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dimanche 10 juillet 2016

La finale des outsiders

Salut à tous,

Alors, ça fait du bien non, cette finale qui se présente à nous ce soir ? Ce n’est pas parce que je vous ai oublié ces derniers jours que je ne vais pas me fendre d'un article pour parler un peu de ce match excitant, et qui pourrait sacrer championne d'Europe la génération la plus improbable de l'histoire de l'équipe de France... et aussi du Portugal.

La défense en chantier


En effet, on a l'impression qu'on s'apprête à assister à une finale entre deux outsiders de la compétition. Alors certes, on parlait de la France comme d'un possible vainqueur, mais surtout par rapport à sa bonne Coupe du Monde 2014 et à ses résultats amicaux plutôt emballants cette année, et surtout parce qu'elle allait évoluer à domicile, ce qui n'est pas un avantage négligeable, même si aucun pays organisateur n'a remporté son Euro depuis... 1984. Depuis, la RFA en 88, la Suède en 92, l'Angleterre en 96, les Pays-Bas en 2000 et le Portugal en 2004 avaient tous atteint au moins le dernier carré, voire la finale pour les partenaires de Luis Figo et du jeune Ronaldo. Si ce n'est pas une garantie absolue de victoire, c'est en tous cas un beau marche pied pour réussir un bon tournoi. Surtout quand le calendrier est particulièrement favorable (un troisième de groupe en huitièmes, puis forcément un deuxième en quart, une semaine de repos avant les huitièmes puis les quarts...).

En revanche, on pouvait douter de sa capacité à priver l'Espagne, tenant du titre, ou l'Allemagne, championne du monde, d'un nouveau triomphe, en raison des nombreuses absences qui ont marqué les dernières semaines de sa préparation. En effet, en plus de s'être privée de son meilleur attaquant (Benzema), elle a du enregistrer les forfaits de Debuchy, Varane, Zouma et Mathieu, ainsi que de la suspension préventive - à tort, une injustice flagrante pour ce garçon qui ne méritait pas un tel sort au vu des services rendus - de Sakho. Et ça, ce n'était qu'en défense, puisqu'il manque également au milieu Lassana Diarra, qui avait mis tout le monde d'accord au poste de sentinelle... qui de toutes façons n'existe apparemment plus dans cette équipe, désormais organisée dans un 4-2-3-1 dont plus personne ne voulait entendre parler il y a seulement quelques jours.

Les Bleus sont donc partis avec un système défensif ravagé, après avoir finalement appelé en renforts Umtiti, qui était réserviste, et Rami, qui lui était en vacances, et qui a finalement entamé la compétition comme... titulaire, histoire de laisser Koscielny évoluer de son côté favori, le gauche. Et après des performances extrêmement inquiétantes sur le plan défensif, bizarrement rehaussées par une passe décisive contre l'Albanie (2-0) et une relance elle aussi décisive sur le deuxième but de Griezmann contre l'Irlande (2-1), il a du laisser sa place pour suspension en défense centrale. A qui ? A l'expérimenté Mangala, fort de ses 7 sélections, ses 30 matches de Ligue des Champions et ses 48 matches de Premier League, logiquement ? Ah non tiens, Deschamps fera finalement confiance à Umtiti, zéro sélections et 7 matches de C1 pour toute expérience internationale. Avec en plus le désavantage de faire changer Koscielny de côté. Côté pari risqué, ça se posait là.

Et pourtant, après un premier match marqué par une timidité extrême, et pas seulement dans les relances, dans les duels aussi, le futur Barcelonais, que j'imaginais mal détrôner Mascherano dans la défense de Luis Enrique, a plus qu'assuré face à l'Allemagne, il a impressionné. Intraitable dans les duels, il a surtout brillé par ses montés et la qualité de ses relances. Bref, ce total bizut du haut niveau a sorti un match exactement comme il le fallait, et même plus. Complètement improbable.

Du 4-3-3 au 4-2-3-1

D'une manière générale, la performance générale des Bleus est complètement illisible. Pendant trois ans et demi, à partir du fameux France-Ukraine de novembre 2013 (3-0), elle a évolué dans un système qui donnait satisfaction à tout le monde, du sélectionneur aux médias en passant par les joueurs, le 4-3-3. Face à l'Albanie, pour faire tourner et mettre Payet au cœur du jeu tout en faisant souffler Griezmann, Deschamps tente le 4-2-3-1 qui avait pourtant déjà échoué face à l'Albanie, un an plus tôt (0-1). Face au nouvel échec qui s'annonce, le sélectionneur repasse en 4-3-3 à la pause, la France joue mieux et fini par s'imposer (2-0). Oublié le 4-2-3-1 ? Que nenni. Face à l'Irlande, les Bleus piétinent face à une Irlande bien en place et qui mène à la pause (0-1). La Dèche repasse en 4-2-3-1 avec l'entrée de Coman, les Irlandais, qui ont eu trois jours de moins de récupération, se désagrègent défensivement, exactement comme ils l'avaient fait contre la Belgique en poule (0-3), et tout d'un coup tout le monde trouve le 4-2-3-1 génial. Allez comprendre.

Du coup, Deschamps change encore de système de départ en conservant le 4-2-3-1 de la fin du match face aux Verts, mais avec Sissoko à la place de Coman. Je ne sais pas qui a trouvé que Sissoko, avec sa technique de terrassier, ferait un bon ailier, mais apparemment il a convaincu tout le monde. En fait d'ailier, il s'agit surtout d'un second latéral qui sécurise le couloir de Sagna, qui n'était pourtant pas le plus poreux des deux... je ne sais pas si vous me suivez, même moi j'ai du mal. Rassurez vous, c'est là que les essais se terminent. Mais avouez tout de même que cette multitude changements ne respire pas la maturité tactique ni la sérénité. Mais c'est passé. A chaque fois de façon ric-rac, hormis contre l'Islande, mais il n'y a que le résultat qui compte, parait-il.

La chance tourne

C'est le point commun que la France partage avec son hôte de ce soir. Le Portugal, qui s'appuie peut-être sur sa plus faible génération sur le plan des individualités depuis 20 ans - suffit de revisionner ses matches des Euros 96, 2000 et 2004 pour s'en rendre compte -, qui s'est qualifié dans le groupe le moins difficile qui soit - Albanie, Danemark, Serbie, Arménie - et qui a franchit sa redoutable poule - Autriche, Hongrie, Islande - au prix de trois nuls et d'une troisième place miraculeuse, a bataillé ensuite pour éliminer des Croates pourtant favoris, après le pire match du tournoi sans doute (1-0 a.p.), puis une Pologne qui avait pourtant ouvert le score (1-1, 5-3 tab) et enfin des Gallois privés de leur passeur Ramsey (2-0). Un parcours du combattant qui forge un groupe, le rendant mentalement fort et presque invincible...

La Selecao qui a eu deux phases dans cet Euro. Durant les trois matches de sa poule, elle a largement dominé ses adversaires, frappant 69 fois face à l'Islande (1-1), l'Autriche (0-0 et un penalty raté par Ronaldo) et la Hongrie, qui a mené à trois reprises sur trois tirs lointains, dont deux déviés, tandis que le Portugal égalisait à chaque fois sur trois buts superbes, dont un doublé de sa star (3-3). Bref, au premier tour, le Portugal était maudit, mais il a bien appris sa leçon. A partir des huitièmes, il s'est refermé sur lui-même. Carvalho écarté en défense, au profit de Fonte puis Alves, avec la blessure de Pepe, Moutinho mis sur le banc au profit du plus obscur Adrien Silva, il ne domine plus outrageusement - et vainement - et attend patiemment la première erreur de son adversaire, avec succès à chaque fois. Bref un profil cynique, bien dans l'heure du temps, à l'époque des Mourinho et autre Simeone, et surtout qui a permit de faire tourner la chance dans le bon sens. Depuis, le Portugal n'impressionne plus personne mais se qualifie à chaque fois, en donnant l'impression que rien ne peut lui arriver.

Deux blocs soudés

Bref, deux équipes improbables, qui n'ont impressionné aucun observateur neutre, si l'on excepte la démonstration française face à l'Islande. Objectivement, hormis Griezmann et Ronaldo, et éventuellement Pogba ou Pepe, combien de joueurs de ces équipes pourraient se targuer d'être le meilleur d'Europe à son poste ? Il s'agit certes de collectifs soudés, à l'état d'esprit pour l'heure exemplaire, forgé dans la difficulté. Mais ce sont aussi deux équipes dont les défauts sautent aux yeux, la défense côté français, l'animation et l'efficacité offensive côté lusitanien, du moins jusque là (ne nous portons pas trop malheur non plus...). Deux équipes qui ont battu des équipes qui leur était indiscutablement supérieures sur le papier (l'Allemagne, qui a dominé la France tactiquement et techniquement, sans être aidée par la réussite ni les évènements, ou la Croatie pour le Portugal). Deux équipes qui ont signé des matches aux scenarii serrés et à la conclusion souvent tardive, dans un Euro il est vrai avare en scores larges.

Un match plus indécis qu'il n'y paraît. La certitude qui semble habiter à la fois les médias et l'opinion que la finale est gagnée d'avance me fait très peur, parce que c'est exactement ce qu'espèrent les Portugais : que leur hôte les sous-estime. Ronaldo, pour qui c'est peut-être la dernière chance de remporter un trophée avec son pays, ne vise rien d'autre que la victoire, et il a pris l'habitude de réaliser ses objectifs durant sa longue carrière. Cette équipe va se laisser dominer, et à mon avis il ne faudra pas beaucoup d'occasions à son buteur pour crucifier des Bleus trop confiants.

Espérons que cette jeune équipe, insouciante, un peu folle et si imprévisible, qui a eu la possession durant tout le tournoi avant de signer un match d'équipe de CFA 2 en Coupe de France face à un club pro, en demi-finale face à l'Allemagne, saura garder ses nerfs pour imposer son jeu et pourra compter, croisons les doigts, sur un nouveau grand match de sa nouvelle star, Antoine Griezmann. Ce serait le titre le plus improbable de notre histoire, encore une fois. Mais ça ne nous empêchera pas de le célébrer, s'il survient.

Allez les Bleus ! Et à lundi !


jeudi 23 juin 2016

Place aux huitièmes !

Salut à tous,

Voilà le premier tour s'est terminé hier soir, en nous donnant enfin quelques émotions, du moins dans le groupe F, avec notamment la qualification surprise de l'Islande et le match fou - et riche en but, enfin ! - entre la Hongrie et le Portugal. Avant le début des huitièmes de finale, samedi, on va faire un petit bilan de ces 36 premiers matches. Il n'en reste plus que 15, déjà...

Un désert de buts

D'abord, revenons rapidement sur ce qui, selon moi, caractérise vraiment cette 15e édition de l'Euro : le nombre absolument lamentable de buts. On en est à 69 buts en 36, soit 1,92 par rencontre, un but toutes les 46 minutes environ. Moins d'un but par mi-temps ! Vous allez me dire que c'est ma marotte et que ça reste un détail, mais pas du tout : parmi les 14 anciennes éditions, seuls les Euros 1968 (1,4), 1980 (1,93) - les deux se déroulant en Italie, étrangement - et 1996 (2,06) s'étaient approchés de nos chiffres actuels (1,92). Mais le premier ne comportait que 4 matches, le deuxième, 14, et le troisième, 31, des diviseurs moins représentatifs. Là, on est déjà à 36 matches, et hormis hier à Lyon, donc, on n'a pas eu droit à un seul match échevelé entre deux équipes offensives, qui osent mettre un peu de côté l'obsession du bloc équipe et de la défense à outrance. Ça a sûrement choqué les adeptes d'Aimé Jacquet et de Mourinho, c'est peut-être logique que ce genre d'évènements se raréfient à l'approche des sommets, mais ça fait du bien quand même. Parce que le foot, ça reste les buts et non l'absence de buts, désolé. Personne ne va au stade en rêvant d'un duel tactique entre deux équipes bien en place.

Lors de ces troisièmes matches de poule, on a ainsi une nouvelle fois touché le fond, avec 22 buts (1,83), comme lors de la première journée. Hier soir, pour la conclusion du trépidant groupe E (10 buts en 6 matches, seul le groupe C, celui de l'Allemagne, fait pire, avec 7 buts), on a failli avoir droit à deux 0-0 pour conclure. Les 0-0 qui sont finalement assez nombreux (4, soit 11,1 %) mais qui sont devancés par les 1-1 (5), les 2-1 et les 2-0 (6) et surtout les 1-0, évidemment (10, soit 27,8 %). 69 % de matches à deux buts ou moins... on s'est régalé, avouez le. Résultat, la moitié des équipes engagées ont marqué moins de 3 buts, trois d'entre elles - toutes éliminées, dieu merci - n'ont marqué qu'une fois, et l'Ukraine, elle, n'y est jamais parvenu. Qualifiée de justesse lors des barrages, elle restera l'anonyme de cet Euro.

Les buts qui ont du mal à survenir avant la 30e minute (15,9 %), plutôt lors des quarts d'heure avant et après la pause (39,1 %) et évidemment en fin de match (28,9 %). Il vaut donc mieux être patient dans cet Euro...

Les Britanniques en force

Ils étaient déjà nombreux - 4, sur 5 au total - et les pays des iles Britanniques, dont certains étaient pourtant peu habitués à ce genre d'évènements, ont justifié leur présence en masse en se qualifiant toutes pour les huitièmes de finale. Au point que deux d'entre elles, qui disputent pourtant leur premier Euro, à savoir l'Irlande du Nord et le Pays de Galles, s'affronteront samedi au Parc des Princes pour une place en quart de finale ! Les Nord-Irlandais qui se qualifient d'extrême justesse, puisque ce sont les seuls des 16 qualifiés à passer ce tour avec 2 défaites au compteur... et les seuls, avec le Portugal, à n'avoir récolté que 3 points lors de ce premier tour. Merci au merveilleux et si lumineux système des 4 meilleurs 3es... vivement le prochain Euro.

Si ce passage à 24 équipes a permis, logiquement, d'ouvrir la porte à de nombreuses nouvelles nations, qui se sont d'ailleurs toutes bien comportées, si ce n'est au niveau du jeu, puisqu'elles ont quasiment toutes passé leur temps dans les 16 mètres à défendre en attente d'un contre, au moins au niveau des résultats, 3 des 4 bizuts ayant passé le cut (Irlande du Nord, Pays de Galles et Islande, seule l'Albanie restant à quai), il aura surtout permis aux grosses équipes d'éviter une élimination précoce. Le passage à six poules leur a évité de s'affronter prématurément, déjà, et la qualification de 16 équipes sur 24 leur a évité de trop suer pour passer au tour suivant, notamment le Portugal, troisième de sa poule derrière les terribles Hongrois et Islandais (!) et sans gagner le moindre match... du coup, tous les gros sont là.

Je dirais même plus : hormis ces mêmes lusitaniens, qui sont récompensés de leur "splendide" parcours en se retrouvant dans la partie de tableau la plus favorable, et de loin, avec pour seuls écueils leur prochain adversaire croate - la meilleure équipe de ce premier tour, selon moi, ce qui ne lui garantie rien - peut-être les Gallois de Bale en quart et éventuellement la Belgique, en demi-finale, tous les gros se retrouvent du m^me côté. La France, l'Espagne et l'Italie, qui elles se sont qualifiées avant même leur troisième match, se retrouve coincées ensemble dans le même tableau, en compagnie de l'Allemagne et de l'Angleterre... le charme des tableaux pré établis. On aura donc un finaliste surprise, face à un survivant, probablement un très gros mais qui aura du batailler pour arriver au Stade de France.

Le Real Madrid bien représenté, pas la Ligue 1

On l'a vu, on a peu de buts mais on a quand même des buteurs en forme, avec déjà deux joueurs à 3 buts - Bale et Morata - suivis de 7 joueurs à 2 buts - Lukaku, Perisic, Payet, Dzsudzsak, Ronaldo, Nani et Stancu. Par clubs, le champion d'Europe, dont la victoire en C1, aidée par un parcours clément et une victoire heureuse aux tirs aux buts, justifie pourtant pleinement son rang, puisque ses pensionnaires ont déjà inscrit 7 buts, sachant qu'il manque Benzema dans le lot. Suivent trois équipes à 3 buts, l'Inter Milan et... deux équipes turques, le Fenerbahce et Bursaspor, 11e de son championnat ! Le premier profite des deux buts du Portugais Nani, et l'autre de ceux du Hongrois Dzsudzsak et de celui du Tchèque Necid. La Toto Super Lig qui se comporte particulièrement bien, puisqu'elle se classe 4e des championnats les plus représentés, avec 9 buts, soit plus que l'Allemagne (6) et derrière l'Angleterre (17), l'Espagne (12) et l'Italie (10) !

Et le championnat de France me direz vous ? Rien, nada. Malgré 22 représentants - dont 5 gardiens -, soit le 8e contingent du lot, aucun d'entre eux n'a réussi à marquer. Ibrahimovic et Sigthorsson, malgré un temps de jeu conséquent, sont resté muets, tandis que Grosicki, Eder et surtout Batshuayi ont très peu joué... le seul joueur de Ligue 1 ayant brillé, finalement, c'est Subasic, le gardien croate, qui a stoppé le penalty de Ramos contre l'Espagne... malgré tout tout n'est pas perdu, ils sont encore 18 qualifiés pour les 8es, dont 5 gardiens, encore. A noter que dans le même temps, les championnats russes (3), suisses (2), écossais, hongrois, néerlandais, tchèques, suédois, et même chinois et qataris sont représentés dans le classement... il serait temps de rapidement réparer cette anomalie. Si c'en est bien une...

Bonne nouvelle, on a également deux passeurs à 2 unités, Hazard (Belgique) et Ramsey (Galles). L'Euro est pauvre en buts, mais le taux de buts sur passes décisives dans le jeu est très élevé (71,6 %), ce qui est un gage de qualité de jeu. Si on cumule buts et passes, Bale et Morata sont rejoints en tête des joueurs les plus décisifs par Payet, Perisic, Ronaldo (2+1) et Ramsey (1+2). Par équipe, la Croatie, l'Espagne (5+4) et le Pays de Galles (6+3) sont les équipes qui se comportent le mieux, devant la Belgique, la France et le Portugal (4+4).

Voilà, espérons que les matches à éliminations directes se montreront plus ébouriffants, mais ce n'est pas la tendance des derniers grands tournois (2,2 buts en 2014, 2,14 à l'Euro 2012...). En tous cas sur le papier ils sont alléchants. A plus tard !

lundi 6 juin 2016

A l'heure de l'Euro

Salut à tous,

A quatre jours du début de l'Euro, et si on se lançait dans un petit briefing de ce qui nous attends en ce mois de juin lumineux et apaisé ?

Le nivellement par le bas

Tout d'abord, on peut constater que grâce à Michel Platini, qui a permit à quasiment un pays européen sur deux de se qualifier sur l'Euro (24 sur 54...), on va pouvoir savourer quelques belles affiches qui ne nous auraient, d'ordinaire, pas vraiment mobilisé pour les regarder à la base : Albanie-Roumanie, Slovaquie-Pays de Galles, Irlande du Nord-Pologne, Islande-Hongrie... des "affiches" entre troisièmes couteaux européens qui vont certes pouvoir prendre un peu d'expérience, mais dont la présence me fait sérieusement douter du niveau général de cet Euro. Le championnat d'Europe qu'on prétend souvent de meilleur niveau que la Coupe du Monde, à tort à mon avis, ben là c'est sûr, ça va vraiment être moins bien.

Ce genre d'affiches, d'ailleurs, vont plus souvent se répéter que ce qu'on pourrait appeler des "chocs" : à part Belgique-Italie dans le groupe E, je n'en vois aucun. Et encore, l'émergence de la Belgique est très récente, puisqu'elle n'avait plus participé à l'Euro depuis
qu'elle l'avait organisé avec les Pays-bas en 2000... en revanche, je me rappelle qu'on s'était un peu plus régalé en termes de gros matches au premier tour en 2012 : Allemagne, Portugal et Pays-Bas dans le groupe B, Espagne-Italie dans le C, Angleterre-France dans le D... ça avait une autre tronche. Merci Platoche, et bonne retraite.

Le pire, c'est que ce vaste élargissement va certes permettre à 4 pays de disputer leur 1er Euro (Galles, Irlande du Nord, Albanie et Islande), et même pour les deux derniers leur tout premier  tournoi, mais ça n'a même pas garanti à la compétition de pouvoir compter sur tous ses habitués, dont des anciens vainqueurs, les Pays-bas, le Danemark ou la Grèce, mais aussi la Serbie, l’Écosse, seule équipe des iles britanniques à ne pas avoir passé le cut... Bref, le résultat de cette réforme a certes grandement aidé Platini à se faire élire et réélire à la tête de l'UEFA grâce aux votes des petites pays, mais pas vraiment à nous promettre un mois de football de haute volée.

Et je ne vous parle pas de la conséquence directe de cet agrandissement de 16 à 24 : les 4 meilleurs troisièmes se qualifieront - ce qui permettra à des équipes ayant perdu deux fois de se qualifier avec un seul succès... - et seront versés en huitièmes selon une méthode complètement incompréhensible, quand avant les deux premiers se qualifiaient, point. Attention aux migraines, prévoyez de l'aspirine.

En même temps on risque fort de voire des buts, ce qui reste l'essentiel en football. Mais le nombre de buts ne mesure pas le niveau d'une compétition : le championnat européen le plus riche en buts est le Luxembourg (3,32), devant Malte (3,19).

La France faussement à l'abri

Commençons par le groupe A, celui de la France, et qui ne nous fait tellement pas rêver qu'il nous donne l'impression d'une formalité. Roumanie, Albanie, Suisse... ça ressemble à un groupe de qualifications - c'est le cas de toutes les poules - mais non, c'est bien une poule d'Euro. Il sera donc apparemment facile de battre à Saint-Denis la Roumanie, qui n'a encaissé que 2 buts en 10 matches éliminatoires, soit le meilleur chiffre tous groupes confondus. Alors certes, face aux terribles attaquants de l'Irlande du Nord, vainqueur du groupe, de la Hongrie, de la Finlande, des Iles Féroé et de la Grèce, bonne dernière (!), c'est une performance à relativiser, surtout qu'en trois matches préparatoires elle en a déjà encaissé 6 en 3 rencontres, dont 4 contre l'Ukraine (3-4). Mais vu qu' elle en marqué 9 dans le même temps... au final, cette équipe, menée par le jeune milieu offensif du Steaua Stanciu (23 ans, 5 sélections, 4 buts) ou l'ancien Nantais Keserü ne paie pas de mine mais les hommes de Deschamps auraient torts de se croire à l'abri.

Même chose pour l'Albanie, totalement bizut à ce niveau, et qui ne compte pour ainsi dire aucun joueur véritablement marquant. Son capitaine Lorik Cana, bientôt 33 ans, pourrait être celui là mais il sort d'une saison compliquée à Nantes. Attention tout de même à Armando Sadiku, auteur de 12 buts avec le FC Zürich et Vaduz en championnat de Suisse... plus sérieusement, les Bleus faisaient moins les malins il y a un an, lorsqu'ils concédaient une défaite assez honteuse à Elbasan (1-0), la seule de leur Histoire face à cet adversaire, qui les avait déjà tenu en échec à l'aller, en novembre 2014 à Rennes (1-1)... une chose est sure, il faudra faire mieux.

Enfin, notre plus sérieux adversaire, à priori, se nomme la Suisse. Un adversaire que nous avions certes éparpillé façon puzzle au dernier Mondial (5-2), un évènement qui se répète souvent puisque depuis juin 2004 et un premier duel déjà en notre faveur (3-1), les deux équipes se sont affrontées deux fois en Coupe du Monde (2006 et 2014) ainsi que lors des éliminatoires pour le Mondial allemand. Hormis ces deux succès déjà évoqués, les Helvètes nous ont souvent tenu en échec, deux fois lors de ces fameux éliminatoires, mais aussi en Allemagne, en 2006 (0-0). Alors certes, la Suisse ne nous a plus battu depuis un match amical en 1992 (2-1) mais elle s'est aisément qualifiée pour cet Euro, deuxième derrière une Angleterre impériale mais avec une nette avance sur la Slovénie et avec 24 buts inscrits en 10 matches, seuls les Polonais (33) et les Anglais (31) ont fait mieux. Alors attention à cette jeune équipe, emmenée par quelques talents comme Dzemaili, Xhaka, Shaqiri, Mehmedi ou Embolo...

Je ne dis pas que dans un système où vous avez deux chances sur 3 de vous qualifier la France est en danger, mais ne pas finir premier de cette poule pourrait lui poser des problèmes ensuite...

Les Gallois défient l'Angleterre

Le groupe B n'est certes pas d'un chic fo, mais paraît être un des plus relevés. L'Angleterre, meilleure équipe des éliminatoires avec un 10 sur 10 et 31 buts marqués pour seulement 3 encaissés, font figures de favoris. Alors oui, comme souvent depuis l'arrêt Bosman, rares sont ses éléments étant titulaires dans les meilleurs clubs du pays (Hart à City, Cahill à Cheslea, Carrick et Rooney à Manchester, Wilshere à Arsenal...), mais plutôt chez des "seconds couteaux" (Alli et Kane à Tottenham, Clyne, Lallana, Milner, Sturridge et Barkley à Liverpool, Vardy et Drinkwater à Leicester...). Mais sur le papier le talent est là, et le duel, samedi à Marseille avec la Russie, deuxième dans son groupe derrière l'Autriche mais devant la Suède) s'annonce être le seul écueil sur leur route pour les huitièmes. Les deux équipes qui ne se sont affrontées que deux fois, lors des éliminatoires de l'Euro 2008, avec à la clé une victoire chacun... mais les Russes peuvent compter sur une grosse génération qui brille souvent en Ligue des Champions, notamment Shatov et le buteur Dzyuba (27 ans, 1m94, 88 kilos), auteur de 30 buts cette saisons dont 6 en C1 et 7 en sélection. Un poète.

Derrière ce beau monde, deux outsiders à ne pas négliger. La Slovaquie n'est désormais plus le parent pauvre de l'ancienne Tchécoslovaquie, elle a prouvé, avec son 8e de finale lors du Mondial 2010, ainsi que lors des éliminatoires, où elle n'a terminé qu'à 5 points du leader espagnol et devant l'Ukraine, qu'elle était désormais plus que compétitive, au moins autant que les Tchèques. Son milieu offensif, Valdimir Weiss, a ainsi terminé deuxième passeur des éliminatoires, avec 6 unités. Peu de grands noms, si ce n'est Skrtel (Liverpool) mais un groupe solide. Enfin, que dire du Pays de Galles ? Qualifié directement derrière la Belgique et devant la Bosnie, il est une des grandes surprises du plateau. Hormis Gareth Bale, aucun joueur de renom, si ce n'est Ramsey (Arsenal) et Williams (Swansea)... composée de beaucoup de joueurs évoluant dans les divisions inférieures en Angleterre, l'équipe de Chris Coleman jouera son gros match - et pourquoi pas sa qualification - contre le grand ennemi anglais, le 16 à Lens. Le Pays de Galles n'a plus battu son voisin depuis 1984, et a concédé contre celui-ci 66 défaites pour 14 succès en 101 matches...

L'Allemagne grande favorite

Au sein du groupe C, derrière l'Allemagne championne du monde, qu'on imagine mal trébucher, on retrouve les deux co organisateurs du dernier Euro, la Pologne et l'Ukraine. Là encore, chez ces deux équipes, rien de génial mais du solide. Mais elles ne sont pas dénuées de talent : Lewandowski sera certes moins bien entouré qu'au Bayern, mais tous les espoirs de son pays reposeront sur lui qui a marqué 44 fois cette saison, dont 9 en C1, et qui a terminé en tête des buteurs lors des éliminatoires avec 13 buts en 10 matches ! La question est, est-ce que Grosicki, Wszolek ou Milik vont réussir à le mettre dans de bonnes conditions... chez les Ukrainiens, c'est un peu l'inverse. Particulièrement bien outillés sur les côtés, avec le duo Yarmolenko-Konoplyanka pour marquer mais aussi pour servir, les hommes de Fomenko le sont beaucoup moins en pointe, avec aucun joueur de calibre international. Troisième de son groupe de qualification derrière l'Espagne et la Slovaquie, elle a du s'arracher pour sortir la Slovénie lors des barrages (2-0, 1-1).

Pour l'Allemagne en revanche, même si l'absence de Marco Reus, comme au Brésil, posera un problème, le talent est partout. En défense (Neuer, Hummels, Boateng...), au milieu (Götze, Kroos, Özil...) et bien sûr en attaque, avec Müller ou Gomez. Alors oui, la Mannschaft n'a pas brillé depuis son sacre brésilien : qualification pas si aisée malgré la première place devant la Pologne, déjà, avec 2 défaites à la clé, en Pologne (2-0) et en Irlande (1-0), qui l'avait tenue en échec à l'aller (1-1) mais aussi une récente face à la Slovaquie, en amical (1-3). Pour se qualifier ça devrait le faire, ensuite...

Dernier membre du quatuor, l'Irlande du Nord risque fort de compter les points et d'arbitrer tout ça. Elle qui joue son premier Euro et qui n'avait plus disputé de grand tournoi depuis sa troisième et dernière Coupe du Monde, en 1986, l'Ulster ne compte, on peut le dire, sur aucun joueur connu dans son effectif, si ce n'est Jonny Evans (WBA) ou Steven Davis (Southampton). Une équipe évidemment riche en joueurs évoluant en Angleterre, dans différentes divisions, ou en Écosse, pour le buteur Josh Magennis (10 buts avec Kilmarnock). Alors oui, cette formation a terminé devant la Roumanie et la Hongrie en éliminatoires... mais c'est une des plus grosses cotes du tournoi. Et une garantie de belle ambiance dans les stades.

L'Espagne tient à son double titre

Comme l'Allemagne, la Roja, double tenante du titre, semble à l'abri de toute mésaventure dans le groupe D. Alors c'est vrai que la Croatie, la Turquie et la République Tchèque ne manquent pas de talent. Mais les premiers ne l'ont battue qu'une fois en 5 confrontations, la première, en 1994, même chose pour les Turcs dont l'unique succès face à l'Espagne remonte à 1954, quand les Tchèques, leur premier adversaire le 13 à Toulouse, n'ont encore jamais réussi cet exploit, en 4 duels... les hommes de Del Bosque qui restent certes sur un très gros échec au Brésil, mais qui n'ont pas tremblé en qualifications, avec 9 succès et un nul, et 3 buts encaissés, et comptent dans leurs rangs des éléments expérimentés (Casillas, Piqué, Ramos, Busquets, Fabregas, Iniesta, Silva...) mais aussi une nouvelle génération enthousiasmante, à l'image d'Isco, Koke, Morata ou Nolito, qui ont mis dehors le mythique Fernando Torres, buteur lors des deux dernières finales de l'Euro. Le seul point faible de cette équipe semble son gardien, si Casillas est conservé comme titulaire après sa saison médiocre avec Porto.

Les trois autres membres de ce groupe C semblent en revanche assez proches. La Croatie parait malgré tout au dessous, si l'on observe son effectif classieux : Subasic, Kovacic, Modric, Rakitic, Perisic, Kalinic, Mandzukic... de quoi pratiquer un football très chic. Seule la défense paraît en dessous chez cette équipe qui s'est qualifiée de justesse, derrière l'Italie et avec un petit point d'avance sur la Norvège. Les Turcs et les Tchèques, eux, se connaissent très bien, puisqu'ils figuraient dans le même groupe. Les seconds l'avaient emporté, devant l'Islande, tandis que la Turquie s'était qualifiée en tant que meilleur troisième grâce à un but in extremis de Selcuk Inan contre l'Islande (1-0). Lors de leurs deux confrontations, les deux équipes s'étaient toutes deux imposées à l'extérieur (1-2 en Turquie, 0-2 en République Tchèque un an plus tard). Les retrouvailles, le 21 à Lens, devraient être intéressantes. Les Slaves qui pourront compter sur un effectif expérimenté, voire vieillissant (Kadlec, Hubnik, Sivok, Plasil, Rosicky, Lafata...), malgré quelques belles promesses, notamment Krejci (23 ans), le passeur du Sparta Prague. Chez les Turcs, qui se sont privés de Erding, le plus grand talent se nomme Calhanoglu, le tireur de coup-francs de Leverkusen. Il faudra aussi surveiller l'ancien buteur de Galatasaray, désormais exilé en Chine, Burak Yilmaz, et aussi plusieurs joueurs de grande valeur comme Can (Liverpool).

Le duel belgo-italien

Si les derniers matches - peut-être - disputés par Zlatan Ibrahimovic sur le seul français, avec sa sélection de Suède, seront très certainement scrutés à la loupe, le sel du groupe E sera également dans le duel entre deux nations majeures du football européen, la Belgique et l'Italie. Certes, la Belgique, quart de finaliste du dernier mondial, ne s'était plus qualifiée sur le terrain pour un Euro depuis 1984, organisé en France également, et l'Italie est privée de plusieurs joueurs d'importance, notamment Verratti ou Montolivo, mais il s'agira tout de même d'un duel entre le 1er et le 7e pays européen au classement FIFA, qui restent sur deux victoires chacune lors de leurs quatre derniers affrontements. Finaliste de la dernière édition, l'Italie, qui reste également sur un échec au 1er tour au Brésil, est diminuée, et devra jouer un grand tournoi sans Pirlo pour la première fois depuis le Mondial 2002, mais c'est généralement dans cette position de relative faiblesse, quand on ne l'attend pas, qu'elle est la plus efficace. Et si elle manque encore d'un buteur implacable comme elle en a eu souvent dans sa riche histoire, la Squadra Azzura n'est pas pour autant démunie : El Shaarawy, Immobile, Pellé ou Zaza savent marquer des buts. Et Chiellini, Barzagli et Bonucci, devant Buffon (38 ans), savent particulièrement bien défendre.

Et que dire de la Belgique, riche d'une génération comme elle en a peut-être jamais connue ? Finaliste en 1980 en Italie contre la RFA (1-2), elle semble peut-être un peu lourde derrière, avec Alderweireld ou Vertonghen, et en l'absence de son capitaine, Kompany, mais son milieu et son attaque sont peut-être sans équivalents sur le plateau. Benteke, Lukaku ou Batshuayi, ce n'est pas mal pour choisir une pointe, qui se régalera peut-être des accélérations et des offrandes de Ferreira Carrasco, Hazard, Mertens, De Bruyne... sans parler de la présence physique de Fellaini et Witsel à la récupération et dans les deux surfaces ! Bref, si elle n'a pas brillé lors de ses matches amicaux, elle n'a pas tremblé dans son groupe de qualifications, qu'elle a remporté devant les Gallois et les Bosniens sans coups férir. Elle fait aujourd'hui partie des vrais favoris d'un tournoi qui se déroule à ses portes.

Ces deux équipes devront cependant se défaire de deux équipes piégeuses, et c'est peut-être ce qui fait de ce groupe le plus relevé, peut-être. La Suède d'Ibra bien sûr, le grand Zlatan semble seul dans cette équipe, qualifiée péniblement lors des barrages face au voisin danois (2-1, 2-2), après avoir terminé derrière l'Autriche et la Russie, mais c'est relativement trompeur : Guidetti, Larsson, Kujovic ou Ekdal sont moins connus que le désormais ex Parisien, mais il ne manquent pas de ballon. Quant aux Irlandais, troisièmes de leur groupe derrière l'Allemagne et la Pologne et devant l’Écosse, et également passés par les barrages contre la Bosnie (1-1, 2-0), elle ne compte elle aussi qu'une seule star, le vieillissant Robbie Keane (35 ans), toujours redoutable avec les Los Angeles Galaxy. Mais le latéral droit Coleman ou les ailiers McClean et McGeady seront à surveiller.

Le Portugal devra gérer l'Autriche-Hongrie

Encore une équipe dont le porte étendard semble éclipser le reste de son équipe. Le Portugal sans Ronaldo serait-il à cet Euro ? Et si oui, en serait-il un des favoris ? Très peu probable. Si Pepe, Moutinho ou Quaresma ne sont pas des inconnus, cette équipe, assez jeune, semble aussi en retrait sur le plan des individualités que prometteuse. Qualifiée devant l'Albanie, le Danemark et la Serbie, avec 7 succès et une défaite, la sélection lusitanienne s'est inclinée deux fois lors de ses duels avec la France (2-1, 1-0), et n'a marqué que 11 fois en 8 matches, dont 5 pour le buteur madrilène. Si ce dernier, comme souvent lors des grands tournois, ne brille pas et ne porte pas son équipe, elle aura du mal à exister. Même si l'opposition dans ce groupe F semble peu encline à lui barrer la route.

Que ce soit l'Autriche, la Hongrie ou l'Islande, aucune de ces 3 nations n'a jamais passé un 1er tour lors d'un Euro avec poules. Ce sera donc une première pour une ou deux de ces équipes... les deux premières, au passé commun riche et mouvementé, se sont très souvent affrontées, avec un net avantage pour les seconds, grâce à leur génération fabuleuse des années 50 (66 succès contre 40). Et l'Autriche n'a plus battu sa voisine depuis 1996, en trois matches. Elles ne se sont d'ailleurs plus rencontrées depuis 2006... la Mannschaft, aisément qualifiée devant la Russie et la Suède, qui peut compter sur de bonnes sélections de jeunes depuis plusieurs années, et quelques joueurs remarquables comme Alaba, Fuchs, champion d'Angleterre avec Leicester, Harnik, Arnautovic ou Janko. La Hongrie semble plus en retrait niveau individualités, elle qu'on n'a plus vu lors d'un Euro depuis 1972 et lors d'un Mondial depuis 30 ans. Dominée par l'Irlande du Nord et la Roumanie dans son groupe, elle a d'ailleurs du écarter la Norvège en la battant deux fois (1-0, 2-1) pour rejoindre la France. On a beau chercher dans son effectif, difficile de trouver un joueur notable pour porter son équipe plus haut, mais qui sait ?

Ce n'est cependant pas le cas de l'Islande, quatrième larron de ce groupe et évidemment bizut dans un grand tournoi. Dotée de la meilleure génération de son Histoire depuis plusieurs années maintenant, elle peut compter sur plusieurs joueurs évoluant notamment en Angleterre (Sigurdsson), en Suisse (Bjarnason), en France (Sigthorsson), en Allemagne (Finnbogason)... et pas forcément pour cirer le banc. Deuxième de son groupe derrière la République Tchèque et devant la Turquie et les Pays-bas, excusez du peu, la formation scandinave a notamment battu deux fois les Bataves (2-0, 1-0), troisièmes du dernier Mondial. Si on cherche une surprise possible dans cet Euro, mettons une petite pièce sur ces Islandais qui n'auront rien à perdre et tout à gagner.

Voilà, sur ce à plus tard !

vendredi 12 décembre 2014

Des poules fructueuses

Salut à tous,

Il est temps pour nous de faire un petit bilan de cette première phase de Ligue des Champions qui s'est achevée cette semaine.

Toujours les mêmes

D'abord, notons la bonne première phase des clubs français, qui réalisent un deux sur deux. La Ligue 1 n'avait plus eu deux représentants en huitièmes depuis 2011-12, à une époque pas si lointaine où c'était presque une formalité. Sauf que depuis, seul le PSG avait réussi à se qualifier, tandis que Montpellier et Lille, en 2012-13, puis Marseille, la saison passée, ne passaient pas le cut. En tous cas, grâce à cette bonne performance, le football français possède sur la décennie actuelle un meilleur taux de qualification (61,5 %) que sur toute son histoire en Ligue des Champions, depuis 1991 (58,8). Une paille, oui, mais une petite bonne nouvelle ne fait pas de mal de temps en temps. Mais nous restons quand même très loin depuis 2010 de l'Allemagne (88,2), l'Espagne (79), l'Italie (76,9) et l'Angleterre (75)... comme d'habitude, on est cinquième.

Les Allemands qui n'ont plus vu un de leur club éliminé en poules depuis trois ans... comme l'an passé ils signent un très impressionnant 4 sur 4, sachant qu'ils avaient également fait un 3 sur 3 en 2012-13, et que cette saison, hormis la France, aucun pays à plus d'un club n'a réalisé un sans faute. L'Espagne (Athletic Bilbao out) et l'Angleterre (Liverpool) ont fait 3 sur 4, et l'Italie (AS Rome) a fait un sur deux. Sans parler du Portugal, qui nous devance au classement UEFA depuis peu, et qui n'a qu'un qualifié sur trois (Porto, les deux clubs lisboètes restant à quai) et de la Russie, qui nous menace directement au même classement, et qui a fini avec deux éliminés sur deux (Zenith et CSKA Moscou). Deux autres bonnes nouvelles pour nos clubs... Chez les 11 pays représentés par un seul club, seuls l'Ukraine (Shakhtor) et la Suisse (FC Bâle) ont connu la réussite. C'est notamment le 4e échec sur 4 pour le Bélarus, le 6e sur 7 pour la Suède, le 22e sur 30 pour la Grèce, le 25e sur 34 pour les Pays-Bas, qui n'ont plus qualifié de clubs pour les huitièmes depuis 2006-07 (!), le 19e sur 25 pour la Turquie et le 19e sur... 20 pour la Belgique ! La nouvelle version de la C1 est décidément létale au possible pour les non représentants du fameux club des cinq "grands" championnats... Historiquement, seuls six pays tournent à plus de 50 % de réussite, les cinq cités plus haut plus la Pologne (1 sur 2, dans les années 90...)... Le Portugal tourne ainsi à 42,5 %, mais seulement 25 dans les années 2010...

Par club, Arsenal et le Real ont signé leur 12e qualification sur 12 depuis la mise en place de l'actuelle formule, en 2003, le Bayern et le Barça en sont eux à 11 sur 11, et le... Bayer Leverkusen à 4 sur 4 et Monaco à 3 sur 3. Chelsea en est désormais à 11 sur 12, tandis que le PSG, lui en est à 3 sur 4. Depuis l'instauration des poules en 1991, seul le Real (et une dizaine de clubs à une ou deux participations) a réalisé un 100 % (19 sur 19), le Bayern suivant avec 94,4 %, Chelsea à 92,3, Arsenal à 88,2 et le Barça à 85. Quand on parle d'une compétition d'habitués, on est dans le vrai.

Regardons par rapport à la saison passée. Onze clubs sur 16 (68,7 %) ont renouvelé leur ticket, dont les trois espagnols, les quatre allemands (!) et les trois Anglais, en plus du PSG ! On retrouve donc non seulement les mêmes pays en huitièmes, mais également les mêmes clubs... seul l'ambitieux club parisien parvient donc pour l'instant à se faire une petite place parmi ce qu'ont doit bien finir par appeler des sociétaires... sept clubs, soit près de la moitié, ont sont à leur troisième qualification d'affilée (Real, Bayern, Arsenal, Barcelone, PSG, Schalke et Dortmund) et quatre en sont à quatre (les quatre premiers nommés). Le taux de nouveauté en est donc réduit à sa portion congrue, et ce n'est pas fini.

Messi et Ronaldo seuls au monde

Pour l'instant la moyenne de buts est quasi la même que la saison passée (2,91 contre 2,9) mais elle baissera sûrement un peu avec les matches couperets, une tendance quasi immuable dans les grandes compétitions. Tout cela restant nettement au-dessus de la moyenne depuis 1991 (2,67), sachant qu'il faut remonter à 2009-10 pour trouver une moyenne annuelle inférieure (2,56). Les trois grands pays actuels (Allemagne, Espagne et Angleterre) tournent d'ailleurs à respectivement 1,91, 2,08 et 1,191 buts par matches cette saison, la France nettement moins (14 buts en 12 matches, merci Monaco)...

Chez les buteurs, on a assisté à l'inévitable dépassement de l'historique Raul, et ses 71 buts datant pour les derniers de 2010-11, par le duo Messi-Ronaldo, dont on savait qu'il porterait le futur record à des niveaux stratosphériques. L'Argentin (27 ans) a encore un peu de temps devant lui pour améliorer son score de 75 buts (pourquoi pas les 100 ?) tandis que son compère portugais, qui fêtera ses 30 ans dans moins de deux mois, en aura peut-être un peu moins. Mais les deux hommes, qui carburent à respectivement 9,1 et 8,6 buts sur les huit dernières saisons, ne sont à mon avis pas près de voir un jour leur score être menacé. Par Neymar peut-être ? Je ne vois pas d'autre jeune joueur actuel capable de dépasser les 80 buts en carrière dans la compétition. Mais il va devoir accélérer la cadence assez vite.

Cette saison, Messi a repris la main devant Ronaldo (8 buts contre 5), ce dernier ayant signé des chiffres hallucinants sur les deux dernières saisons (12 et surtout 17 buts l'an passé) quand l'Argentin gérait tant bien que mal son avance (deux fois huit buts). Tout cela faisant évidemment rêver les joueurs français, dont le meilleur représentant se nomme pour la quatrième année consécutive Benzema (5 buts), lui qui est le deuxième buteur tricolore de l'histoire de la compétition (41 buts) derrière Henry (50), qui est donc loin d'être à l'abri. Record pour un Français en C1 ? Trezeguet avec la Juve, en 2001-02 (8 buts). Encore un score que Benzema peut battre cette année, surtout avec ce Real Madrid... Toujours est-il que les joueurs français marquent encore très peu en C1 (5,5 % du total cette année, contre 7,7 depuis 1991). C'est un peu mieux que l'an passé (4,3) mais on ne passe plus les 6 % depuis trois ans, alors que ça n'était plus arrivé depuis 1999-00... sur les 14 buts marqués par les deux clubs français, un seul a été marqué par un français, Matuidi contre le Barça (3-2).

Mais les deux phénomènes du foot mondial sont pour l'instant devancés cette saison par Luiz Adriano, le buteur brésilien du Shakhtor qui a signé 8 de ses 9 buts lors de la double confrontation de son club contre le malheureux Bate Borisov... dont un historique quintuplé à l'aller (0-7), le deuxième seulement depuis 1991 après celui de Messi contre Leverkusen en mars 2012 (7-1). Une anomalie qui ne devrait pas perdurer... attention aux autres joueurs à cinq buts (Agüero, Cavani, Mandzukic, J.Martinez). Du beau monde. A noter les deux buts des anciens, Drogba et Ibrahimovic, qui en sont à 44 et 42 buts dans la compétition, tandis que Thomas Müller, déjà 24 buts (3 cette année) en C1 à 25 ans, est déjà bien placé.

Voilà, attendons maintenant de voir ce qui attends nos deux représentants en huitièmes... notons que Paris, qui signe un meilleur parcours (13 points) que Monaco (11) termine pourtant deuxième derrière un Barça qui a du s'employer sérieusement pour devancer les Parisiens, tandis que les Monégasques, qui n'étaient pas tête de série, profitent de l'absence d'un vrai gros dans son groupe et deux hold-up contre Leverkusen pour terminer premiers... les aléas des tirages au sort. Ca s'annonce vraiment très difficile désormais pour les double champions de France, qui vont forcément devoir sortir un exploit pour atteindre les quarts de finale pour la troisième fois consécutive...

A plus tard !

lundi 17 mars 2014

Ibra-Messi, le duel

Bonjour à tous,

Ce matin, si l'on consulte le classement des buteurs mondiaux sur l'année civile, que nous offre l'excellent site Footballdatabase, on constate que les deux co leaders se nomment Lionel Messi et... Zlatan Ibrahimovic, avec 17 buts chacun, en deux mois et demi de compétition. Soit 1,7 but par semaine en moyenne ! Ils devancent l'Espagnol du Red Bull Salzburg, Jonathan Soriano (16) et un certain Cristiano Ronaldo, qui n'en est qu'"à" 14 buts. Mais il reste au Portugais un match en Ligue des Champions contre Schalke, cette semaine, pour refaire son retard, contrairement aux deux autres, déjà qualifiés. A moins qu'il ne soit ménagé, vu la ballade du match aller (6-1)... mais à l'instar de Messi et Ibrahimovic, il est rarement fatigué.

Deux gabarits opposés

En tous cas il est intéressant, je trouve, de comparer les deux hommes, tellement efficaces depuis le début de l'année, et de la saison aussi. Les différences, tout d'abord. Elles sont nombreuses, elles sautent même aux yeux au premier abord : 26 centimètres et 28 kilos les séparent. Une différence énorme, qui ne peut qu'influer sur le style de jeu et le profil technique de ces deux joueurs. Même si le Suédois n'en manque pas, l'Argentin est plus vif, plus rapide, son débit de dribble et de touches de balle est infiniment plus important. Bien sûr, pour son gabarit, qui lui offrirait une place de choix sur le flanc d'une mêlée ou sur les ailes d'une équipe de rugby, Ibrahimovic est extrêmement technique, souple, voir vif, et ne peut être qualifié de "pataud", comme souvent le sont les avant-centres dépassant les 1m90 comme Hoarau, Diabaté, Crouch, Adebayor, voire Giroud. Ces attaquants souvent très efficaces sont parfois dénigrés pour leurs manques techniques et de vitesse, dans un football de plus en plus attaché aux concept de blocs bas et de jeu de contre-attaque. Aujourd'hui, et notamment en Ligue 1, on préfère les attaquants moins efficaces mais rapides que les vrais buteurs trop statiques. Le résultat ? Il suffit de voir le taux extrêmement bas de buts par match en France...

Mais Ibrahimovic n'est pas concerné par ces critiques. Il pourrait parfaitement s'intégrer à une équipe évoluant bas, utilisant la vitesse pour contre-attaquer, parce que sa couverture de balle, sa puissance, sa technique et sa qualité de passe exceptionnelle en font un pivot hors-pair. Donnez lui un ballon en contre-attaque, et il vous sert vos ailiers comme personne, ceux-ci pouvant ainsi créer de grosses différences. Rappellons qu'Ibrahimovic est - de loin - le meilleur passeur de Ligue 1, avec 13 passes (et non 11 comme les incompétents de la Ligue lui ont accordé, puisque pour eux une passe déviée n'est pas une passe... imaginons s'ils appliquaient cette méthodes aux buts, et la flambée de csc qui s'en suivrait...). Et c'est ce qui le rapproche de Messi.

Tout le monde connaît ce dernier. Un extra-terrestre, un génie du football comme on n'en a pas connu cinq dans l'Histoire du football. Être comparé à Maradona ou à Pelé, ça vous pose un personnage, et ce sans avoir encore brillé dans une Coupe du Monde... imaginez qu'il flambe au Brésil et porte l'Argentine dans le dernier carré, et a fortiori à la victoire finale, et le doute ne sera plus permis. Aux clichés habituels du meneur de jeu-attaquant argentin classique, à savoir petit, vif et bon passeur, s'ajoutent des qualité de vitesse, de dribble, de frappe de balle, de coup d’œil, très au-dessus de la moyenne des plus grands joueurs actuels. A état de forme égale, il est largement au-dessus de Ronaldo, qui a profité des blessures de l'Argentin l'an passé pour lui chiper son Ballon d'Or. Mais la forme semble lui revenir, et bonne chance aux prochains qui devront le stopper. Pourquoi Paris avait fait illusion face au Barça l'an passé, signant deux nuls inespérés ? Parce que l'Argentin n'avait joué qu'une mi-temps et demi, sortant sur blessure à la mi-temps du match aller, et rentrant en cours de jeu du match retour. Pour quel bilan personnel ? Un but à Paris et une action décisive au retour, provoquant le but qualificatif de Pedro alors que le PSG menait au score. Le club parisien réalisait un grand match, mais n'était pas de taille à résister à Messi. Personne ne l'est. Si ce dernier avait joué les deux matches en entier, pas sur que les hommes d'Ancelotti seraient restés invaincus...

Un profil tactique proche

Alors, quels sont ces points communs qui les rapproche tant, malgré la première impression contraire ? D'abord, les stats : ce sont deux attaquants qui marquent énormément, et qui passent aussi énormément. 40 buts et 14 passes décisives en 40 matches pour le Suédois avec le PSG ; 31 buts et 12 passes en 33 matches pour l'Argentin. Des chiffres étrangement similaires, qui sont presque les standards d'aujourd'hui pour qui veut postuler pour le titre de meilleur joueur du monde, puisque Ronaldo s'en approche également, et pourtant qui ne se sont plus vus depuis les années 50-60, quand les grands joueurs se nommaient Pelé, Puskas... des buteurs-passeurs hors-pairs. Il y en a eu énormément depuis, mais aucun avec des cadences aussi énormes dans les deux domaines. Müller, Romario, Van Basten, Ronaldo ? Des buteurs, uniquement. Baggio, Platini, Cruyff ? Des joueurs immenses, mais avec des stats moindres. On ne peut que se réjouir d'assister aux règnes de joueurs aussi exceptionnels dans leurs régularités depuis des années, avec des chiffres qu'on ne pensait plus voir avec l'avènement d'un jeu de plus en plus défensif et bloqué. Mais ces joueurs savent tout faire, et peuvent débloquer n'importe quelle situation, même face à des équipes regroupées, ce qui est la norme depuis 20 ans.

C'est tactiquement, je crois, que leurs profils se rapprochent le plus, et expliquent en partie leurs chiffres sidérants. Il s'agit de deux faux avant-centres, qui sont positionnés ainsi sur les fiches de match dans les médias parce qu'il faut bien mettre quelqu'un en pointe, mais qui passent leur temps à reculer pour toucher le ballon, et déclencher souvent une action décisive au bout de laquelle ils seront parfois eux-même à la conclusion - comme hier soir sur le deuxième but parisien contre Saint-Étienne - ou un autre joueur. Evidemment, ce ne sera pas de la même manière : le Suédois s'illustrera par une passe décisive ou une accélération sur quelques mètres, alors que l'Argentin utilisera sa vitesse et sa science du dribble pour déstabiliser la défense. Mais qui profite de ce travail, à part eux-mêmes dans la moitié des cas ? Le Barça et le PSG se ressemblent notamment sur ça, leurs ailiers sont de faux ailiers et souvent de vrais buteurs, surtout côté catalan, où Sanchez et Pedro sont très efficaces devant le but, comme Cavani côté parisien. Quand l'avant-centre recule - car on voit rarement Messi attendre le ballon dans la surface, un peu plus Ibrahimovic - les ailiers plongent soit sur le côté pour recevoir sa passe, soit dans l'axe pour compenser l'absence de la pointe et recevoir l'offrande, pour marquer. On le sait, les ailiers à l'ancienne tendent à disparaitre vu la difficulté de s'exprimer face aux doubles rideaux instaurés dans les couloirs aujourd'hui - c'est d'ailleurs pour ça que les avant-centres aiment reculer pour toucher le ballon, vu l'embouteillage dans l'axe. Même un Lucas, à la base, est plutôt axial, et n'hésite jamais à se présenter dans la surface pour tenter sa chance, mais lui manque d'efficacité devant le but. Dommage, parce qu'avec ses 13 passes décisives en 23 titularisations toutes compétitions confondues, il est loin d'effectuer une mauvaise saison.

C'est ce qui les différencie de Ronaldo, qui lui, tactiquement, est plutôt à placer parmi les "ailiers-forts", comme on dit au Basket, c'est-à-dire des ailiers qui perforent et qui marquent, au lieu de déborder et centrer. Paradoxalement, alors qu'il devrait être plus passeur que buteur, vue sa position excentrée sur le terrain, il marque plus cette saison (39 buts en 36 matches avec le Real) qu'il ne passe (13 passes), comparé à ses deux concurrents dont les chiffres sont plus équilibrés. Les clichés sur le Portugais qui ne donne pas sa balle et préfère marquer ont encore de beaux jours devant eux. Il n'en reste pas moins que lui aussi est un phénomène, et que son duel égo-sportif avec Messi restera dans les annales, aux côtés de ceux entre Senna et Prost ou entre Federer et Nadal. Et ça nous manquera, si, comme on peut le craindre, on peine à retrouver des joueurs aussi forts quand ils auront raccroché les crampons. Parce qu'ils ont mis la barre très, très haut.

A plus tard !

mardi 14 janvier 2014

Salut les frustrés

Salut à tous,

Je ne vais pas redire ce que j'ai déjà dit il y a un an à la même époque, ici, mais une nouvelle fois le vote du Ballon d'Or a débouché sur un véritable scandale. Ribéry aurait du avoir le Ballon d'Or les mains dans les poches, limite en s'arrêtant de jouer en juin dernier : son palmarès - et celui de ses coéquipiers - aurait du lui suffire. Avant la récupération du trophée par la FIFA, maison des combines à gogo depuis des décennies, avant le recul du critère de la performance collective au profit de celui de la performance individuelle, avant l'ajout du vote des joueurs et des sélectionneurs, tout le monde avait sa chance. Il ne s'agissait pas d'élire le meilleur joueur du monde - même si ça tombait souvent sur lui, logiquement - mais le meilleur joueur sur l'année civile, celui qui avait à la fois le plus gagné de trophées avec ses équipes et le plus brillé individuellement. Un combo parfait qui symbolise ce qu'est et doit être le foot, peut-être plus que les autres sports co, où le collectif est encore plus important : un amalgame de talents individuels.

Ballon d'Or virtuel

A une époque, on est même allé un peu à l'excès dans ce domaine, en élisant forcément le meilleur joueur du vainqueur de la Coupe du Monde ou de l'Euro disputé dans l'année. Cannavaro, par exemple. Mais en même temps, ça signifiait pouvoir récompenser des défenseurs et un gardien, Yachine, ce qui est arrivé très rarement. Maintenant c'est fini, ça n'arrivera plus, c'est une certitude. La Ballon d'Or est devenu un succédané du défunt Soulier d'Or, un concours de buts, une sorte de cirque où celui qui réussira le meilleur numéro emportera la mise. J'ajoute la dimension 2.0 du phénomène : hier, certains experts évoquaient le nombre d'amis sur Facebook des trois candidats pour expliquer pourquoi Ribéry a fini troisième. Aujourd'hui c'est plus un concours de popularité, une élection Tweeter, qu'un véritable scrutin technique. A ce jeu là, Ribéry, moins glamour que Ronaldo en slip, moins médiatisé en tant que joueur d'un championnat moins suivi - à tort - que la Liga, ne pouvait pas gagner. Et ça va durer encore quelques années, le temps que Ronaldo passe les trente ans - l'an prochain - et que Messi confirme que son éclosion très précoce et les traitements qu'il a subit pour sortir du nanisme lors de son adolescence lui coûtera prématurément sa santé. Mais Ribéry a déjà 30 ans, lui. Et ceux qui affirment qu'il n'a qu'à gagner la Coupe du Monde pour les devancer en 2014 se trompent : on a la preuve désormais que gagner tous les trophées ne garantie rien. Et demandez aux Espagnols, jamais récompensés ces dernières années, si gagner des Mondiaux ou des Euros apportent automatiquement le Ballon d'Or...

L’Équipe type des déçus

Bref, Ribéry rejoint la grande famille des frustrés du Ballon d'Or, qui sont forcément nombreux. Des joueurs comme Henry, Beckham ou Raul, voire Maldini, des joueurs immenses, sans parler de ceux dont la non appartenance à l'Europe a privé d'élection, comme Maradona et Pelé, n'ont jamais pu inscrire leurs noms à un palmarès qui n'aurait pas dépareillé pour autant, vu le relatif anonymat de certains vainqueurs (Sivori, Belanov, Simonsen...). J'ai voulu donc constituer une équipe de ceux qui n'ont jamais eu le Ballon d'Or. Autant vous dire qu'au niveau gardiens et défenseurs, il y aura le choix. Pour les attaquants, en revanche... mais il y en a, on l'a vu.

Au poste de gardien, qui derrière le seul lauréat, Lev Yachine, unanimement reconnu comme le meilleur gardien de tous les temps même si personne, aujourd'hui, l'a vraiment vu jouer ? Pas évident, tellement il est difficile de juger les gardiens, et tant le niveau semble homogène. je veux dire, on peut compter les buts, les passes décisives, mais les arrêts, contrairement au hand, on ne les compte pas. Et pour cause, autant au hand les arrêts sont toujours difficiles et décisifs, autant c'est moins le cas au foot, ou tu peux aller du tir écrasé au duel en un-contre-un. On peut citer Buffon, pour son palmarès et sa durée, Dino Zoff aussi. Je dirais Buffon, quand même. Les défenseurs à présent.

Au poste de latéral droit, personne n'a jamais été sacré, ni à gauche d'ailleurs, seul cas de l'histoire, avec les milieux défensifs (si on excepte les Allemands Matthaus ou Sammer, qui jouaient plus haut ou plus bas à ce moment là). Latéral, c'est le poste que aucun jeune joueur ne veut occuper, jusqu'à ce qu'un entraîneur décide de les y placer parce qu'il en faut bien un. C'est toujours soit des défenseurs centraux déplacés (Thuram, Stam...) ou des ailiers reculés (Lizarazu). Du coup, les candidats sont rares. A droite, je vais voter Cafu, l'immense latéral droit brésilien qui a quand même disputé trois finales mondiales consécutives (94,
98, 2002) et remporté deux fois la Coupe du Monde, et joué jusqu'à 38 ans. A gauche, qui d'autre que Roberto Carlos ? Encore un Brésilien vous me direz. Oui, et ce n'est pas fini. Je vous rappelle que depuis l'internationalisation du Ballon d'Or, en 95, et avant l'OPA du duo Messi-Ronaldo qui commence à gonfler tout le monde, en 2008, les Brésiliens avaient remporté 5 trophées sur 13, performance que seul les Allemands des années 70 ont égalé (5 Ballons d'or entre 1970 et 1981). Ce n'est pas moi qui ait inventé le fait que le Brésil est le plus grand fournisseur en grands joueurs de l'Histoire du foot. Et puis Roberto Carlos a été dauphin de son compatriote Ronaldo en 2002.

Dans l'axe, je mettrais évidemment Maldini, puisque je l'ai pas mis à gauche, que sa présence dans cette équipe était obligatoire, et qu'il fut un immense central aussi. Qui avec lui ? Thuram ? Oui j'y ai pensé, mais il a vraiment brillé au niveau international au poste de latéral droit. Après, les meilleurs ont été sacrés, notamment Beckenbauer, l'inventeur du défenseur moderne. Qui alors ? Allez, je vais dire un autre Italien, Franco Baresi, presqu'oublié aujourd'hui mais qui fut dauphin de son compère Van Basten en 1989, et dont le palmarès avec Milan dépasse l'entendement.

Les milieux à présent. Je vais faire un 4-3-3, comme ça y en aura pour tout le monde, des défensifs, des offensifs... Tâche très très difficile. Aussi incroyable que ça puisse paraître, Deschamps n'a jamais été sur un podium. Pourtant, quel palmarès... allez, je le mets en 6. Ensuite, je dirais Xavi, qui aurait du avoir au moins le Ballon d'Or l'an passé pour son Euro parfait. Impossible de ne pas le mettre. Enfin, pour le troisième... allez, je vais tenter Beckham. Il est décrié pour son image publique qui a troublé son image sportive, mais il a été un joueur immense. Et les milieux offensifs jamais titrés ne sont pas nombreux. Schuster, Lampard ? Soyons sérieux. J'ai pensé à Giresse mais le fait qu'il n'ait jamais quitté la France me pose un problème. Allons-y pour Beckham. Pas mal comme milieu quand même non ?

En attaque, ça va être rapide. Étant entendu que Pelé et Maradona sont indiscutables, je mettrais Henry en troisième. Deuxième en 2003, troisième en 2006, mais aussi quatrième en 2001 et 2004, et même neuvième en 2002, sale année pour la France... c'est un des joueurs les plus réguliers de l'Histoire du trophée, si ce n'est le plus régulier. Difficile de dire quelle année il aurait pu l'emporter mais, comme Maldini, il a toujours été dans le coup pour le podium, sans jamais réussir à devenir incontournable pour l'avoir.

Voilà, n'hésitez pas à donner votre avis sur mon équipe ! Vous ne serez forcément pas d'accord avec, alors j'attends vos idées !

A plus tard.

dimanche 5 janvier 2014

Les buteurs en 2013

Salut à tous,

Souvenez vous, il y a un an je publiais un article à propos des meilleurs buteurs en 2012. Rééditons l'expérience pour 2013, en comparant avec l'année précédente et en détaillant par pays.

Ronaldo dépasse Messi

Voici le classement 2013 :



D'abord, notons le coup de force de Ronaldo, qui a su profiter de la saison "pourrie" de son grand rival Messi, plusieurs fois blessé, pour remporter la mise, puisque par rapport à l'an passé il n'a marqué "que" six buts de plus. Messi, lui, a deux fois moins marqué (47 contre 91), mais aussi moins joué (47 matches contre 69 en 2012). Mais sa moyenne a clairement baissé, même si elle reste exceptionnelle sur une année civile (1 par match contre 1,32 l'an passé). Ronaldo (68 buts en 59 matches) le dépasse à la moyenne en 2013 (1,15). Des temps de passage qu'on n'avait plus vu depuis les années 50 ou 60, avec Pelé, Puskas ou G.Müller.

Le scoop, c'est que non seulement Messi doit laisser sa première place à son ennemi juré, mais il doit aussi laisser la deuxième à Ibrahimovic, et que si Luis Suarez (Liverpool) avait joué la Coupe d'Europe cette saison, l'Argentin aurait même pu terminer quatrième ! Le Suédois du PSG qui confirme sa très grande forme, à 32 ans, après avoir marqué 50 fois l'an passé et terminé troisième avec ce total. Et il ne marque pas qu'en Ligue 1, puisqu'il est le deuxième buteur de C1 cette saison (8 buts), et qu'il marque beaucoup avec la Suède (9 buts en 2013). L'Uruguayen, lui, est récompensé de son exceptionnelle deuxième partie d'année, digne de Messi et Ronaldo (24 buts en 23 matches). Quant au cinquième, Cavani, il confirme surtout que le PSG est entré dans une autre ère, en plaçant deux de ses joueurs dans les cinq premiers, ce qui n'a pas du arriver souvent à la Ligue 1 depuis 20 ans !

Grâce à ce classement, on a aussi des nouvelles d'Asamoah Gyan, qu'on avait perdu de vue depuis son passage à Rennes (2008/10), et qui empile les buts depuis un an et demi pour Al Ain, aux Émirats Arabes Unis (68 buts en 52 matches), tout en continuant de briller avec le Ghana (11 buts en 2013). Pour le reste, que des têtes connues, hormis Soriano, qui évolue aux Red Bulls Salzburg. Quant à Saucedo, c'est une récidive puisque le buteur bolivien de San José Oruro (34 ans), qui s'est révélé très tard, figurait à la sixième place en 2012, avec 44 buts... Yilmaz Burak montre également une belle régularité, on attends de le voir enfin dans un grand championnat pour se faire une idée de ses qualités réelles.

D'ailleurs, on notera que six joueurs sont douze ont renouvelé leur abonnement dans ce classement. Et ceux qui en sont sortis sont parfois des cadors, à l'image de Falcao, van Persie et Huntelaar... mais ils n'étaient pas très loin d'y être cette année, ils reviendront sûrement. En tous cas, comme l'an passé, il n'y a ni Brésilien, ni Anglais, ni Allemand, ni Italien... pourtant des pays qui sont historiquement riches en grands buteurs. Pas de Français non plus, mais ça c'est plus logique, les grands buteurs prolifiques ce n'est pas forcément notre culture, à quelques exceptions près. En revanche, les Espagnols, absents l'an passé, effectuent un retour en force, avec trois représentants. Le Brésil aurait pu leur en chiper un, mais Diego Costa a fait son choix...

Thauvin, c'est l'avenir

Regardons les Français, à présent.



A noter que désormais, le site sur lequel je me base, l'excellent footballdatabase.eu, compte les statistiques en matches juniors, -20 ans et Espoirs, ce qui permet à Florian Thauvin, qui a marqué trois buts lors de la Coupe du Monde des -20 ans et six buts avec les Espoirs, de rafler la mise. Il est d'ors et déjà candidat à sa succession en 2014... Il devance un joueur qui, s'il n'était pas passé avec beaucoup de difficultés du National à la Ligue 2 avec le CA Bastia (seulement 3 buts cette saison), aurait pu figurer dans le classement mondial, Romain Pastorelli, 26 buts l'an passé à l'échelon 3. On notera la profusion de buteurs des divisions inférieures, en plus de Julien Jahier, qui plante au Luxembourg, et de Aidara (Estonie)... il y a quand même des têtes connues, comme Benzema, Ribéry, Giroud ou Griezmann, troisième buteur de Liga cette saison. 24 buts pour le Madrilène, c'est quand même très moyen, lui qui avait marqué 30 fois l'an passé. On le voit en tous cas, les buteurs français sont loin des meilleurs mondiaux, puisqu'il manquait 8 buts à Thauvin pour figurer dans le classement général ! Niveau renouvellement, Gomis, deuxième l'an passé (28) disparait du classement, comme Perbet ou Gouffran. Seulement quatre joueurs présents cette saison l'étaient déjà l'an passé, c'est dire si personne n'est vraiment régulier depuis plusieurs années...

Les Anglais et les Italiens en crise, l'Argentine jubile

Passons aux Allemands à présent.



Eux aussi traversent une mini crise au niveau des buteurs, eux qui sont un peu trop dépendants de Miroslav Klose, qui n'est pas là, et de Mario Gomez, d'abord remplaçant au Bayern puis blessé avec la Fiorentina... mais qui est quand même cinquième. L'excellent Thomas Müller doit donc faire le travail, devant celui dont le PSG devra se méfier dans deux mois, Stefan Kiessling. Il y a quand même du beau monde, avec des milieux offensifs de grande qualité comme Reus, Götze ou Schürrle. Notons le faible nombre de joueurs évoluant à l'étranger... un phénomène qui explique aussi la grande qualité de ce championnat.

Les Anglais, à présent.



Là aussi, la crise est sévère. Hormis le pauvre Wayne Rooney, qui ne peut pas tout faire, et Sturridge, seuls représentants de la Premier League, qui connait les autres noms présents dans cette liste ? Neuf joueurs qui évoluent en Conférence, sans parler de ceux qui jouent en Écosse ou aux Pays-Bas... résultat symptomatique, dans un championnat où les règles au niveau des étrangers sont pourtant plus sévères qu'ailleurs pour obtenir un permis de travail, mais où un quart seulement des joueurs sont Anglais, et pas dans les meilleurs clubs ni aux postes clés. La sélection anglaise reste compétitive, mais à certains postes, notamment celui de buteur, les meilleurs ne sont jamais titulaires dans les meilleurs clubs anglais. Ou est Danny Welbeck, titulaire en sélection ? Sur le banc à ManU. Où sont les Shearer, Andy Cole, Darren Bent ? Si les Anglais n'arrivent pas à rivaliser avec les tous meilleurs en sélection, c'est qu'il doit y avoir une raison... sans grand buteur, c'est compliqué. Ils pourraient aller jouer ailleurs, comme les Espagnols ou les Sud-Américains... mais ils préfèrent toucher de très gros salaires en restant sur le banc plutôt que de quitter leur île...

Passons à tout autre chose, l'Argentine.



C'est l'exact opposé de l'Angleterre. Pourquoi les Argentins ont de grands buteurs ? Parce c'est une tradition, mais aussi parce qu'ils partent en Europe marquer des buts et progresser. Messi, Agüero, Palacio ou Higuain offrent une palette aussi vaste que variée de buteurs aux sélectionneurs argentins, qui ne sait que choisir. Notons, pour être honnêtes, qu'une majorité des joueurs présents dans cette liste n'évoluent pas en Europe. Ils sont également dispatchés en Équateur, au Chili, en Chine, dans le Golfe... aucun d'entre eux n'évoluent ou ont évolué cette année en Argentine, dont le championnat est à la fois une rampe de lancement pour les jeunes locaux et une piste d'atterrissage pour les anciens.

Même phénomène pour les Brésiliens.


La différence avec les Argentins, hormis les deux locaux, dont un en Serie B brésilienne, c'est d'abord que les buteurs brésiliens marquent un peu moins, mais surtout qu'ils évoluent dans des championnats très quelconques ! Hormis Charles, qui est monté cette année en Liga avec le Celta Vigo, absolument aucun des meilleurs buteurs brésiliens n'évoluent dans un bon championnat européen ou même sud-américain, si ce n'est le dénommé Ederson, meilleur buteur du championnat brésilien ! L'Autriche, la Chine, les Émirats, le Portugal, le Japon... ça doit faire rêver le sélectionneur brésilien. Oui, y a bien Neymar, absent de ce classement parce qu'il ne marque pas encore assez avec le Barça... mais il n'est pas avant-centre. Le buteur du Brésil à la Coupe des Confédérations se nommait Fred, et il est blessé depuis cet automne. Qui sera le titulaire au Mondial ? Diego Costa aurait été parfait, mais il a étrangement choisi l'Espagne... la course est lancée. Mais c'est LE point faible du pays qui a quand même produit Romario et Ronaldo...

L'Espagne à présent.



Aussi bon soit-il, Diego Costa a peut-être fait une boulette en se mettant le Brésil à dos, parce que son pays d'adoption peut, lui, compter sur une palanquée de grands buteurs, ce qui n'a pas forcément été le cas dans le passé, même récent. La concurrence est sévère. L'Espagne ne pouvait compter que sur Torres et Villa il y a peu ? Elle a désormais à sa disposition Negredo, Soldado, Morata (dont les stats, comme Thauvin, sont gonflées par ses chiffres en -20 ans et en Espoirs, comme Jesé), sans parler donc de Costa, en plus de Pedro ou Fabregas. Notons que si la grande majorité joue en Espagne, trois des meilleurs buteurs espagnols évoluent en Angleterre, un phénomène dont pourraient s'inspirer les buteurs anglais, qui pourraient faire le chemin inverse pour se faire remarquer et briller au plus haut niveau...

Passons à l'Italie.


Là aussi, la crise est aussi étonnante que sévère. Où sont donc passés les grands buteurs italiens, les chasseurs de buts qui marquent 35 buts par saison, les Inzaghi, Vieri, etc ? Graziano Pellé brille aux Pays-Bas, la belle affaire. Balotelli est là, heureusement, mais ce n'est pas une pointe. Les autres évoluent en Série B ou ne marquent pas suffisamment... Ironie du sort, Marco Di Vaio, un des derniers représentants de cette caste de buteurs italiens, brille aux Etats-Unis, à 37 ans... là encore, il y a une place à prendre aux côtés de Balotelli. Même Di Natale commence enfin à faire son âge.

Voilà, sur ce je vous laisse, à plus tard !

mardi 8 janvier 2013

Ballon troué

Salut à tous,

Ça y est, on connait donc le nom du "nouveau" Ballon d'Or, Lionel Messi. Quelle surprise ! Ah ça, du suspense comme ça, on n'en a pas eu depuis le match truqué entre l'Autriche et la RFA, en 1982. J'imagine le calvaire de Ronaldo et Iniesta, se rendant par obligations à la cérémonie avec la certitude totale d'être déçu, de repartir bredouille, après celle d'être filmé pile au moment ou Messi était nommé Ballon d'Or... en même temps, ils ont eu le temps de se préparer, c'est pas comme aux Césars... les avantages et les inconvénients de l'absence de suspense.

Platini et Cruyff ont-ils été spoliés ?

Pour ma part, je suis extrêmement déçu, pour ne pas dire plus, que France Football ait cédé "son" trophée à la FIFA, un trophée mythique qui a récompensé les meilleurs joueurs européens de l'Histoire, mais aussi quelques joueurs inattendus mais qui auront su se distinguer autant par leurs performances que par leur palmarès sur l'année (Owen, Cannavaro, Belanov, Nedved...). Ce trophée appartenait à tout le monde, suffisait de savoir
briller dans un collectif. Bon, si vous étiez un défenseur ou un gardien, vos chances se réduisaient à quasiment zéro, mais ça ne me choque qu'à moitié : le foot, ce sont les buts, pas leur annihilation. Hormis Cannavaro, un stoppeur exclusif et presque caricatural, les deux autres défenseurs récompensés, les Allemands Beckenbauer et Sammer, étaient d'ailleurs d'anciens milieux, à la relance soignée et à la participation au jeu des plus actives, voire souvent décisive.

Lionel Messi a gagné quatre Ballons d'Or d'affilée, une sacrée perf, mais je suis à peu près sûr que si les nouveaux critères et modes de scrutins avaient toujours été appliqués, d'autres auraient pu gagner ce trophée plus de trois fois, l'ancien record, jusque là détenu par Cruyff, Platini et Van Basten. Les deux premiers nommés, notamment, sont dans ce cas. Le Néerlandais s'est vu devancer, durant sa carrière (64-84), par des joueurs comme Beckenbauer, mais surtout par Blokhine, Simonsen, Keegan... de bons joueurs, mais qui ne sont rien comparés à l'immense Batave. Simplement, sur une année, ils ont fait mieux que lui, que ce soit individuellement mais surtout en équipe : ils étaient les meilleurs joueurs de la meilleure équipe de l'année, tout simplement. Le palmarès, unique critère vraiment objectif qui soit. Il n'y a rien de choquant à admettre que le football reste avant tout un sport collectif, et ces joueurs, si doués soient-ils, restaient dépendants de la qualité de leurs équipes. Pour Platini, qui en a gagné trois d'affilée (83, 84, 85), c'est un peu différent : avant, il était un bon joueur de Nancy puis Saint-Étienne, qui ne faisait plus rien sur le plan européen, et après... il était moins performant, tout simplement. On oublie souvent que le président de l'UEFA a eu une carrière très courte, surtout pour un joueur de cet acabit (72-87, de 17 à 32 ans).

Mais quid de Zidane, par exemple ? Le Français n'en a gagné qu'un seul, une misère, autant que Papin et Kopa, sur une carrière qui a duré 18 ans, dont une bonne moitié (96-06) passée dans les meilleurs clubs du monde, à tout gagner avec ces derniers, comme avec les Bleus. Comment est-ce possible ? Déjà, l'arrivée dans les joueurs éligibles des non-européens a élargi la concurrence : Maradona ou Pelé ont été privé de récompenses qui leur auraient pendu aux nez. Ainsi, durant la grande période de Zidane, les Brésiliens Ronaldo (2), Rivaldo et Ronaldinho lui en ont "piqué" quatre. Y a eu aussi le cas Figo, qui fut élu l'année (2000) ou le Marseillais le méritait peut-être le plus, lui qui avait été immense pendant l'Euro, beaucoup plus que durant la Coupe du Monde 98, durant laquelle il ne fut bon qu'en finale. Mais il avait fait un mauvais geste lors d'un match de Ligue des Champions peu avant le vote, ce qui lui avait sans doute coûté le trophée... l'effet inverse que pour Van Basten, en 1992, qui avait subtilisé le Ballon d'Or à l'ultra favori Stoichkov à la faveur d'un quadruplé contre Göteborg en Ligue des Champions, avant la remise du trophée !

Moins de critères, moins de crédibilité

C'est aussi en cela que la différence est réelle entre l'ancien mode de scrutin et l'actuel, exclusivement tourné vers la performance individuelle. Avant, les critères étaient plusieurs : performance individuelle, bien sûr, mais aussi collective, avec l'importance cruciale du palmarès, peut-être à l'excès, comme pour Cannavaro (mais qui se détachait, en 2006 ?) et l'attitude générale, entre autres. En cela, on voyait aussi l'influence des journalistes, qui élisaient exclusivement le Ballon d'Or. Ces derniers aiment les histoires, les à-côté, on le voit à leur manie depuis plusieurs saisons de plus juger les joueurs sur leurs attitudes, voire leurs looks ou leur propension ou non à sourire, que sur ce en quoi ils sont vraiment célèbres et célébrés : footballeur, et non miss France ou ministre. Que les joueurs et les sélectionneurs
soient associés au vote n'est pas une mauvaise chose, au contraire, c'est quand même eux qui font le jeu. Mais l'abandon quasi total du critère objectif du palmarès, pour un trophée qui était déjà un peu critiqué sur le fait que ressortir un joueur d'un sport collectif était un contre-sens, c'est vraiment dommage. C'est ce qui a fait perdre, à mes yeux du moins, sa véritable crédibilité à ce trophée que je vénérais, jusque là. Je regardais ce que chaque journaliste, un par pays, avait voté, faisant des statistiques géographiques, avec des différences notables d'ailleurs. Et le suspense était rarement absent, même quand d'immenses joueurs se détachaient.

Et l'Espagne alors ?

Ne vous méprenez pas, je serais fou d'affirmer que Messi n'est pas le meilleur joueur du monde, il l'est. Mais qu'Iniesta ou Sergio Ramos, champions d'Europe à nouveau cette année, n'aient pas eu le Ballon d'Or, n'aurait rien changé à ce fait. Quand on y pense, c'est quand même dur, voire scandaleux, pour l'Espagne, peut-être la meilleure équipe nationale européenne de l'Histoire du football, qui n'a pas eu un Ballon d'Or ! Elle n'en a d'ailleurs eu que trois, tous à l'époque où le Real Madrid gagnait tout (Di Stefano, 57 et 59, puis Luis Suarez, Barcelone, en 1960), et qui, déjà, n'avait pas été récompensée d'un Ballon d'Or lorsqu'elle avait gagné l'Euro en 1964, puisque son meilleur joueur, Suarez encore, avait été devancé par l’Écossais de Manchester United, Denis Law... qui n'avait pourtant gagné cette année là. Comme quoi, déjà à l'époque... L'Espagne est maudite, mais en même temps, tant qu'elle gagne des titres collectifs... c'est finalement assez symbolique de son état d'esprit profond, l'équipe avant les individualités.

C'est dommage parce que j'aurais bien voulu savoir combien de Ballons d'Or Messi aurait remporté avec l'ancien mode de scrutin, sous lequel il était si difficile d'être élu, et qui obligeait non seulement à être le meilleur, mais aussi à évoluer dans la meilleure équipe, celle qui a le plus gagné. Histoire de voir à quel niveau il se situe par rapport à Cruyff ou Platini... là il en a quatre, mais j'ai le sentiment, tenace, qu'il les a gagné trop facilement. Si n'étaient ses 91 buts en 2012, ce qui est faramineux, Messi n'a gagné que la Coupe du Roi cette année, je le répète ! J'aurais pour ma part voté pour Sergio Ramos, hallucinant d'aisance à l'Euro et champion d'Espagne avec le Real. Mais on ne m'a pas demandé mon avis, dommage !

Je vous laisse, à plus tard !