre, comme ses voisins : les quatre autres sujets du Royaume y marquent leurs seuls buts, à l'image de l'Irlande, donc, mais aussi l’Écosse (4e avec 46 buts), le Pays de Galles (5e avec 41) et l'Irlande du Nord (5). Ces quatre pays n'ont marqué qu'en Angleterre, un cas quasi unique, avec les 16 buts de l'Islande, également en Angleterre, ou les 22 buts gabonais et les 18 Burkinabé en Ligue 1 A noter également que les Italiens y signent leur meilleur total (13 sur 22), tout comme les Espagnols (35 sur 59) et même la France (38 sur 103, comme en Espagne). Signe que la Premier League est peut-être au-dessus des autres, c'est la seule où les ressortissants des quatre autres grands championnats y brillent, hormis l'Allemagne (3).

Passons à l'Espagne. Logiquement, les chiffres stratosphérique de Messi (50) et Ronaldo (46), uniques en Europe, influent sur le classement des pays, dominés par l'Argentine (122) et le Portugal (69). La France de Benzema y signe son meilleur classement (4e avec 38 buts), derrière le Brésil (55). Parmi les 5 pays sud-américains présents dans les 7 premiers, notons l'étonnante 6e place du Venezuela, qui marque autant que la Colombie de Falcao (26) ! Les Mexicains y sont également très présents (17 buts). Enfin, la Liga est le championnat où le moins de pays étrangers sont représentés : 30 l'an dernier, contre 38 en France, 39 en Angleterre, 52 en Allemagne et 53 en Angleterre. Les 531 buts étrangers marqués en Liga sont donc concentrés chez les trois premiers (246, soit 46,3 %, contre 31 en Ligue 1, 24,4 en Allemagne, 21 en Angleterre et... 49 en Italie).

La Serie A qui ressemble donc pas mal à la Liga, avec cependant une plus grande importance des buts argentins, on l'a vu (148), qui domine nettement son dauphin et voisin, l'Uruguay (50), et le Brésil (47). Un trio sud-américain, donc, qui ne laissait que 30 buts au quatrième, la Suède d'Ibrahimovic, qui brillait au Milan AC l'an dernier (28 buts). Le Chili (25 buts, 5e) et la Colombie (18 buts, 7e) complètent le quintet des 5 sud-américains dans les 7 premiers, comme en Espagne. Bon classement également du Monténégro (22 buts, 6e). Le niveau très très faible des buts africains choque un peu (19 buts, dont 11 pour le Ghana. On sait que les supporters racistes y ont une grande influence, notamment à la Lazio, ceci explique peut-être cela.

Voilà, j'espère vous avoir un peu éclairé ! Dites moi ce que vous en pensez !

A plus tard !

samedi 17 novembre 2012

La perfection Ibrahimovic

Bonjour à tous,

Après cette nouvelle semaine fructueuse (je ne suis pas revenu sur ce très bon match des Bleus en Italie parce que c'était juste un match amical et que j'étais pas mal occupé, mais j'y reviendrais prochainement, promis) et avant cette 13e journée de championnat, revenons sur le double évènement de la semaine : le quadruplé de Zlatan Ibrahimovic contre l'Angleterre, en amical là aussi (4-2), et le quatrième but absolument dingue du du Suédois.

D'abord quelques chiffres, si vous le voulez bien. En plus, vous en avez l'habitude avec moi.

Ça porte son total en sélection à 39, en 85 sélections, sachant qu'il en avait mis que 4 lors des 16 premières. A l'orée de l'Euro 2012, il en était juste à 33 en 80 sélections, de bons chiffres, mais un peu éloignés des codes des meilleurs buteurs mondiaux, qui se rapprochent plus, en général, des 0,50 buts par matches. Mais sur les six derniers mois, Ibra s'est rapproché de ce rapport, en inscrivant 6 buts en 5 sélections. Dont ce quadruplé, donc. Sur l'année civile, Ibrahimovic finit avec 11 buts en 11 sélections. Dans les grandes sélections mondiales, seul le Brésilien Neymar (9) et évidemment Lionel Messi (12), possèdent des chiffres comparables.

Avec ses 39 buts, donc, il serait le troisième meilleur buteur français de l'Histoire (derrière Henry, 51, et Platini, 41), et il est également le troisième suédois, derrière Sven Rydell (49 buts en... 43 matches, entre 1923 et 1932) et le mythique Gunnar Nordhal, ex grand attaquant du Milan AC dans les années 50, et auteur de 43 buts en 33 sélections, de 1942 à 1948, avant son expérience italienne donc (49-56) ! Tout simplement parce que l'époque, seuls les joueurs évoluant en Suède étaient retenus... Surtout, en une soirée, Ibrahimovic a non seulement rejoint mais dépassé un autre mythique attaquant suédois, fils d'immigré lui aussi, Henrik Larsson, auteur de 37 buts entre 93 et 2009, en 106 sélections.

A noter qu'au sein de la sélection suédoise, on compte quand même quelques belles gâchettes, comme Markus Rosenberg (0 but en 3 sélections), Johan Elmander (2/6) ou Ola Toivonen, l'excellent attaquant du PSV Eindhoven, encore méconnu mais pas pour longtemps (2/8). Mais les deux suivants au classement des buteurs suédois cette année se nomment Tobias Hysen et Sebastian Larsson. Deux milieux, crédités de 3 buts chacun. L'année dernière, ils étaient 6 meilleurs buteurs à 3 buts, dont déjà Hysen, Larsson, Elmander et... Ibrahimovic. Plus que n'importe quelle année depuis 10 ans, et à l'image de l'Euro, Ibra a vampirisé toute l'attention en sélection. Comme au PSG, en quelques sortes... Est-ce facile ou difficile à vivre pour des internationaux en général confirmés, des trentenaires bien installés, réduits au rôle de spectateurs du phénomène ? Une bonne question que voilà, quelque soit les résultats.  En tous cas, sur les quatre buts, on ne compte qu'une seule passe décisive d'un de ses partenaires, signée du vétéran (36 ans) Anders Svensson...

Par ailleurs, je trouve que la Suède est une sélection parfaite pour lui : peu d'égos pour le gêner, une attitude bienveillante à ses frasques... il aurait joué pour l'Italie ou même la France, tout serait serait nettement moins bien passé, ne serait-ce que dans les médias. Les caractères étrangers amusent les médias français, les caractères locaux en revanche, beaucoup moins. Sauf quand ils prennent leur retraite, comme pour Cantona par exemple...

Maintenant, revenons sur ce but d'extraterrestre. Au passage, je ne souhaite à aucun extraterrestre, aussi souple soit-il, de tenter un tel geste, sans avoir une bonne assurance vie. Pas sûr que ET ait pu marquer un but pareil. Pour que ce but ait pu avoir lieu, plusieurs paramètres ont du intervenir.


- D'abord, que l'Angleterre soit menée, et déplumée. On joue la 91e minute, le score est de 3 à 2 pour la Suède, qui a pourtant été menée (1-2) de la 38e à la 78e minute ! L'Angleterre fait le forcing et joue haut, notamment ses latéraux, avec pourtant en défense quelques débutants comme Carl Jenkinson (Arsenal), Ryan Shawcross (Stoke) et même l'attaquant Wilfried Zaha, Ivoirien d'origine et qui évolue à... Crystal Palace, en Championship, où il ne marque même pas beaucoup (4 buts en 15 matches) et de Steven Caulker (Tottenham), auteur du premier but, mais qui n'était plus là au moment de l'effondrement de son équipe, après sa sortie à la 74e à la place de Shawcross, donc. Bref, une équipe d'Angleterre, certes, mais qui n'en avait pas forcément le talent. Une nouvelle preuve d'absence de profondeur d'effectif pour le onze de la Rose, la Premier League comptant un très grand nombre de joueurs étrangers. Son meilleur buteur se nomme Danny Welbeck, qui a marqué son 5e but de l'année en sélection, mais qui n'a joué que 697 minutes avec Manchester United cette saison, soit l'équivalent de 7,7 matches, lui qui doit se faire une place entre Van Persie, Rooney ou Hernandez... avec à la clé un petit but.

- Ensuite, conséquence logique du paragraphe précédent, une défense pas terrible, et notamment son gardien. Un long ballon suédois, aucun des deux défenseurs anglais qui devancent Ibra n'intervient, contrairement à Joe Hart qui sort de son but pour jouer le ballon de la tête. Mais son coup de casque n'est pas assez puissant, loin de là, puisque le ballon n'effectue qu'un court trajet lobé, ce qui offre le cuir à Zlatan, ou plutôt un petit peu derrière lui. Dans le même temps, Hart recule vers son but, mais il est trop loin. Ses deux défenseurs, Cahill et Caulker - les deux latéraux, Jenkinson et Baines, sont trop loin - sont plus proches du but, car ils n'ont cessé de reculer. Quand Ibrahimovic tente son retourné, à la fois puissant et lobé, il lobe Hart et Cahill, mais Shawcross se précipite pour sauver le ballon, il est à deux doigts de le toucher. Mais il arrive trop tard.

- Il faut aussi que ce soit un match amical, que son équipe mène, et qu'il soit un peu dingue. Que risque-t-il, au pire ? Se démettre une vertèbre en retombant ? Il possède un corps exceptionnellement solide, même à 31 ans, et il en a vu d'autres. Rater son geste ? Pas grave, même si il avait tiré juste à côté ou que Shawcross ou un autre aient pu l'intercepter, on aurait quand même crié au génie, comme pour le lob de Pelé sur Ivo Viktor ou son grand pont sur le gardien uruguayen lors du Mundial 70, à chaque fois des gestes fabuleux mais... ratés. Et si ça avait été manqué, vu la difficulté du geste, qu'aurait-on pu lui reprocher ? De ne pas avoir gardé le ballon, vu que son équipe tentait de garder un résultat ? C'était trop tentant : le but été déserté, le gardien et les défenseurs en étaient loin et lui avait le ballon, pourquoi pas ? Un bon joueur bien sage aurait peut-être essayé de contrôler la balle, laissant la défense anglais se remettre en place mais glanant quelques précieuses secondes. Un grand joueur tente sa chance. Ça réussit, il est génial, et la Suède est à l'abri. Ça rate, il est génial parce qu'il a tenté, ça fait six mètres pour l'Angleterre, ce qui offre quand même quelques secondes à la Suède. Deux façons de penser le football. Pour ma part, j'ai choisi la mienne.

- La réussite, bien sûr, comme dans toute entreprise de ce type, toute prise de risque. Marquer un coup-franc, voire même un penalty, convoque également la réussite. Marquer de loin comme de la tête, il faut avoir la baraka. Mais là, tout s'accumule. J'ai déjà parlé du comportement peu efficace de la défense anglaise sur le coup, ce qui revient à de la chance pour Zlatan. Il faut aussi que le ballon lui revienne parfaitement. Il faut qu'il réussisse son geste. Je ne sais pas vous, qui avez sûrement plus pratiqué le football que moi, à mon grand regret, mais quand je m'imagine essayer un retourné acrobatique, j'ai mal partout. J'ai peur de me froisser une dizaine de muscles, de me faire mal en retombant... et il faut que le ballon soit cadré, et qu'il rentre. Réussir le geste ne garantie pas que le ballon soit cadré pour autant, et qu'il n'y ait personne sur la ligne pour le stopper. L'avantage de la bicyclette, c'est qu'elle vous fait gagner en effet de surprise sur vos adversaires. Pas beaucoup, mais un peu.

- Et enfin, le talent, bien sûr. C'est quand même ça qui fait la différence. Combien d'attaquants dans le monde se sont retrouvés dans cette situation, en ne parvenant pas à marquer de retourné acrobatique pour autant ? Honnêtement, je pense avoir vu beaucoup de buts dans ma vie, en direct ou en archives, et objectivement je n'avais jamais vu un but pareil, une tentative aussi folle, et réussie qui plus est. Le talent, c'est d'oser faire ça, et le réussir. Il fait 1m95, et pèse 95 kilos. Il a frappé le ballon à 2m5 du sol (8 pieds pour les Anglais, qui en ont des grands apparemment), et a scoré d'un peu moins de 30 mètres (30 yards). Pour marquer, le ballon lui arrivant au-dessus de lui, et pour garder de l'avance sur les trois hommes qui le précèdent vers le but, il est contraint de tenter le ciseau plutôt que de contrôler et frapper, où de passer à un partenaire mieux placé - il n'y en a qu'un, qui se balade sans conviction dans l'axe. Et il doit lober son ballon, sinon un des défenseurs ou le gardien l'attrapera probablement. Bref, son idée est géniale, et il l'applique parfaitement. C'est du talent concentré.

Voilà, espérons maintenant qu'il réédite ce genre de performances en Ligue 1 et en Ligue des Champions, face à des défenses moins enclines aux grands espaces !

Je vous laisse.

mercredi 4 juillet 2012

Les tableaux de l'Euro

Salut à tous,

Petit retour sur cet Euro qui vient de se terminer. Je vais pour cela m'appuyer sur ma marotte habituelle, les stats, pour illustrer ce que fut ce tournoi qui pour moi a marqué un tournant sur le plan tactique : plus besoin d'attaquant pour gagner. Même plus besoin de la possession. L'Espagne a possédé le ballon mais moins qu'à l'accoutumée (59 %, et 46 en demi-finales contre le Portugal) et a joué la majeure partie du temps sans pointe. Ça n'engendre pas forcément moins de buts, mais ça n'en apporte pas plus - surtout, ça joue sur la qualité du spectacle. Hormis la finale, face à une Italie joueuse, les matches de l'Espagne ont un peu trop souvent ressemblé à du Handball, mais sans l'obligation de tenter une frappe au bout de 30 secondes. Une longue possession stérile, qui empêche l'adversaire d'être dangereux et le spectateur de rester éveillé.

Les numéros restent traditionnels

Au niveau des buts, on a raté à une unité près les scores des deux précédents Euros : 76 buts, contre 77 les deux fois auparavant. Soit 2,45, contre 2,48, une régularité qui fait presque peur, surtout que la moyenne des Euros depuis 1960 se situe à... 2,46. Mais il y a eu deux périodes bien distinctes dans ce tournoi : les deux premiers matches de chaque groupes, soit 16 rencontres, qui tournaient à 2,88 ; puis les troisièmes matches et les matches éliminatoires, soit 15 rencontres, où là on a tourné à pile 2 buts par match. Comme prévu, l'enjeu a tué le jeu lorsqu'il s'est élevé. Lorsque toutes les chances sont égales, on aime tenter sa chance, jouer, attaquer ; mais quand il s'agit d'assurer un point ou son but, les portes se ferment. Un grand classique. On a d'ailleurs marqué 9 de ces 30 buts lors du dernier quart d'heure, contre 7 sur les 46 buts précédents.

Un premier petit tableau, ensuite. Il s'agit du nombre de matches, de buts et de passes décisives dans le jeu par numéros. Oui oui, c'est intéressant !




On constate de suite que la tradition du numéro 9, malgré la disparition quasi annoncée des attaquants de pointe, a la vie dure : ils ont marqué 11 buts, devant les numéros 7, 11 et 14 (8 buts). Bon score également des 17 (7), qui ne signifie pas grand chose, à part que Mandzukic et Dzagoev, deux des meilleurs buteurs de l'Euro, ont le même numéro. Par match, le 10, apparu 49 fois, a longtemps mené au score mais c'est finalement le 7 qui l'a emporté sur le fil (51), devant le 10 et le 11 (49), puis le 6 (48) et enfin le 1, le 8 et le 9 (47). Bref, des numéros extrêmement traditionnels. En revanche, le 12 (13 fois) est désormais plus souvent porté par les deuxièmes gardiens que le 16 (39). Chez les passeurs, la victoire du 10 (6) devant le 7 et le 11 (5) ressemble quasiment à un poncif tellement elle est symbolique.

La Premier League plane

Autre tableau, celui des buts par clubs...



Évidemment, la toute puissante Premier League s'illustre. Et ce sans l'aide de ses internationaux anglais, qui n'ont marqué que 5 buts. Si la sélection italienne a brillé, ce n'est pas grâce à ses ressortissants : son buteur, Balotelli, évolue en... Angleterre. Même chose pour les 3 buts français, dont 2 viennent d'outre-Manche (Cabaye et Nasri), ou... l'Espagne, puisque Torres (3 buts), Silva (2) et Mata (1) jouent également en Angleterre. Heureusement que Fabregas est revenu en Espagne il y a un an... On notera également le bon score de la Bundesliga, qui a plus marqué que la Liga. Le Real l'emporte, mais d'une courte tête, grâce à Ronaldo (3) et Özil (1) mais aussi Xabi Alonso (2), Khedira et Pepe, des joueurs moins attendus... au contraire de Benzema (0). Si le Barça a été quelconque, confirmant que sans Messi, il est moins représentant offensivement, City, lui, a confirmé que son titre de champion d'Angleterre n'était pas usurpé. Mais sur les 7 buts de City, un seul vient d'un Anglais, Lescott. Enfin, la Ligue 1, comme il y a 4 ans, a été plus que quelconque : absente, ou presque.

Les passeurs à présent !



Une affaire de spécialistes, on dirait. Il ne manque personne, que des stars de la passe décisive, que des milieux offensifs aussi, hormis Benzema... quoique. Certains buts sont regardés en boucle sur internet, mais je pense que certaines passes décisives pourraient l'être aussi, notamment celle de Plasil contre la Russie (1-2) ou celles de Schweinsteiger contre les Pays-Bas (2-1), sans parler de celles de Xavi en finale. En fait si, il en manque un, des meilleurs passeurs d'Europe : Ronaldo...

Passons maintenant aux statistiques sur les tirs qui sont très parlantes je trouve.



Vous ne rêvez pas : la France est particulièrement bien classée, hormis sur l'efficacité, ce qui est problématique. Mais contrairement à ce que tous les commentaires catastrophés des commentateurs et des médias pourraient nous faire croire, les Bleus ont eu le ballon, puisque seules l'Allemagne et l'Espagne les devancent dans ce domaine, excusez du peu, et ils en ont profité pour beaucoup frapper, beaucoup cadrer, et même s'ils ont peut-être abusé de frappes lointaines, au vu de ces chiffres ont peut leur reprocher une chose : de n'avoir pas réussi à convertir toutes ces frappes. Parce que lorsqu'il leur fallait 63 tirs dont 37 cadrés pour marquer 3 petits buts, il en a fallu 28 et 14 à la Grèce pour en inscrire 5 ! Des chiffres sidérants. Le Danemark s'est également signalé par la précision mais aussi l'efficacité de ses tirs, dommage qu'il n'ait pas frappé plus ! L'Italie, elle, comme je l'avais dit, a beaucoup frappé, pour un résultat finalement très moyen (5,56 % de réussite contre 9,25 au total). Elle l'a payé en finale, avant que les circonstances de jeu ne fausse la fin du match. Mais jusqu'à l'heure de jeu, elle rivalisait avec l'Espagne au nombre de tirs et sur la possession. Mais pas au score...

Dominer n'est pas gagner... sauf pour l'Espagne

Enfin, derniers tableaux, qui confirment ce que je viens de dire...



Évidemment, l'Espagne a survolé les débats au nombre de passes, réussies surtout. Tenter beaucoup de passes, c'est bien, mais en réussir 4 sur 5, c'est gigantesque. Il faut dire qu'elle ne tente que des passes ayant beaucoup de chance de passer, et pas des centres, par exemple, puisqu'elle est dernière aux nombres de centres. Pourquoi aurait-elle centré d'ailleurs, puisqu'elle n'avait pas d'avant-centre ? L'Allemagne, en revanche, savait qu'elle en avait un, et a beaucoup tenté de le trouver dans les airs, avec un certain succès d'ailleurs. La France, elle, confirme qu'elle ne ratait pas toutes ses passes, contrairement à ce que les hurlements de Larqué contre la Suède laissaient supposer : devancer dans ce domaine presque tout le monde, et notamment les Pays-Bas, l'Allemagne, la Russie ou l'Italie, sans parler du score étonnamment mauvais du Portugal, c'est la meilleure des réponses. On dira que c'étaient beaucoup de passes latérales, certes... un peu comme l'Espagne, quoi.

A noter que les hors-jeu montrent que l'Espagne, qui en a signé le plus, a beaucoup plus joué en contre que d'habitude. Elle se situe devant - ou derrière - des équipes qui ont souvent subi, comme l'Irlande, la Grèce ou le Danemark. A noter que 5 des 6 équipes les plus sanctionnées en hors-jeu n'ont pas franchi le premier tour, et le premier demi-finaliste, le Portugal, est 8e. Il ne valait vraiment pas trop dominer dans cet Euro, décidément. Mieux vaut laisser venir...

Voilà sur ce je vous laisse, à plus tard !

lundi 25 juin 2012

Les meilleurs entre eux

Salut à tous,

Dans la rivière de haine médiatique et populaire qui accompagne désormais systématiquement chaque défaite des Bleus depuis 1998 - le triptyque habituel petits cons-trop payés-qu'ils dégagent tous, constructif et réfléchi, bien entendu - je vais essayer de parler de football, plutôt qu'analyser sociologiquement un truc qui reste quand même un sport, un jeu. Où la défaite, notamment contre un adversaire supérieur, reste un éventualité non seulement acceptable, honorable, mais surtout inévitable. Tout le monde perds, comme tout le monde meurt. Et peu importe la façon de le faire.

Trois matches, mais quels matches !

De football, il ne nous en reste d'ailleurs plus beaucoup à déguster, avant ce mois de juillet qui, pour la plupart des autres sports, est souvent synonyme d'activité, de grandes compétitions, de récompenses... mais qui pour nous ne signifie qu'une attente, de la prospection sur la valeur présumée des équipes suivant leur mercato, les départs, les arrivées... prédictions tellement aléatoires qu'elles seront presque toujours fausses, un ans plus tard. Mais ça occupe, pendant qu'on somnole devant une étape Limoges-Bordeaux du Tour de France ou devant une compétition de kayak aux JOs. Quand on est accro au football, on s'accroche à ce qu'on peut tandis que nos "idoles" se préparent en vue des prochaines échéances. La reprise de la Ligue 1 c'est le 10 août, déjà.

Trois matches, c'est tout ce qu'il nous reste avant la trêve, qui va nous frustrer de football pendant 5 semaines... à moins que ce soit une bouffée d'oxygène après 11 mois de football quasi ininterrompu, c'est selon la sensibilité de chacun. Trois matches, mais avec presque autant de football attendu dedans que durant trois journées de Ligue 1. Deux demi-finales et une finale d'Euros, si tout se passe bien, on va se régaler. Mais le football n'aime pas être prévisible, et marche parfois sur la tête.

Comment expliquer qu'il y ait eu deux buts lors des 90 minutes d'Espagne-France (13 tirs au total, dont 6 cadrés, 70 attaques) et aucun lors des 120 d'Italie-Angleterre (44 tirs dont 35 pour nos voisins du sud, 24 cadrés dont 20 pour l'Italie, et 90 attaques) ? Comme certains avaient envie, même après la bataille, de continuer à enfoncer les Bleus, ils ont fait la comparaison, mais on ne peut pas comparer deux matches : chaque équipe a son style, l'adversaire est différent et les scenarii, aussi. Si Johnson avait marqué d'entrée contre Buffon, comme l'Espagne a marqué sur sa première occasion, le match aurait pu être complètement différent. Le match d'hier fut plaisant, mais il fut loin d'atteindre le niveau d'un Angleterre-Suède, d'un Portugal-Pays-Bas ou même d'Allemagne-Grèce, plaisant mais déséquilibré. A partir de l'heure de jeu l'ennui s'installa, et on ne peut quand même considérer un 0-0 se terminant aux tirs aux buts comme un bon match. Le but d'un match de football est de fournir un vainqueur, certes, mais surtout des buts, c'est ça la finalité de ce sport. L'objectif était donc raté, hier.

Il n'empêche, Mario Balotelli, si critiqué pour son attitude mais aussi ses ratés, a quand même pris ses responsabilités et inscrit son penalty, face à son coéquipier de club, Joe Hart, le premier de la série en plus. Bad boy ou pas, sur ce plan là il a fait aussi bien que Henry et Trezeguet contre ces mêmes Italiens, en 1998. Ils avaient 20 ans et n'avaient pas tremblé, eux non plus.

Au passage, les prolongations, et même les tirs aux buts, durant les grands tournois, ce n'est plus une exception, c'est carrément devenu une règle : depuis 1980, plus de 35 % des matches à élimination directe dans les grands tournois ont eu droit à une prolongation, et 22 % à une séance de tirs aux buts. Il y a eu une pointe à 71,4 % lors de l'Euro 96 (5 prolongations en 7 matches, et 4 séances de tirs aux buts). En 2008 et en 2004 on était à près de 43 % de prolongations (3 à chaque fois, plus deux séances de tirs aux buts). D'ailleurs, on a beaucoup plus de prolongations en championnat d'Europe (44,2 %, 30,2 % de tab) qu'en Coupes du Monde (31,9 %, 19 % de tab). A noter que dans plus de 62 % des cas, les prolongations se terminent par des tirs aux buts. Pour l'instant les années 2010 sont relativement épargnées (25 %, 15 % de tirs aux buts), par rapport aux deux décennies précédentes (près de 38 % à chaque fois). Pourvu que ça dure ! Toutes les prolongations ne sont pas des France-Allemagne à Séville, en général on s'ennuie ferme.

Bref, avant ces trois derniers matches particulièrement indécis - le Portugal semble plus percutant offensivement que l'Espagne, puisqu'il a un buteur, lui, et a surtout deux jours de plus de récupération face à une Roja vieillissante, tandis que l'Allemagne, favori logique contre l'Italie, n'a jamais battu cette dernière dans une grande compétition... et les Italiens ne sont jamais aussi forts que lorsqu'on ne les attends pas - faisons un point statistique sur ce tournoi, qui est d'ors et déjà une réussite sur le plan du jeu, malgré quelques inévitables purges.

Le Real prends le pouvoir

Grâce au 0-0 d'hier, le premier du tournoi, on est retombé à 2,46 buts par match, soit un poil moins que lors des deux derniers Euros (2,48) et que la moyenne générale depuis 1960 (2,47). Comme prévu, et hormis l'Allemagne-Grèce (4-2), qui joue le rôle de l'arbre cachant la forêt, ces matches à élimination directe se révèlent très chiches en buts. Neuf buts en 4 matches, dont 6 lors du match précédent évoqué... ça n'annonce rien de bon pour les demi-finales. On pourrait être optimiste pour l'alléchant Espagne-Portugal mais l'Espagne nous a montré lors de cet Euro et la Coupe du Monde 2010 que gagner un match par le plus petit des écarts lui suffisait largement, et qu'elle avait bien compris que l'essentiel était d'assurer la victoire et de durer, donc de ne pas dépenser toutes ses forces en attaquant immodérément. Pas sûr donc que ce derby ibérique se révèle une avalanche de buts.

Chez les buteurs, on en est désormais à quatre en tête, avec le troisième but de Ronaldo. Ce dernière fait figure de favori pour le titre de meilleur buteur, même si Gomez, le seul des trois autres à encore être qualifié, peut lui voler la vedette. L'histoire nous montre que ce sont souvent des seconds couteaux, ou des représentants des seconds couteaux, qui sont sacrés meilleurs buteurs (Baros en 2004, Milosevic en 2000 avec Kluivert...). Gomez est une star, mais ce n'est pas Ronaldo. Surtout, hormis Villa en 2008, Larsen en 1992, Van Basten en 1988, Platini en 1984 et Allofs en 1980, sur les Euros à 8 équipes ou plus, ce n'est pas toujours le buteur du vainqueur qui est sacré. En tous cas pas sur les derniers Euros, à part le dernier.

Comme prévu, le niveau s'est élevé et les gros clubs se sont réveillés chez les buteurs. Un, surtout : le Real, grâce aux buts de Ronaldo, Khedira et Xabi Alonso (2), mais pas à ceux de Benzema ou Özil, a plus que doublé son total lors de ces quarts de finale (7), et dépassé Wolfsburg, qui ne compte plus de représentants en demi-finale (5). Contrairement au Bayern et à Manchester City, qui sont juste derrière (4). Le Milan (3) mais surtout Arsenal et Barcelone (2), eux, déçoivent, tout comme Chelsea ou Manchester United (2), le FC Porto, la Juve, Liverpool ou le PSG (1), unique représentant d'une Ligue 1 décimée, et qui aura été écartée des débats dans cet Euro, comme le précédent d'ailleurs (1 seul but, celui du Suédois de Rennes, Hansson, contre la Grèce...). Il ne reste plus que les deux Italiens du club parisien, Sirigu et Motta, pour faire briller le championnat de France... le premier aura du mal, mais le second aussi. C'est l'Angleterre qui domine toujours (18 buts) devant l'Allemagne (14) mais l'Espagne se rapproche (11), contrairement à l'Italie (6). La Grèce, elle (4), fait mieux que l’Écosse, la France ou le Portugal (1 chacun). Ça, ça fait mal aussi.

Chez les meilleurs passeurs, que des stars, voire des spécialistes du genre : Schweinsteiger, Özil, Gerrard, Silva, Benzema et Nani, tous à deux. Iniesta et Pirlo sont à une passe, et peuvent encore rejoindre ou dépasser les leaders...

A noter également que Ronaldo, avec 6 buts en trois Euros, peut sérieusement espérer rejoindre le deuxième meilleur buteur de l'histoire de la compétition, Shearer (7 en deux fois), voire même le meilleur, Platini (9 en une fois !). Lors de cet Euro... ou durant le prochain, en France, ce qui serait un joli symbole. Après tout il n'aura que 31 ans, et marquer lors de quatre Euros différents n'a encore jamais été réalisé. Pourquoi pas ?

Allez, à plus tard !

jeudi 21 juin 2012

Place aux quarts !

Bonjour,

Retour donc sur ce premier tour plein de suspense, et assez contrasté. Pour une fois, malgré les deux succès inauguraux de l'Allemagne, aucune équipe n'étaient qualifiée avant le troisième match, ce qui nous a réservé des dernières rencontres à suspense.

Les buts en berne

C'est peut-être pour ça que, l'enjeu grandissant et les tactiques soudainement se crispant, la moyenne de buts a pris un sacré coup dans la tronche : après les 26 buts des deuxièmes matches (3,25), on a eu droit à quatre 1-0 et deux 2-0, et au total 14 misérables buts, soit 1,75 par match ! Ah ça, quand les sélectionneurs débarquent à l'Euro, ils sont remplis de bons sentiments offensifs. Mais dès que la guillotine se rapproche de trop près... on ferme, terminé ! Du coup, en 8 matches, on a perdu l'avance que les 8 premiers jours de compétitions avaient permis d'accumuler, et après être passé de 2,5 à 2,88 lors des deuxièmes matches, nous voici de retour à 2,5. J'avais dit que pour avoir une différence de buts comparable à celles des deux derniers Euros (2,48 à chaque fois), il fallait que la moyenne n'excède plus les 2 par matches jusqu'au terme du tournoi. A ce rythme, on risque fort de faire moins bien, surtout avec le début des matches à élimination directe, en général plus avares en buts... Il nous faut 17 buts lors des 7 derniers matches (2,43) pour ne pas faire moins bien, ça parait compliqué au vu des derniers matches, mais qui sait...

Il n'empêche que pour l'instant, on évite les 0-0, mais en une session de matches, le 1-0, qui n'avait été signé que 2 fois jusque là, est passé à 6 unités et a donc pris la tête des scores, ce qui est assez symbolique, devant les 1-1 et les 2-1. Un peu comme en Ligue 1, en somme.

Si les matches sont devenus plus ennuyeux, les quelques buts qui ont échappé au béton sont toujours de bonne qualité : 61,67 % d'entre eux ont eu lieu sur passe décisive dans le jeu (51 % en Ligue 1). L’Allemagne (5/5), la République Tchèque (4/4), la France (3/3) et la Pologne (2/2) ont fait le plein dans ce domaine, juste devant le Portugal (5/4), et la Croatie et le Danemark (4/3). En revanche, l'Italie (4/1) et bien sûr la Grèce, qui semble ne savoir que marquer sur des ballons relâchés par des gardiens ou des défenseurs (3/0), parmi les équipes qualifiées, font moins dans le collectif, même si le but de Balotelli, sur corner, est magnifique.

Les gauchers sont contrariés

Chez les joueurs, on compte les mêmes meilleurs buteurs qu'avant les troisièmes matches (Gomez, Mandzukic, Dzagoev). On notera quand même les deuxièmes buts de l'étonnant Krohn-Dehli (29 ans, Brondby après un début de carrière raté à l'Ajax), Jiracek et bien sûr Ibrahimovic, qu'on regrettera dans cet Euro, et le doublé de Ronaldo, qui laisse son coéquipier Benzema dans le rôle du dernier attaquant star de cet Euro à ne pas avoir marqué. Il n'a fallu qu'un match à Rooney pour se mettre dans le bain dans ce domaine... et son but opportuniste montre à quel point un avant-centre bien placé dans la surface, qui sent bien les coups, peut être utile au haut niveau.

A noter que sur les 60 buts (moins 1 csc), moins de 10 ont été marqué du gauche (17 %) contre 17 de la tête (29 %), des chiffres qui, d'ordinaire, sont inversés. Les gauchers, si habiles d'habitudes, semblent éteints dans cet Euro. Deux seulement d'entre eux figurent dans les joueurs ayant marqué au moins deux buts, les Tchèques Pilar et Jiracek. Mais ils ont marqué chacun un but du droit sur leurs deux buts... Il faut dire que les "pattes inversées", cette mode qui consiste à mettre des ailiers gauchers à droite, et inversement, n'arrangent pas les tirs croisés, surtout qu'ils sont en général assez exclusivement gauchers, plus que les droitiers. Ils peuvent repiquer dans l'axe, certes mais ça nous offre un festival de frappes lointaines peu efficaces, comme celles de Ben Arfa contre la Suède...

Chez les clubs, l'étonnant Wolfsburg de Mandzukic et Jiracek reste en tête avec 5 buts, mais les gros sont en embuscade derrière : Manchester City (4), le Bayern, Milan et le Real (3), Arsenal, Barcelone, Dortmund, Chelsea ou Manchester United (2), n'attendent peut-être qu'une chose pour prendre le pouvoir, que le niveau s'élève. Mais il faudra marquer des buts pour ça, les gars... En attendant, la Premier League n'a pas attendu pour prendre le large dans ce domaine (18 buts), déjà loin devant la Bundesliga (12), et très loin devant la Liga (7) et la Serie A et le championnat russe (5). La France et le Portugal, eux, restent bloqués à un but, les Pays-Bas à zéro.

Chez les passeurs, ils sont déjà cinq à postuler pour le titre : Schweinsteiger, Gerrard, Silva, Benzema et Nani ont déjà offert deux buts à leurs coéquipiers. Quatre milieux et un attaquant, je vous laisse deviner celui qui s'est trompé de rôle... s'il avait marqué à côté, ce serait super, mais on attends toujours. A noter la passe décisive de Gomez pour son compère Podolski contre le Danemark, qui lui offre la première place des joueurs décisifs, avec ses 3 buts. Voilà un attaquant moderne, buteur et pivot, qui ne peut faire que du bien à une équipe...

Enfin, sur les quarts d'heure, avec la hausse des enjeux, le dernier d'entre eux a repris du poil de la bête : sur les 14 buts inscrits lors des 8 derniers matches, 4 d'entre eux l'ont été en fin de match, contre 6 lors des 16 précédents, sur 46 buts. Mais le champion des quarts d'heure reste le quatrième, celui après la mi-temps, avec 15 buts, dont encore deux sur les derniers matches, ceux de Rooney et Ibrahimovic. Des buts qui font assez mal, on l'a vu, puisqu'ils se sont avérés décisifs.

L’Allemagne invaincue contre la Grèce

Voici maintenant les quarts de finale qui se profilent, avec Portugal-République Tchèque dès ce soir. Un duel qui semble déséquilibré, mais les deux équipes ne se sont affrontées que deux fois dans leur histoire, à chaque fois durant un Euro, et les deux équipes l'ont emporté une fois chacune. En 2008 c'était le Portugal qui l'emportait lors du groupe A (3-1) avec notamment un but de Ronaldo à la clé, mais en 1996 c'étaient les Tchèques qui remportaient leur quart de finale, disputé à Birmingham (1-0), sur un exploit personnel de Poborsky. Attention donc au bloc tchèque, qui risque de plus donner mal au crâne aux Portugais que celui, plus poreux, des Pays-Bas... n'excluons surtout pas la victoire finale d'une équipe défensive et bien regroupée, ça semble être la mode cette année...

On aura droit aussi à un étonnant - et savoureux, sur le plan politique - Allemagne-Grèce. En 8 rencontres, jamais la Grèce n'a encore battue l'Allemagne, ce qui est rare à ce niveau de la compétition. Mais en 2004, la Grèce était également vierge de toute victoire contre la France, qu'elle avait pourtant "dominée" (1-0). Attention donc à la surprise désagréable... du moins pour les amoureux du football, dont je fais partie. Qui ne rêve pas d'une demi-finale Espagne-Allemagne, franchement ? Bon on aimerait bien la France, aussi...

Les deux autres quarts sont nettement plus classiques, avec un France-Espagne qui s'est déjà produit trois fois en grande compétition, avec 2 succès et un nul en faveur des Bleus ! Espérons que cette série ne s'arrêtera pas, comme celle que nous avions depuis 43 ans envers les Suédois... l'Espagne, qu'on retrouvera dans notre groupe qualificatif pour le Mondial brésilien, reste tout de même sur deux succès en amical contre la France. Enfin, Angleterre-Italie est un classique, mais les équipes ne se sont affrontées que deux fois lors d'un grand tournoi, lors du premier tour de l'Euro 1980 (1-0 pour l'Italie) et lors de la petite finale mondiale de 1990 (2-1 pour l'Italie, encore). Les Anglais vont-ils enfin prendre le dessus ? Malgré un premier tour contrasté, je les en crois capables.

Allez, à plus tard, et bons matches !