samedi 14 janvier 2012

Tous derrière et lui devant ?

Salut à tous,

Voilà, on y est, la Ligue 1 reprend ! Depuis la reprise on a eu beau se passionner pour la Coupe de France et vie trépidante et émouvante des amateurs de Locminé ou de Chantilly, ou pour la Coupe de la Ligue et les commentaires de Kader Boudaoud, et sa perpétuelle laryngite, rien ne vaut notre bonne vieille Ligue 1, ses 1-1 hargneux, ses hors-jeux d'un millimètres et discutés pendant des heures et ses sempiternelles "surprises". Du moins, pas avant le reprise de la Ligue des Champions et le début de l'Euro...

Cette année s'annonce passionnante, mais étrangement la raison qui explique ce regain d'intérêt pour le marathon national nous ferait presque penser aux époques marquées, en France, par la domination presque exclusive d'un club sur les autres, une équipe qui aurait déjà engrangé trois ou quatre titres et qui compterait une dizaine de points d'avance à la trêve, devant un peloton déjà résigné à disputer les places d'honneurs. On a connu ça ponctuellement, et rarement avec les mêmes : Lille dans les années 40, Reims dans les 50's, Nantes et Sainté durant la décennie suivante, les Verts dans les 70's, puis Bordeaux et Nantes dix ans plus tard, Marseille à la jointure des deux dernières décennies du XXe siècle, et enfin Lyon, qui n'a laissé que trois championnats à ses congénères dans les années 2000.

Et pourtant, vous le savez, on est très loin du compte.


Le PSG, puisque c'est lui dont il s'agit, n'a plus été champion depuis l'an de grâce 1994, à l'époque ou Mamadou Sakho n'était encore qu'un bambin à la coiffure sage, et le Qatar qu'un arrondissement méconnu  mais déjà bien portant de l'Arabie Saoudite. Ces dernières saisons, hormis la précédente, terminée à la quatrième place alors que le club parisien avait, déjà, sans doute les moyens de faire mieux s'il n'avait pas raté son mois de mai, il avait brillé, selon ses habitudes en temps de crise, plus dans les pages des faits-divers que dans la rubrique sportive, se qualifiant chaque années paires pour sa Ligue Europa chérie par l'entremise des Coupes nationales, qui lui ont permi l'exploit de talonner Lyon au nombre de titres durant la dernière décennie...

De plus, malgré sa place de leader, il est loin de présenter les mêmes garanties techniques et tactiques que les rouleaux compresseurs évoqués un peu plus haut, et les trois petits points d'avance qu'il compte ce matin sur Montpellier semblent bien fragiles. Il paraîtdonc logiquement ubuesque de comparer le PSG à ses illustres et supposés prédécesseurs...

Malgré ça, on a le sentiment que le challenge de toute la Ligue 1 va être de gêner aux entournures le terriblement ambitieux projet de QSI, le propriétaire qatari du club parisien, aux moyens encore jamais vu dans notre pays. Jamais un club n'avait autant dépensé durant une saison en transferts, ni payé 42 millions d'euros pour débaucher un joueur... et ce n'est peut-être pas fini. "Peut-être", parce que pour l'instant, hormis la venue très opportune de Maxwell, à un poste, latéral gauche, où la qualité, plus que la quantité (Tiéné, Armand, Ceara...), semblaient manquer, pas sûr que la star rêvée par Leonardo et son patron, Nasser El Khelaïfi, débarque durant le mois de janvier, après les échecs enregistrés pour Beckham et de Pato, et celui, probable, sur Tévez.

En attendant, il suffit de lire les déclarations ce week-end d'Alain Casanova, l'entraîneur de Toulouse et adversaire, ce soir, du club parisien ("En football, tout ne s'achète pas. Il y a des choses très importantes : le travail, la sueur, la mentalité, le collectif. Après, la qualité individuelle règle pas mal de problèmes, on l'a vu au match aller contre eux, mais j'aime beaucoup le jeu collectif"), qui font écho à celles de Christian Gourcuff à l'entame de la saison, démontre que le club parisien n'en a pas fini avec ces challenges, contre des équipes remontées comme jamais à l'heure de disputer le match de leur saison. Ce n'est pas nouveau, mais ça n'avait jamais atteint ce niveau, même à la grande époque Ginola-Weah-Valdo...


En dehors de cette course à l’échalote, on surveillera bien sûr la reprise du dauphin actuel du leader, Montpellier, qui devra faire sans le complément parfait d'Olivier Giroud, Younès Belhanda, parti à la CAN avec le Maroc. A priori, même si Giroud n'a jamais marqué en l'absence du meneur de jeu héraultais, le MHSC semble avoir les moyens de perpétuer ses bonnes performances en 2012. Le jeune Rémy Cabella (21 ans), appelé a priori à lui succéder durant ce mois de janvier, est mieux qu'un remplaçant, on l'a vu briller avec les Espoirs mais aussi avec Arles-Avignon l'an passé - si si, je vous assure -, où il avait été prêté, même si lui aussi a succombé à la mode pour le moins déplorable du renard mort en guise de coupe de cheveu. J'ai de sérieux doutes sur l'avenir du monde à regarder la jeunesse se perdre dans de telles tentatives capillaires. Heureusement, ils ne jouent qu'au foot...

Evidemment, il faudra surveiller le comportement des autres prétendants au podium, voire au titre, au nom un peu plus souvent associés à ces challenges que leur voisin languedocien : Marseille, un peu décroché et privé de Diawara et des Ayew mais portés par un duo Amalfitano-Valbuena en état de grâce, et avec peut-être un bon Brandao, sait-on jamais ; Lyon et sa défense privée de ses quatre (!) défenseurs centraux et de ses deux défenseurs droits, mais avec des Bastos et Lisandro stratosphériques, et Lille qui a montré une nouvelle fois ses limites à Gerland cette semaine (2-1), à savoir sa difficulté à contourner un bloc défensif solide et plus mature tactiquement, à l'image de sa saison en Ligue des Champions. Mais ces trois équipes ont largement les moyens de bousculer la présumée hiérarchie... On tentera aussi de voir si nos inquiétudes concernant des équipes comme Sochaux, Auxerre, Nice et bien sûr Nancy, en ce qui concerne la maintien, sont légitimes. Bonne nouvelle pour ces équipes, auxquelles on pourrait rajouter Valenciennes : il n'y aura que trois relégués, comme d'habitude, et l'AC Ajaccio, malgré une bonne fin d'années 2011, semble déjà avoir pris une petite option sur une des trois places pour la prochaine Ligue 2.

On en reparle lundi, et n'hésitez pas à donner votre avis sur cet article !

jeudi 12 janvier 2012

La Coupe de la Ligue, cette incomprise

Salut à tous,

Je ne sais pas vous, mais j'ai l'impression qu'on a eu droit à des quarts de finale de la Coupe de la Ligue d'excellent niveau, d'une manière générale. Je ne suis pas spécialement un "Thirietphile", mais avec 3,06 buts par matches depuis le début de la compétition, on peut dire ce qu'on veut sur cette fameuse "coupe en bois", mais pas qu'on s'y ennuie quand on la regarde. En tous cas, pas souvent. Si on se base sur ce seul chiffre de la moyenne de buts par matches, la Ligue 1 marquant un demi but de moins par matches en moyenne (2,55), un chiffre qu'elle n'avait pas atteint depuis 10 ans, on peut considérer la Coupe de la Ligue comme "regardable", au minimum. Après, qu'elle encombre le calendrier et qu'elle doublonne la Coupe de France, c'est autre chose...

Certes, comme dans toutes les compétitions du monde, il y a toujours des perles de nullité, à l'image de ce Le Mans-Lorient durant lequel il était difficile d'énumérer le nombre d'erreurs techniques et de ratages entre deux équipes qui ne sont pas dans les meilleures dispositions actuellement. Le Mans est en train de couler sportivement et financièrement en Ligue 2, après avoir raté la montée pour quatre buts la saison dernière ; quant au FC Lorient de Christian Gourcuff, donneur de leçon un peu rapide après la victoire inaugurale des Merlus au Parc des Princes (0-1), il semble payer sa politique de relance des joueurs en difficulté : après de bons débuts, Jérémie Aliadière a repris son abonnement annuel à l'infirmerie, où il y a rejoins un absent de longue date, Julien Quercia ; et les jeunes Gunners prêtés par son ami Arsène Wenger, Campbell et Sunu, ont bien du mal à faire oublier les duettistes désormais diamétralement opposés, Amalfitano (Marseille) et Gameiro (PSG). Résultat, le jeu lorientais, qui a ravi la Ligue 1 pendant plusieurs années, semble en stand by. Une frappe puissante de Sunu, en deuxième mi-temps, a cependant suffit à des Lorientais quelconques de s'en sortir face à des Manceaux dont seul le stade flambant neuf semble encore au niveau. Dommage, il est vide.

Les trois autres matches ont ravi les amateurs de football offensif, mais n'ont pas du améliorer les systèmes cardio-vasculaires des entraîneurs concernés. Seuls Franck Dumas et Didier Deschamps ont passé une soirée tranquille, du moins sur le plan de la tension, puisque mardi soir, entre des Caennais également en grande difficulté depuis la fin de l'année dernière, et des Marseillais qui surfent sur d'excellents résultats depuis plusieurs mois, et malgré l'absence des frères Ayew et de Souleymane Diawara, l'affaire fut pliée en vingt minutes, le temps que Valbuena, sur un coup-franc magistral, et Rémy, après une superbe remise en pleine course d'Amalfitano, trompe un Bosmel aussi peu inspiré sur le pré que chez le coiffeur. Autant Neymar promet une bonne décennie d'émotions fortes aux amoureux du football, autant il fait déjà très mal à ces derniers, s'ils s'avèrent sensibles aux coupes de cheveux discutables... En deuxième mi-temps, Valbuena confirmait qu'il était peut-être, avec Karim Benzema, le joueur le plus en forme de ces deux derniers mois en inscrivant un but tout en finesse. Marseille, double tenant du titre, et qui a longtemps nargué le PSG pour son amour des coupes et son palmarès artificiellement gonflé par ses trois succès dans la compétition, semble vraiment avoir pris goût à son trophée en plastique... Malgré ses absents africains et la méforme de Gignac ou Lucho, il va falloir surveiller la remontée au classement du club phocéen, toujours candidat - par obligation financière - à une place en Ligue des Champions.



Hier, hormis la soupe servie dans la Sarthe, les deux autres matches de la journée ont débouché sur deux superbes spectacles, on peut le dire. Pourtant, entre Nice et Dijon, ce n'était pas gagné. Mais les matches de bas de tableau de Ligue 1 ne débouchent manifestement pas toujours sur des purges durant lesquelles les protèges-tibias sont mis à rude épreuve, et qui sont en général réglés sur un ou deux coups de pied arrêtés, quand y a des buts. Non, là on a eu droit à cinq buts sur six plutôt agréables à regarder (je vous épargne le penalty de Bauthéac), à l'image de la tête décroisée en extension de Guerbert sur un centre de l'extérieur du pied de Bamba, de la pichenette de Mounier sur une déviation subtile de Dja Djedje, de la passe toujours de l'extér de Corgnet pour un Jovial opportuniste, de cette autre déviation de Gomis pour le but plein de maîtrise de Civelli, ou du coup-franc surpuissant sous la barre de Monzon, qui ne sait donc pas que tirer des penaltys. Pas de quoi non plus alimenter les réseaux sociaux, mais pas de quoi non plus faire la fine bouche : les rares téléspectateurs à cette heure ci en semaine (17h) se sont régalés. Du moins, s'ils n'ont pas trop fait attention aux commentaires catastrophiques de Kader Boudaoud et d'Emmanuel Petit, qui auront plus tard en échos ceux des duos Montel-Le Glou et Gravelaine-Lévêque... Le dénouement, aux tirs aux buts, fut cruel pour des Dijonnais supérieurs sur le plan du jeu, mais toujours aussi friables en défense malgré l'apport du milieu ghanéen Bennard Kumordzi, venu de Panionios.

Enfin, le choc, pas vraiment tant attendu mais qu'on pouvait tout de même considérer comme une finale avant l'heure, entre Lyon et Lille, aurait pu accoucher d'une souris après l'expulsion sévère de Dabo après 11 minutes de jeu ! L'ancien stéphanois est en passe d'acquérir une étrange réputation de joueur violent, après son expulsion six minutes seulement après son entrée en jeu durant le dernier derby contre Saint-Étienne (2-0), lui qui n'avait été expulsé qu'une fois dans sa carrière jusque là... Les Lyonnais, privés de quatre défenseurs centraux de métier au coup d'envoi, semblaient partis pour une soirée galère, confirmée par le but, splendide lui aussi, de Cole après 28 minutes.

Mais les Lillois, invaincus sur le plan local depuis le mois d'août, allaient évoluer en configuration Ligue des Champions, c'est-à-dire en dominant les débats sur le plan de la possession, leur habituel point fort, mais en se montrant incapable de le concrétiser devant les buts adverses. Une quinzaine de tirs pas toujours dangereux dangereux, du tricotage façon Phildar dans tous les coins du terrain, mais aucune présence devant le but qui aurait de toutes façons été inutile, puisque pour une fois les centres, côté nordiste, furent très peu nombreux.

Les Gones, de leur côté, ont une nouvelle fois démontré qu'à défaut de génie, hormis celui présent dans les pieds du latéral droit d'un soir, Bastos, et ceux de Lisandro Lopez, ils possèdent une soif de vaincre et un mental que peu d'équipes en France peuvent leur opposer. A dix contre onze pendant 70 minutes, jusqu'à l'expulsion de Debuchy (83e), Lyon est revenu au score avant la pause grâce à Kallström, buteur du droit après qu'Enyeama ait repoussé comme il pouvait un coup-franc de Bastos (41e), puis par Lisandro, après un numéro exceptionnel de Bastos sur son côté droit (66e) ! Que ce serait-il passé si Lyon avait évolué à onze durant tout le match, sachant que durant les dix minutes précédent ce carton rouge finalement sans conséquence, les Lillois s'étaient montré autrement plus dangereux que pendant les 80 minutes suivantes ? Le football, cet insondable sport dont l'analyse est le plus souvent vaine...

Avant les demi-finales prévues à la fin du mois (Lorient-Lyon et Marseille-Nice), place à la Ligue 1 qui effectue son retour ce week-end. On épiera évidemment les véritables débuts de Carlo Ancelotti avec un PSG quelconque, voire chanceux à Locminé, en Coupe de France (1-2), mais aussi comment Marseille et surtout Lyon et Marseille, respectivement opposés à Lille et Montpellier (!), auront récupéré de leurs émotions...

A plus !

mardi 10 janvier 2012

L'Afrique se dresse

Salut à tous,

Aujourd'hui, abordons un sujet qui s'apparente furieusement à un marronnier, la Coupe d'Afrique des Nations, alias la CAN. Une compétition prestigieuse, tout de même, puisqu'elle réunit les meilleures nations d'Afrique et qu'elle a vu briller certains joueurs qui font ou ont fait partie des tous meilleurs joueurs du monde. On peut donc considérer qu'il s'agit du cinquième tournoi le plus prestigieux dans le ce sport, derrière le Mondial, l'Euro, la Copa Libertadores et la Ligue des Champions. Mais une compétition qui, depuis une quinzaine d'années, fait unanimement râler l'ensemble de la profession d'entraîneur de ce côté ci de la Méditerranée. D'une façon assez inexplicable, je dois dire...

Pourquoi râlent-ils, ces bons vieux cireurs de banc tricolores ? Parce que les Africains ne trouvent rien de mieux à faire que de jouer leur CAN aux mois de janvier et février, en pleine reprise des championnats européens, alors qu'il ferait tellement meilleur en Guinée Equatoriale au mois de juillet, mois habituellement réservé aux Coupes du Monde et autres Euros... d'accord, il fera un peu chaud et humide, mais le foot c'est un sport d'extérieur non ? C'est vrai quoi, c'est énervant ces gens qui n'ont pas comme seule passion dans la vie que le bien être des clubs français, et qui se permettent d'organiser leur petite sauterie continentale au moment même où la Coupe de la Ligue et la Coupe de France battent leur plein ! Il faut décidément tout lui expliquer à l'homme africain.

Du coup, un club comme Marseille, par exemple, dont la notoriété donne à ce véritable cri de souffrance corporatiste une portée supplémentaire, va être privé, durant au moins quatre longues semaines, mais au maximum six ou sept, de cadres tels que Souleymane Diawara (Sénégal) et les frères Ayew (Ghana), sachant qu'il est tout de même difficile de donner à Charles Kaboré (Burkina Faso) un statut d'indiscutable, même s'il est sans problème logé à la même enseigne que ses coéquipiers dans la liste des absents de marque marseillais durant la CAN pour faire pleurer les cagoles. Même les Anglais, il n'y a pas si longtemps épargnés par cette véritable évasion sportive, sont touchés : Arsenal devra faire sans Chamakh ni Gervinho, Chelsea sans Drogba, City sans Yaya Touré... mais on a quand même l'impression qu'Albion prends ça avec plus de flegme, ce qui lui ressemble pas mal. Il faut dire que ces clubs peuvent se reposer sur des effectifs autrement plus conséquents pour palier à ces départs.

Ce qui m'étonne toujours, tous les deux ans, c'est de voir ces décideurs sportifs, qui ont en général la main mise sur la politique sportive de leur club, ou du moins un début d'influence, littéralement pris de cours par la CAN, comme si cette dernière était organisée par surprise, au hasard, et que les entraîneurs de Ligue 1 étaient à la merci d'une CAN qui tomberait n'importe quand, sans qu'ils puissent se retourner. Et pourtant non, j'ai vérifié et c'est un fait indiscutable : ils étaient prévenus ! Ils savent qu'à chaque mois de janvier d'année paire, une Coupe d'Afrique des Nations était organisée, et qu'une partie de leur effectif va être absent entre trois semaines et un mois et demi ! Mais ils ne font rien, hormis râler, se plaindre. Anticiper ? Pas le temps, hé ho ! Comme l'info, la gestion d'un club de foot ressemble souvent à une enfilade de décisions prisent à la va-vite, sans questionnement à long ou moyen terme.

Et ce n'est même pas un problème de moyen pour recruter, puisqu'en janvier, ces visionnaires se trouvent toujours prêt à recruter le premier pékin venu pour palier à une absence. Par exemple, Marseille, toujours, qui se voit "contraint" de rappeler Brandao, devenu indispensable après avoir été prêté au Brésil durant 10 mois jalonnés d'une forêt de buts (4, au dernier pointage), pour pas qu'André et Jordan Ayew manquent trop devant. Le cas typique du sparadrap sur une jambe de bois, c'est le cas de le dire dans le cas de l'ondoyant buteur brésilien, alors qu'au sein de l'effectif phocéen on compte toujours des joueurs comme Gignac, certes blessé, et Rémy, en attaque, et Valbuena, Amalfitano et Lucho en milieux offensifs, sans parler de quelques jeunes comme Omrani. Mais bon, admettons que ça ne soit pas suffisant pour gérer le prochain mois de compétition. Pourquoi recruter en catastrophe un joueur supplémentaire maintenant ? Je ne parle pas juste de Marseille, mais de Lyon aussi, complètement dépourvu après les départs de pointures en défense centrale, nommées Bakary Koné et John Mensah. N'était-il pas possible d'anticiper leur départ, sachant que Cris n'est plus que l'ombre de lui-même, et que Lovren ne peut à lui seul couvrir les deux postes ? Et quel intérêt de recruter maintenant un joueur, en le faisant signer pour plusieurs années, juste pour remplacer un joueur absent pendant 50 jours ?

L'Europe n'est pas prête à cesser de se comporter de cette manière dédaigneuse et unilatérale avec son voisin africain. Non contente de la piller sans vergogne de ses (très) jeunes espoirs, pour, la plupart du temps les abandonner ensuite sans papiers et sans ressources, elle ne parvient même plus à tolérer que cette brave Afrique ose s'amuser sans elle, sans lui demander son avis, et en utilisant les joueurs pour lesquelles elle ne débourse en général pas le moindre centime. La France, qui a su, à une époque, s'appuyer sur des joueurs d'origine africaine pour s'assurer ses plus grands succès en Europe et dans le Monde, se voit aujourd'hui, sans que la morale, selon moi, n'ait à en souffrir, privée de beaucoup de jeunes binationaux, désireux d'embrasser le niveau international sous le maillot de leurs parents ou de leurs ancêtres, à l'image de perles comme Ryad Boudebouz par exemple. Ainsi, il n'y avait aucun joueur d'origine arabe au sein de la sélection française durant le dernier Mondial.

La France, et l'Europe d'une manière générale, a beaucoup de mal à admettre que l'Afrique, son ancienne colonie pour l'essentiel, continue de s'émanciper, du moins sur le plan sportif, et footballistique en particulier. Les nations africaines parviennent de plus en plus à attirer les jeunes binationaux formés en Europe, mais fruits de l'émigration vers l'Europe durant les décennies précédentes, et qui aujourd'hui renforcent des équipes nationales de plus en plus compétitives. L’Afrique a le droit d'organiser sa CAN quand elle le veut, et les clubs européens celui d'anticiper ces mouvements qui restent temporaires... c'est même une obligation désormais. Au bout d'un moment, leur incompétence finira par se voir.

A plus !

dimanche 8 janvier 2012

De la surprise quand il n'y en a pas

Salut à tous !

Ah, les marronniers dans la presse, notamment sportive... le premier week-end de janvier, donc de l'année, est l'occasion pour l'Equipe (qui représente à elle seule l'essentiel de ce qu'on peut appeler la "presse sportive" dans ce pays...) de se plonger dans la France profonde, celle des villages, des clochers, des maires rougeaux, des buffets campagnards et des terrains de foot bosselés. Bon, après, faut vraiment de l'imagination pour se représenter des villes comme Versailles, Orléans ou Compiègne de cette manière...

C'est ça, le piège de la Coupe de France, c'est le moyen pour les médias d'accentuer encore un peu plus les exploits, véritables, certes, de ces "petits" lorsque ces derniers parviennent à dégommer un gros, dans un pays où le découpage de têtes royales a toujours été un spectacle apprécié, voire réclamé. Lorsque par exemple, parmi la demi-douzaine de "surprises" à laquelle on a eu une nouvelle fois le droit ce week-end, Sablé-sur-Sarthe, qui évolue en CFA2, donc au cinquième échelon national, bat aux tirs au buts Sedan, une des meilleures équipes de Ligue 2, si l'on se fie au traitement médiatique de cet exploit, on a vraiment l'impression que c'est une bande de braves paysans qui ont osé quitter leurs tracteurs pour aller botter les fesses de professionnels gavés de billets, qui ne mériteraient donc pas vraiment ces derniers. On serait d'ailleurs presque étonné, en regardant les images, que ces gaillards n'aient pas un peu de bide, une casquette à carreaux et des sabots en guise de chaussures... Mais attention, cette façon de relater ces authentiques performances, ce n'est pas du parisianisme primaire, non, c'est vraiment pour rendre hommage à la Province, histoire de ne pas se faire traiter de parigots tête de veau, forcément. Quelle insulte ! Sauf qu'évidemment, ça foire.

Si on cherche des renseignements sur Sablé-sur-Sarthe, on est loin du hameau déserté de ses habitants et entouré de pâturages... cet arrondissement de la Flèche compte quelques 12 347 habitants, au sein d'un canton qui regroupe quatorze communes et 32 000 âmes. On est loin de la Chine en terme démographique, on est d'accord, mais on est également loin du petit village perdu au milieu de nulle part. C'est une petite ville, sans histoire (hormis une prise d'otage dans son lycée en 2006, apprends-t-on dans Wikipédia...), mais qui compte donc autant, ou pas beaucoup moins d'habitants que des patelins hébergeant des clubs professionnels comme Guingamp (21 572), ou... Sedan (20 981), sa si prestigieuse victime, qui le devance de trois divisions...

De plus, si on regarde d'un peu plus près l'effectif d'un club forcément "familial", autrement que pour détailler les métiers de chaque joueur, on constate qu'on y retrouve un joueur formé à Boulogne-sur-Mer (Simon Tracol), un autre au Mans, Arnaud Lisembart, pour lequel il a joué un match de Ligue 2 avant d'aligner 86 matches de National avec Cherbourg, Rodez ou Rouen, ainsi que d'autres anciens de la réserve mancelle  toute proche. Rien de clinquant, mais du symbolique en ce qui concerne la compétitivité complètement négligée par les médias de ces équipes, qui se nourrissent des déchus du professionnalisme, qu'ils ont parfois manqué d'un rien, et contre lequel ils nourrissent en général un sentiment légitime de revanche. Le foot professionnel ne produit pas seulement des écervelés plein aux as, incapables de penser sans leurs casques ou de s'installer plus d'un an et demi dans un club, il génère surtout plus de 20 % de chômeurs. Qui finissent souvent par garnir des petits clubs, souvent assez proches du centre de formation qui ne leur a pas suffisamment ouvert les portes. C'est le cas du Sablé-sur-Sarthe avec Le Mans, ce sera également le cas des joueurs de Locminé, qui affrontent ce dimanche le PSG, et qui proviennent surtout de Vannes, Lorient, voire... Bordeaux, pour Anicet Adjamossi, ou Créteil pour Abou Maïga (27 sélections avec le Bénin, tout de même).

Le vrai foot amateur, il ne passe pas à la télé, et n'est jamais, mais alors jamais, mentionné dans les médias, du moins nationaux. Il faut aller chercher ses résultats dans les petits coins des pages locales du Parisien, ou de Ouest France, avec une petite photo floue et en noir et blanc à côté, dans laquelle Tata Jeannine aura bien du mal à reconnaître le petit Kevin. Rien à voir avec ces semi-pros qui passent pour la base du foot en France. Ces petits clubs amateurs sont tellement petits que même la Coupe de France, qui est censée concerner tout le monde, ils ne connaissent pas. Ce qu'ils connaissent en revanche, c'est la difficulté pour trouver un jeu de maillot, les bénévoles qui utilisent leur temps familial pour aller entraîner ou voir jouer les gamins des autres, un ou deux soirs par semaine et une partie du week-end ; ils connaissent les matches du dimanche matin, et les défections inévitables quand certains ont trop fait la fête la veille ; le pot du dimanche midi, dans une petite cabane fabriquée par les dirigeants, etc. C'est ça, le foot amateur, et pour eux Sablé-sur-Sarthe c'est le FC Barcelone. Et les internationaux béninois, même anciens, dans ces clubs là ils ne courent pas les stades.

Après, évidemment, la rareté des entraînements et l'extrême limite des infrastructures sont de bonnes raisons de penser que l'écart entre ces petits clubs amateurs et les professionnels n'est pas qu'une vue de l'esprit. Mais la très grande motivation qui saisit ces joueurs pour qui ce sera en général le match de l'année, voire d'une vie, et souvent une revanche sur le destin, on l'a vu, le soutien parfois surréaliste de publics chauffés à blanc car préparés depuis des semaines à cet évènement parfois unique, des pelouses parfois sans rapports avec ce qu'on pourrait attendre d'aires de jeu acceptables, la récurrence parfois lassante de ces exploits, en général une demi-douzaine à chaque fois durant les premiers tours, mais aussi, il faut quand même le reconnaître, le manque de sérieux et d'humilité de certains joueurs professionnels à l'approche de ces matches faussement faciles à gagner, rendent le terme de "surprise" quelque peu erroné, voire malhonnête. Mais ça déplumerait le marronnier, chose à laquelle les médias se résolvent en général avec une grande réticence.

A très vite !

samedi 7 janvier 2012

Rouge Etoile

Salut !


Alors voyons, comment inaugurer ce nouveau blog tout neuf qu'il est beau de sa belle peinture fraîche... J'ai l'ambition pas si originale que ça, compte tenu de la profusion de blogs sur le sujet, d'apporter un regard incisif et anti langue de bois sur le foot, sport aussi médiatisé qu'il est dénigré. Le genre de spectacle qu'il est de bon ton de critiquer en société, et pas seulement depuis Knysna, mais qui n'a jamais autant fait parler et qui, malgré des audiences en baisse, continue de mobiliser des millions de gens à travers la planète. C'est dire s'il y a à en dire...


Déjà, première performance en soit, je ne vais pas parler du PSG. Du moins, pas d'entrée. D'abord parce que vu qu'il mobilise les trois quarts des pages foot avec son recrutement aussi clinquant sur le papier qu'inexistant, du moins cet hiver, dans la réalité, ensuite parce qu'il n'y a pas le feu... vous inquiétez pas, je cèderais à la tentation plus souvent qu'espéré, par vous comme par moi.


Non, parlons plutôt de ce Red Star-OM qui se profile aujourd'hui, au Stade de France, en 32es de finale de la Coupe de France. Non, je ne parlerais pas non plus du club phocéen, même si il y en aura beaucoup à dire en temps voulu, ne vous inquiétez pas. Non pas que je veuille faire de l'audience, même si cette dernière est souhaitée, forcément, mais ne pas parler de clubs qui mobilisent à eux deux une bonne moitié des supporters de l'hexagone, on frôlerait le délit de rétention d'information...


Parlons plutôt du Red Star, ce club résident à Saint-Ouen, portant un nom qui trahit l'influence qu'a eu le Parti Communiste dans ces banlieues du nord de la Région Parisienne, et évoluant dans une enceinte, le Stade Bauer, fleurant bon les années 50 et protégeant tant bien que mal de son toit en bois les deux ou trois centaines de supporters acharnés qui le suivent coûte que coûte, quel que soit le niveau dans lequel il évolue. Sur un côté de Bauer, un immeuble en forme de triangle achève la vision surréaliste du téméraire qui serait venu taquiner un samedi après-midi l'extrémité nord de la ligne 13 du métro.


En France, on a un système de grands clubs unique au monde : en général, leurs périodes de domination n'excèdent pas les 25-30 ans, quand le Real et Barcelone écrasent tout en Espagne depuis un siècle, et que le Bayern, Manchester ou la Juventus sont au top dans leurs pays respectifs depuis des décennies.


Ici, Reims, étincelante vitrine de la France renaissante dans les années 50, chutera durant la décennie suivante, après avoir commis deux finales de Coupe des Champions. Le Stade est le seul club à moins de 30 saisons à encore figurer dans le classement des meilleurs clubs tricolores de l'Histoire... Nantes et Saint-Étienne lui succédèrent, les deux "ennemis" écrasant la concurrence, au point qu'il est difficile de nommer un troisième club de cette époque, hormis le Marseille de Josip Skoblar, au début des années 70, jusqu'au milieu des années 80, les Verts s'écroulant complètement suite à l'affaire de la caisse noire, en 1982. Nantes continuera à engranger quelques titres, mais beaucoup plus irrégulièrement. Aujourd'hui, les Canaris ont bien du mal à s'extirper de la cage de la Ligue 2...


Les affaires, c'est d'ailleurs une des raisons principales d’effondrement des grands clubs français. Les belles années 80 de Bordeaux, ainsi que celle, prolongée au début des 90's, de Marseille, s'achevèrent à chaque fois par une rétrogradation administrative, soit pour problèmes financiers, soit pour achat de match prohibé. Les deux clubs mirent entre moins d'une décennie et une quinzaine d'années pour se remettre de ces coups d'arrêts, ce dont profita Lyon, qui ne laissa que des miettes à ses adversaires dans les années 2000, avant de baisser de pied à son tour, tout en restant tranquillement dans le peloton de tête. Il est encore un peu tôt pour annoncer le déclin lyonnais...


Si le Red Star n'est pas immédiatement cité lorsqu'on demande aux gens, même spécialistes de foot, de nommer des grands clubs français, c'est parce que sa grande période à lui se situa entre les deux guerres, notamment à l'époque où la seule compétition officielle pour les équipes françaises se nommait la Coupe de France, que le club audonien a remporté cinq fois entre 1921 et 1942. De nombreux internationaux, qui ne sont pourtant pas forcément restés dans la tête des supporters des Bleus en raison d'une trop grande ancienneté et aussi parce que bon, faut être réaliste, perdre 13-1 en Hongrie en 1927, ça ne fait pas rêver grand monde, ont parcouru la pelouse déjà ancienne du Stade Bauer, à l'image de l'immense gardien Pierre Chayriguès, de ses successeurs Alex Thépot ou Julien Darui, d'Aston, Maës, Langiller, Penverne, Nicolas, sans parler du futur très grand entraîneur Helenio Herrera ou de Guillermo Stabile, meilleur buteur de la première Coupe du Monde, en 1930 avec l'Argentine. Plus tard il y eu aussi Nestor Combin, Lucien Leduc, Fleury Di Nallo...


Lorsque j'ai commencé à m'intéresser au foot, il y a une vingtaine d'années, le Red Star était un perpétuel candidat à la montée en Division 1. Safet Susic y terminait sa carrière, tout comme Tony Cascarino ou Sylvain Kastendeuch un peu plus tard, quand Samuel Michel, remarquable buteur régulier de Ligue 2, ou Steve Marlet, quasiment 38 ans, qui y termine sa carrière et qui affrontera son ancien club marseillais aujourd'hui même, après un passage en CFA2 avec Aubervilliers, débutaient la leur. A Saint-Ouen, la formation tournait déjà très bien, et des joueurs comme Abou Diaby, Charles Itandje et Abdoulaye Meïté y ont porté leurs premiers crampons, avant de sillonner l'Europe de leur talent.


Cet été, à la faveur des habituelles rétrogradations administratives qui assaisonnent régulièrement le quotidien du foot amateur français, le Red Star est miraculeusement monté en National, le troisième échelon français, qu'il n'avait plus fréquenté depuis 2001. Il y survit tant bien que mal, après un recrutement forcément mal contrôlé, fleurtant un peu trop avec la ligne de flottaison de la relégation en CFA. Mais c'est bon, parfois, d'avoir des nouvelles de clubs qui ont servi la cause du football français, à leur manière, à l'image de Reims, actuellement en position de monter en Ligue 1 après des années d'échec, et de les voir tout doucement remonter la pente. Le Stade de France et ses 80 000 places vont donner l'occasion au public francilien de rendre hommage au vieux Red Star, club atypique, à l'image de St-Pauli en Allemagne ou de Millwall en Angleterre : des clubs populaires jusqu'à l'os, et qu'on n'aimerait pas voir changer, quitte à regretter, de temps en temps, de les voir descendre d'une ou deux divisions. Mais c'est la vie des grands clubs français, ballotés par l'Histoire et le temps.


A très vite !