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samedi 28 avril 2012

Avant Quevilly...

Salut à tous,

Au milieu de cette 34e journée une nouvelle fois tronquée, et qui pourrait bien voir Montpellier acquérir un avantage sans doute définitif sur le PSG après sa victoire à Toulouse (0-1), et avant le déplacement très difficile du club parisien à Lille, demain soir, Lyon va devoir affronter le plus grand défi de sa saison : battre Quevilly lors de la finale de la Coupe de France, ce soir à Saint-Denis.

Pas simple pour Lyon ?

Oui, c'est bien un match très compliqué qui s'annonce pour le club lyonnais, qui avait, selon moi, sans doute une tâche plus aisée contre l'APOEL Nicosie, en Ligue des Champions, ou contre Marseille en finale de la Coupe de la Ligue. Leurs cousins olympiens restaient sur douze matches sans victoires (et en ont ajouté trois de plus depuis leur victoire au Stade de France...) et devaient être un adversaire plus prévisible pour les Lyonnais que les amateurs normands, moins surprenant.

Surtout, les clubs provenant de divisions inférieurs, et parvenant en finale, phénomène assez fréquent en France, ce qui rend discutable le qualificatif de "surprise" dans ce domaine, ne se font jamais écharper  contre l'ogre à qui ils ont disputé la Coupe. Même les plus petits clubs, comme les Calaisiens, qui évoluaient un cran plus bas que Quevilly lorsqu'ils s'inclinèrent sur un penalty litigieux contre Nantes, en 2000 (2-1), après avoir ouvert le score, ont fait nettement mieux que résister. Voyons un peu comment se sont déroulé ces duels nettement déséquilibrés, sur le papier, et qui ont toujours vu le gros en baver... voire s'incliner. On va aussi s'intéresser à la suite des évènements pour ces équipes qui ont souvent payé chèrement leurs exploits.

Guingamp seule exception

En 2009, la dernière fois que deux clubs de Ligue 1 ne s'affrontaient pas en finale, Guingamp, 13e de Ligue 2, avait remporté le derby breton contre Rennes, un spécialiste des défaites contre des représentants des divisions inférieures, sur un doublé de l'actuel attaquant brésilien d'Ajaccio, Eduardo, et ce après avoir concédé l'ouverture du score de Bocanegra, à un peu plus de 20 minutes de la fin (2-1). Dans cette équipe, il y avait un certain Bakaray Koné, qui pourrait jouer ce soir avec Lyon. Trois mois plus tard, Guingamp se faisait atomiser deux fois par Hambourg lors du tour préliminaire de la Ligue Europe (1-5, 3-1) et descendaient en National à la fin de la saison. Ils sont actuellement bien au chaud au milieu du tableau de la Ligue 2 (12e).

En 2005, c'était Sedan, également pensionnaire de Ligue 2 (6e) qui défiait un spécialiste de la compétition, le Auxerre d'un Guy Roux qui s'apprêtait à passer la main. Benjani avait ouvert le score, mais le sous-côté Stéphane Noro égalisait sur une de ses spéciales, une frappe lointaine de 30 mètres en lucarne, à 25 minutes de la fin. Il fallut donc que Guy Roux fasse entrer Bonaventure Kalou, qui venait de jouer avec sa sélection la veille en Libye, pour débloquer la situation durant les arrêts de jeu (2-1). Après être monté en Ligue 1 l'année suivante, Sedan redescendait de suite, pour ne plus quitter la Ligue 2, jouant régulièrement la montée, en vain (4e en 2008, 5e l'année dernière et cette année).

L'année précédente, c'était le PSG, recordman des victoires dans la compétition depuis 30 ans (8 succès) et dauphin de Lyon en championnat que défiait Châteauroux, autre pensionnaire de Ligue 2 (11e). Là encore, le succès du club parisien fut très serré : le seul but de la tête de Pauleta, sur un corner de Fiorèse à la 65e minute, fut suffisant pour dominer les partenaires de Teddy Bertin, Jimmy Algérino ou Sébastien Roudet.  Qualifié malgré tout pour le tour préliminaire de la Coupe UEFA, les Berrichons n'allaient pas faire le poids contre Bruges (1-2, 4-0). Depuis sa 5e place en 2005, Châteauroux navigue entre la 7e et la 16e place en Ligue 2.

En 2001, Strasbourg, dernier de Ligue 1, et Amiens, deuxième de National, et qui allaient donc se retrouver l'année suivante en Ligue 2, livraient une des pires finales de l'histoire de la compétition, après deux heures sans but et une victoire aux tirs aux buts des Alsaciens (5-4). L'année suivante, Strasbourg remontait (2e), après avoir été dominé de peu par les Belges du Standard en Coupe UEFA (2-0, 2-2), et les Picards terminaient 12e. Aujourd'hui, le Racing évolue en CFA2 (2e derrière la deuxième réserve d'Auxerre), et Amiens a officialisé hier sa redescende en National, un an après sa remontée, après une large défaite à Nantes (5-0).

On a déjà évoqué l'épopée de Calais, qui lui évoluait au 4e rang national au moment d'affronter Nantes, qui allaient remporter le titre de champion l'année suivante. Sixième du groupe B de CFA cette saison là, les Nordistes allaient ensuite monter en National en 2001, ne remporter que 19 points et donc descendre en CFA, puis en CFA 2. Revenus en CFA en 2003, ils sont actuellement en CFA 2. Aucun des héros de l'époque n'a vraiment eu sa chance à un niveau supérieur, et son charismatique entraîneur, Ladislas Lozano, n'a pas réussi à percer dans le monde professionnel, après des passages au Wydad Casablanca, à Créteil, Reims - qu'il fit remonter en Ligue 2 en 2004, devant Brest et Dijon ! - ou au Qatar.

Nîmes, le précurseur

Enfin, évoquons l'épisode de Nîmes, en 1996. Pensionnaire du National (16e, et relégué !), avec dans ses rangs le futur Auxerrois et actuel Montpelliérain Cyril Jeunechamp, le vieux Christian Pérez et le futur attaquant de Rostock et Fribourg, Abder Ramdane, le club gardois ouvrait le score par belbey, servit par Ramdane à la 28e (0-1). Auxerre allait buter pendant 25 minutes sur la défense nîmoise avant que Laurent Blanc ne profite d'un cafouillage sur corner pour égaliser (1-1). A deux minutes de la fin, Laslandes crucifiait Philippe Sence, ancien gardien remplaçant de Bordeaux (2-1). Auxerre étant champion, Nîmes, qui évoluait au 4e échelon, allait disputer le premier tour de la défunte Coupe des Coupes, passer un tour contre le Honved Budapest (3-1, 2-1) avant de s'incliner au tour suivant contre les Suédois de Solna, malgré une victoire au match retour (3-1, 0-1) ! Aujourd'hui, Nîmes, après plusieurs allers et retours entre la Ligue 2 et le National, est en passe de remonter en Ligue 2, après sa descente de l'été dernier...

Voilà, on le voit, depuis vingt ans, les apparitions des clubs de niveau inférieurs sont relativement fréquentes, et jamais ridicules, puisqu'ils ne se sont jamais inclinés de plus d'un but d'écart, quand ils ont perdu (1 succès et un nul, également). Et je ne compte pas le succès de Gueugnon contre le PSG en 2000, en finale de la Coupe de la Ligue (2-0)...

Du coup, je pense qu'on peut être optimistes pour Quevilly, qui, s'il respectait la tradition, devrait embêter les Lyonnais jusqu'au bout. On l'espère en tous cas, pour le suspense !

A plus tard !

jeudi 22 mars 2012

Les gros et les petits

Salut à tous,

Ah le charme de la Coupe... ceux qui aiment ça sont gâtés cette année. Et notamment cette semaine, avec les qualifications de Quevilly puis du Gazelec d'Ajaccio face à deux gros morceaux du championnat. L'autre surprise étant la victoire plutôt heureuse de Lyon à Paris (1-3), qui n'en finit plus d'encaisser des buts. Pour un entraîneur défensif, il en prend pas mal, Ancelotti, faut l'avouer. En tous cas, pour la première fois depuis 2002, le PSG ne disputera pas de finale de Coupe nationale lors d'une année paire. Pour Lyon, le retour à une tactique beaucoup plus minimaliste, un peu étriquée mais diablement plus efficace, semble payer. Comme quoi, Puel n'avait pas faux sur tout... à moins que son éviction ne soit due à d'autres critères...

En attendant, on va donc avoir des demi-finales à la fois très déséquilibrée - sur le papier - et très excitantes. Mais évidemment, Rennes, très irrégulier mais aussi très solide à l'extérieur, à l'image de sa victoire à Valenciennes ce soir (1-3), ne peut évidemment pas se permettre de négliger cette équipe d'Ajaccio, qui a battu à la régulière des Montpelliérains qui ont manifestement besoin de souffler. C'est toujours comme ça : comme le fait qu'on soit toujours le con de quelqu'un, on est aussi toujours le petit de quelqu'un. Au Parc des Princes, le mois dernier, Montpellier était le "petit", et Paris le gros. Et l'histoire de David a bien failli fonctionner. A Ajaccio en revanche, les rôles étaient inversés : les Héraultais étaient les gros à abattre, et le Gazelec le "petit" qui n'a rien à perdre. Et c'est évidemment dans ces cas-là - et notamment en France - que ce genre d'exploits surviennent. Mais c'est pas facile de passer du statut de petit club qui fait la nique aux gros au sommet de la Ligue 1, à celui de gros club professionnel à la merci d'un petit club affamé de chair professionnelle fraîche.

Et effectivement, elle était bien fraîche, cette équipe montpelliéraine, trop fraîche même. Malgré quelques tauliers à l'expérience fournie (Jeunechamp, Pitau), et plusieurs titulaires, dont Giroud ou Yanga-Mbiwa, pas les premiers à lever le pied, elle a été mangée dans les duels, ce qui ne lui ressemble pas vraiment. Le but corse - heureux, lui aussi - est anecdotique, il sanctionne surtout une équipe qui n'a tout simplement pas réussi à se mettre dans le sens du match. L'état d'esprit dans ce genre de rencontre, c'est ce qu'il y a de plus difficile à mettre en place pour un club professionnel, et de plus facile pour un club amateur. Même si ça ne suffit pas toujours, sinon on aurait des clubs amateurs en finale tous les ans...

La défaite de Marseille à Caen, contre Quevilly, résulte d'autres causes, selon moi. Bien sûr, les Normands ont été survoltés, et la plupart d'entre eux peuvent en plus s'appuyer sur l'expérience du parcours de leur club il y a deux ans, au même stade de la compétition. Et ce alors qu'ils se trainent en championnat, ne gagnant plus un match depuis trois mois... mais du côté marseillais, je n'ai pas le sentiment qu'il y ait eu un problème d'état d'esprit, pour preuve les deux égalisations successives de Rémy. Le problème est plus profond, ils sont dans une spirale de défaites qui, au bout d'un moment, empêche de bien faire, par peur de mal faire. Si le fond de jeu marseillais est actuellement aussi faible, et sa défense aussi friable, c'est que ces mêmes joueurs qui ont tout gagné pendant trois mois, qui sont en quart de finale de la Ligue des Champions, et qui ne sont donc pas devenus mauvais d'un seul coup, n'osent plus tenter, par peur de rater. Et quand ils tentent ils n'y croient tellement pas qu'ils le font sans conviction, avec la certitude que ça va pas marcher. Il suffira d'un seul succès pour que ça reparte, j'en suis convaincu. Je crois aussi que l'odeur des grands matches, contre le Bayern, Paris, Lyon en finale de la Coupe de la Ligue, pourrait bien les changer. C'est du classique : regardez les Girondins en 96, qui avaient atteint la finale de la Coupe de l'UEFA tout en terminant 16e du championnat, avec dans leurs rangs la triplette Lizarazu-Zidane-Dugarry...

N'empêche, quand on voit les buts... des deuxièmes ballons mal maîtrisés, des boulettes du gardien, des absences au marquage... on les sent perturbés, déconcentrés. Quand on voit que l'autre double buteur du match, avec Rémy, Johan Christophe Ayina, est un ancien réserviste à Guingamp et à Paris, qui était au chômage de l'été dernier jusqu'à cet hiver et pour qui c'était seulement le quatrième match avec Quevilly, avec aucune titularisation à la clé, faut effectivement se poser quelques questions.

Bref, Rennes devra se méfier, tout comme Lyon, qui ira défier le Gazelec d'Ajaccio. C'est d'ailleurs dommage pour ces deux clubs, qui doivent d'une certaine manière se partager la place médiatique de l'habituelle surprise de la Coupe, alors qu'ils devraient chacun être le héros unique de cette saison de Coupe de France. Espace médiatique qui, en plus, est fortement réduit cette année en raison des évènements de Toulouse, qui fagocitent tout le reste de l'info, nationale ou internationale...

A mon avis, vous voulez que je vous dise, je crois qu'il y aura une surprise sur un des deux matches. Je ne sais pas lequel, mais à mon avis on aura un petit club en finale, qui devrait ravir les amateurs de la Coupe pendant quelques semaines. On aura droit aux habituels boulangers, étudiants, postiers, qui s'entraînent qu'une ou deux fois par semaine... ces clubs qui sont eux-mêmes les gros de quelqu'un. Après tout, le Gazélec est bien deuxième du National, et Quevilly est 16e... pour nous, il n'y a pas de différence entre ces deux clubs, mais pour eux il y en a une, de taille : 18 points, et 31 buts de différence, et des confrontations en championnat qui ont logiquement tourné en faveur des Courses (0-0, 3-0, le 6 mars dernier). S'ils passent tous les deux, on aura quand même un favori, et un gros et un petit.

A plus tard !

dimanche 8 janvier 2012

De la surprise quand il n'y en a pas

Salut à tous !

Ah, les marronniers dans la presse, notamment sportive... le premier week-end de janvier, donc de l'année, est l'occasion pour l'Equipe (qui représente à elle seule l'essentiel de ce qu'on peut appeler la "presse sportive" dans ce pays...) de se plonger dans la France profonde, celle des villages, des clochers, des maires rougeaux, des buffets campagnards et des terrains de foot bosselés. Bon, après, faut vraiment de l'imagination pour se représenter des villes comme Versailles, Orléans ou Compiègne de cette manière...

C'est ça, le piège de la Coupe de France, c'est le moyen pour les médias d'accentuer encore un peu plus les exploits, véritables, certes, de ces "petits" lorsque ces derniers parviennent à dégommer un gros, dans un pays où le découpage de têtes royales a toujours été un spectacle apprécié, voire réclamé. Lorsque par exemple, parmi la demi-douzaine de "surprises" à laquelle on a eu une nouvelle fois le droit ce week-end, Sablé-sur-Sarthe, qui évolue en CFA2, donc au cinquième échelon national, bat aux tirs au buts Sedan, une des meilleures équipes de Ligue 2, si l'on se fie au traitement médiatique de cet exploit, on a vraiment l'impression que c'est une bande de braves paysans qui ont osé quitter leurs tracteurs pour aller botter les fesses de professionnels gavés de billets, qui ne mériteraient donc pas vraiment ces derniers. On serait d'ailleurs presque étonné, en regardant les images, que ces gaillards n'aient pas un peu de bide, une casquette à carreaux et des sabots en guise de chaussures... Mais attention, cette façon de relater ces authentiques performances, ce n'est pas du parisianisme primaire, non, c'est vraiment pour rendre hommage à la Province, histoire de ne pas se faire traiter de parigots tête de veau, forcément. Quelle insulte ! Sauf qu'évidemment, ça foire.

Si on cherche des renseignements sur Sablé-sur-Sarthe, on est loin du hameau déserté de ses habitants et entouré de pâturages... cet arrondissement de la Flèche compte quelques 12 347 habitants, au sein d'un canton qui regroupe quatorze communes et 32 000 âmes. On est loin de la Chine en terme démographique, on est d'accord, mais on est également loin du petit village perdu au milieu de nulle part. C'est une petite ville, sans histoire (hormis une prise d'otage dans son lycée en 2006, apprends-t-on dans Wikipédia...), mais qui compte donc autant, ou pas beaucoup moins d'habitants que des patelins hébergeant des clubs professionnels comme Guingamp (21 572), ou... Sedan (20 981), sa si prestigieuse victime, qui le devance de trois divisions...

De plus, si on regarde d'un peu plus près l'effectif d'un club forcément "familial", autrement que pour détailler les métiers de chaque joueur, on constate qu'on y retrouve un joueur formé à Boulogne-sur-Mer (Simon Tracol), un autre au Mans, Arnaud Lisembart, pour lequel il a joué un match de Ligue 2 avant d'aligner 86 matches de National avec Cherbourg, Rodez ou Rouen, ainsi que d'autres anciens de la réserve mancelle  toute proche. Rien de clinquant, mais du symbolique en ce qui concerne la compétitivité complètement négligée par les médias de ces équipes, qui se nourrissent des déchus du professionnalisme, qu'ils ont parfois manqué d'un rien, et contre lequel ils nourrissent en général un sentiment légitime de revanche. Le foot professionnel ne produit pas seulement des écervelés plein aux as, incapables de penser sans leurs casques ou de s'installer plus d'un an et demi dans un club, il génère surtout plus de 20 % de chômeurs. Qui finissent souvent par garnir des petits clubs, souvent assez proches du centre de formation qui ne leur a pas suffisamment ouvert les portes. C'est le cas du Sablé-sur-Sarthe avec Le Mans, ce sera également le cas des joueurs de Locminé, qui affrontent ce dimanche le PSG, et qui proviennent surtout de Vannes, Lorient, voire... Bordeaux, pour Anicet Adjamossi, ou Créteil pour Abou Maïga (27 sélections avec le Bénin, tout de même).

Le vrai foot amateur, il ne passe pas à la télé, et n'est jamais, mais alors jamais, mentionné dans les médias, du moins nationaux. Il faut aller chercher ses résultats dans les petits coins des pages locales du Parisien, ou de Ouest France, avec une petite photo floue et en noir et blanc à côté, dans laquelle Tata Jeannine aura bien du mal à reconnaître le petit Kevin. Rien à voir avec ces semi-pros qui passent pour la base du foot en France. Ces petits clubs amateurs sont tellement petits que même la Coupe de France, qui est censée concerner tout le monde, ils ne connaissent pas. Ce qu'ils connaissent en revanche, c'est la difficulté pour trouver un jeu de maillot, les bénévoles qui utilisent leur temps familial pour aller entraîner ou voir jouer les gamins des autres, un ou deux soirs par semaine et une partie du week-end ; ils connaissent les matches du dimanche matin, et les défections inévitables quand certains ont trop fait la fête la veille ; le pot du dimanche midi, dans une petite cabane fabriquée par les dirigeants, etc. C'est ça, le foot amateur, et pour eux Sablé-sur-Sarthe c'est le FC Barcelone. Et les internationaux béninois, même anciens, dans ces clubs là ils ne courent pas les stades.

Après, évidemment, la rareté des entraînements et l'extrême limite des infrastructures sont de bonnes raisons de penser que l'écart entre ces petits clubs amateurs et les professionnels n'est pas qu'une vue de l'esprit. Mais la très grande motivation qui saisit ces joueurs pour qui ce sera en général le match de l'année, voire d'une vie, et souvent une revanche sur le destin, on l'a vu, le soutien parfois surréaliste de publics chauffés à blanc car préparés depuis des semaines à cet évènement parfois unique, des pelouses parfois sans rapports avec ce qu'on pourrait attendre d'aires de jeu acceptables, la récurrence parfois lassante de ces exploits, en général une demi-douzaine à chaque fois durant les premiers tours, mais aussi, il faut quand même le reconnaître, le manque de sérieux et d'humilité de certains joueurs professionnels à l'approche de ces matches faussement faciles à gagner, rendent le terme de "surprise" quelque peu erroné, voire malhonnête. Mais ça déplumerait le marronnier, chose à laquelle les médias se résolvent en général avec une grande réticence.

A très vite !

samedi 7 janvier 2012

Rouge Etoile

Salut !


Alors voyons, comment inaugurer ce nouveau blog tout neuf qu'il est beau de sa belle peinture fraîche... J'ai l'ambition pas si originale que ça, compte tenu de la profusion de blogs sur le sujet, d'apporter un regard incisif et anti langue de bois sur le foot, sport aussi médiatisé qu'il est dénigré. Le genre de spectacle qu'il est de bon ton de critiquer en société, et pas seulement depuis Knysna, mais qui n'a jamais autant fait parler et qui, malgré des audiences en baisse, continue de mobiliser des millions de gens à travers la planète. C'est dire s'il y a à en dire...


Déjà, première performance en soit, je ne vais pas parler du PSG. Du moins, pas d'entrée. D'abord parce que vu qu'il mobilise les trois quarts des pages foot avec son recrutement aussi clinquant sur le papier qu'inexistant, du moins cet hiver, dans la réalité, ensuite parce qu'il n'y a pas le feu... vous inquiétez pas, je cèderais à la tentation plus souvent qu'espéré, par vous comme par moi.


Non, parlons plutôt de ce Red Star-OM qui se profile aujourd'hui, au Stade de France, en 32es de finale de la Coupe de France. Non, je ne parlerais pas non plus du club phocéen, même si il y en aura beaucoup à dire en temps voulu, ne vous inquiétez pas. Non pas que je veuille faire de l'audience, même si cette dernière est souhaitée, forcément, mais ne pas parler de clubs qui mobilisent à eux deux une bonne moitié des supporters de l'hexagone, on frôlerait le délit de rétention d'information...


Parlons plutôt du Red Star, ce club résident à Saint-Ouen, portant un nom qui trahit l'influence qu'a eu le Parti Communiste dans ces banlieues du nord de la Région Parisienne, et évoluant dans une enceinte, le Stade Bauer, fleurant bon les années 50 et protégeant tant bien que mal de son toit en bois les deux ou trois centaines de supporters acharnés qui le suivent coûte que coûte, quel que soit le niveau dans lequel il évolue. Sur un côté de Bauer, un immeuble en forme de triangle achève la vision surréaliste du téméraire qui serait venu taquiner un samedi après-midi l'extrémité nord de la ligne 13 du métro.


En France, on a un système de grands clubs unique au monde : en général, leurs périodes de domination n'excèdent pas les 25-30 ans, quand le Real et Barcelone écrasent tout en Espagne depuis un siècle, et que le Bayern, Manchester ou la Juventus sont au top dans leurs pays respectifs depuis des décennies.


Ici, Reims, étincelante vitrine de la France renaissante dans les années 50, chutera durant la décennie suivante, après avoir commis deux finales de Coupe des Champions. Le Stade est le seul club à moins de 30 saisons à encore figurer dans le classement des meilleurs clubs tricolores de l'Histoire... Nantes et Saint-Étienne lui succédèrent, les deux "ennemis" écrasant la concurrence, au point qu'il est difficile de nommer un troisième club de cette époque, hormis le Marseille de Josip Skoblar, au début des années 70, jusqu'au milieu des années 80, les Verts s'écroulant complètement suite à l'affaire de la caisse noire, en 1982. Nantes continuera à engranger quelques titres, mais beaucoup plus irrégulièrement. Aujourd'hui, les Canaris ont bien du mal à s'extirper de la cage de la Ligue 2...


Les affaires, c'est d'ailleurs une des raisons principales d’effondrement des grands clubs français. Les belles années 80 de Bordeaux, ainsi que celle, prolongée au début des 90's, de Marseille, s'achevèrent à chaque fois par une rétrogradation administrative, soit pour problèmes financiers, soit pour achat de match prohibé. Les deux clubs mirent entre moins d'une décennie et une quinzaine d'années pour se remettre de ces coups d'arrêts, ce dont profita Lyon, qui ne laissa que des miettes à ses adversaires dans les années 2000, avant de baisser de pied à son tour, tout en restant tranquillement dans le peloton de tête. Il est encore un peu tôt pour annoncer le déclin lyonnais...


Si le Red Star n'est pas immédiatement cité lorsqu'on demande aux gens, même spécialistes de foot, de nommer des grands clubs français, c'est parce que sa grande période à lui se situa entre les deux guerres, notamment à l'époque où la seule compétition officielle pour les équipes françaises se nommait la Coupe de France, que le club audonien a remporté cinq fois entre 1921 et 1942. De nombreux internationaux, qui ne sont pourtant pas forcément restés dans la tête des supporters des Bleus en raison d'une trop grande ancienneté et aussi parce que bon, faut être réaliste, perdre 13-1 en Hongrie en 1927, ça ne fait pas rêver grand monde, ont parcouru la pelouse déjà ancienne du Stade Bauer, à l'image de l'immense gardien Pierre Chayriguès, de ses successeurs Alex Thépot ou Julien Darui, d'Aston, Maës, Langiller, Penverne, Nicolas, sans parler du futur très grand entraîneur Helenio Herrera ou de Guillermo Stabile, meilleur buteur de la première Coupe du Monde, en 1930 avec l'Argentine. Plus tard il y eu aussi Nestor Combin, Lucien Leduc, Fleury Di Nallo...


Lorsque j'ai commencé à m'intéresser au foot, il y a une vingtaine d'années, le Red Star était un perpétuel candidat à la montée en Division 1. Safet Susic y terminait sa carrière, tout comme Tony Cascarino ou Sylvain Kastendeuch un peu plus tard, quand Samuel Michel, remarquable buteur régulier de Ligue 2, ou Steve Marlet, quasiment 38 ans, qui y termine sa carrière et qui affrontera son ancien club marseillais aujourd'hui même, après un passage en CFA2 avec Aubervilliers, débutaient la leur. A Saint-Ouen, la formation tournait déjà très bien, et des joueurs comme Abou Diaby, Charles Itandje et Abdoulaye Meïté y ont porté leurs premiers crampons, avant de sillonner l'Europe de leur talent.


Cet été, à la faveur des habituelles rétrogradations administratives qui assaisonnent régulièrement le quotidien du foot amateur français, le Red Star est miraculeusement monté en National, le troisième échelon français, qu'il n'avait plus fréquenté depuis 2001. Il y survit tant bien que mal, après un recrutement forcément mal contrôlé, fleurtant un peu trop avec la ligne de flottaison de la relégation en CFA. Mais c'est bon, parfois, d'avoir des nouvelles de clubs qui ont servi la cause du football français, à leur manière, à l'image de Reims, actuellement en position de monter en Ligue 1 après des années d'échec, et de les voir tout doucement remonter la pente. Le Stade de France et ses 80 000 places vont donner l'occasion au public francilien de rendre hommage au vieux Red Star, club atypique, à l'image de St-Pauli en Allemagne ou de Millwall en Angleterre : des clubs populaires jusqu'à l'os, et qu'on n'aimerait pas voir changer, quitte à regretter, de temps en temps, de les voir descendre d'une ou deux divisions. Mais c'est la vie des grands clubs français, ballotés par l'Histoire et le temps.


A très vite !