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vendredi 28 septembre 2012

Verts contre Champagne

Salut à tous,

Après l'intermède très productive de la Coupe de la Ligue (36 buts en 10 matches !), avalanche qui s'explique avant tout par le nombre de "remplaçants" alignés, animés par le fait qu'ils doivent profiter de cette occasion pour se montrer, mais aussi forcément moins bons que les titulaires, notamment dans le secteur défensif, retour au championnat ce week-end. Avec un duel qui sent bon l'ORTF : Saint-Étienne-Reims.

Le dernier match en Ligue 1 entre les deux équipes date de 1979, donc un peu après la disparition de l'ORTF (1974), et les deux clubs n'ont finalement pas été au top vraiment en même temps. Les Champenois ont remporté leurs six titres de champions de 1949 à 1962, les Verts prenant presque immédiatement le relais (10 titres de 1957 à 1981). Leur véritable duel eu donc lieu à la jonction entre les années 50 et 60, juste avant l'avènement d'un troisième club qui allait changer la donne et, finalement, remplacer Reims comme adversaire des Verts : le FC Nantes, promu en 1963. Puis vint Marseille au début des 70's...

Historiquement, l'ASSE domine les débats, toutes compétitions confondues : 28 succès, 19 nuls et 20 défaites. En Ligue 1, le rapport est le même : 24 victoires, 16 nuls et 17 défaites. Les deux derniers duels entre les deux équipes eurent lieu en D2, il y a dix ans : victoire de Reims (1-0) après un nul dans la Loire (0-0). Mais le Stade allait terminer dernier de Ligue 2, et les Verts, neuvièmes, une saison 2002-2003 dominée par Toulouse, le Mans et Metz. En Ligue 1, le dernier match (vieux de 33 ans, donc) était remporté par les Verts en Champagne (1-0) sur un but de Bernard Lacombe, après une autre victoire de l'ASSE, à Geoffroy-Guichard (2-0) sur des buts de Santini et Rocheteau. Les Verts terminaient troisième, derrière des improbables Strasbourgeois et le FC Nantes, Reims encore une fois dernier. Un Stade qui a finalement connu autant de saisons dans l'élite qu'en Ligue 2 (30), avec la présente... L'ASSE en compte quatre fois moins (60 contre 15).

Par ailleurs, les deux équipes ne se sont affrontées qu'une seule fois en finale de Coupe de France, et c'était en... 1977. Alors au top (5e) et peuplés d'internationaux, les Verts l'avaient courtement emporté (2-1) sur des rémois moins brillants (11e)...

A noter que les Verts sont invaincus à domicile contre Reims depuis 15 matches, soit depuis 1959, pile durant la période de frottement entre leurs palmarès définie un peu plus haut. Entre 1956 et l'avènement de Saint-Étienne, et la "chute" de Reims, en 1962, le bilan est le suivant : 4 succès de

chaque côté et 4 nuls. Un bilan terriblement équilibré, donc. Durant cette période de six années, Reims terminera en moyenne 2,17ème, avec trois titres à la clé, et Sainté... 8e, et un seul titre. Après celui de 1957, l'ASSE allait en effet terminer 7e, 6e, 12e, 5e et... 17e, l'année du dernier titre rémois ! Du coup, les Verts ont du mérite de présenter un bilan équilibré face à une équipe qui a terminé cinq fois sur six devant eux...

Dans le duel entre anciens (Reims) et nouveaux (Saint-Étienne) le duel était donc équilibré, mais l'expérience primait au classement. Guidés par Kopa et Fontaine, auteur de 9 buts en 7 matches contre les Verts avec Reims, les Rémois n'ont véritablement chuté qu'avec le départ de ce dernier, en 1962 sur blessure. Après une deuxième place en 1963 (derrière le Monaco d'Hidalgo), le Stade terminait 17e en 1964, remontait en 1966 pour redescendre une nouvelle fois un an plus tard (19e), pour trois nouvelles années en Ligue 2. Imaginez le choc pour les supporters rémois, qui voyaient leur équipe gagner un titre sur deux depuis une douzaine d'années, et qui la voyait soudain s'effondrer, devenant une équipe médiocre après avoir tutoyé le Real Madrid deux fois en finale de la Coupe des Champions ! Et imaginez aujourd'hui le retentissement médiatique si ça arrivait à une de nos grosses équipes d'aujourd'hui... les supporters ravageraient le centre d'entraînement, les médias tourneraient en boucle sur le sujet... je n'ai pas fait de revue de presse, mais ça a du être un peu plus calme pour Reims... Après tout, c'était le sport.

Pour les Verts en revanche, la chute rémoise a complètement changé la donne. Dix-septième en 1962, Saint-Étienne remontait en 1963... pour remporter immédiatement le titre 1964, le deuxième de son Histoire ! Après deux saisons moyennes (7e et 5e), coïncidant avec l'arrivée de Nantes, l'ASSE renouait avec les sommets en remportant les quatre titres entre 1966 et 1970. Marseille remportera les deux suivants, puis à nouveau Nantes en 1973, avant que les Verts ne mettent à nouveau la main sur le titre entre 1973 et 1976. La suite sera moins glorieuses, avec des classements d'honneur (5e, 7e puis deux fois 3e) avant le dernier titre, en 1981. Un an plus tard, l'affaire de la caisse noire explosait, et l'ASSE disparaissait des radars pour le titre avec pour meilleure performance une 4e place en 1988 (avec un Patrice Garande à 17 buts) ou une 5e place, vingt ans plus tard, en 2008.

Si les deux équipes ont marqué l'Histoire du football français, leurs grandes périodes, voisines, diffèrent quand même un peu trop pour considérer qu'ils s'agit d'une affiche mythique. Pour preuve, la difficulté de trouver des photos anciennes avec les deux équipes dessus ! PSG-OM, Nantes-Saint-Etienne, Reims-Racing... là d'accord. Reims, c'est l'ORTF, mais surtout le noir et blanc, la raie sur le côté, les noms fleurant bon la Pologne et le Maghreb, et des duels autrement plus âpres avec Nice, Nîmes ou le Racing de Paris. Saint-Étienne, c'est l'apparition de la couleur, les rouflaquettes, les cheveux longs, les maillots trop petits, et des duels avec Marseille et Nantes hauts en couleur. C'est aussi et surtout l'avènement des transferts, après que Raymond Kopa et ses collègues aient obtenu le contrat à temps. A l'époque ça ressemblait à une lutte contre l'esclavage, les joueurs n'ayant que rarement l'occasion de connaître plus d'un club dans leur carrière... comme quoi, il n'y a pas qu'aujourd'hui que les joueurs font grève... Bref, les transferts des Stéphanois Bereta, Bosquier ou Keita à Marseille, déjà, avaient fait grand bruit à l'époque. Enfin, grand bruit... il n'y avait pas 150 émissions de talk comme aujourd'hui pour répéter indéfiniment les mêmes âneries... époque bénie !

Comme je l'ai déjà dit ici, le football français marche par phase, ce sont rarement les mêmes équipes qui dominent en même temps, contrairement à chez nos voisins, où des clubs centenaires monopolisent les titres depuis des lustres. On peut se réjouir de ce renouvellement perpétuel, mais avouez que si Reims et Saint-Étienne avaient pu être au top en même temps, ça nous aurait quand même offert beaucoup de duels appétissants non ? Et surtout, que c'était difficile et injuste de voir ces deux clubs végéter à l'étage inférieur, voire plus bas pour Reims, durant des années. Et comme c'est sympathique de revoir aujourd'hui ces deux équipes s'affronter, même pour une place dans le ventre mou. En tous cas ça fait plaisir à nos parents... ou nos grand-parents.

A plus tard !

jeudi 15 mars 2012

Le cas Gomez

Salut à tous,

Avant de commencer, réjouissons-nous de la qualification honnêtement miraculeuse des Marseillais à San Siro. Face à un Inter Milan qui n'est plus que l'ombre de l'équipe qui avait mis au pas l'Europe, et notamment le grand Barça il y a deux ans, Marseille a vu se confirmer la réussite qu'il avait eu au match aller, au Vélodrôme. Mandanda a sorti deux arrêts de mammouths avant la pause, avant que l'étrange alignement de la charnière milanaise offre à Brandao - et au gardien marseillais - son heure de gloire européenne, quelques années après son échec face à la barre du même but, contre le Milan AC à l'époque. Lucio rate son intervention aérienne, son compère Samuel stationne bizarrement trois mètres derrière, le temps qu'il revienne sur Brandao, ce dernier réalise le contrôle de sa vie, après que le ballon, dégagé par Mandanda, lui ai rebondit sur la clavicule avant de lui tomber dans les pieds, et marque un joli but dans sa conclusion. Une belle performance sur le papier, mais rien qui ne montre que Marseille n'est pas, avec Nicosie, l'équipe que les six autres qualifiés rêvent secrètement de tomber dessus lors du prochain tirage au sort.

Si l'OM tombe sur le Bayern Munich, il pourra certes se féliciter d'avoir évité des murs comme le Real et le Barça, sachant que Chelsea, Arsenal ou Benfica sont également prenables cette année. Mais il lui faudra gérer un problème aussi redoutable que sous-estimé de ce côté-ci du Rhin : Mario Gomez. La charnière marseillaise, qui a été surnotée dans l'Equipe alors que ses vis-à-vis, Milito et Pazzini, se sont montrés décisifs, devra se montrer encore plus solide face à un attaquant de ce calibre.

L'avant-centre du Bayern fait partie de la catégorie des attaquants facilement raillés en France : grands, costauds, patauds, lents, et qui a l'étrange idée de n'être préoccupé que par sa tâche, marquer des buts. Pour cela, il reste dans la surface, décrochant très peu, jouant parfaitement en pivot et cadrant quasi systématiquement. Problème, s'il ne marque pas, il donne l'impression de ne servir à rien, et se prend donc des mauvaises notes assez facilement. Comme avec la Mannschaft contre la France, par exemple (1-2). Heureusement pour lui, il marque beaucoup.

Je l'ai déjà dit ici, en France on préfère des attaquants plus romantiques, façon Rocheteau, qu'on voit beaucoup, qui dribble, court partout, et qui signe de bonnes saisons quand il dépasse les vingt buts. Soit le total sous lequel Mario Gomez rate ses saisons. Rocheteau, le genre d'attaquant idéal pour les équipes qui ne gagnent rien. Je n'ai rien contre l'Ange Vert, qui était un des meilleurs attaquants de la planète sans doute, mais lors de la seule compétition que l’Équipe de France version Platini a gagné, l'Euro 84, il n'était pas là. Mais ça n'aurait rien changé, vu que Platoche faisait tout cet été là. J'avais aussi cité Benzema, préféré à Higuain alors que ce dernier, compte tenu de son temps de jeu, marque beaucoup plus que l'avant-centre des Bleus, par ailleurs peu efficace avec ces derniers (5 buts depuis deux ans en sélection). Mais en France, on préfère les belles histoires, les joueurs avec des failles, inconstants, humains. Faut savoir ce qu'on veut, dans la vie.

L’Allemagne, de son côté, avant de voir son palmarès commencer à prendre la poussière à partir de 1996, a empilé les trophées dans son armoire grâce à des buteurs comme Hahn, Seeler, Müller, Völler, Hrubesch, Rummenigge, Klinsmann... des buteurs froids, efficaces, cliniques et, hormis pour ce dernier, pas très jolis à voir jouer. D'ailleurs, si l'Allemagne ne gagne plus de compétitions depuis presque 16 ans, c'est peut-être parce que ses buteurs font un peu moins partie des meilleurs de la planète.

Je ne dis pas que Gomez est celui qui remettra le palmarès allemand à jour, vu qu'il a par exemple raté sa Coupe du Monde 2010. Mais il renouvelle la tradition teutonne des buteurs ultra efficaces, auteur de buts qui donnent l'impression d'être faciles. Sauf que si les attaquants français possédaient la moitié de son sens du placement et de son flair, ils marqueraient beaucoup plus qu'ils ne le font depuis cinq ans.

Mario Gomez va avoir 27 ans cet été, aux alentours de la finale de l'Euro, et il possède déjà des stats dont rêveront peut-être durant toute sa carrière des joueurs comme Gignac, Hoarau voire Benzema, qui compte 59 buts de retard avec trois ans de moins. Surtout si les courbes de leurs efficacités respectives se confirment...

Bref, donc à bientôt 27 ans, Gomez a déjà marqué 195 buts en professionnel, 122 en Bundesliga, dont quatre saisons à 19 buts ou plus, 19 buts en 34 matches de C1, 19 en 26 de Coupe d'Allemagne et déjà 21 buts en 51 sélection (29 titularisations). En Équipe d'Allemagne, il tourne à un but toutes les 127 minutes, contre 183 pour Benzema, soit plus d'une mi-temps supplémentaire pour marquer un but pour le Madrilène.

Cette saison, Gomez en est à 11 buts en C1, soit un de moins que Messi... il en est à un but toutes les 64 minutes (60 pour l'Argentin !). Alors c'est sûr, des buts après une série de dribbles, et conclus sur un petit piqué du gauche, il n'en met pas beaucoup. En fait, il n'en met pas du tout. Par contre, au niveau présence devant le but, efficacité, placement, patience, il se pose là. Notamment mardi soir, il fut parfait sur les trois centres de Ribéry, un au centre du but, un au premier poteau, un en retrait... toujours le bon geste, le cadre est au rendez-vous et le gardien impuissant. Un quadruplé qui fait de l'Allemand d'origine espagnole le troisième joueur de l'Histoire, avec Messi et Inzaghi, à avoir réussi à marquer au moins trois buts lors de trois matches différents de Ligue des Champions. Là aussi, on touche à l'exception.

Alors oui, dans une attaque bien huilée, avec des passeurs d'exception comme le sont Robben, Ribéry, Müller voire Kroos, ça semble facile de marquer 30 buts dans une saison (il en déjà à 34 rien qu'en club cette année...). Mais c'est comme gagner une course de F1 avec la meilleure voiture, encore faut-il savoir la conduire. Gomez reçoit beaucoup de ballons, oui, mais il en gâche peu. Et savoir qu'on a en attaque un avant-centre capable de transformer le moindre ballon qui traîne dans la surface en but, ça donne pas mal confiance à une équipe. En tout cas plus qu'un attaquant qui dézone, qui court partout... sauf devant le but, là où il reste, selon moi, le plus utile. On ne demande pas à un défenseur d'attaquer si ? En tous cas pas systématiquement ! Alors pourquoi demander aux attaquants de passer leur temps à défendre, à déborder, à faire le nombre au milieu ? Sans doute parce qu'ils passent de plus en plus pour des éléments optionnels dans une équipe, les premiers à sortir en cours de match, notamment pour tenir un score. Et quand il faut le forcer, rares sont les techniciens à les empiler, en général ils se succèdent sur la pelouse.

En six décennies, on est passé de cinq à quatre attaquants, puis trois, deux, un seul, et aujourd'hui on voit apparaître les premiers systèmes sans attaquants, comme celui d'Ancelotti avec le PSG, contre Toulouse en janvier (3-1). Par contre, des systèmes à un seul défenseur, on n'est pas près d'en voir.

Bref, c'est bon de savoir que les buteurs, les vrais, ne sont pas morts, notamment dans le pays qui a produit les meilleurs de l'Histoire, Brésil excepté. Même si, on est d'accord, pas grand monde ne paierait un billet juste pour voir jouer Mario Gomez.

A plus tard !