mardi 12 juin 2012

La France sans tête

Salut à tous,

On va faire un post en deux temps : d'abord je vais revenir en stats sur les premiers matches de chaque groupe, qui se sont achevés hier. Ensuite, je reviendrais sur la performance des Bleus contre l'Angleterre. Ça vous va ? En même temps c'est moi qui décide ici.

Les équipes de l'est en forme

Rassurez vous, pour ceux qui n'aiment pas les chiffres, ça va aller vite, du moins je l'espère.

- La moyenne de buts (2,5) est à la fois satisfaisante et moyenne : elle correspond à celle constatée depuis la création de l'Euro, en 1960 (2,47). Du fait de l'homogénéité des groupes, et donc de l'absence à la fois du Brésil, de l'Argentine mais aussi de petites équipes, on marque en général moins de buts qu'en Coupe du Monde (2,57 sur les 10 dernières). C'est aussi à peu près la même qu'il y a 4 et 8 ans (2,48), nettement moins qu'en 2000 (2,74) mais nettement mieux qu'en 1996 (2,06). Moyen, quoi. Notons quand même que c'est également la même moyenne que celle de la Ligue 1 cette saison (2,52)... Mais attendons, on n'en est qu'au début.

- D'ailleurs, le score le plus répandu est - déjà - le 1-1 (3) devant le 1-0 (2).

- Seulement trois équipes ont marqué plus d'un but lors de leur entrée en matière : le Russie, la Croatie et l'Ukraine, avec à chaque fois le doublé d'un joueur (Dzagoev, Mandzukic, Shevchenko). De là à penser que jouer à l'est avantage certaines équipes... on va attendre de voir la suite avant de se prononcer. Mais seule la République Tchèque s'est inclinée parmi les ressortissants de l'est... contre la Russie.

- Sur les 20 buts déjà inscrits, il y a eu énormément de buts de la tête (8), presque autant que du droit (10) tandis que les buts du gauche se font rares (2). Il y a eu 7 buts de milieux et 2 de défenseurs. Et le championnat russe est bien représenté (4 buts), avec la Bundesliga et la Premier League, également 4 buts. A noter les 2 buts pour la Serie A et le championnat ukrainien et l'unique but pour la Liga (Fabregas). On attends toujours un but pour la Ligue 1.

- Par ailleurs, il y a eu déjà 12 passes décisives dans le jeu (60 %), ce qui montre une certaine qualité de jeu.

- Pour l'instant les équipes marquent très peu en fin de match, comme c'est souvent le cas d'ordinaire. Il y a eu certes 2 buts de plus en deuxième mi-temps qu'en première (11 contre 9) mais le quart d'heure le plus chargé est celui qui a suivi la mi-temps (6) et non celui qui termine le match (2). Le deuxième quart d'heure (16-30) est également riche en buts (5).

Les Anglais en mode Chelsea

Voilà, maintenant passons à la France, et cette entrée en matière compliquée. Pour la première fois depuis bien longtemps, elle était favorite de ce "crunch" - je sais que j'ai choqué certains supporters de rugby avec ce terme emprunté lors de mon post précédent, alors maintenant je mets des guillemets - mais personne n'avait imaginé que ce serait facile. Beaucoup avaient déjà deviné comment ça se passerait : le ballon pour les Français, qui allaient le tripoter à outrance face à des Anglais attentistes, et seulement offensif sur les coups de pieds arrêtés et les contre. Bref, une Angleterre façon Chelsea, sur lequel vous connaissez mon opinion, très sévère. C'est très exactement ce qui s'est passé, ce qui est plutôt rare en football.

Face à une défense d'un tout autre niveau que celle de l'Estonie, et qui était particulièrement bien protégée par une deuxième ligne de 4 parfaitement coulissante, la France a fait ce qu'elle a pu avec les armes qu'elle avait. A savoir un Ribéry véritablement retrouvé - on a eu chaud, un mois de plus et on le perdait - et un Nasri enfin saignant. Les deux ont d'ailleurs construit le but français, qui lui n'est pas banal : les frappes victorieuses de ce style, de 20 mètres, sont si rares en Équipe de France que j'ai grand peine à m'en souvenir d'une seule récente La France était construite pour jouer dans les petits espaces, déborder, dribbler, permuter, et elle marque un but de loin. Là, le football retrouve sa nature primesautière.

En revanche, le but qu'elle encaisse, sur un coup de pieds arrêté, est un grand classique. Diarra est battu sur le duel, ce qui arrive à tout le monde mais qui est dommageable quand même. Que Lloris n'essaie pas au moins d'intervenir des deux poings, alors que Lescott se retrouve dans ses 6 mètres lorsqu'il marque de la tête, est encore plus embêtant. A ce niveau comme à ceux d'en dessous, un gardien doit au moins être maître de son rectangle, sinon il ne s'en sort pas. Surtout face aux Anglais...

Benzema en mode Anelka

Ce match a été un des plus pauvres en rythme de la compétition, pour l'instant. Rien à voir avec le 1-1 d'avant-hier entre l'Espagne et l'Italie, par exemple. La faute à la chaleur et au manque d'expérience des Bleus, qui n'ont pas réussi à bouger un bloc resserré, par exemple en changeant de rythme, en écartant le jeu et en centrant. L'autre solution, la frappe de loin, a fonctionné mais pas suffisamment. En même temps, à quoi ça aurait servi de centrer ? Benzema n'était JAMAIS dans la surface lorsque Ribéry ou les latéraux français étaient en position de centrer. Lorsque Debuchy, en deuxième mi-temps, chipe un ballon dans les pieds d'un défenseur anglais et est en position idéale pour donner un but, où était Benzema ? Personne n'avait suivi le pressing du défenseur lillois ! De quoi enrager, franchement. Ça ne donne pas envie d'aller presser les défenseurs... C'était vraiment une occasion énorme.

Avec le placement de Benzema, on en revient au début sur Anelka en Afrique du Sud, il y a 2 ans. Lui aussi dézonnait, mais à lui on le lui avait sévèrement reproché. Même Domenech le lui avait reproché, ce qui lui avait valu les fameuses insultes que l'Équipe avait cru bon d'afficher sur sa une, à la vue de toute la population, même mineure... alors qu'elles étaient manifestement erronées, d'ailleurs. On attends toujours le mea culpa des décideurs de l'époque.

Si encore la France avait évolué en 4-2-3-1, Benzema aurait pu dézonner, puisqu'il aurait eu un attaquant de soutien ou un meneur pour le suppléer dans l'axe. Mais dans un 4-3-3 de ce style, s'il recule, qui occupe la pointe ? Malgré toutes ses réclamations et ses statistiques honnêtes, Benzema ne sera jamais un grand buteur. Ses stats au Real sont bonnes, mais quand on est avant-centre d'un Real qui marque plus de 100 fois, 21 buts, c'est pas fabuleux non plus. Oui, Ronaldo en a marqué la moitié, mais il en restait quand même pas mal... Et ses 15 buts en 46 sélections sont encore une fois honnêtes, mais pas fabuleux non plus.

Anelka, lui, n'avait jamais caché qu'il n'aimait pas rester seul en pointe, qu'il était plus un attaquant de soutien et qu'il avait donc besoin de soutenir quelqu'un. Jamais il n'a affirmé qu'il était un buteur, et ses stats en sélection le confirment (14 buts en 69 matches). En revanche, Benzema a toujours réclamé de jouer dans l'axe, et que son idole était Ronaldo. Or, hormis avant ses blessures, lorsqu'il pouvait éliminer toute une défense à lui tout seul, le Brésilien revenait rarement participer au jeu, et lorsqu'un ballon arrivait dans la surface, il était toujours là, à la réception. Il pesait, quoi.

La défense rassure

En 4-3-3, avec des centreurs de la qualité de Ribéry, Debuchy et même Evra, sur le match d'hier, il aurait mieux fallu faire jouer Giroud que Benzema, je dois le dire. Lui aurait sans doute plus été à la réception des centres de ses coéquipiers, il aurait été un bon appui, un relais pour ses partenaires. Mais le Montpelliérain n'est pas entré en jeu, contrairement à Martin et Ben Arfa... deux passeurs supplémentaires, mais pour qui ? Depuis 2 ans, la France a surtout brillé à l'extérieur, quand elle n'avait pas à faire le jeu, comme en Bosnie (0-2), en Angleterre (1-2) ou en Allemagne (1-2). Hier, elle a encore échoué à imposer le sien, faute d'une pointe au niveau.

La défense, en revanche, a signé un gros match, bien aidée par celui de Diarra, énorme à la récupération. Dans la minute précédant le but, il récupère trois ou quatre ballons de relance anglais... Si Rami a été hésitant, Mexès a rassuré. Toujours bien placé, voire même rapide, le Milanais a montré, comme je le disais hier, que dans les gros matches il était là, et que ses matches amicaux ratés étaient sans doute le résultat d'une préparation difficile à avaler après une saison compliquée en Lombardie.

Chez les Anglais ? Pas grand chose à dire. Ils ont tiré 3 fois, cadré une fois (sur le but), contre 19 tirs français, dont 15 cadrés ! Ils ont démontré que Rooney était difficilement remplaçable, même si Welbeck n'a pas démérité. Sur les côtés, Milner a tout raté, alors que Oxlade-Chamberlain a impressionné. Mais la patte de Gerrard, qui ne cours plus, reste d'une qualité rare. Bref, une équipe assez ordinaire, quand même. mais qui garde toutes ses chances de qualification, comme nous... celui qui se ratera lors du prochain match sera dans une situation compliquée.

Allez, à plus tard !

lundi 11 juin 2012

Enfin le Crunch !

Bonjour à tous,

A peine le temps de se rendre compte que l'Euro a commencé que déjà, le premier tour du premier tour se termine ! Douze des seize équipes en compétitions ont déjà entamé leur tournoi, avec des fortunes forcément diverses. Tout le monde ne peut pas commencer par un 1-1 à la fois rassurant et qui n'engage rien quant à vos chances de se qualifier pour les quarts de finale.

Un match fermé ?

On fera un premier bilan demain, après que toutes les équipes aient joué, mais on peut noter que l'honnête différence de buts (2,5) est trompeuse : elle repose surtout sur les deux gros scores qui ont déjà marqué ce début de tournoi, celui de la Russie contre la République Tchèque (4-1) et celui de la Croatie, hier, contre une Irlande particulièrement faible, mais aussi malchanceuse (3-1). Neuf buts sur 15 ont été marqué dans ces deux matches, ce qui veut dire qu'on ne dépasse pas les 1,5 sur les 4 autres... la Russie et la Croatie sont d'ailleurs les seules à avoir réussi à marquer plus d'un but lors de leur match. On va attendre un peu pour voir si cette tendance est lourde ou pas.

Penchons nous plutôt sur ce match qui nous intéresse tous. C'est une authentique affiche, comme on a déjà eu Espagne-Italie hier (1-1) ou Allemagne-Portugal avant-hier (1-0). Des matches fermés, mais au niveau techniques divers. Le premier fut un véritable régal pour les yeux, avec des champions d'Europe et du Monde rivalisant d'intelligence pour tenter de se frayer, parfois à la limite de la caricature, un chemin dans la défense italienne à coups de petites passes répétées parfois géniales, comme celle de Silva pour Fabregas sur le but, quitte à donner l'impression de vouloir rentrer dans le but avec le ballon, mais aussi des Italiens généreux, et n'hésitant pas à se porter vers l'avant dès la récupération du ballon, souvent avec intelligence. L'autre match, en revanche, fut beaucoup plus brouillon, malgré la qualité des joueurs présents sur le terrain. Il y avait quand même 4 joueurs du Real Madrid au coup d'envoi, 2 de chaque côté, pour un match qui ne concernait pas l'Espagne !

Les portes pourraient donc bien être fermées, ce soir à 18h à Donetsk, sauf si les défenses, qu'on pressent affaiblies par les absences, prennent l'eau. Encore faudrait-il que les deux équipes tentent de les mettre à la faute, ce qui n'est pas gagné d'avance. Blanc a déjà annoncé que la France jouerait le jeu vu lors des matches amicaux, c'est-à-dire avec des prises de risques offensives que seule l'Islande a réussit à exploiter (3-2), mais qui auraient pu être plus compliquées à gérer face à des attaquants plus habiles. Contre l'Estonie, c'est un miracle si Lloris, bien mal protégé par Rami et Mexès, n'encaisse pas de but en début de match (4-0). En revanche, on sait déjà que le onze de la Rose se contentera de sortir ses épines défensives, et d'évoluer en contre, quant elle le pourra.

La défense en question

La France est invaincue depuis 15 ans et 5 matches contre l'Angleterre, et ce but de Shearer à Montpellier lors du Tournoi de France (0-1), elle n'a plus perdu depuis l'ouverture des éliminatoires contre la Biélorussie (0-1), soit 21 matches, mais si elle offre à Welbeck ou Ashley Young les mêmes espaces qu'à Sigthorsson ou Ojamaa, ça pourrait faire mal. Sauf bien sûr si la charnière centrale tricolore se ressaisit à l'approche de la compétition, comme elle a pu le faire lors des matches amicaux de prestige qui l'ont opposé depuis deux ans à l'Angleterre, déjà (1-2), le Brésil (1-0) et l'Allemagne (1-2). Des matches amicaux qui ressemblaient beaucoup à des matches officiels. A chaque fois, la défense française s'était montrée beaucoup plus convaincante et concentrée que contre des équipes moins réputées.

Et puis n'oublions pas que, contrairement à l'attaque, qui ne s'est montrée à son avantage que durant ce mois de mai après avoir très sérieusement tâtonné depuis deux ans, la défense a toujours été pour Blanc un des rares motifs de satisfaction (0,52 buts encaissés par match, troisième score pour un sélectionneur français derrière Santini, 0,46, et Jacquet, 0,51). Lors des éliminatoires, elle n'a encaissé que 4 buts en 8 matches, et jamais plus d'un à la fois, il est vrai dans une poule pas très terrifiante non plus, mais quand même. Avoir quasiment la moyenne de buts encaissés qu'Aimé Jacquet, un maître du genre, il fallait le faire. Surtout que lui pouvait compter sur les meilleurs défenseurs de l'époque...

L'Angleterre manque de réserve

Maintenant évidemment, il s'agit d'affronter des équipes qui ont brillé lors des éliminatoires. L'Angleterre n'a pas tremblé, et la Suède, troisième attaque et meilleur deuxième de cette phase, non plus, contrairement à la France. Mais si elle a des blessés, notamment en défense mais pas que (Abidal, Sagna, Diaby, Gourcuff, Rémy...) elle semble moins affectée par cette rubrique que l'Angleterre, qui montre une nouvelle fois la limite de son réservoir de joueurs, avec les blessures de Cahill et Lampard, remplacés par Kelly et Henderson, et dont le troisième gardien, Jack Butland, 18 ans, évoluait cette saison à Cheltenham, en 4e division, après un prêt de Birmingham City ! Depuis Barthez, qui évoluait en Ligue 2 à Marseille dans les années 90, difficile d'imaginer un gardien international français évoluer en dessous de l'élite... De même, derrière Rooney, qui est un génie à ce poste malgré des contours mal dégrossis et trompeurs, et qui sera suspendu, c'est un peu le désert : Welbeck, non titulaire à Manchester United, a marqué 12 buts toutes compétitions confondues, et Andy Carroll, 9, dont 5 en Cup... seul Defoe a (encore) été efficace cette saison (16 buts) mais ne paraît pas être un titulaire aux yeux d'Hogdson... Là encore sur ce plan là, on n'a pas à se plaindre, nos deux attaquants ont marqué plus de 20 buts cette saison... ce qui n'est pas une assurance tout risque, mais bon, qu'est-ce qui est sûr en football ? Pas grand chose.

Bref, on sait que l'Angleterre, comme l'Italie, sait se sublimer à l'approche de la compétition et surtout lorsqu'elle est en difficulté. Il ne faudra donc pas la sous-estimer. Mais n'oublions pas non plus une chose : une première défaite n'est pas éliminatoire, loin de là même. L'Espagne, en 2010, mais aussi la France, battue en ouverture de son Mundial par... l'Angleterre (1-3), avant d'aller en demi-finales, peuvent en témoigner. Mais ce sera probablement un groupe serré, alors autant essayer de ne pas prendre du retard trop vite.

Allez, à plus tard !

samedi 9 juin 2012

Lancement réussi pour l'Euro

Bonjour à tous,

Lors de chaque début de tournoi, il n'y a pas seulement l'excitation de voir enfin les matches débuter, il y a aussi une peur insidieuse, une peur qui ne dit pas son nom, que l'on n'assume pas, en se disant "non, pas cette fois, ça n'arrivera pas", tout en sachant, au fond de nous même, que ça arrivera quand même, parce que c'est toujours comme ça : la peur de se faire chier devant le match d'ouverture.

Séduisante Pologne

Déjà, le fait que le score de match d'ouverture le plus répandu depuis que le tournoi a adopté le système de poules, en 1980, soit 9 éditions désormais, soit le 1-1 (4) devant le 1-0 (3) et le 2-1 (2), et ce malgré l'absence totale de 0-0, nous indique bien qu'on entre rarement en fusion lors de ces matches qui voient toujours le pays organisateur débuter, les pieds tremblants, SON Euro, devant plusieurs dizaines de millions de téléspectateurs, hormis en 1980, en Italie, ou ce fut le tenant ouest allemand qui débuta contre la Tchécoslovaquie (1-0). Depuis, en 8 matches d'ouvertures, seules la France contre le Danemark en 1984 (1-0) et la Belgique contre la Suède, en 2000 (2-1) ont remporté leur premier match. Pour 4 nuls, on l'a vu, et 2 défaites, lors des deux dernières éditions : le Portugal contre la Grèce en 2004 (1-2) et la Suisse contre la République Tchèque, en 2008 (0-1). De ce point de vue, la Pologne ne s'en est donc pas si mal tirée, finalement. Mais débuter le tournoi n'était vraiment pas un cadeau pour elle.

On notera d'ailleurs l'étonnante évolution des scores de matches d'ouverture depuis 1980 : d'abord deux 1-0, puis trois 1-1 consécutifs, avant deux 2-1 d'affilée. Puis la série logique s'est stoppée en en 2008. Dommage, on aurait bien dégusté un 2-2 en hors-d'œuvre !

Si le score de Pologne-Grèce, une affiche qui, sur le papier, était une des moins sexy du plateau, il faut le reconnaître, est donc très banal (1-1), le déroulé de ce match est pourtant annonciateur, on l'espère du moins, d'une belle qualité de jeu et de matches échevelés. Si le score n'a pas été plus étoffé, c'est plus en raison de l'inefficacité des attaquants que de la volonté de jouer des deux équipes. Oh je sais bien, elles n'ont pas non plus déployé une qualité technique très exceptionnelle, loin de là, mais elles ont essayé de jouer et de proposer du jeu. Même la Grèce, c'est dire. Comme quoi, un entraîneur peut vraiment avoir une influence sur le jeu de son équipe. On sent que Rehhagel n'est plus aux commandes, et que l'équipe héllène a envie de voir Troie, le but adverse quoi, un peu plus souvent que lorsque l'entraîneur allemand était aux manettes.

Pourtant, c'était plutôt parti pour être un cavalier seul de la Pologne, que j'avais annoncé, dans un post précédent, comme une possible surprise dans ce tournoi. Le score ne lui a pas été favorable, mais son début de match a montré qu'elle possédait un arsenal offensif particulièrement performant, en tous cas sous-estimé par la plupart des observateurs. Ben oui, ça fait bien longtemps que la Pologne, ce n'est plus le duo Boniek-Lato, parfait soutien de Szarmach... Trois décennies de sélections polonaises souvent présentes, mais toujours insignifiantes en phase finale, ont mis à bas le statut flatteur de la Pologne, demi-finaliste mondiale en 1974 et 1982. Du coup, elle est négligée par tous les pronostiqueurs, mais avec dans ses rangs trois titulaires du Borussia Dortmund, double champion d'Allemagne, et un Obraniak également sous-estimé en Ligue 1, la Pologne a les moyens de bousculer beaucoup d'équipes dans ce tournoi.

Et elle a mangé la Grèce, du moins en début de match. Notamment sur le côté droit, le point fort polonais, avec Piszczek en latéral et Blaszczykowski en milieu offensif (c'est la dernière fois que je recopie leurs noms), et face à un Holebas en très grande difficulté. Heureusement que le valeureux Samaras l'épaulait dans son couloir... De l'autre côté, Rybus a eu plus de mal à déborder Torossidis, un client au poste de latéral mais très méconnu, là encore. Mais quand vous totalisez 45 sélections à 26 ans, même avec la Grèce, et que vous avez déjà disputé 32 matches européens, dont 17 de Ligue de Champions, c'est que vous n'êtes pas complètement manchot non plus.

Heureusement, il y avait Obraniak. Comme toujours fin technicien, à l'œil avisé et toujours prompt à vous trouver un espace là où il n'y en a pas, le Franco-Polonais a fait très mal à la lourde arrière garde grecque. C'est lui qui est à l'origine du but de Lewandowski, avec un lancement idéal de la fusée Piszczek (ah ben si je l'ai re écris) qui centrait pour son avant-centre, auteur de 30 buts toutes compétitions confondues avec Dortmund, dont 22 en championnat. Sa tête était beaucoup plus difficile à mettre en lucarne qu'on pourrait le croire, surtout avec un rebond... et ce malgré la sortie affreuse de Chalkias.

La Grèce attaque enfin

Et puis, après cette illustration parfaite de la supériorité polonaise, les hommes de Smuda ont voulu géré. Ou bien ils ont eu du mal à gérer mentalement cet avantage. Toujours est-il qu'ils ont laissé les Grecs revenir dans ce match, accumuler les coups de pied arrêtés dangereux - s'ils jouent moins défensifs, ils ont quand même conservé les mêmes armes qu'en 2004 -  puis, malgré l'expulsion sévère de Papasthatopoulos, revenir au score, sur une superbe sortie ratée de Szczesny, que je tenais pourtant en haute estime...

Et puis il y a eu le penalty, après l'expulsion du gardien d'Arsenal, qui va devoir être très refaire pour renaître de cette entame ratée. Et l'entrée dantesque de Tyton, qui parvenait à détourner le penalty, il est vrai téléphoné mais frappé par un spécialiste, de Karagounis, déjà présent en 2004. La suite fut une longue domination grecque, vaine, malheureusement pour eux.. Il y eu bien un but refusé pour eux, encore par Salpingidis, mais il était bel et bien hors-jeu, contrairement à ce que les commentateurs de M6, Denis Balbir et Jean-Michel Larqué, avides d'erreurs d'arbitrage pour avoir du grain à moudre.

Malheureusement, parce que certes, j'en veux toujours à cette équipe d'avoir fait du mal au football en remportant l'Euro 2004 de la pire des façons, c'est-à-dire en défendant jusqu'à la caricature. Mais il faut reconnaître qu'un bon parcours de sa part fera peut-être un peu de bien à son peuple, même si ce dernier a probablement d'autres chats à fouetter. Mais la Grèce est folle de foot, et si sa sélection va loin, ça ne lui fera pas de mal. En tous cas hier, elle a du être fière de son équipe, enfin conquérante, à défaut d'être convaincante sur le plan du jeu. Hormis Karagounis et Salpingidis, et le jeu intelligent de Samaras, ça manque quand même pas mal de technique dans cette équipe.

La Russie prend une option

Plus tard, dans la soirée, la moyenne de buts a pris un petit peu d'avance. Dominée en début de match, la Russie a ensuite démonté la défense tchèque a coup d'accélérations, de passes dans le trou et d'habileté devant le but, une nouveauté chez elle, et transformant Petr Cech en piquet. Et ce grâce à un Arshavin toujours aussi fort, mais dont la popularité a souffert de son sale caractère et de son irrégularité. Mais c'est un génie du football, pas de doute. Et la Russie s'est trouvée un autre crack en la personne d'Alan Dzagoev, auteur d'un doublé. Celui-ci, qui fêtera ses 22 ans dans 12 jours, cartonne déjà depuis 4 ans au Lokomotiv Moscou, et pourrait bien vite rejoindre un championnat plus relevé dans les prochains mois s'il confirme son début d'Euro. Et la Russie, déjà séduisante en 2008 mais absente au Mondial 2010, si elle passe cette poule largement à sa portée, pourrait bien faire souffrir un des ressortissants du groupe de la mort en quart de finale, l'Allemagne, les Pays-Bas, le Portugal, voire le Danemark... on en saura un peu plus ce soir, avec les premiers matches de ce groupe.

Je vous laisse !

jeudi 7 juin 2012

Giroud-Benzema, vraiment ?

Bonjour à tous,

Ah les enfants, on y est, ou presque ! Les veilles de grand tournoi, c'est un peu comme quand on attendait Noël ou le départ en vacances, quand on était gosse : on ne dort pas, on compte les heures, on essaie de deviner ce qui se passera, comment ce sera... et ce même si rêver d'un match d'ouverture comme Pologne-Grèce, ce n'est pas l'expérience la plus psychédélique qui soit.

Pourtant, vous verrez, cette équipe polonaise va en surprendre plus d'un. En dehors du fait qu'elle joue à domicile, ça fait suffisamment longtemps qu'elle n'a pas passé un premier tour (26 ans !) pour que ça n'arrive pas cette année. Surtout, elle semble enfin posséder des joueurs faisant partie des meilleurs du continent. Vous verrez, il y a une petite pièce à mettre sur eux, au moins pour les quarts de finale.

La France sur le bon chemin

Bref, en attendant les Bleus sont en Ukraine, et ont endossé les lieux et les draps du Shakhtar Donetsk, un de ses nouveaux riches qui se multiplient en Europe depuis une décennie, à l'est comme à l'ouest d'ailleurs, et qui horripilent les puristes et les nostalgiques du foot à papa au plus haut point. Quoi, l'argent se met à fausser le sport ? C'est vrai qu'avant l'arrivée des pétroliers de toute origine, ça n'arrivait jamais, toutes les équipes étaient à égalité devant l'argent... Ah arrêtez c'est trop moche.

Forte de trois matches amicaux réussis, ce qui, comme j'en ai parlé dans mon post précédent, expliquerait en partie un premier tour réussit mais ne le garantit pas forcément, la France va entamer ce tournoi avec une confiance et des certitudes qu'elle ne possédait pas il y a une ou deux semaines. Elles sont donc aussi solides que des arbres après une tempête. Mais si elles perdurent face à une opposition plus conséquente, dès lundi contre une Angleterre affaiblie et donc plus dangereuse que jamais, on pourrait avoir une bonne surprise cette année. De fait, jamais la France n'a raté un premier tour après avoir gagné ses 3 matches de préparation. Mais jamais un Européen n'avait été champion du monde en dehors de son continent avant 2010 et le sacre espagnol en Afrique du Sud. La Roja qui est également le seul champion du monde à perdre un match de premier tour l'année de son sacre (0-1 contre la Suisse) et le premier à marquer moins de 10 buts (8). Comme quoi, les premières, ce n'est pas fait pour les chiens.

Giroud, la nouvelle star

L'Équipe de France, on le sait, est toujours sujette à des débats houleux et parfois contradictoires sur sa composition, en général quand ça ne va pas très fort. 2012 n'est pas en reste, alors que l'équipe semble pourtant avoir trouvé un début d'équilibre, et surtout qu'elle est invaincue depuis 21 matches, record du plateau... mais il arrive parfois aussi qu'un joueur recueille tous les suffrages, parfois pour des raisons obscures, et dont la titularisation monopolise parfois les débats tactiques dans les médias, quitte à nier tout bon sens. Ça s'appelle une mode, ça passe aussi vite que c'est venu, mais quand on est dedans le temps paraît très long.

Olivier Giroud doit jouer avec Benzema, c'est du moins ce qu'on entend ou lit partout depuis 2 semaines. Attardons nous un peu sur le profil du garçon. D'abord, il est beau gosse et passe bien à la télé, qualité qu'il partage avec Yohan Gourcuff mais moins avec Franck Ribéry, ce qui explique certaines choses sur le traitement médiatique de certains joueurs par rapport à d'autres. Oui, c'est comme en amour, s'il est beau c'est qu'il doit être bon. L'humain est faible.

Ensuite, il joue à Montpellier, ce qui lui permet d'attirer vers lui une sympathie particulièrement exagérée. Il a donc, du moins dans l'esprit des gens, participé à mettre en échec le puissant PSG, son centralisme parisien, ses pétro-dollars, etc. Même si, on l'a vu, Montpellier a surtout construit son succès lors de la deuxième partie de saison (45 points contre 37), période durant laquelle le taux d'efficacité de Giroud devant le but a nettement baissé (8 buts contre 13), au profit de ceux de Camara, Utaka ou Belhanda par exemple. Ce n'est donc pas seulement lui qui a fait de Montpellier le champion le plus étonnant depuis... Strasbourg en 1979, par exemple, mais un collectif, dont les louanges ont été largement chantés par la presse, à juste titre. Bref, en gros Montpellier était au-dessus collectivement, mais c'est Giroud qui a tout fait. Le beurre (un collectif soudé, qui plait toujours aux lecteurs français), mais une star aussi (qui plait encore plus aux lecteurs). Bien joué, mais pas très crédible quand même.

Surtout, avec 21 buts, Giroud se situe dans le moyenne des meilleurs buteurs de Ligue 1 depuis 10 ans. Il fait moins bien que Gignac en 2009 (24) ou Sow, l'an passé (26), mais quand on consulte les médias à son sujet, c'est comme s'il avait marqué 35 buts. Pourtant, avec ce total qui ne lui permet de dominer un milieu offensif, Nene, qu'au nombre de penalties inscrits, il n'aurait été que 4e en Angleterre et en Allemagne, et 5e en Espagne et en Italie, des championnats qu'on peut considérer comme supérieurs à la Ligue 1, même s'ils sont sans doute plus ouverts tactiquement.

Un contresens tactique

Je ne cherche pas à dénigrer Giroud, qui a démontré, par son intelligence de jeu et son altruisme si Français, qu'il possédait un profil très intéressant pour les Bleus. J'essaie simplement de comprendre le délire qui entoure ce joueur, dont tout le monde réclame la titularisation alors qu'il ne possède quasiment aucune expérience internationale (2 matches de Ligue Europa, 1 but), et notamment Christian Jeanpierre, dont l'existence même semble dépendre du nombre de ballons que Giroud recevra pour marquer les buts qu'il rêve de le voir marquer en Bleu, et qu'il a signé un total de buts moyen, alors que d'autres ont fait mieux sans déclencher la même admiration médiatique. C'est un attaquant talentueux, mais qui ressemble beaucoup, par exemple, au Guillaume Hoarau d'il y a 4 ans, qui était déjà grand, bon buteur et altruiste, puisqu'il n'hésitait jamais à défendre et dont le jeu de corps était utile à l'équipe parisienne. A l'époque, on l'avait comparé à Ibrahimovic dans l'Equipe, et Blanc, déjà, lorgnait sur lui. Malheureusement, les blessures puis le projet qatari ont eu raison de son statut en Bleu. Giroud, comme Hoarau, comme Gignac aussi, n'est donc pas à l'abri d'une disparition aussi soudaine que son apparition dans les radars médiatiques. Des loupes médiatiques, devrait-je dire.

Revenons à cette association avec Benzema, que le peuple français réclamerait à gorge déployée, paraît-il. En dehors du fait, je viens d'en parler, qu'elle ne repose pas sur grand chose, sinon sur l'apparente complémentarité des deux joueurs et la qualité de remiseur du Montpelliérain, elle est un contresens tactique. Admettons qu'on passe en 4-4-2, système encore à la mode dans quelques clubs dirigés par des nostalgiques du Brésil 70, genre à Lorient par exemple, mais qui n'est absolument pas utilisé au plus haut niveau, que ce soit en Ligue des Champions ou au niveau international. Barcelone, le Real, le Bayern, et je ne parle pas de Chelsea... évoluent tous avec une seule pointe, voire aucune. Le PSG a établit un score de champion (79 points, 75 buts) avec un système sans attaquant de pointe. Je ne dis pas que la disparition des 2 attaquants est une bonne chose, je dis que plus personne ne joue de cette manière, du moins au-dessus d'un certain niveau, c'est ainsi. Et tenter le coup à ce niveau serait nous exposer à des risques inutiles, et créer un déséquilibre qui serait préjudiciable. Surtout pour une équipe qui présente aussi peu de certitudes en défense, comme la notre. Passer en 4-4-2, ce serait priver la défense d'une assurance supplémentaire au milieu, ce dont elle n'a pas vraiment besoin...

Imaginons à présent que Blanc ne change pas de système, mais décale Benzema sur un côté, à droite ou à gauche, mette Giroud en pointe, vire Nasri et garde Ribéry, en grande forme. Sur le papier c'est audacieux, car ça nous prive d'un joueur plus défenseur sur un côté, même si c'est très séduisant. Mais ce serait aussi gâcher le talent de buteur de Benzema, même s'il est particulièrement intermittent en Bleu (15 buts en 45 sélections, ce n'est pas ce qu'il y a de mieux sur le plateau européen, loin de là). Ça n'arrangerait pas ces chiffres moyens, et ça ne garantirait pas forcément plus de buts...

Surtout, il faut que les gens arrêtent de se faire du mal sur le sujet. Si Blanc n'a pris que deux pointes dans sa liste, ce n'est certainement pas pour les faire jouer en même temps durant l'Euro, pour ne jamais les faire tourner puisqu'il n'aurait plus de solution sur le banc pour les faire souffler, sachant que Ménez n'est qu'une solution extrême. Sil avait pris Gomis ou Cissé, d'accord... La structure même de la liste interdit cette fantaisie, aussi populaire soit-elle.

Au contraire, Giroud a le profil même du joker idéal. Imaginons un match - et ça arrivera, ne vous faites pas d'illusion - où la France aurait du mal à faire la différence, ou bien dans le cas où elle aurait besoin de revenir au score. Blanc a alors sur le banc Giroud, qu'il peut faire rentrer afin de soutenir Benzema en pointe, et lui offrir ses qualités de remiseur, son jeu de tête, voir son soutien dans la finition. Ça ne vous semble pas plus séduisant que de les faire jouer d'entrée tous les deux, quitte à n'avoir personne sur le banc pour venir les aider en cours de match ?

Et puis franchement, ce débat pourrait avoir lieu si la France manquait de réussite offensive... c'était le cas en 2010 et 2011, ça l'est moins cette année... alors je ne dis pas que ça ne sera pas le cas durant l'Euro, face à des défenses peut-être moins conciliantes que celles de l'Islande, la Serbie ou l'Estonie. Dans ce cas, oui, on pourra en reparler. En attendant... ne chamboulons pas ce fragile équilibre tout frais. On aura le temps de réclamer de nouvelles têtes si les anciennes n'assurent pas sur le terrain.

A plus tard !

vendredi 1 juin 2012

Historique des préparations

Bonsoir à tous,

Les semaines précédant les grandes compétitions, du moins celles pour lesquelles la France est conviée - ce qui est toujours le cas depuis 1996 - nous réservent à chaque fois ces petites friandises que sont les matches amicaux. Friandises amères, bien entendu, même si l'emballage suggère le contraire.

Amical contre compétition

Il y a beau y avoir marqué match international dessus, ainsi que préparation pour l'Euro ou le Mondial, et Équipe de France, un match amical reste un match amical, c'est-à-dire l'inverse d'un match à enjeu. Forcément, il y a des essais, des changements, ce qui nuit à la continuité du jeu, et donc à sa qualité, sans parler de la démotivation, logique. Le fait que l'opinion et les médias les analyse pourtant sur l'aune de la compétition est donc un non-sens total, ce qui n'empêche pas le phénomène de se répéter à chaque fois. On sait que les joueurs sont surtout là pour prendre du temps de jeu, peaufiner des automatismes et si possible gagner de la confiance, avant même d'avoir l'obligation de gagner le dit match amical, on ne peut s'empêcher de juger chaque performance comme si elle était fatalement condamnée à se répéter en match officiel... alors que même en compétition, la vérité d'un jour peut être contredite par celle du lendemain, ce qui rend ainsi toute tentative d'analyse vouée à l'échec. Alors imaginez, d'un match amical à un match à enjeu, la différence qu'il peut y avoir...

Le problème, c'est que le sélectionneur, d'un côté, et l'opinion, de l'autre, ne regardent pas les mêmes choses dans un match amical. Le premier regarde la tactique, les duos, les automatismes, et surtout la forme des joueurs, quelque soit le résultat, qui est toujours aléatoire en football. L'autre juge avant tout ces derniers en fonction du résultat. La France a fait des progrès et bien travaillé dans un match ? Oui mais elle a perdu, donc ça va mal, on va se planter. Ainsi, le match contre l'Islande : tout ce que les médias ont retenu, c'est le score à la mi-temps (0-2) et le score final, serré (3-2). Pourtant, les Bleus ont dominé la première mi-temps, et se sont fait prendre sur deux des trois contres islandais, avant de remporter la victoire en deuxième mi-temps. Les médias ont donc proclamé que la défense était pourrie, alors qu'elle est précisément le seul secteur de jeu qui fonctionne depuis que Blanc a pris les rênes de l'équipe (0,55 buts par matches, troisième bilan d'un sélectionneur français, à peine moins que Jacquet, 0,51). A l'inverse, personne n'a soulevé le fait que malgré le statut amical du match, les Bleus sont allés chercher la victoire en fin de match, à l'image de Rami qui est monté pour marquer un but dans le jeu, alors que rien ne l'y obligeait... c'est plutôt un état d'esprit positif, mais cette analyse est complètement passée à l'as.

Pourtant, on ne peut pas nier que, souvent, les résultats des matches amicaux sont soit précurseurs de ceux qui suivront lors du tournoi qu'ils précèdent, soient les influenceront, c'est selon. Est-ce parce que les résultats amicaux sont bons que les officiels le sont aussi, ou est-ce parce que l'équipe est bonne qu'elle gagne les deux types de match ? Toujours est-il que ça colle souvent. Mais pas toujours.

L'influence de la préparation

Si on regarde depuis la guerre, la France a disputé 31 matches amicaux dans le mois qui précédait une compétition internationale, en ne comptant pas 1960, qui se joua selon une formule coupe, y compris avant l'Euro, qui n'était qu'une sorte de final four. Avec un bilan très positif : 19 succès, 8 nuls et seulement 4 défaites, soit 1,48 points par matches ! Et si on sépare les tournois "réussis" (c'est-à-dire où la France a passé la phase de poule) et les "ratés", on note une vraie différence. Quand la France s'apprête à passer les poules, elle recueille 1,67 points par marches, 13 succès sur 18 et une seule défaite, en 1982 contre le Pays de Galles (0-1). C'est d'ailleurs la seule année dans son histoire où elle a raté sa préparation avant un tournoi réussi (1 nul, 1 défaite), sur 9 autres pré réussites. En 2006 et en 1996, elle avait même remporté ses 3 matches...

En revanche, avant de rater un tournoi, ses stats baissent. Elle ne recueille que 1,23 points par matches, avec 6 succès, 4 nuls et 3 défaites ! Et elle n'a réussi que deux préparations (sur 6), en 2008 (2 succès, 1 nul) et en 1978 (2 succès). En 2010, le bilan fut équilibré (1 de chaque), même si la défaite fut concédée à la Chine (0-1), ainsi qu'en 2002 (1 succès, 1 défaite) et en 1954 (1 nul). En bref, pour résumer, pour réussir un tournoi, il vaut mieux réussir ses matches amicaux, et de préférence sans en perdre. Mais ce n'est pas non plus une assurance de qualification. En revanche, rater sa préparation, c'est presque s'assurer un fiasco...

A noter qu'en 1986, 1966 et 1958, la France ne disputa aucun match amical dans le mois précédent la compétition, avec à la clé deux demi-finales et un échec. Pour les deux plus anciens, on s'étonnera moins, sachant que les matches internationaux étaient beaucoup moins fréquent que depuis 30 ans. Pour 1986, en revanche... championne d'Europe en titre, la France disputa en mars un match amical contre l'Argentine, futur championne du monde (2-0 au Parc)... et puis rien avant le 1er juin, et le premier match contre le Canada, qui fut des plus poussifs (1-0), ceci expliquant peut-être cela...

Pour l'instant notre préparation est plutôt bonne, avec deux succès, avant un troisième match contre l'Estonie, mardi au Mans, que l'on serait inspiré de remporter. Parce qu'une défaite, qui rappellerait celle contre la Chine il y a 2 ans, ruinerait complètement les quelques espoirs nés par les deux premiers matches...

Allez, à plus tard !

mardi 29 mai 2012

Une liste composite

Bonjour à tous,

C'est la dernière ligne droite avant l'Euro. Sauf blessure, on sait qui seront les 23 garçons qui tenteront de faire passer un premier tour à la France pour la première fois depuis 2006, et la finale mondiale obtenue par les Bleus. A noter que sur les 23 joueurs retenus à l'époque par Raymond Domenech, seuls Alou Diarra, Franck Ribéry et Florent Malouda sont toujours là. On aurait pu aussi avoir Landreau, Saha, Givet, Trezeguet, Chimbonda, Silvestre, Henry, Wiltord, Boumsong, Govou et surtout Abidal, qui jouent toujours...

Roulement des listes

Par rapport au dernier Mondial, en Afrique du Sud, il reste 10 joueurs, dont les trois gardiens (Lloris, Mandanda, Carrasso, Réveillère, Evra, Clichy, Diarra, Ribéry, Malouda, Valbuena). Soit 50 % des joueurs de champs renouvelés ! Un turn over énorme, dû notamment aux défections de Sagna, Abidal et Diaby, à la "placardisation" de Toulalan, Cissé ou Gallas, aux retraites internationales de Henry ou Anelka (qui lui était de toutes façons touché par la catégorie précédente) et à la baisse de niveau de Planus, Gourcuff, Govou, Gignac et Squillaci. Cette liste ne date que de deux ans, mais on a l'impression qu'elle en fait 5 fois plus... qui se souvient que Squillaci ou Gignac étaient à la Coupe du Monde ?

Entre 2008 et 2010, le taux de renouvellement était à peine supérieur, avec seulement 11 joueurs choisis pour les deux compétitions. C'est dire si, depuis la fin de l'ère Zidane, les sélectionneurs, Domenech et Blanc, tâtonnent, par obligation plus qu'autre chose. Forcément, quand personne ne s'impose à chaque poste à cause d'un creux générationnel classique, ça mouline pas mal. Regardez les sélections entre 1987 et 1991, ou avant, entre 1960 et 1980, et vous comprendrez.

Quinze clubs concernés, la Ligue 1 en force

Revenons à notre liste de ce matin. D'abord, elle est relativement jeune (26,74 ans), plus jeune que ses devancières. Seulement six trentenaires y prennent place, avec un "doyen" pas très vieux (Réveillère, 32), un très jeune (M'Vila, 21) et 15 joueurs âgés de 24 à 27 ans. Un groupe très homogène, donc.

Comptons ensuite par clubs : 3 Marseillais, 2 joueurs de City, Lyon, Newcastle et du PSG, et 12 joueurs provenant d'un seul club. Soit 15 équipes représentées, seulement 10 à l'étranger, 1,53 joueur par club. On ne pourra donc pas compter sur les automatismes de joueurs évoluant dans le même club, comme à la grande époque marseillaise, par exemple, même si on peut quand même évoquer la complicité entre Ben Arfa et Benzema, formés à Lyon en même temps, et bien sûr le quatuor champion d'Europe des moins de 17 ans en 2004, avec ces derniers plus Ménez et Nasri. En même temps ça ne veut pas forcément dire grand chose, vu qu'en 2010 seulement 11 clubs étaient représentés, dont Lyon, Arsenal et Bordeaux, qui comptaient 4 représentants chacun, alors que le champion de l'époque, Marseille, n'en comptait que deux. Soit moins que cette année, malgré la 10e place de l'OM en championnat... Il y avait également 11 clubs en 2008, 12 en 2006, 13 en 2004 et 2000, 15 en 2002 et 1998... comme quoi ça n'a pas une grande incidence, au final. Quand même, c'est la première fois depuis 2002 qu'aucun club n'émarge à plus de 3 représentants, et ce n'est que la troisième fois que ça arrive avec 1998 !

Quelques petits chiffres sur l'histoire des listes françaises pour les grands tournois. Il y en a eu 18 depuis la Guerre, dont 9 consécutives depuis 1996, série en cours. Surprise, le club le plus représenté est Bordeaux (34) devant Monaco (30) et Lyon (29, dont 21 à partir de 2002), ces trois là devançant Marseille (27) et le PSG (20). Puis vient le premier club étranger, Arsenal (19), juste devant Reims (18) et Chelsea (17). Saint-Étienne et Nantes, qui se sont tiré la bourre à l'époque où la France se qualifiait rarement, les années 60 et 70, suivent avec 16 et 15 joueurs, et ne devancent Auxerre que d'un cheveu (14). Mathieu Debuchy est le premier Lillois appelé depuis 1958, Mexès le premier joueur du Milan depuis 1998 et Giroud le premier Montpelliérain depuis 1996. Quant à Manchester City, Rennes et le FC Valence, il s'agit de leur première citation dans une liste française !

Sept ça suffit ?

Analysons à présent cette liste. Il est effectivement étonnant de constater qu'il y a plus de gardiens que d'attaquants véritables, mais Blanc n'a jamais caché qu'il préférait évoluer à une seule pointe, et qu'une troisième (Gomis ? Cissé ?) n'aurait pas été très utile. Ensuite, Ménez peut rendre service à ce poste, et puis surtout il est moins grave de se retrouver sans attaquant que sans gardien. Et puis les oranges ne se couperont pas toutes seules...

Le cas épineux concerne évidemment la défense. Une liste de 7 joueurs défensifs n'est pas forcément gênante en soit, si les latéraux ou certains milieux peuvent dépanner dans l'axe. Par exemple, ils n'étaient que 6 en 2000 à être spécifiquement des défenseurs, latéraux inclus. Mais Thuram, supposé latéral droit, était également un central exceptionnel, et puis Karembeu et Petit, classés au milieu, avaient aussi des références en défense, notamment le second, qui avait débuté à ce poste et terminé la finale de la Coupe du Monde 1998 dans l'axe, après l'expulsion de Desailly, ce qui ne l'avait pas empêché de marquer en contre dans les arrêts de jeu... Dans la liste actuelle, qui peut revendiquer une telle polyvalence ? Aucun des latéraux n'a la moindre expérience dans l'axe, sans parler des qualités physiques requises.

On cite Alou Diarra, qui peut dépanner dans l'axe. Ah bon ? Je ne me souviens pas l'avoir beaucoup vu évoluer à ce poste dans sa carrière... à moins qu'il s'agisse de considérer qu'un grand noir soit forcément un bon défenseur central, ce qui relève alors du racisme... après tout, Vieira ou Diaby sont également grands et noirs, avec des rôles plutôt défensifs, et personne n'auraient pensé les placer dans l'axe... Et même si c'était le cas, ça fait un peu juste. Imaginons qu'on se retrouve qualifié en quart contre l'Espagne ou l'Italie avec une charnière Koscielny-Diarra, qu'auraient-on à espérer d'un tel match ? L'inexpérience internationale associée à l'inexpérience du poste... L'absence d'Abidal est vraiment problématique, mais elle existe, et elle nous met dans l'obligation presque absolue de ne pas perdre nos titulaires dans l'axe, qui en plus sont loin de présenter les meilleures garanties. Avec les suspensions, sans parler des éventuelles blessures, ça tiendrait presque de la gageure.

Embouteillage au milieu

Du coup, avec une défense déplumée et une attaque réduite à deux unités, ça laisse donc la place à 11 milieux, rien que ça ! Oui parce que je ne mets pas les milieux offensifs chez les attaquants, je ne suis pas un sélectionneur obligé de faire croire qu'il est offensif et mettant dans la même case tous les joueurs offensifs. M'Vila, Cabaye, Diarra, Matuidi et sans doute Malouda se disputeront les deux places de milieux défensifs, et Martin, Nasri, Valbuena, Ben Arfa, Ménez et Ribéry les trois plus offensives, chargées de fournir Benzema en bons ballons. Faudra que ce dernier les mettent dedans, pas comme depuis 2 ans, mais c'est un autre sujet.

Certains considèrent qu'il faut associer Benzema et Giroud. L'association séduit, les deux joueurs semblent complémentaires sur le papier, mais aucune grande nation au monde ne joue plus avec deux attaquants, et si Blanc a pris deux pointes, ce n'est pas pour les faire jouer toutes les deux, quitte à se priver de solutions dans ce domaine. Je l'ai dit, la seule autre alternative à ces deux joueurs se nomme Ménez... S'il cède à la pression médiatique, comme il l'a fait pour Gourcuff, il lui faudra alors associer aux deux attaquants deux milieux excentrés, sans doute Ribéry et puis... qui ? Nasri évolue à gauche à City, Ménez peut évoluer des deux côtés, Valbuena est meilleur à droite, tout comme Ben Arfa. En revanche, ça condamnerait Martin à jouer les utilités, soit sur le banc soit en milieu axial, dans un système très offensif avec une seule pointe défensive. Blanc faisait ça à Bordeaux, mais c'était en Ligue 1. Et Diarra était un monstre, à l'époque.

Mais s'il reste sur son idée, il aura toujours le même dilemme sur les côtés, mais avec un joueur axial en plus à choisir. Admettons que M'Vila et Cabaye soient déjà des titulaires. Ca pourrait être Nasri ou Martin, les deux possédant des caractéristiques similaires, même si le premier a plus d'expérience et est plus offensif. En tous cas, la France évoluerais alors dans un système hybride, entre le 4-3-3 et le 4-2-3-1, qu'elle connait bien puisque Blanc l'aligne régulièrement depuis deux ans. Les journalistes, qui ont besoin de cases bien définies pour réfléchir, n'ont toujours pas réussi à l'analyser, mais c'est pourtant simple : au milieu, il y a une pointe basse (M'Vila), un joueur un peu plus offensif (Cabaye) et un encore plus offensif (Nasri ou Martin). Soit un triangle, mais renversé, en quelques sortes.

En tous cas, quand on regarde cette liste, on ne peut se dire qu'une chose : la victoire serait un miracle. les absences de Sagna, Kaboul, Abidal, Diaby et Rémy pèsent très lourd, en expérience et en qualité, sans parler de Sakho... A aucun poste, même celui d'avant-centre, on ne peut considérer qu'on possède le meilleur joueur d'Europe. Passer le premier tour serait déjà très bien... mais la France reste dans une période creuse, il va falloir attendre encore un peu avant de la revoir tutoyer les sommets. Pourquoi pas 2016 ?

A plus tard !

vendredi 25 mai 2012

La victoire des Gauchos

Bonjour à tous,

Penchons nous un peu sur un aspect du football français : son aptitude à attirer des footballeurs venus de tous les horizons, de tous les continents, et comment ces derniers se sont comportés sur les terrains de l'élite nationale. Il y en a pas mal à dire.

Depuis 1950, les joueurs étrangers ont marqué 18 499 buts, soit 31 % du total. Au vu des canons d'aujourd'hui (entre 46 et 60 % depuis 10 ans), ça paraît peu, mais il ne faut pas oublier que jusqu'en 1996 et l'arrêt Bosman, l'obligation était de ne pas posséder dans son effectif plus de trois étrangers, quelque soit leur provenance. Aujourd'hui, cette règle ne concerne plus que les joueurs non européens. Et un nombre conséquent des joueurs africains qui brillent en Ligue 1 aujourd'hui ont la double nationalité, ce qui les exclu de ce compte. Mais l'augmentation qu'on constate aujourd'hui a mis quelques années pour se mettre en place, c'était une nouvelle culture à intégrer, ainsi que des départs et des arrivées, aussi : en 1999-2000, on en était encore à 36 %. En 2006, on atteignait 60 %, un record, avant de retomber à 48 % aujourd'hui.

Autre constat, qui comptera dans l'analyse du tableau qui va suivre, on marque beaucoup moins de buts qu'avant. Jusque dans les années 70-80, on marquait allègrement 3 buts par matches, et parfois plus de 3,4. On a donc perdu quasiment un but par matches en 50 ans, ce qui influe sur les scores des différents joueurs et autres pays. Du coup, les buteurs étrangers de l'époque sont avantagés, même s'ils marquaient moins en proportion...

L'Argentine, très loin devant

A présent, regardons le classement final ci contre, qui concerne donc les saisons 1950-2012. Première surprise, la gagnant. je m'attendais à un pays européen, africain ou même au Brésil, leader incontesté des deux dernières saisons, mais pas à l'Argentine. Je me disais que, certes, les meilleurs attaquants de l'histoire du championnat de France, en tous cas les plus prolifiques, avaient été Onnis et Bianchi, qui avaient quasiment battu tous les records dans les années 70, mais qu'ils allaient être un peu seuls. Après tout, dans ce cas, pourquoi pas la Croatie de Skoblar ou le Mali de Salif Keita, auteurs de 44 et 42 buts en 1971, record de France ? Mais pour gagner ce classement, il ne fallait pas seulement avoir ponctuellement de grands buteurs, il en fallait surtout des moyens, et tout le temps. C'est ce qu'ont fait les Gauchos.

Il n'y eut donc pas que des buteurs argentins ultra réalistes, il y en a eu plein d'autres presqu'aussi réalistes mais moins connus, comme Angel Ramos par exemple. En 1976, les quatre premiers buteurs étrangers sont argentins : Bianchi, Onnis et le Messin Curioni trustent les trois premières places, un cas unique dans l'histoire, suivi à la 6e place du Marseillais Yazalde. Qui connait les deux derniers ? A eux quatre, ils ont marqué 110 buts, l'Argentine en comptabilisant 143 cette année, un record là aussi. Seule l'Argentine a d'ailleurs réussi à marquer 100 buts ou plus en une année, en 1976 donc, mais aussi en 1974 (118), 1975 (113) et 1978 (115). On le voit les années 1970 n'y ont vu que du blanc et bleu. D'ailleurs, les Argentins y ont inscrit838 buts, soit près de 38 % de leur total.

La victoire des Argentins, c'est donc avant tout celle de la régularité, puisqu'il n'existe que deux saisons où aucun joueur de ce pays n'a réussi à marquer en France, en 1971 et en 1994 et 1995. Durant les 4 années suivantes, on ne compta que 13 buts argentins, avant que les 5 dernières années ne rétablirent la tradition des bons buteurs argentins, avec notamment Lisandro (185 entre 2007 et 2012).

Le Brésil, maître depuis 20 ans

Pourtant, je l'ai dit, le Brésil domine les débats depuis 20 ans. Les Brésiliens ont dominé les années 1990 (257) et surtout les années 2000 (705) avec une facilité déconcertante. Ses dauphins, d'abord l'Algérie (147) puis le Sénégal (365) n'ont rien pu y faire. Et la jeune décennie que nous vivons semble confirmer cette tendance (115, contre 82 à l'Argentine), même s'il en faudra encore d'autre pour voir les deux géants sud-américains se retrouver à nouveau au coude à coude. Plus de 800 buts, c'est un écart énorme.

Le problème du Brésil, c'est qu'avant les années 90, il n'existe quasiment pas en France, malgré quelques piges d'inconnus dont je vous épargnerais le nom. Dans les années 80, l'Argentine était déjà devant (389) devant la Bosnie d'Halilhodzic, entre autres (303) et l'Allemagne d'Allofs (233). A noter le bon score anglais durant cette décennie (99), notamment en 1999, où elle ne trouva pas de concurrent à sa mesure (50) ! Hoddle, Waddle, Hateley ou Allen sévissaient en France à cette époque. Dans le même temps, le Brésil  n'était encore qu'un aimable pays peu connu en France, sinon pour ses exploits en Coupe du Monde, mais dont les ressortissants rechignaient manifestement à rejoindre ces pays si froids l'hiver, comme l'Angleterre ou la France. Un manque de moyen, peut-être aussi. Ainsi, durant cette décennie, seulement 34 brésiliens furent inscrits, soit  moins que la Slovénie (52) ou le Danemark (85). Un peu plus de trois buts par saison, contre plus de 25 durant la décennie suivante, ça fait un choc.

Le Brésil de Paulo Cesar ou du Nîmois Luizinho se portait un peu mieux dans les années 70 (102), mais pas de quoi concurrencer la toute puissance argentine, la Serbie (354), la Croatie (178) et le Mali et l'Algérie (156 et 155). A noter le très bon score du Luxembourg de Nico Braun (123), qui n'était déjà pas une grande équipe, mais un peu plus forte quand même qu'aujourd'hui, où elle a du mal à placer ne serait-ce qu'un joueur valable dans un championnat européen honnête...

Même chose dans les années 60, où le Brésil est encore anonyme (64). Dixième, il est devancé par l'Argentine, on l'a vu, l'Algérie (287), le Cameroun (179), la Serbie (159 et même la Suisse (75). Rebelote dans les années 50, avec 105 buts. Cette décennie est particulière, puisque c'est la seule dominée par un pays européen, et même deux : la Suède de Gunnar Andersson (408) et les Pays-Bas de Rijvers (326). L'Argentine suit quand même (285). Le fait que certaines colonies françaises ne soient pas encore indépendantes joue forcément dans les fait que les pays africains sont moins à la fête durant cette décennie, puisqu'ils sont comptés dans les buts français...

L'Europe en tête, mais...

Étudions maintenant ces chiffres par continent. Depuis 62 ans, l'Europe est en tête (7570 buts) devant l'Afrique (6623) et l'Amsud (4134), les trois autres continents se partageant 172 buts... Mais depuis 1996, soit la promulgation de l'arrêt Bosman, et hormis en 1998, les Africains dominent leurs concurrents. La courte avance du début (10 en 2001) s'est très vite transformée en écart gigantesque : 89 l'année suivante, 149 en 2005, 145 l'année dernière, 127 cette année... mais surtout, le dauphin a changé d'identité. Il était européen jusqu'en 2001, il est sud-américain depuis 2004. L'Europe, qui ne laissait que des miettes en 1951 (178 buts, contre 18 à l'Amsud et 7 à l'Afrique !) jusqu'en 1957, puis sans discontinuer de 1968 à 1995, n'est aujourd'hui que le troisième continent représenté en Ligue 1. Quelles sont les conséquences de l'arrêt Bosman ? Les championnats les plus riches, l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne, voire l'Allemagne, rassemblent les meilleurs joueurs de la planètes, notamment les meilleurs néerlandais, Portugais, etc, et gardent leurs ressortissants. On l'a vu, les Anglais brillaient en France à la fin des années 80. L'arrivée de Joe Cole à Lille, cette année, fut présentée comme un évènement l'été dernier, alors que ça aurait été presque banal il y a 25 ans. Surtout, ses 4 buts furent les premiers buts anglais en Ligue 1 depuis... 1992.

Même chose pour les Allemands, 13e du classement général, mais qui n'ont plus marqué en France depuis les 4 buts de Bierhoff en 2002, et après la grande époque Völler-Klinsmann, au début des années 90 ; les Italiens, eux, nous ont envoyé Di Vaio et Vieri dans les années 2000, mais surtout Padovano, Simone et Ravanelli dans les années 90. Mais depuis 10 ans, les Italiens tournent à 1,5 buts par année en Ligue 1, notamment les 2 buts de Thiago Motta pour le PSG cette saison, qui faisaient suite au but de Fabio Grosso, il y a 4 ans. Enfin, l'Espagne, 24e du classement général, n'a jamais vu aucun de ses buteurs briller en Ligue 1, hormis les 10 buts de Morientes avec Monaco, en 2004. Mais on ne compte que 4 buts espagnols depuis 7 saisons en France, et 12 entre 1993 et 2003. Le Portugal, lui, a surtout bénéficié des 141 buts de Pauleta dans les années 2000, soit plus de la moitié du total lusitanien (242) !

Les Pays-Bas sont dans le même cas, même s'ils ont particulièrement brillé dans les années 50, on l'a vu. Deuxième pays européen au classement, la Hollande n'a cependant marqué que 15 buts depuis 1998, soit à peine 1 par an ! Une véritable misère. Finalement, seuls les pays provenant de l'ancienne Yougoslavie se sont montrés réguliers, et pas qu'un peu : si on additionnait tous leurs buts, il seraient deuxièmes avec 1949 buts ! Un division qui n'empêche pas la Serbie d'être le premier pays européen, même si elle ne tourne qu'à 6 buts par an depuis 11 ans. Même chose pour la Croatie, célèbre pour ses grands buteurs, qui n'a marqué que 14 fois en 8 ans... Dans les années 2000, seule la Belgique de Hazard s'en sort (29), derrière les deux Sud-Américains et 7 pays africains ! En deux ans, les anciens Yougoslaves n'ont marqué que 24 buts, soit autant que la Pologne ou le Burkina Faso. Dans les années 2000, leurs 165 buts ne les auraient porté qu'au 7e rang, derrière le Brésil, l'Argentine, le Portugal et 4 pays africains. Rassemblés dans les années 80, ils dominaient les débats (549 buts). Dans les années 70 ils auraient juste été dominé par l'Argentine (671), et par l'Argentine et l'Algérie dans les années 60.

Bref, la domination est européenne est une idée lointaine. A ce rythme, l'Afrique pourrait être devant dans 8 à 10 ans. Ce ne serait pas forcément un mal, ça montre aussi la progression du foot africain. Mais ça démontre surtout l'incapacité du football français à attirer de bons footballeurs européens, et les meilleurs sud-américains. Tant que ça durera, les succès européens de nos clubs resteront un doux rêves.

Voilà, je crois que je vous ai fait une belle tartine... je vous laisse !